Publié le 19/11/2009 à 00:30 par schangels
Un vol organisé en terre indigne autour des vautours, chacals et autres créatures trop heureux du résultat pour retenir la manière. Un vol à l'étalage, une nouvelle "main de Dieu" trop indigne d'une divinité qui se respecte pour mériter un aller-retour en Afrique du Sud.
"Main du diable", titrait ce matin et à juste titre la presse irlandaise, tandis que la Fédération verte de rage lançait officiellement sa demande de faire rejouer ce match de la honte. A croire que le hasard fait des siens, quand un Domenech renvoie un Robert ... Pirès pour maintenir en revanche un Thierry Henry et offrir une victoire à la ... Pyrrhus. Pas un ancêtre lointain romain de l'ancien grenat, mais le fait odieux d'un attaquant habitué à des gestes bien plus glorieux et réduit hier à la portion plus que congrue. Incongrue, pour le moins. Robert Pirès + Thierry Henry = Robby Pyrrhus? Un "à peu presque" homonyme de Robbie Kean, héros malheureux d'un soir plus noir que l'étron d'un taureau atteint de sinistrose. Qui a vendu son âme, hier soir? Indice: FFF.
Domenech qui pavoise, Sarkozy qui ajoute une couche à une situation aussi misérable que huileuse pour tant de joueurs passés la petite queue entre leurs jambes de bois. Une nation joyeuse et combattive défaite par un patchwork de stars apathiques et comparable à la déchéance d'un Empire en décrépitude. Si Marianne devait recevoir son effigie du soir, ce serait une putain adipeuse aux cuisses criblées de vergetures. Pauvre (équipe de) France.
Domenech au micro: "Profitez de ça, savourez ça, tout le monde avait envie de ça, le public était derrière ...". Mais de qui parle-t-il, de quoi se moque-t-il, quand va-t-il lâcher le strapontin, où a-t-il senti un peuple se grouper derrière son onze national? Si Domenech était une époque, ce serait les années de plomb de la Russie soviétique à Brejnev: triste, vide, schizophrène, autiste. Au pays de l'humilité, Raymond la science occulte est le néant incarné ... Gourcuff sorti avant les prolongations, Benzema aux abonnés absents ... ne tirons pas sur les ambulances, mais bien sûr. A croire que le sourcilleux de service s'est greffé une sirène sur la tête et pour cause. Courage, oublions.
Ca chômait aujourd'hui, à Dresde comme sur l'ensemble de Land de Saxe. Une fête religieuse: le Buss- und Bettag, traduit comme le "Jour de Pénitence et de Prière". Comme un signe, comme une coïncidence trop trompeuse pour ne pas être inconscient de cette soirée des dupes. La France, ce beau pays si sûr de son fait a donc forcé la ... main de Henry pour partir en terre promise. Promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent, pour rappel (dixit Pasqua).
Qui osera dire que la France a mérité son sort, sans parler de celui aussi honteux infligé à l'Irlande du "Trap"? Un seul réconfort dans cette bleusaille, une seule lueur d'espoir dans ce royaume pourri aux instances moisies: Hugo Lloris, héros d'un soir et tributaire d'une mission qu'il a su servir au mieux mais dans un camp indigne de son rang propre. A vaincre sans péril ... on connaît la suite, mais on saura bien vite l'oublier par souci d'amour-propre et d'amnésie collective réconciliante. Et le peuple bleu repartira pour de nouveaux espoirs glorifiants, car peu importe la manière.
Un verre totalement vide, côté Irish. Gloire à ceux que tout le monde voyait déjà gerber dans les caniveaux des sorties de pub avant même le début du match.
Comment supporter une équipe quand rien ne rend fier de la soutenir, pas même le jeu ou les aspirations grandiloquentes? Suffit-il de gagner pour être supérieur au perdant? Jamais la Frînce n'aura été aussi distante de ses troupes et suspicieuse à l'égard du supposé chef de troupe. De l'arrogance, de l'entêtement, de la médiocrité. Jamais le fumier du coq n'a senti aussi fort la merde avariée mêlée d'huile sous pression ... supporter ça, chanter pour ça?
Honneur aux perdants, dont le jeu du match retour aura déjoué tous les pronostics et prouvé que cette équipe avait qui déjoué qui trompé son monde samedi dernier. A se demander pourquoi l'on fait du sport, à se demander pourquoi l'on scande des noms en guise de cérémonial sur canapé. Honneur aux chants d'un peuple vert qui, eux, battront toujours la chanson française à plate couture et nous rappellent si bien au souvenir transcendant d'un cri du coeur bouché par la graisse de la suffisance de par chez "nous". Dédicace à l'Irish punk outre-Atlantique, pour un direct dans le fion des Obispo et autres Cali ou Calogero supporters d'un bateau-fantôme. Sing proud, sing loud!!!
Jamais l'expression "honneur aux vaincus" n'aura été si vraie dans le milieu du ballon rond. Les brochettes marinées vont encore griller et exhaler leur odeur âcre cet été, disperser leur sainte graisse parmi les supporters à tongs et remplir la panse de bedonnants repartis pour un tour de piste. Un seul? Peu importe le nombre, ce sera déjà un tour de trop.
Vert de désespoir, devant pareille fête de bourgeois dansant autour du cadavre d'un prolétaire. Mais le meilleur sera à l'avenir: Domenech qui bottera en touche, Henry qui s'excusera d'une main 100% involontaire (certes) ... reparti pour un tour, vraiment? Avec le même secrétaire de Politburo, chef de file d'une troupe sans queue ni tête? Je m'en laverai les mains ... le "peuple" veut des jeux? Il bouffera son pain & merguez et la moutarde lui montera de nouveau au tarin.
Triste soirée, pitoyable épilogue ... opération nettoyage de cerveau collectif en vue, dès la semaine prochaine et une fois que les conférences de presse auront été oubliées.
Allez les Bleus? Et mon cul, c'est du coq au vin?
"Sing loud, sing proud". Ce soir, je mangerai ma salade modeste et y trouverai peut-être un trèfle. La victoire d'une équipe inepte, ou l'arbre de Paname qui cache la forêt des farfadets. Gloire aux vaincus, et bien le bonsoir aux vainqueurs. Cali, prochain scribouillard de la chanson officielle de l'équipe de France pour le Mondial? Si ton sur ton. Car il n'y a que le résultat qui compte, au pays des nantis transis et autres apparatchiks plus inquiets pour leurs propres fesses, les droits télé de TF1 et la caisse de la FFF que l'image du sport ou la fierté des supporters.
Il sera dit que Lloris aura lutté pour une si mauvaise cause. Triste, si triste pour la cause du sport en général. Si morne, cette plaine de Saint-Denis ...
F&H
Publié le 11/11/2009 à 15:44 par schangels
(ci-dessus: le blason de la ville de Dresde, adopté à partir de 1309; le lion symbolise le margraviat de Meissen, ou marche de Misnie pour les francovores; les bandes noires symbolisent les palés de Landsberg)
Quoi de plus "logique" que de relancer d'un billet le jour du 11 novembre en terre allemande? Saxonne, pour être précis et préciser que Dresde ne fait pas voeu d'amnésie collective mais réserve cette date franco-militaire au lancement du carnaval local.
Quoi de plus "naturel" que de faire le point sur l'activité cérébrale française depuis une terre étrangère, car ne dit-on pas que nul n'est prophète en son pays et les cochons qui rient seront mieux gardés, et bla, et bla, et bla bla ...
Le point, pour être précis: il aura suffi de deux semaines après mon départ en terre dresdoise pour que le gouvernement de la Frînce parte d'autant plus en sucette et poursuive sur sa lancée digne d'un carnaval des idées neuves pas fraîches sinon rances: cagnotte à l'assiduité dans les lycées techniques; interdiction des portables en cours (suffisait-il d'y penser pour l'appliquer); déclarations pétaradantes d'un porte-parole gouvernemental qui porte aussi gaiement la culotte majoritaire que Jean-Claude la croix sur son épaule meurtrie par le fouet; mais aussi, et surtout:
Interrogatoire général sur l'identité nationale.
Quelle est ma partie que je souhaite revendiquer, quelles sont celles que je refuser d'intégrer? L'occasion d'offrir la traduction germanique de cette question pressée aux amateurs de riffs métallurgiques:
Question plus pressante: faut-il tirer sur les ambulances, quand bien même l'ambulancier serait ivre mort et jouerait à qui écrase le plus de mémés sur sa route infernale? Pas un sport très méritoire, mais la question mérite trop d'être portée sur le métier pour passer inaperçue.
Au jeu des étiquettes seyantes, le peuple de gauche criera au scandale déshumanisant tandis que le peuple de droite se félicitera d'un problème fondamental enfin posé à bras le grand corps malade. Quant aux anars conservateurs mais sans colorant, ils se contenteront de railler la stratégie de bottage en touche si chère à ce gouvernement multi-casseroles (= introduire de nouvelles questions pour dissimuler l'absence de réponses précédentes) tout en notant que le thème de l'identité française n'est pas l'apanage de la droite.
Loin de là: dédicace aux vieux théoriciens Renan, Michelet et autres Peguy pour avoir basé la francitude (clin d'oeil conjonctivisé à la pouliche de base) sur un concept républicain et contractualiste (hum hum) de vouloir-vivre-ensemble. Ou la réplique approximative du genre: "On ne naît pas Français, on le devient"? Ou l'adaptation de Simone au pays des abstractions de bon ton? Voire ...
Toujours est-il que les bonnes questions sont toujours bonnes à poser et même si elles servent de cache-misère conceptuel en période de disette. A condition que la réponse puisse avoir un sens, ou que le répondant puisse en avoir un tant soit peu (du répondant). Entendons: à condition que les conséquences d'une réponse ambiguë et improbable ne soit pas un nouvel ensemble de lois d'expulsion sous couvert de défense d'une identité à reconquérir. Non pas que la France ait le devoir sacré d'accueillir "toute la misère du monde" (dixit Rocard, dont le tort aura été le même que celui de Jospin en période électorale ou celui de l'amant péteur en pleine phase romantique); non pas que les droits de l'homme et la tradition contractuelle héritée de la Révolution suffisent pour faire lieu de passe-droit et justifier toutes les déclarations de bons sentiments. Car quel pays peut accepter une immigration sans borne, serait-ce au nom d'une déflation démographique et d'une main d'oeuvre indispensable dans un avenir proche? Nous voilà déjà des bons sentiments cités à la ligne qui précède, soit dit en passant.
Là n'est même pas le problème: la France a de quoi jalouser ses voisins détenteurs de quelques traditions joviales ou glorieuses, lorsque elle-même n'a plus de quoi se glorifier et ne peut plus avancer autre chose que la Sécurité Sociale et les congés payés en guise d'ersatz. La France a de quoi s'interroger sur son identité, lorsqu'une Révolution passe par là et fait de son image un triptyque abstrait aux concepts aussi universels qu'impossibles à particulariser. La France que l'on aime peut-elle se résumer à quelques mots à peine intelligibles sur une carte d'identité? La France que l'on aime peut-elle être inodore et se réclamer de valeurs d'autant plus inexistantes qu'elles ne sont que des aspirations? Les Tchèques chantent leurs montagnes et les ruisseaux qui s'y déversent jusqu'aux plaines fertiles; les Ecossais se rappellent joyeusement la raclée virile infligée au voisin arrogant et son roi Edouard le Preux; la France? Chante la liberté, chante l'égalité, chante la fraternité. Beau comme du beau pain immangeable parce qu'impossible à cuire ici-bas. Des aspirations, une prétention à faire mieux que les autres, une décision de table rase pour passer l'ancien régime adipeux au karcher égalitaire.
Qui rêve d'abstractions, hormis les mathématiciens? Voilà donc une question que les docteurs ès hypocrisie de bon ton et autres citations pour faux-culs bien lécheurs sauront débiter pour faire ton sur ton. La France est le résultat d'une prétention dont ses habitants ne sauraient être à la hauteur. La France a la prétention de faire mieux que les autres, et que l'honneur lui en revienne tant qu'elle serre les dents et sait ne pas s'en plaindre lorsque les pots cassés sont récoltés. La France est une crème frelatée au contenu indécis et dont seuls les zébus frugaux peuvent se repaître sans s'en plaindre.
Il y a des questions dont les réponses ne sont pas décidables et s'imposent d'elles-mêmes: la France est ce qu'elle est ou ce que l'on en fait, et aucune liste de propriétés essentielles ne peut y être attachée pour que l'on s'y tienne. La France est ce qu'elle devient, et la moindre des honnêtetés serait de reconnaître le non-sens de cette question dont la réponse réside dans l'action quotidienne. Un pays est ce qu'il est = ce qu'il devient. Bravo pour le truisme, mais le fait est que l'on ne décrète pas de réponses à cet égard. Nous sommes le résultat décrété d'un avenir commun qui s'impose à nous dès la naissance. Qui choisit de naître ici ou là? Qui décide de ce qu'il doit faire ou peut faire ici ou là? Qui a le droit d'aimer ou de détester être ici ou là?
Il y a des questions dont la réponse tient bien plus à l'action décisive qu'à la réflexion condamnée d'emblée à rester stérile. Il y a des questions dont le résultat est si lacrymal, mielleux ou arbitraire que le plus sage apprendra à se taire. Il y a des questions qui flattent l'ego des uns et choquent le pedigree des autres, mais dont l'intérêt principal peut provenir de son absence manifeste de réponse. Savoir que l'on ne sait pas est un bien pas trop mal acquis, wahr nicht?
Sur ces paroles d'exilé provisoire en terre fridoline, je remercie le Grand Hasard de m'avoir propulsé ici sans regretter ni me satisfaire de n'être pas ailleurs. Cultiver son jardin n'est pas un vain mot, pour qui connaît la nature du sol à entretenir et le type de produits d'entretien à consommer. Je passe mon tour sur ce terrain trop glissant. Problème d'adhérence et d'adhésion à des idées qui trop abstraites qui trop arbitraires.
Les bonnes questions sont souvent les plus tartes, les mauvaises sont souvent les plus fades. Une tarte à la crème de rasage n'a rien de fade mais sait nous rappeler que toutes les crèmes ne sont pas bonnes à engloutir. Dédicace au président déjà entarté, dont le secret bien avoué tient à l'action qui prime sur la réflexion. Mais n'avait-il pas été élu à ce titre, autrefois revendiqué et apprécié des futurs glisseurs de billets dans la fente. Versatilité, quand tu nous tiens ... un moindre enseignement en période de doute de Soi (nationalement parlant). Quant aux donneurs de leçons de morale, qu'ils n'oublient pas que vivre ensemble se fait d'un commun accord et entre locataires de bonne foi. Des conditions pas toujours évidentes à garantir en terre post-coloniale, pour le moins. Une question de volonté, bonne si possible. Mais nul n'est prophète en son pays, wahr nicht?
Europe des nations, Europe des peuples, Europe des individus ... faites vos jeux, plus ou moins cinglants ou sanglants. Tandis que d'autres s'en laveront les mains propres.
Herrzlicher Grüss aus der "Elben Florenz" (= Dresden, Sachsen).
F&H
Publié le 13/10/2009 à 18:56 par schangels
Que le pitoyable jeu de mots introductif ne trompe pas le lecteur même dilettante: le sujet du jour a mérité le détour d'une affaire de déménagement en cours par une petite excursion en direction de la fraîche Côte du Nord (Pas de Calais, pour être précis). Il y a cent ans que trépassait Hugh MacColl, né en 1837 et jeté dans l'ombre de l'histoire de la logique par la faute d'un voisin d'Outre-Manche (Bertrand Russell, pour ne pas ne pas le nommer) trop encombrant pour laisser quelque place à son compatriote de la tribu des Pictes.
L'occasion fut donc donnée par l'Université du Littoral de Boulogne-sur-Mer, les Archives Poincaré de Nancy et l'IHPST de Paris d'honorer la mémoire d'un mathématicien, logicien, philosophe et amateur de problèmes à résoudre d'un entre-deux-siècles pris dans la tenaille d'une crise des fondements qui lui fit laisser quelques plumes sur la route de la gloire éternelle. Trop attaché aux pensées vernaculaires, pas assez soucieux des affaires de clôture sémantique et de l'atroce contradiction révélée à la face de logicistes contrits? Quelle que soit la raison de son semi-anonymat, l'Ecossais d'origine et Boulonnais d'adoption Hugh MacColl a laissé quelques traces dans l'histoire "neutre" de la logique: neutre, celle qui n'écoute pas la parole des vainqueurs pour décider de ce qui fut ou ne fut pas.
La petite histoire, avant de passer à la moyenne: Boulogne-sur-Mer a servi de cadre idéal pour fêter le centenaire de la fin de vie du barbu fleurissant, dont la tombe laisse encore quelques souvenirs éclatés au sein du cimetière local et que notre Gentil Organisateur magistral (Amirouche Moktefi) fit visiter à quelques conférenciers curieux. Sous une pluie battante et chargée de nuages maritimes, pour le moins. L'occasion de constater ainsi que le Pas de Calais est bel et bien vivifiant, et que sa réputation de terre doublement arrosée côté ciel et côté chopine n'est pas une légende. Quelques promenades au coeur de la vieille ville fortifiée, où des cadeaux de passage furent remis en l'honneur de l'événement salutaire du côté de l'hôtel de ville. Pour finir avec une perdition totale au milieu de la zone industrielle de Boulogne et de ses dépôts Findus, une demi-heure avant un retour en train qui me contraignit à ne pas voir un seul grain de sable de la plage boulonnaise ... morne samedi, pour le coup. Exposé le matin, puis chagrin l'après-midi avec cette mer invisible et une contrôleuse SNCF sans doute en mal de va-et-vient puisqu'elle me fit le plaisir d'administrer une amende de dix euros pour non-compostage réglementaire. Difficile de suivre la règle lorsque le hall de gare est fermé, mais "rule is rule" et d'autant plus au sein d'une ville clairement franco-anglaise. Mort aux vaches, tout de même ...
La moyenne histoire maintenant, à défaut d'être grandie par l'histoire officielle de la logique. Le workshop organisé de deux mains de maître par le camarade Amirouche permit de revenir sur plusieurs facettes du philosophe MacColl: l'écrivain, le mathématicien, le logicien. Amateur des énigmes à résoudre, l'ami Hugh produisit une bonne bourriche d'articles au sein du "Educational Times" et aborda une série de problèmes qu'il recensa ensuite dans un ouvrage intitulé "Symbolic Logic and its Applications". Une version française de 1901, puis une version anglaise de 1906 où chacun vit midi à sa propre porte: le calcul des limites et des probabilités, pour les uns matheux; l'ancêtre de l'implication stricte avant l'heure de Clarence Irving Lewis, pour les autres plus logiciens. En présence d'un parterre (façon de parler) de spécialistes confirmés du bonhomme et de son temps: Stephen Read (St Andrews), Shahid Rahman (Lille 3) & Cie, puis de plus jeunes pousses dont le mérite fut d'illustrer d'autres thèmes fondamentaux et majeurs de son oeuvre: le cas de l'implication selon MacColl et Peirce, par Jean-Marie Chevalier (Paris 1); l'influence de Hugh MacColl sur les travaux de Charles Dodgson (alias Lewis Carroll, l'auteur d'Alice au Pays des Merguez et d'une théorie des diagrammes en période victorienne), par Amirouche Moktefi (Nancy 2- Strasbourg) et Francine Abeles (Kean University). Et j'en passe et des pas plus mauvaises, parmi lesquels l'exposé de Shahid Rahman sur le statut de l'existence chez MacColl ...
On dit que "chacun voit midi à sa porte", et c'est à ce point vrai que ce workshop fut l'occasion pour ma propre pomme de mettre un projet post-doctoral au goût du jour: comment parler de la logique modale de Hugh MacColl en vendant sa propre marchandise à venir, qui concerne un projet de sémantique multivalente basé sur les produits de matrices (des produits de matrices classiques)? Le statut de l'implication et des propositions, le statut logique des modalités dans la logique de MacColl, la méthode de preuve des théorèmes de l'ouvrage de 1906 et la relation ambiguë entre modalité et multivalence fut au programme des réjouissances de mon exposé des plus matinal: 08h30, rien de plus (tard). L'objectif fut de ne pas endormir de suite des auditeurs à peine sortis de leur café et tartines au beurre salé de notre hôtel "Alexandra" à la fois commun et bien sympathique, tenu de deux mains de maîtres (bis) du côté du 93 Boulevard Adolphe Thiers. Qu'on se le dise ...
La conclusion de mes lectures parfois anarchiques, mais jamais ennuyeuses pour moi-même (un grand merci pour l'ami Ami'ch, qui m'a fait confiance au point de m'inviter au sein d'un quarteron de vrais spécialistes):
1) La logique de MacColl n'est pas une logique multivalente si, par multivalence, on entend comme le fit Peter Simons une logique dont au moins une valeur de vérité n'est ni le vrai ni le faux; puisque les 5 valeurs introduites par MacColl -certain, impossible, vrai, faux, et variable- dépendent toutes du vrai et du faux dans leur définition et préfigurent les opérateurs modaux de Lewis jusqu'à Kripke, aucune contrepartie des valeurs "tierces" de la clique Lukasiewicz-Kleene-Bochvar-Priest ne figure chez MacColl et seules des combinaisons de vérité et de fausseté dans plusieurs cas de figures possibles expliquent ses 5 valeurs supposées "multivalentes".
2) Et cependant, cette combinaison est d'autant plus intéressante qu'elle m'a semblé permettre de reconstruire une sémantique des questions-réponses adaptée aux théorèmes de MacColl: si l'on oublie la notion de "valeurs de vérité" pour lui préférer celle plus générale de "valeur logique", il est possible de retranscrire les 5 valeurs de MacColl comme un ensemble de réponses déterminées à quatre questions de départ au sujet d'un énoncé p quelconque: Q1. "p est-il toujours vrai (= jamais vrai)?"; Q2. "p est-il parfois faux (mais pas toujours)?"; Q3. "p est-il parfois vrai (mais pas toujours)?; Q4. "p est-il toujours vrai (= jamais faux)?". L'affirmative 1 et la négative 0 conduisent à un ensemble de 16 types de réponses ordonnées possibles. Le lecteur attentionné peut toujours s'amuser à deviner les réponses auxquelles correspondent les 5 valeurs de MacColl, qui sont les suivantes: certain = (0001); impossible = (1000); vrai = (0011); faux = (1100); variable = (0110). Cette reconstruction algébrique fait de la logique de MacColl une logique non seulement "non-Fregéenne" (les valeurs logiques ne sont pas des valeurs de vérité ordinaires); mais aussi, et surtout, elle fait ressortir le lien évident entre le sens de la notion logique d'implication propositionnelle et de la notion ensembliste d'inclusion des classes. Les critiques de MacColl vis-à-vis de cette comparaison proposition-classe apparaissent dans l'ouvrage de 1906, où l'auteur reproche à la bande à Schröder (Ernst) de définir l'implication comme une relation d'inclusion totale. MacColl présente l'implication en d'autres termes, certes, qui lui permettent d'expliquer notamment dans quel sens l'impossible "implique" le certain. Mais un fait majeur de mon ch'ti exposé (dédicace à la population du coin d'alors) est que MacColl a utilisé la négation INTERNE pour définir son implication stricte: si A est implique B, alors il est impossible d'avoir A et non-B, où la négation transforme son argument B en un argument CONTRAIRE et non simplement CONTRADICTOIRE. Bourde notoire de MacColl, ou stratégie indispensable pour démontrer la validité de ses théorèmes? La question fut posée, et j'y reviendrai plus tard: lorsqu'il s'agira de rédiger les Actes de ce colloque aussi convivial qu'instructif et motivant.
En bref: l'ami MacColl a réfléchi et fait réfléchir d'une manière qui tranche plutôt avec l'humeur logiciste et formaliste de son temps. Son attachement à la pensée vernaculaire et sa méfiance vis-à-vis des machines calculatoires de type Jevons (un "piano" peut-il se substituer à une pensée naturelle sans laisser aucune trace de doute quant à sa procédure?) expliquent peut-être l'ambiguïté et la portée restreinte de sa postérité intellectuelle. A voir et revoir, mais il n'en sera pas moins vrai que j'ai trouvé dans ce pot de quoi tartiner une large part de problèmes à venir pour le séjour ex-est-allemand du côté de Dresde. Ou un appartement m'attend encore mais que je n'ai pas encore trouvé, faute de propriétaires fiables et de journées passées à dépioter les annonces germaniques plutôt qu'à spéculer dans les sphères anglo-saxonnes de l'homonyme à Dee-Dee.
Un moindre souvenir pour les oreilles, lié pour toujours à ce séjour côté plage sans les ombrelles et le soleil qui accompagne: une écoute en boucle d'un morceau instrumental des Beastie Boys, histoire de s'immerger dans l'univers des abstractions pas délirantes de MacColl mais ô combien favorables aux rêveries dubitatives:
"Bertrand m'a tuer", aurait-il pu gribouiller avant de trépasser pour simuler l'illettré du haut de sa petite mort tranquille. Ce workshop eut l'intention de ressusciter le savant boulonnais et de le rappeler au bon souvenir du patrimoine 'tectuel de l'humanité. Un début de réhabilitation lancé il y a onze ans. Prochaine étape de la procédure: la publication des actes, pour 2010.
Et Hugh, bien au frais du côté de Boulogne, de savourer cette revanche des petits malins sur les gros qui parlent souvent trop fort.
"Rest in peace, but don't rust there" (dédicace au virtuose Dave Mustaine, dont il sera dit désormais que le jeu de mots subtil aura été casé une fois dans un article de logique philosophique).
F&H
Publié le 11/09/2009 à 19:01 par schangels
On dit que certains événements bouleversent à eux seuls l'Histoire majuscule du monde et les relations géopolitiques des grosses nations. L'événement du 11 septembre 2001 est de ceux-là, puisque l'on a parlé à tort à travers d'un "avant" et "après" 11 septembre.
La petite histoire dans la Grande, avant de revenir sur la Grande: mon souvenir personnel est celui d'un ex-pion de collège, gâté par le stress d'une tâche assez bien payée pour mon petit trognon de pomme pas exigeant et moins harassante que la plonge façon MacDo, mais qui a le don de vous bouffer de l'intérieur lorsque l'idée vous vient de viser le travail consciencieux et sans reproche. Nonobstant cette micro-histoire de la condition étudiante en début de 21e siècle, la fin de la permanence approchait et l'aiguille de la 2e heure après le repas non consommé passait au quart qu'un élève externe entrait dans la salle de permanence, la tête hagarde du bizuth spectateur de son premier cyclope féminin ... le temps d'écouter sa version des faits, puis de vérifier que le jeune pouce n'avait pris de stupéfiants avant la reprise des cours. Difficile de croire à son histoire de dingue: deux tours auraient explosé à New York, après une attaque terroriste. Pourtant pas l'heure des séries pétaradantes: l'après-déjeuner est plutôt réservé aux Derrick, Le Renard et autres vieux-métrages dédicacés aux gérontophiles en mal de sensations pour pacemakers.
Puis vint l'annonce officielle de l'événement mondial par les ondes radio ... des images en boucle, toujours les mêmes accompagnées de messianiques "Oh my God" et de tirages de conséquences à l'emporte-pièce par des journalistes toujours absorbés par l'événement. Bandes de pathos vidées de tout logos indépendant ...
Je me souviens aussi et surtout de la violence des propos de quelques collégiennes d'origine maghrébine tendance DJ FLN Kiffe Sa Race inavouée: "bien fait pour leur gueule, à ces bandes de juifs ...". Pas facile pour un blanc-bec collégien de comprendre la logique d'une telle phrase, quand il était question avant tout d'une explosion en terre américaine. Très facile de faire le rapprochement lorsque l'on est pion un tant soit peu averti des tensions géopolitiques entre Occident et Proche-Orient. Juifs = amis des Yankees = collaborateurs de la destruction massive du peuple palestinien. Syllogisme improbable pour des enfants dont la tête absorbante ne croit qu'aux probabilités qui renforcent l'ego collectif. La preuve par le terrain que la haine inter-ethnique n'est pas qu'une affaire de gros skin-heads à DocMartens, mais concerne aussi bien la descendance d'une génération "Touche pas à mon pote" dépositaire d'une amitié perdue entre sémites.
La Grande Histoire n'a pas tardé de reprendre les devants de la scène et de tirer quelques conclusions variables de ce séisme céleste: Huntington avait raison, le clash des civilisations est un fait avéré par l'irruption de la bande à Al Qaïda; ne généralisons pas, car Ben Laden n'est qu'une perversion radicale d'un Coran à lecture variable; l'Occident doit défendre ses valeurs et passer à l'offensive, s'il ne veut pas voir son héritage libéral sapé par un salafisme rampant; la violence serait la pire des réponses, car la violence engendre la violence et tant va à la cruche qu'à la fin elle se casse ... faites vos jeux, rien ne va plus. Néo-conservateurs versus démocrates modérés, faucons enragés versus colombes déplumées ... passons sur l'invasion yankee de 2003 et sa cohorte de conséquences diplomatiques désastreuses, sans parler de la petite histoire enfoncée par le séant de la Grande et qui concerne les affinités prouvées entre les intérêts financiers du clan Bush et les investissements du clan Ben Laden en terre US. Sans parler de la fameuse traque prétendue de Oussama et son collègue à deux roues motorisées, dont on se demande à bon droit ce qui pourrait empêcher une agence secrète renommée de retrouver la trace. Problème d'accès en terre montagneuse escarpée, du côté des collines afghanes truffées de snipers talibans? Soit, concédons.
Viendra peut-être le jour où nos amis les journaleux rangeront leurs mouchoirs et remplaceront la loi des faits (aïe, ça brûle) par l'analyse des raisons (faut pas jouer avec les allumettes). Viendra peut-être le jour où la dictature de l'émotion arrangeante cédera la place à l'explication géopolitique façon Ratzel, celle où chaque événement politique trouve sa raison dans un rapport de force complexe entre de petites nations riches en ressources et de grosses nations obligées de composer pour régner. Viendra peut-être le jour où Palestine ne rimera plus avec moraline. Viendra peut-être le jour où les médias ne joueront plus avec l'opinion publique comme avec un bilboquet dont tout l'art consister à renvoyer la boule dans son trou d'origine.
En attendant ce jour impossible où le "peuple" ne sera plus et laissera place à une armée d'individus conscients de leur tout petit rôle sur Terre, reste à savoir si le 11 septembre 2001 est à mettre sur le même rang que les autres dates phénoménales de l'Histoire du Monde: 473 après Jean-Claude, 1492, 1789 ... une première pour qui croyait la terre du Rêve Américain inviolable et presque sacrée. Le résultat d'une politique de gendarme du monde dont les effets devaient bien se faire sentir tôt ou tard, d'autant plus lorsque la cohorte adverse croit semble-t-il à une histoire de milliers de vierges promises après trépas salutaire. Difficile dans ces conditions de résister, d'autant plus lorsque la soi-disant Nation Arabe n'a pas les moyens d'offrir à sa population une éducation minimale digne de ce nom. Et d'autant plus lorsque l'armée américaine occupe des pays étrangers depuis l'opération "Tempête du Désert", soit une petite vingtaine d'années qui a de quoi toucher l'orgueil de civilisés pluri-millénaires.
En attendant mieux ailleurs, rions de cette anarchie organisée et rendons grâce séculaire à ce bon gros Dieudonné jamais avare de bons mots qui tachent. Dédicace à un sketch mémorable, en rapport à la "Fine Equipe du 11" partie pour corriger l'Amérique impie et envahir tous les zappings du monde:
Peu importe les grosses ficelles utilisées à quelques endroits; on retiendra le ton qui fait la musique et l'art de tourner un cas de 1er degré au 12e ... pour qui le veut, du moins. On dit de l'artiste qu'il vaut ce qu'il veut dire; on pourra dire également qu'il peut valoir ce qu'il aurait pu vouloir dire. Trouvez votre compte ou pas dans ce jeu de mots douteux pour les uns et savoureux pour les autres. Il n'y a pas meilleur que le Juif pour se moquer de lui-même. Savourons, en attendant d'autres chroniques du monde grave qui passe ...
Cultive ton jardin, Nicolas; et advienne que pourra. Inch' Allah (ou pas).
F&H
Publié le 18/08/2009 à 16:14 par schangels
(Photo: le symbole de la main ouverte, signe de compassion dans la religion jaïniste. Une religion austère et pour le moins ascétique qui prône aussi bien la suppression des castes que la non-violence et la sympathie entre tous les êtres vivants. Vaste programme. Trop vaste pour de simples êtres humains? Pas de l'avis du Mahatmah Gandhi, qui fut le représentant le plus éminent de cette religion pratiquée par 2% de la population indienne à ce jour)
"Curry"? Aucun rapport avec le logicien et mathématicien américain Haskell Brooks Curry, dans ce qui suit. Je parle de curry au sens de ce délicieux épice qui embaume le pain des bretzels germaniques ... et les poulets au riz et amandes de la cuisine indienne. D'où l'allusion débile pour un sujet si loin de l'être (débile).
Pas de cours gastronomique prévu dans ce qui suit, faute de moyen du bord. Il sera question plutôt de logique indienne: mets plutôt rare au sein de la communauté des logiciens et regardé le plus souvent comme une simple curiosité touristique. Pourquoi pas, mais à condition de justifier ce type de regard limite condescendant.
Qu'est-ce que la logique indienne, et comment se distingue-t-elle des logiques non-indiennes? "Bonne question, monsieur Elkabbach" ... un premier aperçu de la pensée indienne au sens rikiki du terme a été donné dans ce blog. Voir le billet intitulé "Problème philosophique n°8: ôtez-moi d'un doute". Pas question ni moyen d'un cours magistral sur la pensée logique en Inde, puisque Wikipédia suffit très bien à cette tâche et fera toujours doublon avec ses plagistes (été comme hiver). Il s'agit simplement de soumettre à la célérité de l'internaute un cas de "logique indienne" aussi moderne que problématique. Moderne, au sens où plusieurs auteurs y ont vu l'ancêtre de la logique paraconsistante de Jaskowski.
Petite piqûre de rappel: un système logique est dit "paraconsistant" si et seulement si la présence d'une contradiction dans ce système n'importe pas n'importe quoi. Autrement dit: ce n'est pas parce que "p" et "non-p" sont vrais tous les deux dans ce système que n'importe quel autre énoncé "q" l'est aussi. C'est pourtant le cas en logique classique, où une contradiction est toujours fausse et peut donc impliquer n'importe quel autre énoncé: peu importe qu'il soit vrai ou faux, puisque du faux/contradictoire il s'ensuit n'importe quoi: "ex falsum/contradictionem sequitur quodlibet", selon la formule pédante que le Didier Bourdon des "Trois Frères" n'aurait pas boudée.
Admettre une contradiction au sein d'un système logique ... ouvrir la porte à toutes les fenêtres, selon la formule douteuse pas moins débile que bien des conclusions tirées de la fameuse formule magique: "paraconsistance"?
Car que n'a-t-on pas sorti comme élucubrations fumeuses de première apparence au sujet de la logique indienne: terre de toutes les contradictions, vestige de la pensée orientale, mystère des religions occultes, seuil d'un monde de l'irrationnel et promesse de toutes les merveilles fermées à notre rationalité obtuse de cartésiens ... et la sauce barbecue, c'est pour du poulet? Autant de formules aussi fumeuses qu'un pain nan tout juste sorti du four et qui fleurent le relativisme culturel béat ou pétrifié par la paresse du bulbe. "L'Orient, ce mystère ...". Formule toute faite digne d'une publicité pour shampoing-douche. Misère de la relativité qu'il ne faut pas confondre avec un autre relativisme plus hardi et qui, au moins, cherche des motifs à la différence des cultures ou des théories. Pas question de se gargariser par de vagues analogies entre la dialectique indienne et la contrepartie aux apparences fumeuses de Hegel. Pas question d'enfumer qui que ce soit; au contraire, il s'agit de montrer ce qu'une logique indienne a de commun avec un autre système très occidental, très contemporain et pas fâché pour une roupie avec le Principe de Non-Contradiction d'Aristote (en vertu duquel une proposition quelconque et sa négation ne peuvent pas être vraies en même temps).
Le cas d'étude: la logique jaïna, et sa "théorie de la septuple prédication" ("saptabhangi" ... expression sanskrit sans les signes diacritiques indiens, faute de moyen). Cette prétendue logique se présente comme une théorie du jugement où la vérité est relative à un point de vue. C'est le cas du moins si l'on accepte la traduction d'un concept essentiel: "naya", synonyme de "point de vue" dans la "syadvada" jaïniste -ou théorie des points de vue ("vada" = théorie, ou doctrine). Un autre qualificatif pour cette théorie du jugement est celui de syadvada, où "syad" est traduit en termes très relatifs de "peut-être" ou "en un sens". D'où le qualificatif de théorie des points de vue ou de doctrine de la vérité relative souvent associée à la logique jaïna (ou jaïniste, selon les goûts et les couleurs qui se prêtent très bien à la circonstance).
On ne parle ici que de "logique" entre guillemets, dans la mesure où cette théorie s'apparente bien plus à une théorie du jugement qu'à une structure de conséquence logique. Le "nayavada" étudie les quelques 700 manières de justifier la vérité d'un jugement, tandis que le "syadvada" regroupe les principales formes de jugement susceptibles d'être prononcées en vertu de ces justifications. C'est là que tout s'enchaîne ...
Sous prétexte qu'un objet peut être considéré comme permanent ou impermanent, ou identique ou différent ... et j'en passe et des meilleures oppositions contraires (donc contradictoires, a fortiori), d'anciens amateurs en jaïnologie en ont tiré la conclusion que les propositions de ce type admettent les contradictions. Taoïsme et jaïnisme ne feraient qu'un, au sein d'un quarteron et quelques de logiques "orientales" impossibles à enrégimenter dans "notre" logique "occidentale" héritée de maître Aristote (et ses successeurs stoïciens).
Erreur, semble-t-il et pas qu'un peu. Partant que chaque jugement jaïniste est une prédication (bhangi) préfixée par la préposition "syad", cela signifie que tout jugement est vrai "dans un certain sens", ou "d'un certain point de vue". Les spécialistes de la chose dénombrent 7 types de jugement distincts dans le "syadvada". 2 questions: pourquoi 7, et pas 32, 17 ... ou simplement 2? Ces 7 prédications sont-elles autant de "valeurs de vérité" correspondantes? Non seulement ces prédications sont très pensables de notre "point de vue occidental" (dénomination aussi arbitraire qu'inutile), mais leur étude à peine approfondie coupe court à bien des fantasmes ésotériques sur ce "syadvada" finalement très commun.
Entracte, pour ceux déjà épuisés par ces abstractions ou plus intéressés par une recette du poulet à la Bombaysienne:
"Nous revoilà" ...
Dans la majorité des articles modernes portés sur la chose, le "saptabhangi" est considéré ainsi comme une combinaison multiple de jugement basés sur trois prédications élémentaires:
(1) assertion
(2) dénégation
(3) assertion et dénégation successives
(4) assertion et dénégation simultanées
(5) assertion + assertion et dénégation simultanées
(6) dénégation + assertion et dénégation simultanées
(7) assertion + dénégation + assertion et dénégation simultanées
Une lecture efficace de la théorie de la septuple prédication est permise si l'on admet les trois prédications élémentaires indiquées plus haut: l'assertion (1), la dénégation (2), et la "non-assertabilité" (4). L'assertion est une prédication de forme "S est P" et la dénégation de type "S n'est pas P", tandis que la non-assertabilité (= "avvaktavyam") peut laisser perplexe ("S est P et non-P"?)
Bien des questions restent à régler, face à cette théorie du jugement multiple à qui l'on prêtait souvent des accents d'irrationalité teintés de non-sens ... 6 questions seront posées dans le prochain épisode, qui tentera de révéler les secrets de la théorie jaïna ou d'en proposer une reconstruction très rationnelle pleine de sens et de conséquences (l'esprit derrière la lettre, en quelque sorte).
Question 1: Que signifie "syad" en termes logiques?
Question 2: Que signifie "avaktavyam"?
Question 3: Pourquoi 7 valeurs?
Question 4: Comment définir les connecteurs logiques de la logique jaïna?
Question 5: Comment caractériser les valeurs désignées de la logique jaïna?
Question 6: La logique jaïna est-elle une logique modale?
Réponse collective le 2 septembre, lors du 3e Congrès SOPHA (SOciété de PHilosophie Analytique) à Genève. Plusieurs articles de choix sont conseillés pour en savoir plus, côté jaïnisme. Ils seront indiqués dans le prochain billet ou à la demande de l'internaute pas encore parti dormir ou préparer un poulet à la Bombaysienne.
Rendez-vous au prochain épisode. Epicez tout.
F&H
Publié le 19/07/2009 à 11:46 par schangels
Quand neurones et synapses associés vont voir ailleurs si j'y serai (en Allemagne, notamment), il n'y a plus grand-chose à attendre d'un blog déjà bien atteint d'anorexie thématique. Pas de gesticulations psycho-métallurgiques, dans ce billet. Juste une question à deux sous dévalués, pour passer le temps sous un temps digne du mois d'avril pas drôle:
Qui est cette fille à l'air déjanté et à l'oeil perçant?
Indice, chez vous: "haricot".
Pas sûr que cette piste vous mène quelque part, mais c'est un peu voulu.
Le gagnant gagnera le droit de m'imposer un billet avec le thème de son choix. Avec en prime 5 concepts imposés que je devrai introduire pour la cause. Ce qu'il ne faut pas faire pour maintenir éveillé un public en pleine léthargie ...
En attendant la réponse du jour, très hypothétique, un peu de musique reposante sur fond d'équation: disco latino + rythme stacatto = la tête à Benito.
Benito, kezako? Dédicace neutre à l'ancien fier à bras pendu par les pieds au final. L'occasion de rappeler aussi (parce que personne ne le dit jamais) l'origine de ce pas-doux prénom frappé de censure historique: un hommage du géniteur socialiste à l'ancien président de la Républicaine mexicaine et indigène zapotèque, Benito Juarez.
Voici pour la touche culturelle façon Julien Lepers, avec les bulles de bicarbonate et sans le buzzer.
Wo ist mein Hamac?
Tschüss, jungs ...
F&H
Publié le 29/06/2009 à 15:44 par schangels
Peut-on encore parler de défense de la civilisation française, lorsque les potentats de la République gesticulent à tout va derrière leurs pupitres de mauvais rhéteurs et nous interpellent face au danger du voile intégriste? A supposer que nous soyons encore une civilisation portée par des valeurs communes; à supposer que le contrat social vanté autrefois par Rousseau ou Rénan ait jamais servi de prétexte quelconque dans la construction de notre République.
En un mot: que dire de l'appel anti-burqa de nos ministres responsabilisés?
Peu importe le lexique en vogue: voile, tchador, hijab ou burqa ... poil aux bas de soie, inversés pour la cause. Mais la cause de qui, la cause de quoi, et la faute à qui?
La première concernée par cette vague de sympathie pro-religieuse, Fadela Amara, a déclaré que voile et burqa ne font qu'un et participent ensemble à la dégradation de l'image de la femme musulmane en France. Un peu fort de café (turc, sans doute), mais admettons. Puis au premier petit homme de France d'emboîter le pas à la précédente, clamant haut (autant que faire se put) et fort que la burqa n'a pas sa place en France. En un second mot: toute marque de prosélytisme religieux musulman serait proscrit sur notre territoire laïc, parce qu'il dégrade l'image de la femme et la réduit à une esclave d'un mari tout-puissant. Admettons encore.
N'y aurait-il pas une bonne grosse hypocrisie crasse derrière tout ce fatras de déclarations solennellement humanistes? S'il faut revenir un instant sur les arguments présentés contre cet excès d'islamophilie vestimentaire, revenons-y et démontons en groupe chacune de ces excuses bidonnantes:
Affirmation 1. Le voile (qu'il soit tchador, hijab ou burqa) est un signe de dégradation pour la femme.
Réponse. Dégradation de quoi? D'un signe de pudeur revendiqué par les porteuses-mêmes de ces voiles à longueur croissante? Si la foi exige un moindre respect des règles liées à la concupiscence, dissimuler son visage derrière le linge n'est qu'une marque de soumission à ce devoir religieux. Que ne ferait-on pas au nom du sacré, et d'autant plus si un bain d'huile bouillante vous attend dans le cas contraire et pour l'éternité de votre trépas à venir? De quoi y réfléchir à deux fois avant de céder aux charmes des jupettes façon tunisienne pro-occidentale ...
Affirmation 2. Si les femmes musulmanes disent porter ces voiles insultants pour le condition, c'est parce qu'elles ont été conditionnées par leurs maris et leur milieu patriarcal.
Réponse. Qui n'est pas conditionné par son milieu ambiant, que ce soit un père autoritaire ou une télé envahissante? Le refrain du discours émancipateur au service de victimes avilies, ou celui d'une quelconque prise de conscience d'un fait supposé établi ne peut qu'inciter d'autant plus la rancoeur vis-à-vis de laïcards trop sûrs d'eux pour être suffisamment sincères.
Affirmation 3. La République est laïque et ne tolère pas les signes de prosélytisme.
On y arrive enfin, maintenant que les arguments précédents sont rangés dans leur tiroir vermoulu et laissent place au vrai problème en cause: le caractère ostentatoire de ces voiles, d'autant plus voyants qu'ils servent à ne rien laisser voir de leurs porteuses. Mais qui peut interdire à un libre citoyen de montrer son obédience et ses formes de soumission personnelles, qu'elles soient l'affaire d'un particulier profane ou d'un général très sacré? Se soumettre à Dieu n'est pas interdit dans les lieux publics hors de toute administration républicaine, pas même dans un pays laïc comme le nôtre. Rien ne peut donc interdire maman Fatma ou soeurette Djamila de porter le linge noir dans chaque rue de France, que ce soit pour pousser le berceau de la fillette ou pour le caddie de la maman fatiguée.
Alors? Alors ceci: le linge dérange parce qu'il entre en contradiction avec nos aspirations individualistes et hédonistes. Le plaisir s'obtient par l'épanouissement sexuel et la conquête des regards d'autrui; impossible de conquérir quoi que ce soit sous une burqa ferraillée, donc pas d'émancipation personnelle en terre libératrice nommée la France. Le citoyen français est "libre", propriétaire de son propre esprit critique et maître de sa propre destinée parmi les autres membres du corps social. En conséquence de quoi le port des voiles est un obstacle à la libération de la femme musulmane? Clap de fin, merci les gens et vive la laïcité? Que dalle, sinon pour quelques politiciens en mal de point médiocratique et pour qui les discours très proprets sur la condition féminine servent toujours à temps de cache-misère populiste. Notez bien que je suis pour la vie et la paix, mais qu'il y a bien de quoi s'en tamponner le coquillage en attendant la fin du monde.
La vérité est que l'on n'aime pas ce que l'on connaît pas, et que l'on connaît trop mal la symbolique musulmane pour la prendre avec assez de recul éclairé. Dédicace à l'esprit des Lumières dont nous, Français, sommes censés être les dépositaires. La vérité est aussi que le discours débité depuis le début de ce blog ne fait qu'opposer à l'angélisme laïcard un relativisme de mauvais aloi et incapable de répondre à la véritable question posés:
Pourquoi ces voiles nous dérangent-ils?
Trêve de grandes raisons abstraites et d'ode à la condition de la femme en péril. Celle-là a déjà assez morflé dans le sens contraire à l'intégrisme incriminé ces derniers jours: la mini-jupe, le maquillage à tire larigot, les entrées gratuites en boîte sous garantie de tenues ras-de-la-touffe ... font-elles plus pour la femme qu'un voile destiné à dissimuler les corps d'yeux malveillants? La malveillance est attisée d'autant plus par le corps galbé et charnel de la femme. Raison de plus pour inverser la donne et glorifier le caractère moral de voiles aux conséquences vertueuses: aimer la femme pour ce qu'elle en impose, et non pour ce qu'elle expose? Pas sûr que les grosses dondons envoilées attirent la concupiscence des jeunes mâles en rût, dans notre chère France des droits de l'Homme un peu majuscule ...
La vérité est qu'une burqa choque pour ce qu'elle nous rappelle la condition de la femme talibane, où esprit critique et liberté d'opinion ne sont pas du dernier cri de muezzin.
La vérité est qu'un voile choque pour ce qu'elle contraste avec nos idées personnelles de la France: ces jeunes filles en fleur aux jupes portées par le vent, ces petites rues bien franchouillardes d'une époque où le drapeau tricolore signifiait encore quelque chose pour l'étranger.
La vérité est qu'un voile choque parce qu'il symbolise le résultat carrément inverse d'une politique d'intégration, prônée autrefois par les libéraux en mal de main d'oeuvre bon marché, ignorée de nos jours par des politiciens dépassés par les événements et plus aguerris aux questions de pouvoir d'achat que de civilisation.
La vérité est que ces saintes d'autant-plus-voyantes-qu'elles-ne-se-laissent-pas-voir se mélangent peu à la foule des fromages blancs et restent le plus souvent en comité restreint, sous l'autel protecteur de la famille ou des amis eux aussi immigrés. Isolement, méfiance, défiance.
La vérité est que la question de l'immigration n'a jamais été réglée cartes sur table; qu'elle a été imposée en termes de politique de regroupement familial et décidée pour des raisons pas très catholiques, pour la cause: une main d'oeuvre bon marché, qui plus est venant d'une population largement issue de sympathisants pro-FLN autrefois en lutte contre un territoire désormais rétributeur.
La vérité est qu'il n'est jamais facile de composer avec des moeurs différentes voire contradictoires, et que l'immigration en masse d'un prolétariat condamné à des métiers de bas étage ne contribue en rien à une éducation suffisante pour apprendre à vivre ensemble. Dédicace aux donneurs de leçons humanistes qui peuvent d'autant en parler qu'ils n'auront jamais à essuyer ces bancs d'école en chute libre de résultats.
Pas d'humanité sans humanités, dixit Hugo pour qui un livre ouvert est une prison fermée. Peu sûr qu'une Playstation remplacera jamais le rôle éducateur d'une leçon de choses littéraire. Du voile incriminé au projet de civilisation à incriminer, il ne devrait y avoir qu'un pas de géant que quarante années de vide politique sidéral ont su élargir.
La vérité est que le discours des droits de l'homme n'est accepté que pour autant que l'homme en question nous ressemble en particulier et se distingue de l'autre, le barbare en puissance que l'on ne connaît pas et que l'on ressent pas le besoin de connaître sur notre propre sol de naissance. Sauf devant le fait accompli, pour le meilleur comme pour le pire.
La vérité est qu'il est parfois difficile de cohabiter lorsque nous ne sommes pas les décideurs de notre propre logement. Promiscuité qu'il s'agit d'accommoder par quelques discours fumeux en trompe-l'esprit, à grands coups de droit de l'hommisme commode et d'intégration depuis longtemps désintégrée par des quartiers regroupés sous forme d'ethnies tribales.
Et la civilisation, dans tout ça? Et l'émancipation des individus, dans tout ça? Sûr que le string ne risque pas d'être porté au pinacle par le premier petit homme de France. La vérité est la situation française nous dépasse depuis longtemps, et qu'il s'agit de s'y accommoder dans l'attente d'un grand projet commun. Lequel? Mais suis-je donc bête: la liberté, l'égalité, et la fraternité!
En attendant l'harmonie finale et l'arrivée de la paix sur Terre, gageons que les quelques excitations pauvrement rhétoriques de l'avant-soirée européenne auront su faire gagner quelques points de sympathie pour la forme, à défaut de convaincre un problème qui nous fait toucher le fond.
Que veut la France? Pourquoi en sommes-nous là? Que faire pour demain? A part trouver un boulot, se dégoter une âme soeur potable et éviter l'accident de charrette avant la cinquantaine bien sentie, le doute est profond quant aux moyens de justifier le débat sur la burqa et caetera.
Aux formations de légions de la vertu noirâtres, permettez une préférence marquée pour l'oeil d'esthète à tendance voyeuse mais pas trop perverse. Dédicace au technologique "Seventeen" de Ladytron, ou la formation industrielle de jeunes filles empruntées en défloraison systématique:
Goût hérétique de pêcheurs occidentaux condamnés à l'huile bouillante? Allez savoir. Tant que l'oeil envieux ne tourne à l'acte pervers, nous voila sauvés pour un temps. Le temps passé ensemble, pour le meilleur et pour le pire. Mieux vaut quelque chose plutôt que rien, nous dira-t-on en guise de consolation. Amen. Dédicace à la condition juive, pour finir cette ode à la différence pas indifférente.
F&H
Publié le 30/05/2009 à 19:50 par schangels
La photo: Franck Ribéry. Ex-messin de raison, ex-boulonnais de coeur. Content pour l'autre, indifférent pour l'un.
C'est donc signé pour un an de plus, dans le bas-étage des petits stades aux petits matchs ... non pas qu'ils soient tous grandioses et inoubliables à l'étage du dessus, loin s'en faut; mais la manne des droits TV ne fait jamais trop de mal aux petits clubs en mal de recettes les fins de mois.
Note: pas un mot polémique du journaleux de service Sébastien Vuillaume, correspondant sportif du FC Metz pour notre canard boîteux local du Républicain Lorrain. Pas un mot sur les histoires bancales d'impayés de fin de mois, pas un mot sur la sorte de lutte des classes de riches installée dans les vestiaires grenats depuis quelque temps, semble-t-il ... connivence, ou ignorance? Incompétence ou complicité de silence, c'est selon.
Mais le mal n'est pas là, en ce lendemain de dernière journée où le Grand Est a pris un sale coup de gnaule frelatée dans la musette. Ni Metz, ni Strasbourg n'auront retrouvé leur place attitrée après un an de purgatoire liquéfiant. La cause? Une autre sorte de connivence venue du Nord, après que les Sang-et-Or du RC Lens aient laissé échapper trois points lors de l'avant-dernière journée. Trois points pour qui? Pour les voisins Boulonnais, pardi! Un joli service rendu à ce petit port nordiste, un petit miracle offert par le gros lensois au petit voisin de Bouligne-sur-Mer.
De la peu gracieuse accusation de débilité consanguine à la copulation nordiste fertilisante, il n'y a finalement que l'espace d'une saison ... de la banderole insultante des Boulogne Boys à la montée incroyable des boys de Boulogne, il n'y a qu'une centaine de kilomètres de distance.
Comme quoi les petits arrangements entre amis ne font jamais de mal aux amis; parole de Ch'tis. Le Grand Nord qui pavoise, avec pas moins de quatre clubs en Ligue 1 version 2009-2010 (Lille, Lens, Valenciennes, et Boulogne-sur-Mer). Le Grand Est qui compte ses deux plaies ... Comme quoi l'ancien pacte germano-autrichien du Mondial 82 a repris des couleurs vives près de la mer du Nord, en cette fin de saison où bien des gros bras ont été dé-boulonnés. Mais qui pour s'en indigner, sinon le président du RC Strasbourg écoeuré par ce petit jeu de dupes de la dernière heure?
Pas de doute que l'Alsace-Lorraine aura bien joué avec le feu au point de cramer leur saison, que le coup de pelle derrière la nuque ne sera pas venu d'une autre paluche que de la leur ... mais tout de même ... rageant pour le Grand Est, autre région victime d'un effet Ch'ti qui aurait la bonne idée de se faire plus discret à l'avenir. Merci pour nous, les grands du petit Est où seul le club au chardon surnagera parmi l'élite l'année prochaine. Voire Sochaux, mais on ne parle décidément plus du même Est si ce besoin est.
Qui donc lavera l'Alsace de cet affront, sinon le voisin Derrick et son mythique larbin de service à la touffe blondine? Paix à son âme et ses boulettes de viande. Rappelons-nous au bon souvenir de maître Horst docteur ès déprimes de début d'après-midi; un moindre réconfort, par ces temps qui courent contre nos fanions:
Fahne hoch? C'est du propre! La Fricadelle a gagné une bataille sur le Bretzel, certes. Patience ...
F&H
Publié le 23/05/2009 à 00:06 par schangels
Une de plus, tout au moins ...
... à force de jouer avec un feu qui n'a rien de sacré, le club aura fini par brûler ses dernières cartouches de la saison 2008-2009 et épuisé son dernier espoir de remontée directe. Un minimum syndical même pas satisfait, au final. Un sacré gâchis, à défaut: des adversaires directs toujours assez polis pour perdre ou ne pas gagner lorsque Metz ne faisait pas mieux dans le même temps. Des nuls ou défaites accumulées à la pelle chez d'autres équipes pourtant moins étoffées: nuls de dernière minute à Boulogne ou à Vannes, défaites amères à Troyes ou Clermont, défaites étouffantes à domicile contre Boulogne (en août dernier), puis contre ... le même Clermont il y a un mois à peine. Trop de points lâchés entre-temps, et malgré toute la bonne volonté de concurrents directs pas mieux lotis. Un championnat au trio de tête un peu moins instable que le groupe des grenats blafards. Voilà tout, pour une fin des haricots qu'on n'a pas fini de sentir côté digestion incommodante. Accident industriel, un de plus. Et pas à moitié, cette fois. Le pire dans l'histoire de club, de mémoire de supporter de l'avant-dernière génération.
... une saison de plus à végéter dans l'enfer nauséabond de la Ligue 2 et ses matchs si souvent insipides, où l'écho trouve droit de cité dans les travées d'un stade souvent désempli et les cris d'enfants invités de force par groupements de cars entiers dissimulent tant bien que mal le vide d'un désamour en progression constante.
Traduction: Metz a osé gâcher ce soir sa dernière chance d'une énième ascension en Ligue 1, la seule à l'image de son palmarès et son histoire. Terrassé face au petit Ajaccio, qui plus et après six matchs d'affilée sans pouvoir décrocher une moindre victoire. La tâche n'avait pourtant rien de plus rude que lors des deux derniers supplices à domicile: 0-0 face au dernier de la classe, avant un 1-1 miraculeux face au 18e. N'en jetez plus. Le Graoully ne crache plus de feu et plus rien de sacré ne brûle autour de Saint Symphorien. Morne plaine.
Et maintenant? Un budget encore réduit de 15 à 11 millions d'euros. Une misère qui laisse croire à quelque bonne recrue flairée de dessous les fagots. Une ancienne tradition des années 80 et 90, perdue entre-temps pour d'improbables mercenaires synonymes de gabegie fatale: Padovani (accident industriel), puis l'Ukrainien déprimé Skatchenko, le Polonais transparent Zewlakov et le Coréen tout pourri nommé Han (gloire éphémère d'un Mondial 2002 trompeur) témoignent de cette absence de flair devenue chronique. Des actionnaires qui ne resteront pas pour la bonne odeur huileuse des casse-dalle made in Steinhof; pas plus que Serin, l'actionnaire principal de la métallurgie qui promettait plus qu'un nouveau stade et dont le nom de famille ne rimera pas plus avec philanthropie que mécénat. Des joueurs cadres forcément sur le départ: Cardy, Barbosa, Agouazi, voire le gardien helvète Vailati qui promettait pourtant ...
Et l'avenir? Un avenir qui sent plus celui de l'AS Cannes ou le Stade Lavallois que celui du RC Lens ou du ch'ti de Boulogne. Au mieux: végéter en Ligue 2 une saison de plus, en attendant quelque investisseur séduit par le plan d'Eau ou la place d'Armes (soyons fous: par le Centre Pompidou, tant qu'on y est). La fin d'une ère Molinari qui laissera sur un gros point d'interrogation: gestionnaire avisé ou thésaurisateur frileux, tout compte fait? Autant le sage italien forçait le respect pendant les périodes malignes où de juteux recrutements façon système D (Pirès, Pouget, Blanchard, Song, Isaïas, et j'en passe des plus anciens qui mériteraient bien leur bout de ligne) donnaient le meilleur à peu de frais. Puis vint l'accident après le zénith: une place de premier ex-aequo en 1998, à deux buts près; pas grave, car venait le petit Helsinki en guise de sandwich finlandais pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Une tuile, au final, pour une équipe de Metz revue à la baisse et incapable de faire la différence face à si faible adversaire. Le début de la fin pour la clique à Meyrieu: baisse dans le classement (pas difficile non plus, après avoir touché le plafond français), baisse dans le niveau de jeu ... jusqu'à l'impensable cataclysme d'une relégation historique (au sens péjoratif du terme, s'entend) en mai 2002. Après le pseudo-cataclysme lepéniste du premier tour des pestilentielles, et juste avant le séisme tricolore d'une pitoyable élimination au Mondial asiatique: un entre-deux grenat qui virait au cramoisi à l'odeur rance. Première relégation, après plus de 40 ans de bons et loyaux services continus en première division. La suite logique d'une descente aux enfers que notre Graoully n'avait pourtant plus l'habitude de fréquenter; l'ambiance du Quai de la Seille allait si bien à notre dragon favori, les soirs de fête populaire où l'odeur de bière Amos se conjuguait à celle des frites grasses pour mieux faire poireauter durant les bouchons solennels de sorties bien arrosées.
Et maintenant? Une ambiance morne, des gradins qui sonnent creux, des vieux toujours cons mais dont les affirmations péremptoires ne sont même plus contestables ... un fond de jeu transparent, basé sur une moindre puissance des attaquants sénégalais et un milieu presque trentenaire en dents de scie. Et Pouliquen, dont le ton et le métier promettaient tant et apporteront si peu au final? Si peu, pour le moins: deuxième année consécutive en Ligue 2, du jamais vu depuis plus de quarante ans côté Saint Symphorien. Et demain? Une gueule de bois vermoulue qui suinte déjà la crainte des lendemains de dettes à honorer.
Je me souviens d'une époque où, enfant joufflu aux idées préconçues mais toujours rêveuses à souhait, je ne pouvais imaginer que mon club grenat ose descendre et déshonorer la flamme orgueilleuse de son dragon d'emblème. Aucune raison de s'inquiéter pendant si longtemps, depuis les Bocandé, Kurbos et Micciche jusqu'aux Kubik, Calderaro, Gaillot et autres Pirès toujours assez forts pour assurer l'essentiel et offrir quelques plaisirs du samedi soir. Autre époque. Le temps d'une autre ère où le nom de Bosman ne disait rien à personne et les recrutements juteux n'étaient pas réservés aux seuls plus riches.
Saint Symphorien va sonner creux, encore, quitte à laisser la voix la plus forte aux inconditionnels grincheux à qui on ne la fera jamais. Foutus Cassandre de service que l'avenir ne risque pas de faire taire de sitôt. La Lorraine n'est vraiment plus grenat. La faute à un équipage qui coule en terre corse. Le signe d'une décadence progressive, inaugurée depuis un rendez-vous raté avec la Ligue des Champions puis confirmée avec la rénovation des tribunes Ouest-Est (syndrome récurrent de futurs résultats médiocres; demandez donc à Caen et Nancy version fin 90) et entérinée hier soir. Où est l'abîme? Déjà là pour beaucoup de supporters sans doute prêts à trouver un nouveau passe-temps les vendredis soirs d'hiver.
La Lorraine est rouge et blanche, qui va le rester encore un temps. Le chardon pour emblème régional, voilà qui a de quoi faire mal au postérieur délicat de frêles pèlerins sur leur chemin de croix de lorraine. Faute de mieux, côté Saint Symphorien.
Quelques souvenirs de poche, avant de panser l'avenir pas rose:
Un soir purement historique, où le mémorable gardien Michel Ettore avait pu s'enquérir auprès du goguenard Schuster du jambon promis par la grande gueule allemande devant la presse d'entre-deux matchs.
Après le meilleur européen, les deux trophées de Coupe de France version 84 et 88:
Kasperczak à la barre et Laguerre aux soins (lequel entraînera le club local de Mondelange par la suite, pour les connaisseurs du coin), pour un vendredi soir capable de faire oublier une période sidérurgique peu glorieuse.
Une finale vue de mes yeux vus, contrairement à la première plus vieille de quatre ans. Une belle victoire face à un promu alors dévastateur, avec en prime une pointe écossaise nommée Eric Black et que les pépins à répétition auront gâché le séjour lorrain. Bien dommage, mais thank you so much for l'égalisation ...
Et maintenant? L'heure de dormir, avant de se réveiller ... en Ligue 1. Plus tard. "Ma Lo-rrai-ne est gre-nat ... et elle le res-te-ra" ... Quelqu'un aurait-il du feu sur lui, par hasard? Prière de partager, merci. Pour une fois que le stade avait trouvé musique d'introduction des troupes à la mesure du spectacle, celui-ci s'en est allé avec les derniers espoirs d'un kop condamné à l'extinction de voix provisoire. Tant pis pour le fond, insistons une dernière fois sur la forme ... honneur au diabolique "Hells Bells", contrepartie messine du Van Halen marseillais et autres "coronnades" venues du Nord:
D'autres sons de cloche sont à prévoir, du côté de la Seille. Sans doute quelque chose de pourri, sinon de légèrement avarié dans le royaume grenat; quelque courroux dans les vestiaires ou des fins de mois douloureuses à honorer. Bruit de couloir, rumeur colportée par un ami fiable et membre des Génération Grenat. La vérité tombera sous peu, avant même le passage des croque-morts de la DNCG.
Un moindre réconfort de circonstance: ne pas oublier que le football est un opium populaire destiné à diluer la conscience des masses dans une béatitude puérile qui stérilise toute velléité de résistance face à un Etat potentiellement oppresseur et oppressant. On marxise comme on peut, certains soirs où le ciel est bas. Et vive la démocratie participative ... et merde.
F&H
Publié le 04/05/2009 à 12:00 par schangels
(Cible en vue, ci-dessus: la ville de Łódź, située dans la voïvodie ou division administrative de ... Łódź. Simple; tout le contraire de la prononciation. Pour situer la ville, encore plus simple: visez la fléchette sur le plein milieu du pays)
Mélangeons quelque peu les neurones aux hormones, ou le sec à l'humide l'espace d'un billet à l'odeur slave et pour le plus grand bien d'une âme (?) et d'un corps (!) enfin réunis sous l'autel du charme si sensuel.
La Pologne ("Polska gola", pour les intimes du ballon rond sans silicone), ou l'autre pays injustement méconnu de la spiritualité devenue bouclier civilisateur alliée à la beauté si racée des filles du pape. La Pologne, ou ce petit bout de terre fertile en idées vives si souvent menacé dans son identité par deux gros voisins trop pluriséculaires aux coudées franches et pour le moins fracassantes. La Pologne, ou ce trésor de splendeurs enracinées qu'il m'est à nouveau donné l'occasion d'admirer le temps d'une conférence bien moins enivrante. Pour des yeux extérieurs, du moins. Certes, mais que ne ferait-on pas au nom de la science pour moitié intéressée à ce qui l'entoure, pour l'occasion ...
Considérant la caution semi-spéculative que ce blog est censé apporter à la population virtuelle, autant laisser une moindre trace de ce que j'irai baver proprement au milieu de quelques philosophes, linguistes, psychologues et cognitivistes sûrs de leur fait réunis l'espace de 3 jours à Lodz. Ecrivez: Łódź. Prononcez: "Woudj".
Voici, pour la caution riche en concepts aussi lourds que le métal silésien:
Titre:
"Au-delà du mythe fregéen. La valeur des valeurs logiques"
Résumé:
Deux des principaux thèmes sont examinés dans cet article, à savoir: les mythes de l'objectivisme et du subjectivisme en philosophie du langage, d'une part; le concept de vérité en philosophie et dans le langage, d'autre part. En un mot, l'objectif est d'utiliser les valeurs logiques comme de simples objets algébriques au sein d'une approche information-théorétique de la signification.
Un des mythes les plus marquants de la philosophie analytique contemporaine est l'"Axiome de Frege" paru dans [1], et tel que Suszko l'a baptisé dans [8]. Il a été décrit par Prior de la façon suivante (dans [5]):
"La théorie à laquelle le nom de Frege est spécialement associé est une théorie qui a de quoi passer pour assez fantasque, exprimée d'ordinaire comme une théorie en vertu de laquelle les énoncés sont des noms de valeurs de vérité."
Par opposition à ce mythe objectiviste des valeurs de vérité selon Frege, une résurgence des idées de Peirce a insisté sur le rôle de l'usage en vue de déterminer la signification des expressions dans un langage. Le résultat de cette division théorique est une opposition générale entre deux conceptions de la sémantique: une sémantique référentielle réaliste (Frege, Davidson), selon laquelle la signification d'une expression est donnée par son référent; une sémantique anti-réaliste basée sur l'usage (Dummett, Lorenzen), selon laquelle la signification d'une expression dépend de la façon dont elle est utilisée au sein d'une discussion dépendante du contexte.
Cela veut-il dire que l'avantage formel de la calculabilité (vérifonctionnalité, définitions récursives), qui prévalait dans la sémantique référentielle, devrait être abandonné par quiconque rejette le mythe fregéen de la signification? Cet article veut répondre par la négative: un espace libre existe pour une sémantique formelle basée sur l'usage, où la valeur logique d'un énoncé n'est pas son référent présumé mais l'information qu'il transmet. Appelons "Sémantique des Questions-Réponses" (symboles: SQR) la sémantique formelle correspondante ([6]): une logique multivalente non-fregéenne située dans la lignée des produits de matrices (Jaskowski in [3], Prior), où la signification d'un énoncé est un n-uplet ordonné de réponses fermées (oui ou non) à des questions correspondantes. Le procédé technique est une sémantique algébrique composée de valeurs logiques, mais les concepts classiques de vérité et de fausseté sont rejetés dans le métalangage et remplacés par deux valeurs basiques de l'affirmation (oui = 1) et de la dénégation (non = 0).
Si la pertinence d'un modèle théorique s'évalue en fonction de sa capacité explicative, un échantillon de problèmes philosophiques sera présenté afin de justifier la pertinence de SQR. Il comprend:
(a) la signification de la négation logique, ainsi que son rapport étroit avec la théorie des oppositions (in [4]);
(b) les forces illocutoires et l'analyse logique des actes de discours (dénégation, implicature scalaire in [2]);
(c) le changement de signification, et l'utilisation d'opérateurs dynamiques pour des ensembles de croyances (in [7]).
Notions clefs:
affirmation, changement de croyance, dénégation, implicature, négation, opposition, SQR, valeurs logiques
Références
[1] Frege, G.: "Negation", in M. Black and P. T. Geach (eds.), traduction des Philosophical Writings of Gottlob Frege, Blackwell, Oxford (1960)
[2] Horn, L.: A Natural History of Negation, Univ. of Chicago Press (1989)
[3] Jaskowski, S.: "Recherches sur le système de logique intuitionniste", in Actes du Congrès International de Philosophie Scientifique (1936), 58-66; reprinted in S. McCall (ed.), Polish Logic (1920-1939), Oxford University Press (1967)
[4] Moretti, A.: The Geometry of Logical Oppositions, thèse de doctorat, Université de Neuchâtel (2009)
[5] Prior, A.N.: Time and Modality, en part. Ch. 6, Univ. d'Oxford (1957)
[6] Schang, F.: "Truth-values are not the whole story (A question-answer semantics for paraconsistent speech-acts)", Proceedings of WCP4, soumis.
[7] Schang, F.: "Belief revision from an algebraic perspective (A four-valued dynamic doxastic logic and its applications within n-valuation)", Proceedings of LOCCOL08, à soumettre.
[8] Suszko, R.: "The Fregean axiom and Polish mathematical logic in the 1920’s", Studia Logica 36(1977), 377-380
C'était la caution.
Côté cour: une moindre visite de la ville, malgré le mal que l'on peut en dire en termes de quartiers insalubres ou de pollution coriace due au passé lourdement industriel du coin. L'avenir dira si cette ville plantée au beau milieu de la Pologne mérite le détour pour d'autres raisons qu'une conférence de philo-linguistes à forte coloration cognitiviste semi-modérée ...
"Alles klar", pour ce qui est du résumé ci-dessous? J'en doute, mais ne doute pas que la question ci-contre profite au bien acquis il y a peu sur Deezer: une petite perle germanophone signée par des électrons libres made in Outre-Quiévrain au beau milieu d'un billet sur la Pologne. Vive l'Europe, d'autant plus si elle se fait en talons aiguilles et lingeries si saillantes:
(Note explicative, rapport à l'histoire douteuse de lingeries ci-dessus: le clip officiel a été "désactivé sur demande" ... de puritain(e)s sans doute scandalisé(e)s par les jolies poulettes aimantées par une barre de fer centrale dans le clip officiel; vache maigre, ici, et une pauvre image centrale faute de mieux ...)
Préciosité stylistique ... quand elle vous tient au point d'étouffer le bon sens et l'inspiration sincère. Un problème que n'a pas connu cet autre sujet d'étude à venir si humain, plus grave et vibrant qu'une "simple" affaire de signification formelle. Fin du billet polonais, en attendant donc cette autre question autrement plus consistante et si compliquée à débrouiller parmi le flou ambiant du brouillard mancunien:
Qui fut réellement Ian Curtis? Ou pour taper dans l'os mou des vitreux de Paris Première: fut-il plus que CE qu'il fut? Comprenne qui voudra comprendre ce qu'il veut. L'apanage des questions où le ton fait toujours plus que la musique et dénude le roi au point de lui faire choper une grippe porcine en moins de deux coups de vent mexicains.
Manchester. autre ville industrielle aussi enfumée que le fut Lodz, à sa façon. La Factory et Tony Wilson en moins, pour le moins ...
Tentative de réponse hypothétique à la fin du périple, en vue de régler un problème de portée existentielle et bien matérielle (celle-là).
"Pozdrawiam serdecznie"
(traduction de la maison: F&H)