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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
01.05.2008
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Nancy dernière

Posté le 01.05.2008 par schangels
Une fin de soirée occul(te), parmi d'autres.

Petite revue détaillée d'un moment passé hier soir aux côté de deux amis masculins, conclu au fond d'une salle branchée obscure dans un des cafés-boîtes de Nancy. "La Place", pour ne pas la nommer ni donner le nom de sa rue Stanislas où la trouver. Un phénomène classique chez moi et qui me donne l'impression de jouer l'extraterrestre effacé au milieu des humains émoustillés. Une impression de transparence et de néant existentiel pour qui sent ne rien pouvoir apporter à personne à cet instant, et surtout pas à lui-même. Un mauvais rôle inaccepté, vidé de toute substance et sans consistance à l'appui. Mais pourquoi me suis-je retrouvé dans cette boîte électro-house aux allures de boîte de sardine pailletée, sorte de lieu chébran où la jeunesse fêtarde se donne rendez-vous pour se gigoter sur des airs à qui on ne la fait pas et font balancer la tête d'arrière en avant comme une poule sur son pied à bascule mécanique? La musique: des mixtures indigestes ou pudding rythmiques où l'on mélange le Nutella aux cornichons. L'ambiance: une soirée célibataires ce mercredi soir, où les bras numérotés des volontaires servent à créer sur place des couples sur mesure. Bon Dieu que l'endroit me semble mal approprié pour ce que j'attendais de cette soirée joviale et rigolarde. Mais on ne discute pas des goûts et des couleurs lorsque l'on laisse les autres décider pour soi: on suit, et vogue la galère. Une putain de galère une heure et quelques durant, où le bar m'a servi d'accoudoir en attendant que je trouve une raison de rester sur place plus longtemps. Un genre de soirées où le son est si braillard et perçant qu'il est impossible de se parler sans se déchirer le larynx et nécessaire de raccourcir les phrases au point de ne plus rien dire.
Pourquoi parler, aussi et surtout? Un genre de soirée pour prédateurs où il ne s'agit pas de parler, mais de chasser le gibier en terre giboyante. Un gibier dans les deux sens du sexe officiel, puisque les filles lorgnent aussi bien et tout autant que les "mecs" à qui on ne la fait décidément pas. Une mascarade sacrée où chacun doit afficher sa coolitude et ne surtout pas faire grise mine pour espérer attraper un morceau de jambon sous un quelconque bas de cocagne. Un jeu de dupes où personne ne l'est d'emblée. Bizarre, trop bizarre.

Une bonne soirée pour bon nombre des protagonistes en place, à n'en pas douter; une atmosphère pas pesante mais un tantinet artificielle pour quiconque se sent comme un éléphant dans un magasin de porcelines ou un prolétaire chez des fins de race.
Une vodka orange; un regard par-ci par-là, pour passer le temps qui ne passe pas; une jeune proie à la chemise blanche décolletée ... puis me casse et moins vite fait qu'attendu, comme toujours dans les soirées où l'on finit par attendre une bonne surprise qui ne vient pas.
Toujours cette gêne lors des processions nocturnes où luxe, boucan et volupté s'emmêlent les pinceaux pour faire tomber les biffetons, descendre les braguettes pour les plus chanceux enivrés (ou pas) et jouer des apparences entre deux poulettes entreprenantes (mais jamais trop, stratégie oblige).
Se trémousser ou jouer la transe mystique devant les autres, ces inconnus avec lesquels je n'ai aucune envie de faire acte de connivence? Trop dur, trop fatigant de penser à rien au point d'entrer en communion avec toutes ces ouailles suintant la chaleur moîte, perlant la vapeur d'alcool fort surtaxé et secouant les billets de vingt euros devant le serveur-machine. Comme l'impression de se déshabiller en pleine salle de réunion ou de se tripoter le noeud en place publique. Encore qu'il y ait moins à perdre pour le tripoteur cynique et désengagé dans tout que pour le salarié stressé des bureaux encravatés.
Mais cela n'enlève rien à mes propres processions électroniques dont je raffole tant du côté des VNV Nation, Covenant ou Front 242 plus mécaniques que rythmiques et, surtout, tellement moins sensuels et décontractés dans leurs apparences de guerriers du son concentrés sur leur tâche rituelle. Le son, rien que le son et un retour de chacun sur soi-même.
En l'honneur de ce son déshumanisé dont je ne me lasse pas, un passage par le terrible "Standing" de VNV Nation (chair de poule à la 34e seconde):

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suivi de leur propre effet d'"Illusion", bien plus calme et tendre mais surtout emblématique de la femme qui court après une image qui la fait courir à sa perte personnelle. Une métaphore magnifique telle que j'interprète ce clip, de suite:

Image ou texte alternatif



Au nom de toutes ces filles magnifiques qui nous envoûtent de leurs parfums sucrés, maquillages aguichants et talons clinquants que les soirées comme celles d'hier soir me donnent à voir, le temps d'un passage furtif au pays des vivants qui s'oublient sans oublier de paraître pour d'autant mieux en jouir.
Trop dur pour moi, ce jeu des émotions calculées. Une mauvaise distribution des rôles, ou un rôle de bigot insupportable pour qui considère les boîtes comme un lieu de retrouvailles pour dragueurs et gueulards invétérés. Comme s'il était impossible de faire le bien sans être le bigot d'une église ou de faire le bon sans être le kéké d'une boîte. Impossible d'accepter ces jeux de rôles à valeur d'institutions étouffantes. Je passe. Un problème de ton sur un autre ton, rien de plus. Un épiphénomène: le poids d'une institution de la joie au contre-effet paralysant et dont nos vies sont pleines. Un moment de contrariété, un goût d'inachevé au milieu d'une fin de soirée insipide. Une erreur dans le programme, comique sinon pathétique. Je passe.

Note à benêt: C'était là le dernier de mes billets avant une interruption prolongée d'une dizaine de jours. La raison, très bonne au demeuré: déplacement au Canada pour cause de conférence à Québec sur le tryptique fatidique Langage, Pensée, Action. Puis une petite virée sur Montréal et un retour au bercail avec des souvenirs et photos sans photos-souvenirs pleins la besace. Traduction: à la revoyure!


F&H

Contre-labeurs

Posté le 01.05.2008 par schangels
Hommage soit fait aujourd'hui, en ce jour de 1er mai où l'on éteint les machines et pose le marteau-piqueur pour se reposer en famille. Pour ma part: je prépare une conférence à venir pour le Canada, plus précisément Québec, avec Greg Restall, da Costa & Cie en guise de lectures sur la question de la négation et des actes d'acceptation et de rejet au sein des inférences logiques.
Serais-je donc en train de travailler en ce jour de farniente symbolique? Non, je ne travaille pas, pas du moins au sens où le mot "travail" devrait être pris pour restituer la symbolique première de ce jour férié couleur rouge métallique.
Le terme "travail" vient du latin "tripalium", qui signifie "trois pieux" et désignait un instrument de torture caractéristique d'un bon nombre de tâches laborieuses et harrassantes. C'est à ces victimes du travail à la chaîne, des labeurs interminables et de l'exploitation d'un temps jamais libre que je consacre ce billet modeste et associe ce jour de la Fête du Travail considéré comme libération provisoire des bras au service du reste: l'amour des siens, la cogitation synonyme de dignité à trouver ou retrouver loin du casse-tête quotidien des regroupements grégaires ... j'ai cette chance de ne pas avoir à m'user la paume des mains et à ne pas user ma santé à petit feu; j'ai cette chance d'être payé pour des tâches 'tectuelles qui n'ont pas vocation à me détruire mais, tout au contraire, à embellir et parfaire quelques-unes de mes préoccupations personnelles. Du gagnant-gagnant dont les victimes du travail au sens propre, roboratif et lobotomisant n'ont pas la chance de profiter, et j'en ai encore conscience.
Hommage aux gueules cassées, aux morts des grisous et des suicidés du stress, à tous ceux qu'une activité sans fin précise et synonyme de leur propre fin a finie par prendre pour de bon et retirée du domaine de l'humanité. Avec ou sans majuscule, peu importe.
Je n'aurai pas l'audace high-post-moderniste de marquer le coup par un tube envoûtant des Charlots ou de Henri Salvador; pas de "Merci, patron" ou de "Le travail, c'est la santé" pour consacrer la partie musicale de ce billet symbolique. D'autant moins que la seconde de ces évocations du travail comme labeur aliénant ne sut y répondre que par une lézardise typique du sudiste ventripotent, spécialiste du Ricard posé sur la bidoche entre deux parties de belote ou de pétanque et pour lesquels je cultive l'indifférence la plus manifeste. Les pêcheurs de l'Antiquité avaient su trouver d'autres passe-temps entre deux voyages en mer, loin de ces paresses débilitantes synonymes de "temps de cerveau humain disponible" proche de celui du spectateur moyen de "Attention à la Marche". J'opterai donc bien plutôt pour un tout autre souvenir sonore, celui de Killing Joke et d'un "Love like Blood" porté sur le mythe néo-réaliste du travailleur besogneux d'un temps révolu. De par chez nous, en tout cas:

Image ou texte alternatif



Quand certains partent spéculer sur la paraconsistance au Canada, d'autres n'ont d'autre recours que de passer des yaourts sur un tapis automatique ou de serrer des boulons dans des usines à la chaîne. J'ai conscience de cet écart, et cela ne changera rien à l'affaire.
Bonne fête à ceux qui en ont besoin. Point, sans faucille ni marteau reposés et remplacés depuis belle lurette par le clavier et la synapse.


F&H

Futuribles

Posté le 28.04.2008 par schangels
De quoi est fait le futur, ou mieux: où se situe le futur par rapport au présent et au passé? La logique voudrait qu'on la situât après tout le reste, et peut-être a-t-elle raison malgré de forts soupçons posés depuis Einstein et la mécanique relativiste par l'interdépendance de l'espace et du temps. Mais ce n'est pas dans ces eaux arides (?) que ce billet veut s'immerger. Il s'agit plutôt de revenir sur un exemple de mixture sublime entre temps réel et temps vécu et que le cinéma américain sait nous donner par à-coups.
Je ne peux m'empêcher de coucher quelques idées imprécises, alors même que je viens de mater pour une seconde fois de ma vie ce moment (imprécis par excellence) qu'est "Donnie Darko" ... sans doute une impression partiale, quelques accointances toutes personnelles avec Drew Barrymore (productrice de ce film, svp; loin de son rôle débile dans les Trois Pas Drôles de Poufiasses).
Un concentré de tendresse, d'inquiétude et de réflexions métaphysiques sur le rapport entre le temps, l'avenir et la conscience.

Je n'arrive pas à trouver la "logique" de ce film, pris en tenaille entre deux interprétations distinctes: toute l'intrigue de ce film n'est que le produit d'une imagination et d'un temps vécu d'une conscience, celle de Donnie; ou le retour final vers le début de l'histoire (la chute du moteur à réaction dans le chambre de Donnie) fut-elle la volonté d'un Donnie maître des couloirs du temps? Après tout, le réalisateur fait remonter le calendrier des 28 derniers jours de Donnie avant la fin du monde, tandis qu'un moteur à réaction lâche dans le ciel et signe la fin de la mère et la petite soeur de Donnie ... jusqu'à ce qu'il décide de modifier l'ordre des choses et de préférer sa propre fin à celle des autres? Donnie, sauveur du monde? Mais depuis quand aurait-il ce don, et quel rapport temporel entre le crash du moteur et l'ordre des événements? Difficile de comprendre les choses lorsque la succession des événements part en sucette complète.
De deux choses l'une: soit le héros a découvert le moyen de remonter le temps pour sauver sa Gretschen tout juste écrasée par un "anonyme" de la fiesta improvisée chez lui; soit l'ensemble des événements accumulés pendant le film n'a jamais occupé un autre monde que celui de l'imaginaire très privé de Donnie. Mais des raisons de suivre une voie ou l'autre sont apparues entre-temps: comment Donnie a-t-il pu rencontrer son ami imaginaire, Frank le Lapin (alias: le jeune artiste dessinateur qui a écrasé Gretschen vers la fin du film), et le découvrir blessé à son oeil avant même de lui tirer dans l'orbite? Un jeu d'avant et d'après auquel le cinéma SF nous a habitué depuis belle lurette, mais le hic vient ici de la nature des faits passés, présents et futurs dans ce film de mon anthologie. Pure invention d'un seul esprit qui rêve cette histoire complexe juste avant sa mort? Pourquoi Donnie finit-il son existence hilare sur son lit, heureux pour quelle raison? Comment expliquer que le moteur à réaction qui tua Donnie provienne de l'avion dont sa mère et sa petite soeur étaient les passagers, de retour du concours de danse? Gretschen n'a-t-elle jamais connu son prétendu amoureux schizo-parano, et les troubles mentaux de Donnie sont-ils la véritable raison de ce jeu métaphysique sur la nature du temps et la prédestination des événements par un fluide incolore que Grand-Mère la Mort aurait intuitionnée dans sa jeunesse religieuse?

Ce film pose bien des questions pour lesquelles je ne vois qu'une réponse approximative: qu'il est impossible d'expliquer la nature de l'ensemble des événements, entre produit d'une imagination ou action sur le temps physique d'un être surhumain et capable de jouer avec le temps. Chaque scène peut admettre les deux interprétations du film, entre transformation du temps réel et création du temps vécu de la conscience. Saurait-on comment cela s'est-il produit que l'on n'en saurait pas plus sur le pourquoi du déroulement: ce film a-t-il un sens, hormis sinon de tourner la logique newtonienne du spectateur en bourrique?
Ce film mérite d'être vu et revu ne serait-ce que pour trouver réponse à ces questions. Et pour d'autres thèmes abordés tout au long et qui jurent avec l'Amérique actuelle:

- la thérapie de la peur et son gourou de Patrick Swayze: peur vs. amour, ou une lutte des contraires ironique étant donné le rôle de la menace de l'Autre dans l'effort de guerre américain via les chaînes Fox, CBS, CNN. Quand on sait le lien causal entre la parano de la violence aux Etats-Unis et la politique sécuritaire du gouvernement, le pouvoir de l'amour sur la peur version 1988 fait donc tache et tâche avec le jeu de la peur mondiale version 2001. Son discours manichéen mériterait d'ailleurs d'être revu de plus près et plus au sérieux, malgré la condamnation en règle à laquelle le vouent à la fois Donnie et sa pédophilie criminelle
- sur la prédestination des événements, et le "plan directeur" incarné par les fluides incolores qui dirigent chaque individu: le prof de physique et boyfriend de Barrymore n'a pas tort de rétorquer à Donnie qu'admettre la détermination consciente des faits suppose que l'on puisse y contrevenir, sans plus de suite dans ces idées, hélàs;
- quel message global du film: un trou dans l'espace-temps véritable, ou ce fameux trou de vers n'est-il rien d'autre qu'une sorte de "couloir de la mort" synonyme de temps vécu (pas celui qui intéressait le physicien Stephen Hawking, donc) et analogue aux 21 grammes perdus par chaque homme juste avant sa mort?
- Donnie est apparemment l'assassin de Frank, l'artiste dessinateur tué d'une balle dans l'oeil lors de l'avant-dernière scène; cela veut-il dire que Donnie vit la fin de sa vie à rebours et que cette scène précède dans le "temps réel" toutes celles où le Lapin apparaît avec son oeil déchiqueté par la balle du révolver?
Conclusion: Donnie a-t-il bel et bien remonté un couloir du temps par ce fameux "trou de verre", afin de sauver la vie de Gretschen? Ou toute l'histoire n'est-elle que le produit de son imagination hyper-accélérée, à l'instant immédiat et intermédiaire entre sa vie et sa mort?

Quand est le futur? Après le présent, par définition, mais on sait ce que les physiciens répondront quant à la version pétrifiée à tort des moments du temps?
Autre question pas si débile: Où est le futur?
Certains ont évoqué la possibilité de "plis" dans le temps, c'est-à-dire de moments futurs retrouvés dans le passé et similaires à des cas de "déjà vu"; d'autres prétendent plus scientifiquement que le voyage dans le temps exigerait un appareil capable de se déplacer plus vite que la lumière. Et quand bien même: en quoi aller plus vite que la lumière permettrait-il de modifier l'écoulement "normal" du temps, voire de le "remonter" afin de revenir à des moments déjà vécus? Vécus par qui, d'ailleurs, à supposer que le temps réel ne soit qu'une illusion collective? Difficile à croire, car le bon sens reste coriace. Tout de même ...
Le temps réel et le temps vécu s'opposent ou s'entremêlent pour nous donner des films aussi pleins de vie (et de mort, donc de vie) que ce Donnie Darko dont j'ai déjà laissé un souvenir de la musique inoubliable ailleurs dans ce blog (cf. Gary Jules: "Mad World").
Pour la peine, Donnie Darko a lancé à sa manière une réflexion émouvante sur les règles du temps et la place de l'avenir et du passé dans notre conscience collective. Où est-il, ce futur, sinon devant nous et toujours là où on ne l'a pas encore vécu? Pour la caution musicale, je me contenterai d'un retour amusé sur les imaginations futuristes dont l'époque optimiste de l'après-guerre était féconde. Une époque où le progrès et la production ne devaient pas avoir de limite pour contribuer au bonheur futur de l'Humanité. Un retour amusé, version Mudhoney. Mais "Where is the Future"?

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La tragédie est d'autant plus belle lorsque l'on croit pouvoir faire exception à sa règle ... sans doute parce que les causes perdues sont les plus belles à défendre. Donnie en est l'exemple, à l'image d'une Amérique que les Franchouillards savent toujours railler de leur haute exception culturelle mais qu'ils s'avèrent incapables d'égaler en matière de réflexions existentielles autres que pleurnichardes ou nombrilistes. Une discussion sur le sens du film est disponible à cette adresse:
http://www.linternaute.com/sortir/cinema/film/dossier/films-incomprehensibles/4.shtml
Merci, Richard Kelly (26 ans à la sortie de"Donnie", en 2001, excusez du peu).


F&H

PSG + RAS = CPE

Posté le 26.04.2008 par schangels
Qu'apprends-je? Qu'entends-je? Qu'ouïe-je de mes deux dessus de lobe? Que ces foutues queues de peloton (ou presque) du PSG (a.k.a. Perte Sans Gloire) réclameraient une prime en cas de maintien miraculeux en Ligue 1?!!!

Puisque la mode est à l'instauration d'un futur Revenu de Solidarité Active: RSA, autant flirter sur les abréviations et constater que c'est un total RAS dans la cuve moisie du Parc des Princes: rien à signaler, d'autant plus lorsque le jeu dépend de "stars" qui n'en ont visiblement Rien A Secouer de l'avenir d'un club qui ne sera bientôt plus le leur, pour la plupart. La solidarité, l'amour du maillot n'existe pas chez les mercenaires du XXIe siècle, si experts pour embrasser le blason de leurs maillots avant de partir deux mois plus tard pour un autre club toujours plus offrant. C'est le "jeu", autour du terrain plus que dessus même.
S'il était besoin d'enseigner la politesse à nos enfants des familles normales, que les parents leur présentent les moeurs footballistiques de notre cher Hexagone et ils y trouveront un contre-exemple monumental. Si la honte et l'indécence ne tuent pas, du moins écorchent-elles bien des oreilles, dont les deux miennes ...
Comment osent-ils, ces glandus incapables d'être à la hauteur des espérances de leurs supporters? Loin de moi l'idée de railler le club de la capitale dont la devise: Fluctuat Nec Mergitur, n'a jamais été aussi mise à mal depuis l'invasion des Huns et le défilé vert-de-gris de nos voisins bottés. Jeanne Hachette et de Gaulle avaient su incarner la résistance face à l'ennemi ... mais aujourd'hui, point de révolte dans les yeux livides de ces joueurs pétés de thune et incapables de faire autre chose qu'exiger encore plus de caillasse en échange d'un sous-minimum non-syndical: le maintien dans une Ligue plus proche de celle du Cancer que des Champions et dont le niveau de jeu rappelle toujours plus celui des pays du Benelux.
Un nivellement par le bas et que ces fêtards pailletés du PSG ne font que confirmer, à leur manière si distinguée. Metz va descendre, c'est fait et j'en suis navré ... mais au moins ont-ils la décence de se faire tout petit en période orageuse et de ne pas faire de changer sur leurs contrats dévalués par de piètres prestations à répétition. Et que dire des Chantome, Mendy et autres Sousa dont la présence sur le terrain tient plus de l'absence que du pointage administratif?
Le symbole Le Guen écorné, l'aigle Pauleta sous-exploité, le bosseur Rothen trop esseulé, le Président Cayzac usé jusqu'à la rotule ... reste ces chers foutus agents de joueurs, véritables symboles du football moderne et dont le propre est d'avoir parfaitement intégré le principe mercantile de la surenchère et de l'offre-demande.

Qu'offrir à des joueurs auxquels on ne demanderait que le strict minimum? Sinon des coups de schlagues ou un CPE collectif pour leur apprendre à vivre et retrouver le sens de la précarité?
Florence a sans doute la solution: ce concentré d'humour pétaradant moins soucieux de son image que de ses textes (dédicace à l'autre pas drôle de fille du Lafont des Chiffres et des Fort Boyard, vraiment pas drôle). J'adhère, donc je diffuse:

Image ou texte alternatif



A force de jouer avec le feu et de prévoir le pire sans jamais y croire vraiment, le PSG jouera très probablement en Ligue 2 la saison prochaine ... avec quels joueurs, quel entraîneur, quel budget, quel objectif à long terme? Cayzac parlait d'une construction sur quatre ou cinq ans il y a encore deux ans, avant de retrouver la Coupe d'Europe et le haut niveau. Ce qu'on appelle: avoir le nez creux. Pauvres supporters, les grillons doivent s'en frotter les ailes de rire du côté de la Canebière ...
Il y a quelque chose de pourri dans ce Royaume de la Ligue 1; comme un manque d'envie, une dévaluation globale du niveau de jeu que l'arrêt Bosman et la mondialisation du marché des joueurs ne peuvent justifier à eux seuls.
PéSGééééé-la-la-la-la-la-la ... Paris n'est plus magique, on le sait depuis longtemps.
Qu'importe, tant que mon cher Graoully retrouve sa flamme ... Le reste? Des salades.

PSG-Auxerre vient de démarrer ... but de Pauleta (encore et toujours!) à l'instant, dès la 3e minute. Opération survie en route, au point de contredire l'ensemble de ce billet? Je ne le crois pas. Paris n'en est pas plus magique pour autant, et l'Aigle des Açores ne suffira sans doute pas à faire oublier la danse des vautours charognards au-dessus du club de la capitale. Une capitale à l'esprit minuscule, cela va en le disant.
Second but du PSG!!! A croire qu'ils veulent me faire mentir ... je maintiens le billet et sa morale, nonobstant cette réaction épidermique d'un gros corps malade de neurasthénie. Il plie et fait plier de rire ... il va sombrer, aussi et surtout. Moins de recettes pour la LNF de Thiriez? On fera avec; la morale ne s'en plaindra pas.


F&H

Misère du Symbolisme

Posté le 21.04.2008 par schangels
Il fut une époque, lointaine, où les traités politiques et philosophiques servaient à imaginer des mondes futurs bien gouvernés et régis par quelques idées bien agencées ... de Thomas More à Cabet en passant par Campanella, pour les utopistes; de Babeuf à Proudhon en passant par Marx, pour les communistes ... à gauche, toute. Sans faire injure aux théoriciens de droite, cela dit, parce que les idées ne sont pas l'apanage de la gauche, loin de là. Retranchez les affirmations lapidaires de toute prétention à l'universalité, et vous obtenez des jugements plus nuancés que l'ambiance kantienne des universaux analytico-transcendantalistes laisse de marbre. Et c'est tant mieux, nonobstant un contenu moins facile à décrypter mais moins simpliste à faire mener par le bout du nez ... mais je m'égare une fois encore, tel le vieux cowboy admirateur du Duc et qui ne peut s'empêcher de pérorer à chaque fin de ligne qui n'arrive pas.
Ceci pour en venir à un chiasme de bon ton, qui semble être la marque de fabrique de ce boboïde faussement gentillet: le maire kiss cool d'une capitale qui plie et finira par rompre, Bertrand Delanoë. Hier, Joseph Proudhon avait rédigé une "Philosophie de la Misère" à laquelle Marx avait vertement répondu par une "Misère de la Philosophie". Aujourd'hui, Mister Bobo J'ai Pas Mal à la Tetê (à force de tout miser sur le pathos, pour sûr) propose un nouveau Symbolisme de la Misère dans notre monde pas gentil: le Tibet et ses dissidents armés de courage comme incarnation de la liberté d'expression face à la machine de guerre chinoise. A quoi j'oserai répondre par une non moins verte (tendance Benamias, à la non-rigueur) Misère du Symbolisme. Mélanchon lui-même doute de la manoeuvre, mais pour des raisons de vieux laïcard poussiéreux qui reviennent à assimiler le bonze à l'imam. Ou l'art de mettre toute religion dans un seul et même sac, ce qui discrédite l'ensemble.

L'événement en question, qui n'est autre qu'un véritable non-événement pailleté: aujourd'hui, lundi 21 avril 2008, sa majestueuse sommité parisienne (tendance Paris Dernière, rapport à la pluie dont il est visiblement l'engence) a déclaré le Dalaï-Lama et Hu Jia citoyens d'honneur de la ville de Paris. S'il est une mission que le premier se devrait de remplir pour faire honneur à son tout frais titre d'honneur, c'est celle de sauver le PSG et jouer le même rôle de dynamiseur de vestiaire que Yannick Noah avant la finale de Coupe de l'UEFA remportée en 1996 ... autre temps, autre moeurs.
Misère du symbolisme, et plutôt trois fois qu'une:

- six ans jour pour jour après un pseudo-cataclysme du 1er tour des érections pestilentielles et son attendue marée noire dans une France déclarée pétainiste par quelques intellos en mal de concepts rigides,
- quatre mois avant de futurs Jeux Olympiques tout à la gloire d'un Empire oriental sur son 31 et trois ans après une défaite amère de la candidature de la ville de Paris aux JO de 2012 (aucun rapport, dira-t-on sans trop de mal, encore que),
- le même jour que celui où le comité national du Parti Socialiste (le sien, pour rappel) lance un grand aggiornamento ayant pour but de délester le programme commun de ses dernières scories marxistes du Congrès d'Epinay de 1971,

B.D. (à colorier de rire) déclare la guerre à la guerre et voue son amour pour la Paix Universelle ... amen.
C'est à une sorte de [pé] phonétique que je pense lorsque je constate ce genre de mascarades médiatiques ... quel intérêt dans ce genre de processions irénistes, et quelle est la valeur d'un acte dont les conséquences sont strictement sans aucun danger pour son protagoniste? Sinon celui de briller sous les feux de la rampe (à laquelle il pourra toujours se frotter pour (se) faire du bien à sa côte personnelle), je ne vois pas.
Il fut une époque où la fraîche République de France avait déclaré l'Américain Thomas Paine citoyen français par excellence en raison de sa lutte pour la cause du nouveau régime à vocation universelle. Il fut une époque où Hugo parlait de corps que l'on pouvait emprisonner mais de consciences malgré tout inviolables, alors que toute opposition au pouvoir en place entraînait quelques séjours de plusieurs années en prison. L'Auguste Blanqui en sait quelque chose, et je ne pense évidemment pas que les geôles chinoises diffusent Paris Première derrière leurs barreaux. Mais peu importe à notre Bertrand si gentil et si propret, qui ne risque pas de les fréquenter après un tel coup d'éclat façon Ultra Brite.

La morale de cet ensemble n'est pas de condamner aux oubliettes toute action prétendûment politique dès lors qu'elle n'est pas provocatrice ou risquée. La morale est simplement de remettre l'église au milieu du village, pardon: la mairie au milieu de la place ou le cerveau au milieu des affaires publiques, laïcisme oblige. Il y a les causes perdues, souvent nobles pour ce qu'elles ont de tragique mais de digne; puis il y a les causes d'autant plus indignes qu'elles sont imperdables et reviennent à lancer un référendum sur la paix dans le monde. Un peu de questions plus pesantes, je vous prie, crottes sous la semelle du monde oblige ... car que sommes-nous, nous les Français, sinon des coqs sans odorat et qui nous égosillons sur le purain de notre propre condition? Faut-il le rappeler pour y gagner en humilité.
Questions quizz, donc ... Qui sait quoi du Dalaï Lama? Qui a entendu parler de la sédition persistante des Ouïggours et des aspirations autonomistes globales des populations de confession musulmane à l'Ouest de la Chine? Qui se soucie de l'unité du pays et de son importance pour le Parti Communiste Chinois, pris entre trois eaux séditieuses des musulmans, des Tibétains et des Taïwanais? Qui s'est demandé le temps qu'il a fallu pour que l'Europe actuelle fasse sienne l'habeas corpus des Anglais, la philosophie des Lumières et le libéralisme politique, alors même que les discours behavioristes du clan Bush en territoire irakien (= "les Irakiens deviendront des démocrates si on les fait voter") sont réduits à l'absurde ici même?
Pas Bertrand, ou du moins fait-il tout son possible pour faire oublier ces détails qui constituent malgré lui le lot quotidien de l'Histoire du Monde. Ratzel est moins connu qu'Ingrid Bétancourt, certes. Et d'ailleurs, pourquoi faire du cas de cette dernière un cas d'ampleur désormais internationale, sans que jamais aucun commentaire ne soit fait dans nos journaux de nos deux sur la cause centrale du mouvement FARC? A croire que, décidément, le manichéisme béat a la dent dure. Tout l'art est de ne pas tomber pour autant dans le cynisme le plus indifférent en retour.

Aux socialistes de coeur (et surtout de raison) qui lisent ce billet: lisez Pascal Boniface, géopolitologue officiel directeur de l'IRIS et qui fut membre du PS avant d'en démissionner pour ses complaisances communautaristes; ou encore Hubert Védrine, bien plutôt que d'écouter ou, pire, de lire Delanoë et Royal: les uns pensent avec leur tête lorsque les autres pètent par leur cul, faute de mieux sans doute. N'a pas réfléchi sur l'alter avant d'ambitionner pour son seul ego qui veut, certes.
Laissons-nous aller à cette danse commune des lendemains qui chanteront, lorsque des fleurs pousseront sur le canon des chars et que la démocratie d'opinion finira par l'emporter pour de bon sur le vieil idéal des opinions démocratiques.
Rien de tel qu'une telle humeur moqueuse pour rappeler au souvenir d'une bien bonne chanson pop-ulaire: "Sowing the Seeds of Love" des Tears for Fears (1990), sortie quelques mois avant le début de la Guerre du Golfe et la fin des illusions de fin de l'Histoire à la Fukuyama.

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Et pour finir sur le même ton et la même époque, un non moins excellent souvenir utopiste de REM avec un "Shiny Happy People" aussi peu prophétique que le précédent:

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Peu importe l'issue, tant que le bon goût musical est là. Quant au bon goût politique des éclats médiatiques, c'est l'apanage de la Nouvelle Vague post-marxiste que de surfer sur sa vague. Delanoë à l'Elysée en 2012? Chouette, Metz aura droit à sa plage improvisée et ses artistes techno-branchouillards déversés tous les week-ends via le TGV Est.
Un dernier détail, qui sera le mien: lisez Badiou et son discours de l'avenir communiste dans "De quoi Sarkozy est-il le nom?" Il rappelle au souvenir des idées qui déterminent les actions, lorsque les caméras s'éteignent et que l'on remballe les sachets à cotillons et paillettes. Delanoë ou l'emblème moderne de la Florence décadente. Panem et Circenses ... et mon trident de gladiateur dans ton derrière, tu le sens? Patience ...


F&H

Fictions pulpeuses ...

Posté le 05.04.2008 par schangels
... ou presque, tout juste assez pour faire un "bon" jeu de mots et noter la parenté frappante entre Tarantino et ce qui suit.
AVIS à tous ceux qui n'ont pas encore vu le film "J'ai toujours rêvé d'être un gangster" et souhaitent le voir bientôt: sautez ce billet, allez voir ailleurs.

Pour les autres: je profite d'une bouffée d'air pour tenter une sorte d'appel d'air pur, vers un "autre" cinéma français. Pour peu que j'en connaisse en amateur superprofane, j'ai eu ce plaisir de mater mercredi dernier le dernier film de Benchetrit et ne le regrette pas. En gros: un mélange de paumés au milieu d'un univers de bitume triste à mourir, le long d'autoroutes insignifiantes et de chantiers toujours en construction. Des âmes errantes au milieu de ce désert gris, qui tentent de braquer ce qu'ils peuvent avec la volonté neurasthénique qui leur reste. Une atmosphère lunaire, donc étouffante et jouée par des martiens. Ambiance ...
Des histoires, un filmage, des acteurs, des pieds de nez.
L'histoire, ou plutôt les histoires: un chassé-croisé à distance entre plusieurs histoires de braqueurs ratés pour qui la vie est l'occasion de se remuer un tant soit peu, mais sans violence ni méchanceté aucune. Edouard Baer se prend un poteau introductif, les kidnappeurs se gavent de cornflakes devant le spectacle amusant de patineurs casse-gueule, Bashung et Arno règlent leur contentieux en diplomates fatigués, puis la bande à Rochefort constate avec effroi le temps qui passe (à noter la présence de l'italien Venantino Venantini, l'homme de main de Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs) et tentent un dernier braquage qui termine en eau de boudin hilarante. Hilarante mais triste et tendre, comme l'ensemble de ce film à sketch dont le clin d'oeil au Pulp Fiction de Tarantino est évident.
Autant je m'étais emmerdé comme un rat mort devant ce grand film yankee dont on me promettait tant ... autant je me suis régalé devant ces fictions franciliennes qui remuent la pulpe tout en douceur. Pas de violence gratuite dans ce film, malgré le titre annonciateur du contraire; pas de leçon de morale ou de mission humanitaire, contrairement à une quasi-tradition française qui assume le rôle messianique que d'aucuns attribuent encore à notre pays.
Enfin: un film français qui produit des acteurs attachants et sans déchirures psycho-dramatiques dégoulinantes à tout bout de champ, le tout agrémenté de quelques scènes savoureuses ou le réalisateur s'amuse entre du cinéma muet (cf. la scène du braquage de la future serveuse, dans la scène 2) et des images fixes dans le style du documentaire policier (cf. la scène de la barrière d'autoroute, dans l'Epilogue).
Enfin des gueules qui ne l'ouvrent pas pour rien dire ou presque rien, le tout enrobé d'un dialogue minimaliste mais qui sait tirer le jus maximal des acteurs à chacune de leur intervention. Comme si la parole de la serveuse Mouglalis avait du poids bien senti, comme si l'annonce de Baer qui va pisser en attendant que la même serveuse lui prête attention avait des airs de paradoxe abyssal.
A croire que ce réalisateur cultive l'art de faire simple, ce qui est sans doute très compliqué derrière une caméra.
Et puis: ce choix sublimant du noir et blanc. Pour rappeler aux vieilles heures glorieuses des titis braqueurs parisiens du père Audiard? Ou plus simplement, pour donner à ces histoires des allures historiques qui rappellent les films des temps de guerre mondiale et leur donnent un air magnifié, plus sollennel? J'ai toujours cette même impression, que les images en noir et blanc présentent un autre monde plus valeureux que celui banal de notre monde moderne trop plein de couleurs ... impression mi-tragique mi-dramatique donnée par ces "couleurs" binaires et tristes, sans doute.
Pour les détails techniques de ce film: demandez à la spécialiste du genre, Sijavéssu (cf. Mes Blog Préférés). Juste un coup de coeur, ici, parmi tant d'autres qui ont déjà vu et apprécié ce morceau de choix.
Les acteurs ont du style, de la présence, des dialogues au compte-goutte, des voix de mi-écorchés mi-fatigués ... un régal sur pellicules. Autant s'en remettre une tranche, avant de revenir au quotidien multichrome:

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Qui a dit que Drew Barrymore n'était pas le nom idéal pour un cheese burger? Ca ne veut rien dire, et ça en dit beaucoup pour cette raison précise.
Bref, du bon cinéma très suggestif. Merci Samuel (si je puis me permettre). Pour un réalisteur dont le père était serrurier, on peut dire qu'il a trouvé la clef ...

Et tant que l'on parle cinéma, je profite de l'occasion pour faire un double hommage: un premier à Edouard Baer, de bon ton puisqu'il est un des gangsters majeurs (donc très mineurs) du film que je cause ici bas et dont l'apparition furtive dans un autre monument a fait mouche (sur ma face, tout au moins). Extrait choisi et de choix:

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Extrait du film "Les Clefs de Bagnole" de Laurent Baffie, gigantesque bide du cinéma français mais qui reste à mes yeux une jolie déclaration d'amour au cinéma et à ses techniques drôlatiques. La preuve? Ce début de film où Baffie tente de convaincre les meilleurs réalisateurs français pour subventionner son projet. Un régal, telle la mousse de Capuccino autour des lèvres:

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Moralité: allez donc voir Mouglalis, Baer & Cie, sans oublier un petit détour par la première location de vidéos venue. Une pizza + un Baffie et un Russo: la tête à Toto. Promis, juré ... Car "le cinéma est une grande famille", hé hé ...


F & (bonne) H

La cause dans l'effet

Posté le 24.03.2008 par schangels
On peut se demander ce qui excite à ce point les hormones mâles (et femelles, désormais) et produit autant d'adrénaline dans le football. Tout dépend de la façon dont les choses sont présentées, comme toujours: de même qu'une femme peut n'être jamais qu'un corps recouvert de tissus adipo-musculaires et de peau épidermique à protubérance mammaire, de même le football peut être réduit à un jeu dont le but consiste à pousser une balle derrière une ligne blanche ... autant dire très peu de choses, si on la présente sous ce descriptif ridicule.
Mais il va de soi que la femme est beaucoup plus qu'une apparence anatomique, et le foot beaucoup plus qu'un jeu de ballon. Le mérite essentiel dans les deux cas réside dans ce que l'"objet" produit comme fantasmes, rêveries et bonheurs fugaces. Celui qui pratique le football sait le plaisir que suscite un puissant tir qui fait trembler les fillets du but adverse ... une institution locale faite de supporters de base, de rivalités brutales et de savoir-faire artistique. Impossible de comprendre ce ressenti, tout comme l'eunuque ne pourra jamais comprendre le plaisir de faire l'amour faute d'instrument minimal et de sécrétions cérébrales possibles.
Qui saura expliquer combien il faut d'intelligence spatiale et de sens du jeu pour décocher une passe millimétrée au milieu d'une défense aux abois? Combien il faut de prévoyance pour trouver la profondeur idéale afin de passer le ballon selon la trajectoire idéale du receveur? Combien l'art d'organiser un système de jeu demande une connaissance de l'adversaire et donne à la victoire une valeur souvent ignorée du béotien spécialiste dans le sarcasme anti-beaufs ...
Deux façons de voir ce sport dont je reste fasciné, aussi bien pour les pulsions qu'il provoque que pour la science du jeu qu'il contient en gestation. Pour les critiques, régalez-vous de ceci:


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Pour les amateurs de foot et de spéculations, régalez-vous de cela:


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Pour les autres: passez votre chemin et trouvez les auteurs de mes citations, elles attendent encore pour la plupart d'entre elles ...

F&H

Blanc comme Néant

Posté le 24.03.2008 par schangels
A se demander à quoi sert un parti politique ... pour ceux intéressés par la politologie, ou science politique, quelques auteurs ont tenté de définir la chose et montrer qu'il n'est pas inutile de glisser le billet dans la fente le temps de soirées paillettes. Selon Julien Freund ou Raymond Aron, les partis politiques sont des groupements d'intérêt commun dont le but déclaré est de proposer un système d'organisation global de la vie en société. Les sujets traités sont à l'échelle du territoire à gérer, bien sûr, et la façon de gérer une voirie municipale n'est pas l'apanage de la droite ou de la gauche. Quelques trivialités de bon aloi, ici, avant de passer à d'autres trivialités pourtant passées sous silence. Et même pire: quelques trivialités érigées en nouveau mode de gouvernance. Ou lorsque mon cul devient un poulet fermier élevé au grain qui enraye la mécanique.
J'ai voté Bayrou lors du premier tour des élections 2007; non pas pour le personnage ou son programme, faute d'en avoir vraiment un. Simplement par impure stratégie de blocage des deux gros partis en place, PS et UMP en face-à-face de culs bénis réunis. Mon idée de base, à l'époque: voter pour Bayrou permettrait de perturber les résultats des deux partis principaux en présence, et d'éviter à la fois l'adoubement d'une pitoyable Jeanne d'Arc pleine de faux bons sentiments maternels ou le sacre d'un petit excité plus soucieux de son nombril que de l'avenir de son pays. Pas de jugements de facilité, s'il me plaît: il est d'autant plus aisé de railler le Petit parvenu aujourd'hui que son projet de relancer le pouvoir d'achat est un échec.
Mais là n'est pas mon problème, ni l'objet de ce billet: l'objet est plutôt celui de comprendre ce qui anime ce fieffé Modem sans fief. Que veut Bayrou et ses potes, à la fin, et comment veut-il y parvenir si tant est qu'il veuille autre chose que la chute de ses ex-amis de la droite républicarde?
La présence de Fifi les Grandes Oreilles au second tour aurait eu le moindre avantage d'éviter la dérive de la surenchère et le clivage des tendances qui droitières qui gauchères au final. Installer le centre pour la finale aurait ainsi permis de trouver un autre créneau principal que la sécurité dans les banlieues ou le SMIC à 1500 euros (mêmes bruts), c'est-à-dire: aurait évité de tomber dans les solutions de facilité démagogiques sans garantie et sans lendemains qui chantent. Sauf pour les croyants et militants de tous bords, ce qui revient au même.
Conclusion: j'ai voté blanc au second tour, incapable de choisir entre la Poitevine trop bonne pour être franche et le Neuilléen trop hyperactif pour être réfléchi. A quoi bon? A rien, sinon un geste de civisme gratuit pour les autres puisqu'il revient à pisser dans un violon. Peut-être finira-t-on par admettre que voter pour personne ne signifie pas voter pour rien. La chose aurait aidé pas mal d'électeurs du second tour de 2002, lorsqu'il s'agissait de simuler la pince à linges sur le nez afin d'éviter le retour de la dictature fasciste. Comme quoi les personnalités de la politique et du show-bizz ne prennent pas leurs électeurs pour des adultes responsables, sans quoi ce genre d'excès rhétorique n'aurait pas lieu d'être.
Que se passerait-il si le vote blanc devenait candidat fictif mais à part entière? Le FN n'aurait sans doute jamais rassemblé autant de votes contestataires sur son dos; un moindre soulagement pour tous ceux plus soucieux de l'image de la France dans le monde que de l'état d'âme d'un prolétariat laissé à l'abandon par la gauche socialiste boboïsée. La solution: le Modem? Ni gauche, ni droite, sans être nostalgique de l'OAS et tout en louant pour certains le souvenir d'un MRP oecuménique? Tu causes bas, François ... bas des pâquerettes et ras la moquette, lorsque tu prétends révolutionner les pratiques politiques par un discours du vide dysentérique. Union avec la gauche par-ci, alliance avec la droite par-là. Acceptable pour des élections municipales, lorsqu'un maire est élu et s'occupe de la gestion de la piscine du coin plus que de la question stratégique du Kosovo ou du Tibet. Mais après, je veux dire: plus loin que les villes et au niveau de l'Etat? Une gestion prudente, une réunion de personnes compétentes, dit-il sans préciser ce qu'il entend par ce terme on ne peut plus flou.
Flou: la marque de fabrique d'un parti orange aussi clair dans ses intentions que les oranges ukrainiennes il y a peu de cela. Rappelons au plus grand nombre que la politique consiste avant tout à proposer un système de gestion général d'une cité sur la base de principes moraux et économiques communs. La mondialisation et la fin des idéologies aidant, le discours se recentre toujours plus et le paysage politique français ressemble toujours plus à celui du Bundestag allemand. Certes: autant éviter la démagogie des solutions radicales et miser sur la prudence décisionnaire. Mais jusqu'à quel point: oublier les principes qui justifient la relance du pouvoir d'achat ou le soutien des capitaux des petites entreprises; oublier le rôle de l'immigration dans le monde du travail et la question de l'identité française, si tant est qu'elle soit autre chose qu'une sorte d'inconscient quotidien; oublier la mission que la France s'attribue dans le monde actuel et les relations qu'elle veut entretenir avec les principaux acteurs du monde actuel, des Yankees à la Chine en passant par le Proche-Orient? Rien de tous ces détails apparemment mineurs n'ont jamais été abordés par ce gentil suiveur giscardien et dépositaire de l'Europe unie de Schumann. Celui dont la maison-musée se trouve à quelques kilomètres de ma chère ville de Metz (Scy-Chazelles, pour être précis), passée à gauche depuis une huitaine de jours mais dont le séisme politique ne se justifie que par la désillusion générale des porte-feuilles et manigances politicardes ...
Tout ceci pour rappeler que quelques spéculateurs plus ou moins oubliés tels que Julien Freund ou Raymond Aron avaient fait de la politique une science dirigée vers un but bien défini; à croire que la fin du bloc soviétique et l'écroulement de la classe ouvrière en France a mis fin aux discours tranchés pour laisser place à un milieu mou timoré, plus lâche que prudent et plus indécis que jamais sur ses orientations premières.
A choisir entre rien et quelque chose de désagréable, j'avais fait mon choix au premier tour. Puis le choix du vote blanc au second, faute de trouver autre chose de plus crédible. Ce pays n'a pas de projet, pas d'envie, pas de courage. Sinon celui de renier 1968 dans les quartiers de rupin et de faire de la gauche une grosse guimauve pour bobos amateurs de peinture néo-cubiste. Il ne suffit pas d'être prétendûment compétent, sieur Bayrou: il s'agit de savoir quelle route prendre lorsqu'on est agile du volant. La compétence n'évite pas d'aller dans le mur lorsqu'aucun itinéraire bis n'existe à proximité. La raclée de la semaine dernière a montré tout au moins qu'il ne suffit plus de proposer "autre chose" et de prôner la troisième voie pour être entendu.
Troisième voie? De garage, certes, mais sans doute pas une troisième façon de penser l'économie, les institutions ou la géostratégie d'un pays. La véritable victoire d'un Modem mi-figue mi-raisin signerait la véritable victoire d'une pensée unique définitivement soumise au marché unique et à la loi du plus offrant sur le marché mondial. L'option d'un juste milieu social-démocrate ou, mieux, social-libéral est trop simple pour être vraie si elle veut concilier la compétition mercatique à la charité chrétienne. Pas évident que l'on trouve mieux d'ici loin, mais pas sûr non plus que se soumettre à un principe d'économie politique sans plus jamais le remettre en doute soit un signe de vitalité.
Et le vote blanc, dans tout ça? Il ne sert à rien, n'a rien de très respectable mais sert tout au moins de réponse claire et nette pour tous ceux soucieux de faire le geste électoral sans en attendre rien en retour. Pas certain que la prise en compte de ce vote lors des suffrages ait d'autre intérêt que celui d'éviter le vote des extrêmes, pour tous ceux gênés par la chose: le danger de ne voter pour personne risque d'avoir pour effet une relance du discours démagogique dans les partis majeurs et un jeu de la surenchère qui n'aura pas d'autre conséquence que celle que le compte du vote blanc devrait servir à éliminer: la déception, la colère, le dégoût.
Vote blanc ou pas, le vote sera nul tant que l'électeur n'aura pas ce qu'il obtient et, surtout, ne saura pas au fond pour quel résultat il vote Tartampion plutôt que Chepraleu.
Quand le gros comique disait entre deux sketchs gouailleurs que la démocratie revient à "causer toujours", il avait raison et la majorité le savait bien sans trop le prendre au sérieux. Quand Malraux disait que le véritable homme politique est celui qui sait prendre des décisions contre la volonté de son peuple et dans l'intérêt général, il avait raison et tous les gaullistes l'ont d'autant plus applaudi que c'était un temps où les Français faisaient encore confiance à leur chef incarné. Et maintenant? Qui aime le poker aime sans doute la politique actuelle, le discours pragmatique et la nouvelle gouvernance: une sorte de bluff dont le principe consiste à ne jamais trop promettre tout en caressant le sens du poil d'un électeur moyen prêt à suivre le premier G.O. venu. Gentil Organisateur de futurs lendemains qui chantent mais pas trop fort, si tant est qu'il existe. Tant que ça ne saignera pas et que le frigo ne sera pas totalement vide, tout ira pas trop mal. Merci pour nous.
Au final, pour quel parti se prononcer? Le parti d'en rire, en attendant mieux:

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Solution de facilité, celle de critiquer tout et de faire rien? Certes, mais je n'ai pas mieux à proposer que de constater mon indécision totale en matière de décision à prendre. Sinon celle d'oublier le principe de la gestion de la vie en commun et d'en venir à un libertarisme pour le meilleur et le pire. Mais responsable, tout au moins.

F&H

"Isme" fétiche

Posté le 15.03.2008 par schangels
Les psychanalystes auront leur réponse au fond de nos souvenirs de frustrés ou dans un germe oedipien mal fermenté ...
... quoi qu'il en sera, voilà un "isme" auquel je souscris bon an mal an, loin de toutes ces autres doctrines à tiroir philosophiques parfois gonflantes et souvent ronflantes.
Rien de ronflant ici, puisque je veux parler du fétichisme et de cette tendance dite inconsciente à ressentir du plaisir pour certains instruments, ustensiles ou vêtements féminins. Y a-t-il des femmes fétichistes? Je n'en sais rien, et me contenterai de citer mon propre cas avant de trouver et lire d'autres convives de la génération SM.

Rien de bien violent dans mes chatouillements, cela dit: j'ai un faible prononcé pour les jupes en velours ou tweed gris, bas nylons brun-noir (pas noir, hein?!!), porte-jarretelles (un grand classique, certes), mais aussi et surtout: les talons aiguilles. Pourquoi faire état de ces instruments catalyseurs qui éveillent des pulsions bien agréables? Pour mettre un tant soit peu au clair ce qui suscite autant d'intérêt dans ces détails vestimentaires ... et pour relancer aussi ce blog, laissé en jachère depuis plus d'une semaine à force de tafferies accumulées.
L'illustration, avant une once d'explication: "These Things" du groupe de darkwave californien (quasi-oxymore?!) She Wants Revenge, très inspirant et très inspiré mais plutôt méconnu de notre côté de la France. Réparation d'une injustice somme toute triviale, où Shirley Manson joue de tout son sex-appeal pour maltraiter un "pauvre" Justin Warfield pris en otage par une bombe agressive:

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Je ne parlerais pas de beauté pour évoquer Shirley Manson, dont les yeux plutôt globuleux absorbent le reste du visage mais dont la sacrée présence (voire la présence sacrée) sur scène et la voix enchanteresse feraient d'elle une sorte de Lorelei version techno-pop.
Injustice réparée, donc; toute aussi "triviale" que ces détails accidentels dont les femmes savent user mais qui font souvent l'essentiel de leur charme un certain durant. Un détail, dit-on; le péteur de soie dira que Baudelaire voyait dans le maquillage et autres décoratifs superficiels le propre de la beauté féminine. Ne peut-on être belle sans jouer avec les artifices et faire primer le paraître sur l'être. Ouuuhh ... que des mots, derrière lesquels on trouvera peut-être le souci de la mise en forme et du déguisement censé magnifier un être somme toute normal et ordinaire. Vous avouerez que les seins en gants de toilette d'une nudiste filmée pendant ses courses à la recherche d'un beau poireau pour le déjeuner n'ont pas de quoi faire rêver ou fantasmer l'homme de base.

Un regard furtif, un sourire ou une voix peuvent faire chavirer, pas de doute à ce sujet; mais comment pourrais-je nier que le bruit résonnant d'un talon sur le sol me fait vibrer et trésaillir de plaisir, comme une chaire de poule provoquée par la présence et la prestence du personnage féminin. Rien que des détails, mais des détails qui comptent dans l'imaginaire exacerbé des rêveurs solitaires. Puis vient l'apprentissage de la vraie personne, celle qui se déchausse le soir puis redevient cet être somme toute normal mais dont l'un ou l'une ne saura se passer, talons aiguilles ou pas. Sans doute cet air d'inaccessible femme fatale dont l'imaginaire a besoin pour fonctionner; avant de revenir sur Terre et troquer le glamour pour une ère de compromissions plus civiles.
Le glamour, un privilège de femmes? Pas si l'on reconnaît à chaque individu une part double de masculinité et de féminité. Ce fut vrai pour Jimmy Sommerville, ce fut vrai pour Brett Anderson de Suede ... c'est vrai pour Pete Burns et son "You Spin Me Round" (1985), dont le jeu de coquetterie et d'androgynie amusante (notez le joli déhanchement avant le premier tour de refrain) mérite mon détour:

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Les bruits de botte pour les uns, les talons pour les autres ... et vous?


F&H



L'existentialisme est un anti-humanisme

Posté le 06.03.2008 par schangels
A la vie, donc à la mort. Pour un flirt avec la fin mais sans jamais dépasser la frontière inévitable (le suicide) ... Ambiance:

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Fight Club. Un "simple" film à consommer comme une future clope consumée ... une simple vidéo louée anonymement entre "Mon curé chez les nudistes" et "Les Bronzés 3", un samedi soir parmi tant d'autres soirées pizza-soda qui font roter puis digérer le tout dans une transe béate de futur padré gestionnaire ... non, c'est bien plus; mais on fait comme si c'était autant que le reste. L'habitude de niveler la valeur des bijoux parmi la masse de contrefaçons interchangeables.
Petit coup de saignée pour rappeler à l'ordre ... ou au désordre vertueux, bien plutôt.

Le décor du film, inspiré du roman de Charles Michael "Chuck" Palahniuk et produit par le réalisateur David Fincher: Jack (Edward Norton), employé pour une boîte d'assurance-accident, souffre d'insomnie chronique et ne supporte que moyennement sa petite vie rangée comme un caleçon savamment plié entre deux paires de chaussettes. Pourquoi ranger, et pourquoi se le demander? Le tort d'avoir pris conscience de ce jeu de dupes permanent et de chercher une issue salutaire à son rythme de vie machinal. Capitonné dans un studio hi-tech post-moderne de type IKEA, pour commencer; jusqu'au jour où son appartement flambe et le laisse seul face à lui-même. La cause de l'incendie? Tyler Durden, comme on l'apprendra dans la suite du déroulement. Vendeur de savons et spécialiste du dynamitage artisanal, la philosophie (au sens noble, non frelaté du terme) de celui qu'incarne Brad Pitt et qui incarne la voix intérieure de Jack se résume par ces concentrés de mise en condition nihiliste; pour ainsi dire:

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Tyler Durden, la "petite" conscience très intérieure faite chef de meute au fur et à mesure de la chute brutale et du retour à la vérité vraie: nous baignons dans des illusions et des produits factices qui nous enveloppent d'une dignité apparente.
"Les choses que tu possèdes finissent par te posséder": plus facile à dire qu'à croire, à comprendre ou à tolérer. On peut croire sans comprendre, on peut comprendre sans tolérer, mais on ne peut tolérer sans les deux premiers. La scène de la soude fera basculer le personnage principal de l'autre côté du miroir aux alouettes.
Autre version du même message puriste: "j'ai, donc je suis", ou la fausse affirmation ironique d'un Goldman mercantile non pas mais humaniste tout de même. Ou l'art de croire à la dignité de l'homme même lorsqu'il n'a plus rien parce qu'il estime être encore et toujours quelque chose. Dit-on. Au-delà de l'être et l'avoir? L'anti-humanisme, ou la dignité morbide et active de l'homme qui sait qu'il n'est rien et s'abandonne en conséquence à condition de toucher le fond. Le cynisme du courageux qui assume sa déchéance et dit merde à celui qui le condamne. Respecter qui, protéger quoi et au nom de quoi? Bonne question qui peut faire mouche et surtout mal, mais pas d'inquiétude: billet sans conséquence et qui ne s'autodétruira pas dans les cinq prochaines secondes de votre lecture.

Nihilisme, primitivisme, fascisme, anti-consumérisme, cynisme, machisme ... les qualificatifs en "isme" de mes deux oreilles sourdes ne manqueront pas pour tenter de circonscrire la portée du roman et du film qui en a été tiré; et dont on oubliera la scène punk-romantique finale, où Marla la déjantée lubrique retrouvera son marquis de Sade refoulé moderne pour assister à la destruction des Tours Jumelles. Prémonitoire? Très peu importe, puisque le cinéma a ce défaut d'enjoliver pour ne pas trop effrayer qui les spectateurs qui les maisons de production dépendantes des investisseurs adeptes de la consommation. Retenons du moins la bande son finale et la bonne question sans réponse attendue des Pixies: "Where is my Mind":

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Quand la hyène se mord la queue, elle continue d'avancer en spirale. Mais elle avance, encore et toujours. Debord l'avait dit, parmi d'autres pisseurs de violons: le Léviathan absorbe tout jusqu'à ses propres contradictions internes. Fight Club l'a illustré, aussi bien par le scénario enflammé que par les pompes à incendie qui l'ont accompagné et qui s'appelle l'industrie du cinéma. L'art de transformer la dynamite en savon, pour le coup.

Comme si l'homme descendait du singe sans savoir où aller une fois les pieds posés à terre; nettoyer le terrain au napalm avant de retomber parmi les lianes. Fight Club, ou la transition du singe apprivoisé et descendu de son arbre aux "singes de l'espace".

Quatre passages pris au hasard, éloquents parce qu'ils incarnent ce que j'ai tenté de comprendre dans cette pierre grisâtre:
- la scène de la rencontre entre Jack et sa conscience refoulée, Tyler Durden; un numéro de cynisme exemplaire sur l'ami à usage unique des relations de travail et le conditionnement des citoyens policés, jusqu'au détail près de visages apaisés dans les brochures d'avertissement en cas d'incendie.
- la scène de l'ex-étudiant en biologie, réduit à un sous-appartement misérable et que Tyler va menacer de mort s'il ne reprend pas ses ambitions de vétérinaire en main. Le plus beau jour d'une vie est sans doute celui où l'on frôle la mort. Parole de samouraï déchu. Apprendre à apprécier ce qui devient banal sous le poids des habitudes
- la scène chimique de la soude sur la main: exercice d'application par Tyler avec son moi de surface, Jack, qui doit apprendre à toucher le fond et assumer tout comme Marla sa condition d'être perdu pour mesurer à quel point il est libre; libre de faire quoi, et pour quoi ... pas de réponse, pas même dans la recherche d'une dignité confisquée. Anti-humanisme, un terme qui sonne bien et résumerait assez bien ce besoin d'action désorientée sans but mais sans fard
- le projet K.O. (Chaos?): provoquer les bagarres, libérer les autres de leur retenue civilisée; des exercices d'entraînement pratique à la provocation, à la violence gratuite (pas de but, donc pourquoi se le reprocher) et à la destruction des deux illusions régulatrices de l'homme civilisé: commisération, empathie.

La violence comme expression de la liberté illimitée de faire et défaire ce qui nous entoure, et nous-mêmes par la même occasion. Pas de sens, juste des directions prises au hasard. Se fixer un but, peu importe lequel ... n'importe lequel? Le goût de la vie, à condition de la risquer. A condition, aussi et surtout, d'être persuadé que les déguisements quotidiens n'ont strictement aucune valeur et constituent une perte de temps irréparable.
La bonne cause: celle de servir l'absence de cause, ou celle de détruire les causes illusoires quotidiennes. Servir La cause: la cause perdue, en connaissance de cause. Le nihilisme. Quitte à se lancer dans un gang paramilitaire destructeur, anti-social, voire auto-destructeur? Les limites d'un film sont de transformer en caricature dérisoire ce qui renie d'abord la facilité et ose affronter des questions angoissantes. Mais un film a ses limites, toujours.
Qui osera souffrir pour ressentir la vie, qui osera abandonner ses biens pour trouver son propre salut? Pas encore.

Mais plutôt que de saisir par soi-même ce que des dialogues apporteront bien mieux et sur un plateau, observons le contenu du plateau et faites-vous votre propre idée sur la saveur du produit. J'ai déjà la mienne, et je reviendrai plus tard sur la leçon de ce document sur pellicule. Citons à tout va, donc ...



"Il y a un adage qui dit qu'on fait toujours du mal à ce qu'on aime; mais il oublie de dire qu'on aime ceux qui nous font du mal."
On fait aux autres ce que l'on aime qu'ils nous fassent, malgré les apparences impérieuses du contraire.

"Marla: la petite écorchure qu'on a sur le palais et qui ne peut cicatriser que si on cesse de la lécher; mais on ne peut pas."

"- Quand les gens croient qu'on est mourrant, ils écoutent vraiment ce qu'on leur dit au lieu de ...
- ... t'attendre que ce soit leur tour de parler."

"Si on se réveille à une heure différente dans un endroit différent, pourrait-on se réveiller dans la peau d'une personne différente?"

"La capote, c'est le soulier de ver de notre génération: on l'enfile quand on rencontre une inconnue, on danse toute la nuit, et puis on la balance; la capote, j'veux dire, pas l'inconnue ..."

"Il suffit pas de se mettre une plume au cul pour avoir l'air d'un coq."

"Nos pères étaient nos images de Dieu; si nos pères nous ont abandonnés, qu'est-ce que tu en déduis à propos de Dieu? Tu dois admettre qu'il est possible que Dieu ne t'aime pas du tout. Il ne t'a jamais voulu; en toute probabilité, Il te déteste, et ce n'est pas ce qui peut t'arriver de pire. On n'a pas besoin de Lui; on n'en a rien à foutre de la damnation et de sa foutue rédemption. On est les enfants non désirés de Dieu, très bien."

"C'est seulement quand on a tout perdu qu'on est libre de faire tout ce qu'on veut."

"Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essence, qui fait le service dans des restos, esclave d'un petit chef d'un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues; on fait des boulots qu'on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l'Histoire, mes amis: on n'a pas de but ni de vraie place; on n'a pas de Grande Guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle; notre Grande Dépression, c'est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu'un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars; mais c'est faux. Et nous apprenons lentement cette vérité: on en a vraiment, vraiment plein le cul."

"Faculté d'ignorer totalement ce qui est sans importance"

"Vous n'êtes pas votre travail; vous n'êtes pas votre compte en banque, vous n'êtes pas votre voiture; vous n'êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis; vous êtes la merde de ce monde prête à servir à tout."

"J'avais envie de loger une balle entre les deux yeux de tous les pandas qui n'étaient pas foutus de baiser pour sauver leur espèce; j'avais envie d'ouvrir les vannes de dégazage de tous les pétroliers et de polluer toutes ces plages françaises que je ne verrai jamais; j'avais envie de tout salir d'une fumée bien noire."

"Je suis le sentiment de rejet exacerbé de Jack."

"- T'étais où, là, Schizoboy?
- J'avais envie de détruire quelque chose de beau."

"Oublie ce que tu crois savoir. Arrête de tout chercher à contrôler, lâche-toi."

(Après l'accident de voiture volontaire) "Nom de Dieu! On a frôlé la vie, là!"

"Dans le monde tel que je le vois, on chassera des élans dans les forêts humides et rocailleuses qui entoureront les ruines des Rockfeller Center;
On portera des vêtements de cuir qui dureront la vie entière; on escaladera les immenses lianes qui envelopperont la Tour Sears;
Et quand on baissera les yeux, on verra de minuscules silhouettes en train de piler du maïs ou de faire sécher de fines tranches de gibier sur l'aire de repos déserte d'une superbe autoroute abandonnée."



Pétons ensemble, ô mes frères: le propre de l'homme civil est de fixer des limites à son libre-arbitre, quitte à les inventer de toute pièce. Kant parler de contradiction interne pour distinguer la bonne action de l'ivresse ... il y a des arguments logiques qui, parfois, pourraient ressembler à des prétextes savants maquillés de cohérence. Mais patience dans l'urgence des réponses existentielles: le Prussien a su développer, ne cherchons pas non plus l'autodafé sous le seul prétexte que Tyler sait se montrer convaincant sans rédiger une Critique de la Raison Pure. Technique de la Déraison Pratique, en échange et sans démonstration de cohérence à l'appui. D'où la plus grande respectabilité du philosophe réel allemand sur le personnage de fiction américain. Certes.
La philosophie: ou l'art de n'admettre que ce qui est démontré, quitte à inventer les prémisses.
Sinon? Quitte à assumer les coups salutaires, reste à supporter la douleur. Une affaire de pratique, en partie, mais ne sera pas philosophe qui veut en ce sens bien saignant du terme.


F&H
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