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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
17.05.2008
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Citation du jour: qui a dit ... (9)

Posté le 31.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"N'écoute pas ce que je dis, regarde ce que je fais"

Indice: homme d'idées ...

... plutôt que d'action, paradoxalement. L'homme (autre indice) n'était pas encore sensible à l'idée selon laquelle on agit selon par ce que l'on dit.
J.L. Austin n'était pas encore né à l'époque de cette formule, il est vrai (un indice, encore). Cette citation est un avis de méfiance face à tous les actes de discours prometteurs de lendemains qui chantent, notamment. Dédicace à tous les donneurs de leçons et vantards en tous genres. Une incitation générale à se fier davantage aux actes plutôts qu'aux mots: lorsque l'on passe au second niveau de discours et que le locuteur s'interroge sur les attributions de croyance de l'interlocuteur à sa propre personne ... ce n'est plus du dialogue de salon de coiffure, mais un travail de bluff digne du poker.

Une illustration rapide de cette mise en abîme à l'intérieur du discours: Human League et son célèbre "Don't you Want me Baby". Rien à voir avec les actes de discours, mais le réalisateur joue sur la frontière souvent floue entre fiction et réalité (dédicace en passant à l'excellent "ExistenZ" de Cronenberg, avec Jude Law). Et puis ce morceau me plaît, ce qui fait d'une pierre deux coups:

Image ou texte alternatif




F&H

Liberticide, j'écris ton

Posté le 31.12.2007 par schangels
Ce soir à minuit pétante, les dernières cigarettes seront écrasées dans les cendriers publics ... liberté de bien faire, ou liberticide patenté?
Le sacro-saint débat sur la liberté et ses dérives licencieuses n'a pas fini d'alimenter les feuilles de chou de France et du Benelux.
Pour ou contre: petit tour d'horizon de quelques arguments rivaux, sachant que je ne vois que des avantages personnels à ne plus supporter les fumées épaisses des fonds de bar.

POUR L'INTERDICTION:
- meilleure santé publique
- moins de dépenses de la sécurité sociale pour les frais d'opérations du cancer de la gorge, de la bouche, etc.
- économies substantielles des ménages (le pouvoir d'achat obsède bien Mr et Mme Toulemonde, non?)
- meilleure hygiène dans les restaurants ("dis-moi, connard, ça t'étoufferait d'éteindre ton gros havana qui pue?")

CONTRE L'INTERDICTION:
- défense du plaisir de la bouche (une bonne Marlboro avec un bon petit noir, c'est tout de même le petit bon dieu en culotte de velour)
- protection de la corporation buraliste (que vont devenir les PMU enfumés du matin au soir? les clients vont finir par se voir en parlant, attention ...)
- perte substantielle pour les caisses de l'Etat (80% et des cendres de taxes sur chaque paquet, ça ne disparaît pas sans douleur fiscale)
- la classe, McFly! (qui peut imaginer James Dean, André Malraux, Sartre ou Clint Eastwood alias "blondin" sans le mégot au bec? autres temps plus mortifères, autres moeurs moins dirigistes)
- liberté, liberté chérie!!!

C'est ce dernier argument qu'il convient de mettre en lumière, au milieu des arguments ... fumeux: la liberté consiste-t-elle à décider de ses actions selon sa propre volonté?
Entre volonté et désir, il y a une marge et le philosophard professionnel connaît bien la chanson; si la volonté signifie la conformité de l'intention aux normes de la raison, alors je ne peux pas "vouloir" à proprement parler la défense du tabac en zone publique si les conséquences du tabagisme sont néfastes pour la communauté.
Si vouloir = vouloir le bien de soi et de tous, alors autant interdire:
- l'alcool (même le Bayley's? Aïe)
- les céréales et barres chocolatées pour les gamins, productrices d'obésité qui, je le rappelle, sera bientôt le souci de santé publique n°1 en France (pleins de Fat Boy Slims au pays du cassoulet, on s'y retrouve)
- la télé-dépendance: à bas les soirées bière-cacahuètes pour les mecs, à bas les après-midi "Derrick&Le Renard" pour les mère-grand, à bas TF1 pour les ménagères standards;
- le manque de sport: jogging, vélo et tennis pour tout le monde au moins 3 fois par semaine,
etc, etc.

De deux choses l'une:
- soit l'on veut le bien de la majorité, et l'on oublie notre lyrisme démocratique à deux sous (le "peuple a toujours raison", dit le député; tu m'étonnes, c'est grâce à lui qu'il vit aux frais de la Grande Catin) pour instaurer une technocratie à la Gattaca; un comité de spécialistes de la santé et hygiène mentale décide de ce qui est bien et mal pour tous et dans l'intérêt commun; que demande le peuple?
- soit l'on maintient le droit de ce peuple à disposer de lui-même, et on lui reconnaît le droit de se tromper au point de lui mettre un objet de mort entre les doigts; il existe déjà les volants à cet égard, alors pourquoi ne pas laisser à l'homme le droit suprême d'user de son libre-arbitre?

OK pour laisser aux autres le droit de se tromper, et Rousseau ne disait pas autre chose à son Emile lorsqu'il s'agit de lui donner les bases d'une bonne éducation. Quitte à en payer les conséquences soi-même, et soi seul: plus de couverture sociale pour les cancéreux de la clope, et même combat pour les skieurs hors-piste dont les lubies de frimeur boutonneux coûtent bonbon en déplacement d'hélicoptères? Meuh non! Nous, Français, sommes fondamentalement chrétiens et humanistes et, en cela, jamais nous ne laisserons mourir un congénère à nos côtés. Mais que celui-ci réflechisse un tant soit peu aux conséquences néfastes de ses actes avant d'agir. "Mort aux vaches"? Soit, mais alors démerde-toi si la gorge te gratouille un soir plus que de raison. Et tu seras un homme, mon fils ...

"Liberté", "licence", "libre-arbitre", "licence", "intérêt", "volonté", "désir", "bien commun" ... on n'a pas fini de tripoter ces concepts à partir de demain. Fort heureusement pour l'Etat et la santé publique: le citoyen français a cela de commode qu'il ouvre toujours grande sa gueule avant de la refermer souvent très vite. Qui a dit "Les Français sont des veaux"? Un non-fumeur, je crois ...

"Liberté chérie, j'écris ton nom" ... même si je ne sais pas vraiment ce que tu signifies.

F&H

Citation: qui a dit ... (8)

Posté le 31.12.2007 par schangels
Qui a dit:

''L'amitié, ça ne se dit pas''

Indice: pas un philosophe, du tout.

Ceux qui ont eu l'occasion de jeter le coup d'oeil sur ma thèse connaissent la réponse, puisque j'ai utilisé cette citation en guise de mot de Remerciements au pluriel ("je remercie toute l'équipe, sans laquelle je ne serais rien, etc...")

Ca ne se dit pas, non, sous-entendu que les déclarations d'amitié cachent souvent, sinon toujours, des intentions mal avisées de la part de leur auteur. Pourquoi le dire, si la personne aimée constate suffisamment vos témoignages d'amitié à chaque occasion de la manifester? Sans être aussi radical, l'auteur de cette formule à laquelle je souscris pleinement voulait sans doute dire que la meilleure preuve d'amitié (et pas la seule, donc) est celle qui se montre dans les actes et ne s'étale pas dans le but calculé de faire tomber la larmichette.
Serait-on ici en présence d'un aveu d'anti-performatif (cf. Problème de philosophie n°5)? Ou ne s'agit-il ici que d'une simple question de pudeur dans notre comportement social? Les deux, mon général: la signification d'un acte performatif n'est pas indépendante de ses effets perlocutoires, donc qui déclare son amitié n'ignore pas les conséquences qu'une telle déclaration peut avoir sur son interlocuteur et sur lui-même.
J'ai déjà eu l'occasion d'échauffer sur ce sujet la bile de l'ex- d'un ami, laquelle m'avait reproché de ne pas lui faire de compliments sur sa cuisine après une bonne soirée. Il est vrai que j'avais plus insisté sur son état bien imbibé de fin de soirée, ce qui n'est pas toujours très délicat à l'égard d'une femme ... mais de là à la complimenter sur commande ou, tout au moins, à recevoir une leçon de savoir-vivre mondain: je dis "fuck", et en toute an-amitié.

Parenthèse: (y a-t-il un juste milieu entre l'amitié et l'inimitié, hormis l'indifférence? Ne ressentir ni l'une ni l'autre pour une personne = ? Si quelqu'un me trouve ce milieu neutre, tel le gris entre le noir et le blanc, j'exécuterai un voeu en son nom. C'est dit, donc ce sera fait.)

Pour revenir à la citation ci-dessus, je reconnais que nous ne sommes pas ici en face d'un anti-performatif au sens strict (s'il y a): la plupart de nos actes de discours s'accompagnent d'une condition minimale de sincérité pour être réussis, fort heureusement et sans quoi toute communication serait synonyme de piège à cons; disons plutôt que nombre des déclarations d'amitié, d'amour, de gentillesse et autre paix dans le monde sont rarement, voire jamais accomplies sans quelque arrière-pensée initiale.
Et puisque l'on parle d'amitié, cela me donne une occasion idéale pour glisser un petit Rammstein de derrière les fagots: "Du hast", dont le clip évoque l'amitié virile toujours plus forte que les sourds complots de la vile femelle fiéleuse. Tout un programme; mais on ne brise pas le Stahl aussi facilement, Fraulein ... NNNEEEIIINNN!!!

Image ou texte alternatif



Pour ceux qui n'aiment pas les riffs germaniques bien lourds, vous pourrez toujours passer votre chemin; c'était ça où ''Les copains d'abord'' de Brassens, mais ce dernier ne risque pas de trouver place dans ce blog sinon après quelques retouches façon Perusse (cf. Blagounettes).

Tout ceci me fait penser à une autre citation plus générale, concernant la relation entre les mots et les actes ...

F&H

"Truthmakers": expliquons, avant de répliquer

Posté le 30.12.2007 par schangels
Photo: Platon à gauche, Aristote à droite
Thème: opposition ontologique entre l'unité de l'être selon Platon et la pluralité des modes d'être dans les catégories d'Aristote
Dialogue:
Platon - Tu veux mon doigt?!
Aristote - Non, les cinq ...

Au début de ce mois de décembre pas encore achevé, j'ai soumis un petit article polémique (au sens intello du terme) paru dans un périodique électronique de philosophie anglophone: The Reasoner.
Le sujet concernait les "truthmakers" et la table de vérité proposée par un jeune philosophe anglais, Craig Bourne, en vue de résoudre un vieux problème de logique philosophique bien connu des amateurs du genre.

Problème: à la question de savoir si Aristote considérait le principe du tiers exclu comme une loi logique universellement valable, l'interprétation moderne (de type Lukasiewicz, autre philosophe et logicien polonais du siècle dernier, mort à Dublin en 1956) dit que le Stagirite défendait l'universalité du principe de bivalence et non celle du tiers exclu. J'ai déjà parlé de la bivalence dans ce blog: voir le problème de philosophie n°2 et la "thèse de réduction" de Suszko.
Le principe du tiers exclu est une "loi" logique selon laquelle toute proposition (phrase susceptible d'être considérée comme vraie ou fausse) ou sa négation est vraie. S'il est faux que ma mère est mon père, alors il est vrai que ma mère n'est pas mon père; s'il est vrai qu'il fait froid dehors, alors il est faux qu'il ne fait pas froid dehors, etc. C'était là le thème central de mon mémoire de maîtrise, en passant. Or Aristote a remarqué dans le chapitre 9 d'un de ses ouvrages de logique, "De l'Interprétation" (Peri Hermeneia, pour les hellénistes), que certaines propositions semblent échapper à la juridiction du tiers exclu: celles portant sur des événements futurs et contingents, telles que "une bataille navale aura lieu demain". Si j'évalue cette proposition aujourd'hui et avant que la bataille n'ait lieu, elle n'est pas encore vraie; mais je ne peux pas affirmer non plus que sa négation est vraie, parce que l'événement en question est encore indéterminé.
Moralité: soit l'on maintient la validité du tiers exclu, et l'on tombe dans le déterminisme; soit l'on opte pour l'indéterminisme et le tiers exclu n'est plus une loi logique universellement valable.
Certains philosophes et/ou logiciens ont tenté d'échapper à ce dilemme étriqué, tels Günther Patzig ou Susan Haack. Un problème d'évaluation des propositions complexes, pour le premier; une ambiguïté sur la portée de l'opérateur de nécessité, pour la seconde; sans parler du duo Kneale&Kneale, selon lesquels l'équivoque repose sur une confusion entre les concepts centraux en philosophie du langage de "proposition" et d'"énoncé" ... j'éclaircirai tout cela pour qui le souhaitera par la suite.

Et moi, dans tout ça? J'ai tenté de montrer dans ledit article que la suggestion faite par Craig Bourne reposait sur une équivoque entre deux acceptions du concept de vérité:
- Craig dit que s'il n'est pas vrai (pour l'instant, en tout cas) qu'une bataille navale aura lieu demain, alors il est vrai de dire que ce n'est pas (pour l'instant) le cas que la bataille aura lieu demain
- là où Lukasiewicz attribuait une troisième valeur de vérité indéterminée "1/2" entre le vrai "1" et le faux "0" et considérait que la négation de l'indétermination est toujours elle-même indéterminée: non-"1/2" = "1/2", Craig rebondit et prétend au contraire que le fait de nier un énoncé indéterminé revient à dire quelque chose de vrai: il est vrai de dire que l'énoncé en question n'est pas vrai, dans la mesure où "ne pas être vrai" n'équivaut pas à "être faux" (sans quoi on retomberait dans l'option déterministe ou bivalente: soit c'est vrai, soit c'est faux).
- Craig admet donc une négation non normale pour rétablir la validité universelle du tiers exclu: nier la valeur "1/2" ne donne pas toujours "1/2" puisque l'on obtient la vérité "1", ici.

Tout le monde suit encore, ou tout le monde s'est déjà barré sur un site cochon?
Peut-être qu'un accompagnement musical en fond sonore vous réveillera. Un bon "Flashback" de Laurent Garnier, pour son atmosphère à la fois feutrée et détendue:

Image ou texte alternatif



Je reprends. Craig a donc commis selon moi une confusion des genres en confondant "être vrai" et "dire la vérité": ce n'est pas parce qu'il est vrai de dire qu'une proposition n'est pas vrai que cette proposition est vraie. On joue en quelque sorte sur deux niveaux de discours: la proposition "une bataille navale aura lieu demain" n'est pas vraie au moment où je l'énonce, et elle n'est pas fausse non plus; donc il est vrai que cette proposition n'est pas vraie, dit Craig.
Conclusion: la négation d'une proposition portant sur un événement indéterminé est vraie. On a donc rétabli la validité du tiers exclu, puisqu'il suffit qu'un des deux termes de l'alternative soit vrai pour que le tout le soit également.

Tout est bien qui finit bien? Enfin la preuve que multivalence et tiers exclu peuvent faire bon ménage, à condition d'interpréter autrement la négation logique?

Non! Je dis "halte là": ce n'est pas la négation de la proposition qui est vraie, mais la négation de son assertion, ce qui n'est pas la même chose. Si j'énonce une proposition, je la présente sous le mode de l'affirmation et, en ce sens, je l'asserte parce que je prétends à sa vérité. Pour insister sur la différence entre une proposition et son assertion, j'en suis donc arrivé au thème des "truthmakers", c'est-à-dire ce que la philosophie du langage francophone a rendu par l'expression de "vérifacteurs": ce qui rend vrai une proposition, ou la "chose" qui nous permet d'attribuer la valeur "vrai" à une proposition. Si c'est un fait, et c'est ainsi qu'Aristote envisageait la chose, il faut qu'à une proposition correspond un fait qu'elle exprime pour que l'on soit en droit de qualifier cette proposition de "vraie". Or ce n'est pas le cas avec les événements indéterminés, n'en déplaise à Craig; c'est pourquoi j'ai prétendu que ce qui est vrai n'est pas la négation de la proposition de départ, mais sa dénégation ou négation illocutoire: "je n'affirme pas qu'une bataille navale aura lieu demain", par opposition à la négation propositionnelle ou négation locutoire: "une bataille navale n'aura pas lieu demain".

Conclusion (provisoirement) finale: l'astuce de Craig pour rétablir la validité universelle du tiers exclu ne marche qu'à condition de mélanger les deux types de négation, c'est-à-dire deux niveaux de discours distincts. J'ai formalisé le tout à la façon de la logique des assertions de Bochvar, logicien russe qui avait proposé une table de vérité trivalente et deux négations, externe (illocutoire) et interne (locutoire), dans les années 30-40.

Voila pour l'instant, sachant qu'il sera toujours possible d'attaquer mon approche par un flanc ou un autre. C'est ce qui fait à la fois la richesse et le commerce de la philosophie analytique moderne, après tout.
Je viens de recevoir ce soir le nouveau numéro de The Reasoner avec en prime une réponse critique à mon argumentation par Mark Jago, un jeune philosophe de Nottingham. Je vais donc m'empresser d'en lire le contenu et, tant qu'à faire, de défendre mon bout de gras si convaincu je ne suis pas.
Pour la référence de mon article et celle de mon répliquant, voir l'adresse suivante:

http://www.thereasoner.org/

Vous trouverez mon article dans le vol. 1, n°8 (décembre 2007); la réponse est, évidemment, dans le numéro suivant: vol. 2, n°1.

Excellent ce Laurent Garnier, pas vrai? Pas faux non plus, si vous m'avez bien suivi ...

F&H

Problème philosophique n°5

Posté le 30.12.2007 par schangels
Accumulons les problèmes, en attendant de possibles solutions.

Problème n°4: Y a-t-il des verbes anti-performatifs?

Par "performatif", Austin avait désigné dans son fameux "Quand dire c'est faire" (How To do Things with Words) de 1962 l'ensemble des verbes dont l'énonciation produit une action sur l'environnement du locuteur.
Exemple: la promesse, la déclaration de mariage, la menace de mort, le conseil, la recommandation, etc. sont des actes de discours définis en triples termes d'action (aspect illocutoire) produit par le contenu propositionnel (aspect locutoire) et de son effet sur l'interlocuteur (aspect perlocutoire).
Quant aux "anti-performatifs", ils désigneraient un ensemble de verbes dont l'énonciation produirait un effet contraire au but recherché. Il est peu probable que de tels verbes existent, dans la mesure où le langage a pour but de produire des actes de communication et non de mettre des bâtons dans ses propres roues ...
Cela dit, certaines formules semblent anti-performatives à défaut de leur seul verbe principal. Le cas du cogito semble en être: l'affirmation "Je n'existe pas" n'a-t-elle pas un effet contraire au contenu propositionnel de l'affirmation, si elle force l'interlocuteur à en conclure l'existence de son locuteur? En ce sens, ce n'est pas le verbe mais la forme négative d'un énoncé qui tient de l'anti-performatif.
Autre exemple possible d'énonciation anti-performative: les déclarations d'amour, ou d'amitié. Mon approche est peut-être austère, mais elle consiste à se demander si toute déclaration de ce genre n'est pas contraire aux intentions de leur locuteur. Les vraies attentions aimantes ne se font-elles pas dans le silence, et le sentiment passe-t-il par des actes de discours? Voire ... de même pour les énoncés tels que ''je suis humble''. Le propre de la personne humble n'est-elle pas de ne pas l'affirmer explicitement, auquel cas elle ne l'est plus vraiment?
En somme, les anti-performatifs (s'il y a) correspondraient davantage à des formes négatives ou des contextes particuliers que des verbes principaux, comme ce peut être le cas pour les performatifs.

Référence sur le caractère anti-performatif du cogito cartésien:
Hintikka, J.: "Cogito ergo sum: inférence ou performance?", Philosophie 6, pp. 21-51; traduit par P. Le Quellec-Wolff de J. Hintikka: Knowledge and the Known (Historical Perspectives in Epistemology), pp. 98-122. Imprimé également in "Cogito ergo sum: inference or performance?", Philosophical Review 71(1962), pp. 3-32

Pour stimuler la réflexion sur ce point, voici un morceau dont l'action est le prototype de l'action à direction d'ajustement ... nulle. Prodigy: "Voodoo People" (remix de Pendulum)

Image ou texte alternatif



Je dois la découverte de ce morceau survitaminé au blogueur et écrivain Doriane Purple dont la plume, la musique et les images ne vous laisseront pas indifférent. Son adresse:
http://dorianepurple.hautetfort.com/

F&H

Manifeste contre un ourson

Posté le 30.12.2007 par schangels
Petite dédicace en l'honneur d'un rapeur sacrément bourlingueur ... MC Jean Gab'1.
Je n'aime pourtant pas le rap, ses Merco tape-à-l'oeil et sa mentalité arriviste à tout prix. Ce n'est pas mon monde, tout simplement; ce qui ne m'a pas empêché d'avoir l'oreille attirée par une sorte de titi black parisien.
Il a bourlingué, disais-je: maison de correction en Allemagne, trafics en tous genres (mauvais, s'entend), tentative d'enlèvement de Catherine Ringer en échange de rançon (!) ... l'homme aime jouer et régler ses comptes avec les mots. Ecoutez-le dans ses interviews télévisées, on croirait entendre un personnage tout droit sorti d'un Audiard version XXIe siècle. Le gaillard est violent et ne s'en cache pas ... pas du genre à disserter sur la factivité des verbes d'attitude, pour ainsi dire. Mais après tout, Hume n'aurait-il pas laissé entendre autrefois que la force de l'habitude est déterminante en tous genres? Dont acte, pour le moins.
MCJG'1 est en conflit ouvert avec pas mal de célébrités rapeuses de "notre" France black-blanc-beur, parmi lesquels Joey Star (déglingueur de singes et humaniste pas-tenté) et Booba. "Booba": un bouffon sans grelots dont la voix imite le rachitique du bulbe, ou bien? Je pose la question, c'est juste que ce type me fait plus tristement rire que frémir. Peut-on prendre au sérieux un supposé gangster dont le "staïl" frôle (voire baigne allègrement dans) la caricature? A Jeannot le soin de nous le dire ...
Ecoutez donc ce clip, vous comprendrez le rapport aux petits oursons et vous rappelerez en passant au bon souvenir des dessins animés de notre jeunesse (je m'adresse en priorité aux trentenaires, ici).

Dicton du jour: "le comble du racisme, c'est de tringler ce qui reboute".
La classe, Jeannot! Hommage du fromage blanc à un sculpturiste dont les répliques fusent aussi vite que les balles. En bref: "que du bonheur" (citation de F. Ribéry, j'ai mes sources)

Image ou texte alternatif




F&H

Ne riez pas, c'est un clown

Posté le 30.12.2007 par schangels
(Photo: oncle Peppo a besoin de toi)

Suite à la suggestion appréciable d'un internaute (Cédric, pour ne pas le nommer), ci-jointe l'adresse d'un groupement militant de clowns à poil dur connu sous le nom rassurant de C.R.S. (Clown à Responsabilités Sociales):

http://clownscrs.com/index.php?rub=2

Lisez donc la charte de ces fabuleux illusionnistes bien plus vrais que nature (ils trichent sur l'apparence de leur visage, pas sur le reste), où il est clairement expliqué que le clown ne se veut pas drôle mais apparaît tel qu'il est. Comme quoi la thématique récurrente de l'opposition être/apparaître et le problème de l'oubli de l'être montrent à quel point les clowns et Heidegger trahissent des inquiétudes similaires ... à la différence philosophique près que les clowns jouent des apparences pour mieux nous rappeler au souvenir, bon ou mauvais, de ce que nous sommes.
Autre question autrement subversive: pas mal de photos étalées sur ce site montrent les clowns associés au mouvement anti-CPE de l'année dernière. Alors: le clown est-il socialiste? C'est vrai qu'ils doivent trouver de qui s'inspirer avec Olivier Montebourg, autre clown bien malgré lui ...
Un grand merci à Cédric pour ce document estimable; lequel Cédric a trouvé par ailleurs l'auteur de la première citation (sur la contestation et le capital).
J'attends de recevoir son gage; en attendant de diffuser le portrait de l'heureux devineur, que les autres ne cessent pas de chercher la réponse!!!

F&H

Citation du jour: qui a dit ... (7)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Celui qui n’est pas socialiste à vingt ans n’a pas de cœur ; celui qui est socialiste à quarante n’a pas de tête"

Indice: Remarquable, Talentueux


Mine de rien, cette formule m'a servi de note de bas de page dans le cadre de ma thèse sur les modalités épistémiques, en rapport avec le paradoxe de Moore. Le problème est celui de savoir s'il est possible de prononcer ce genre de sentence à l'âge de 20 ans ...
Qui n'a pas entendu ses parents lui sermonner durant son enfance: ''Tu ne le sais pas encore, mais on fait ça pour ton bien". Un enfant peut-il admettre la vérité d'une telle affirmation, c'est-à-dire, la vérité de ce que son âge lui empêche de comprendre?
C'est exactement le problème auxquels sont confrontés les gnomes de chaque génération:
- soit l'on suit les conseils des plus anciens pour ne pas se tromper, auquel cas on ne fait rien et l'on accumule les frustrations;
- soit l'on agit selon sa propre volonté, quitte à en payer le prix, et l'on fait ce qui constituera plus tard une "erreur de jeunesse".
La rationalité est présente derrière ce cas de conscience que nous avons tous traversé un jour, une semaine, des mois durant: pourquoi ne pas commettre une erreur si celle-ci ne peut pas être considérée comme telle à une certaine époque de notre existence?
Un article a été écrit il n'y a pas si longtemps, sur ce problème des contraintes diachroniques de la rationalité (à chaque époque ses propres critères, pour faire vite)

Référence:
Luc Bovens'' 'P and I will believe that not-P' '': diachronic constraints on rational belief”, Mind 104, pp. 737-60.

Le rapport avec le paradoxe de Moore consiste à se demander si un énoncé tel que ''Je partirai bientôt en Chine, mais je ne le sais pas encore'' est cohérent ou absurde. Hintikka, Searle, Wittgenstein, Heal & Cie se sont tous échauffés les méninges face à ce paradoxe lancé par G. E. Moore, et dont un intérêt logique était de montrer qu'un énoncé peut être absurde sans être contradictoire.
L'analyse en termes d'actes illocutoires est utile ici, puisqu'elle montre bien le caractère ''self-defeating'' (= "contraire au but recherché", je n'ai pas de meilleure traduction) de certains énoncés tels que ''Il pleut, mais je ne le crois pas'', ''Pyongyang est la capitale de la Corée du Nord, mais je ne le sais pas'', etc.): la négation de la croyance ou du savoir est contraire à une composante essentielle de l'acte d'affirmation qui est un assertif, à savoir: la condition de sincérité, qui exige que le locuteur croie à ce qu'il dit.
Pour montrer la complexité de nos tournures de langage quotidiennes face à cette explication abrupte, le texte de Bovens a voulu tenir compte de la temporalité dans l'analyse là où d'autres ont insisté davantage sur le type de pronom personnel employé (l'absurdé des énoncés disparaît si l'on remplace la 1ère personne par la 3e, par exemple).

Pour finir par le commencement, Bovens cherche ainsi à montrer qu'un jeune idéaliste de 20 ans peut affirmer qu'un socialiste de 40 ans n'a pas de tête sans réduire ses propres opinions à l'absurde: tant qu'il a 20 ans, il est en droit de se bercer d'illusions et d'en avoir conscience. Comme quoi l'analyse logique du langage peut contribuer à adoucir la colère des adultes face aux revendications souvent naïves des jeunes irénistes en culotte déchirée.
Etonnant, non? Je n'ai jamais suivi cette approche tolérante de la rationalité, personnellement, puisqu'il m'a toujours paru stupide de suivre une voie qui me paraîssait vouée à devenir tôt ou tard simpliste voire infantile. "Pourquoi ne pas gagner du temps en pensant dès l'âge de 20 ans ce qui sera crédité à 40?" Réponse: parce qu'il faut que jeunesse se fasse, diantre! Ne pas chercher à grandir trop vite? Mauvaise pioche ...

Serait-il encore temps de rattraper le temps perdu? Et comment! Dont acte, avec ce superbe hymne au n'importe quoi des Electric Six. Attention ... DANNNGGEERR DAANNNGGEERRRR

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F&H

Citation du jour: qui a dit ... (6)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"J'adore les cacahuètes. Tu bois une bière et tu en as marre du goût. Alors tu manges des cacahuètes. Les cacahuètes c'est doux et salé, fort et tendre, comme une femme. Manger des cacahuètes, it's a really strong feeling. Et après tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuètes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme"

Indice: un nietzschéen sauce marinière

Difficile de ne pas trouver, avec un style aussi inimitable. La dernière phrase entrera dans la grande histoire des petites idées qui font avec les moyens du bord.

F&H

Problème de philosophie n°4

Posté le 29.12.2007 par schangels
Dans la série des investigations logico-linguistiques, voici le quatrième problème philosophique de ce blog:

Problème n°4: pourquoi l'expression ''croire si'' est-elle un solécisme?

Hintikka a proposé une explication de ceci en termes de clause de succès: seules les verbes factifs admettent l'usage de la subordonnée interrogative en si.

Problème: le cas des verbes non factifs ''douter'' et ''se demander'' (entre autres).
Bien que cette explication fonctionne pour le verbe douter dans la langue française, elle ne marche pas pour la langue anglaise. Il y a en effet une différence entre to doubt that et to doubt whether: le premier doute présuppose chez le locuteur la fausseté du contenu propositionnel, et ceci ne doit pas être confondu avec la présupposition de vérité de to know that; le second doute exprime une réelle indécision de la part du locuteur vis-à-vis de la valeur de vérité du contenu propositionnel, contrairement au premier doute. Puisque douter n'est pas un factif: il n'appartient pas à la classe des actes assertifs mais à celle des actes expressifs, le solécisme n'est donc pas si simplement rendu compte en termes de non-factivité du verbe concerné. Par ailleurs, remarquez que la bipartition subtile du verbe anglais to doubt ne se retrouve pas dans notre langue française: ''douter si'' n'est pas usité et seul ''douter que'' prédomine, bien que celui-ci indique la propension du locuteur à asserter la négation du contenu propositionnel plutôt qu'à suspendre son jugement. Autrement dit, le vrai doute (la suspension de jugement) est celui qui ne se dit pas ... J'ai tenté d'expliquer cette relation intime entre douter que et assertion négative par ce que Austin appelait les performatifs premiers: le locuteur s'engage sur ce qu'il dit lorsqu'il explicite la nature de son acte illocutoire. Ex: je promets que tu auras un cadeau, 'je vous déclare mari et femme, etc.). Par conséquent, dire je doute que ...'' indique que le locuteur s'engage sur la valeur de vérité du contenu propositionnel: ce n'est pas seulement qu'il n'asserte pas sa vérité, mais il tend même à asserter sa fausseté. Cf. la distinction de Bochvar entre négation externe et interne (tout un programme). J'ai traduit également dans ma thèse un article passionnant sur l'analyse logique du verbe douter, assortie d'annotations et commentaires sur plusieurs passages de ce texte.

Référence:
Hart, A.: ''Toward a logic of doubt'', International Logic Review 21(1980), pp. 31-41.
Schang, F.: ''Illocutionary Oppositions'', Logica Universalis: Proceedings of the Square of Opposition(Montreux, June 2007), à paraître.

Je donnerai les références de Hintikka à qui me les demandera.
Prochain thème philosophique: la théorie des oppositions, particulièrement lié aux questions logico-linguistiques et qui concerne deux de mes amis philosophards: Alessio Moretti et Jean-Yves Béziau ...

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