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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
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25.12.2007
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Problème de philosophie n°3

Posté le 29.12.2007 par schangels
Pour étendre la thématique que Julien Dutant a (re)lancée dans son blog ''Philotropes'', à savoir: le rôle de l'analyse logique dans l'explication de plusieurs faits linguistiques, je propose d'autres pistes de recherche que je développerai dans mon blog (de concert avec les lecteurs de Philotropes, j'espère). Voici donc deux autres problèmes de philosophie du langage, qui constitueront ainsi les problèmes n°3 et n°4 dans ma propre liste des problèmes de philosophie. Le troisième, tout d'abord:

Problème n°3: pourquoi distingue-t-on savoir et connaître dans la langue française, mais pas dans la langue anglaise?

La distinction existe également dans la langue allemande (connaître = kennen / savoir = wissen), et la différence s'explique simplement par la nature de l'objet en question. Ce que Julien a appelé dans son article la forme objectuelle d'une construction d'attitude, par opposition à la forme propositionnelle, correspond à la distinction établie par Russell en 1905 (puis prolongée par Hintikka dans ses travaux de logique épistémique) entre deux types de knowledge: - knowledge by description Forme grammaticale des phrases en savoir que = verbe d'attitude + pronom relatif que + contenu propositionnel, ou dictum) VS - knowledge by acquaintance Forme grammaticale des phrases en connaître = verbe d'attitude + objet Groupe Nominal

La langue française utilise deux verbes d'attitude épistémique distincts pour deux ces deux cas de figure:
(a) soit l'attitude porte sur une proposition, et l'on utilise alors le verbe savoir. Ex.: je sais qu'il fait beau; on n'utilise pas de construction directe avec le verbe savoir (savoir + GN est un solécisme). Peut-être une exception: ''Il sait la chance qu'il a'' (?)
(b) soit l'attitude porte sur un objet particulier, et l'on utilise alors le verbe connaître. Ex.: je connais cette personne; on n'utilise pas de construction propositionnelle avec le verbe connaître (connaître que est un solécisme)

Au total, la bipartition selon la nature du relatum lié à l'attitude épistémique est reconnue dans les trois langues naturelles citées: français, allemand, anglais. Mais seules les deux premières explicitent cette différence grammaticale par deux verbes distincts. Pourquoi la langue anglaise n'utilise-t-elle qu'un seul et même verbe, to know? Peut-être ne faut-il voir ici qu'une contingence historique des langues naturelles dans leur évolution; dans ce cas, c'est à la linguistique empiriste de prendre le pas sur la linguistique structuraliste et/ou formelle; le problème précédent posé par Dutant n'échappe pas à cette problèmatique, concernant la possibilité d'une analyse logique des verbes d'attitude sans tenir compte du contexte historiquement situé et parfois irrationnel des langues naturelles. Après tout, faits, proposition, verbes d'attitude, factif ... sont des constructions théoriques qui ne servent qu'en guise de modèle; il est toujours possible de modifier la perspective du théoricien et de changer les concepts explicatifs. D'où mon insistance sur cet autre modèle qu'est la logique illocutoire ...

Il s'agit de s'interroger en somme sur les fondements de certaines expressions linguistiques en termes d'analyse logique. Sans oublier que l'application d'outils logiques sur le langage ordinaire peut être une entreprise périlleuse voire perverse (cf. les scrupules de Wittgenstein et Strawson).
Mais j'ai déjà constaté par ailleurs les mérites de la philosophie formelle et, de toute façon, qui ne tente rien ne risque pas d'avoir.
En parlant de fondations ... dédicace aux fondus du ''fondé'', avec cet extrait du planant ''Grounded'' de Pavement.

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F&H

Are you talking to me? Le problème des ''factifs''

Posté le 29.12.2007 par schangels
(Photo: Julien Dutant. Doctorant à l'Université de Genève, aux côtés de Pascal Engel
L'adresse de son blog ''Philotropes'': http://julien.dutant.free.fr/blog/)

En réaction à un billet de Julien Dutant sur les verbes factifs, voici ma (modeste?) contribution au problème de la nature des verbes dits ''factifs''.

Question: dans quelles circonstances les verbes d'attitude (croire, savoir, douter, vouloir, penser, dire, etc.) sont-ils suivis par l'expression ''le fait que'', et pourquoi certains verbes factifs ne l'admettent-ils pas?

Réponse: la ''solution'' est dans la logique illocutoire, d'après moi ...

C'est pourquoi j'ai introduit ce billet par la célèbre formule de ''Taxi Driver'' et, aussi, parce qu'elle me donne l'occasion d'associer mon commentaire à cet excellent morceau des Beastie Boys: ''Looking Down the Barrel of a Gun''. Comme quoi le hip hop peut même trouver droit de cité dans ce blog ... lorsqu'il s'accompagne d'un ton dérisoire et de bons grattages électriques en arrière-plan.

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Je propose trois affirmations générales, relativement aux conditions d'application de l'expression ''le fait que'' avec des verbes d'attitude:

1. il est possible d'intégrer le problème des factifs dans le cadre de la logique illocutoire de Searle&Vanderveken, indépendamment de la distinction métaphysique entre faits et propositions;
2. les ''factifs'' correspondent à la catégorie des actes assertifs, i.e. la première des forces illocutoires dans la typologie des actes de discours (4 classes générales: assertifs; exécutifs; directifs; expressifs);
3. l'expression ''le fait que'' est indépendante des verbes factifs: certains verbes non-factifs admettent l'application de cette expression.

Avant d'expliquer rapidement la substance de cette catégorie, je pose directement la question qui m'amènera à mon point principal (l'analyse illocutoire des verbes d'attitude): faut-il nécessairement introduire les notions de ''fait'' et de ''proposition'' pour comprendre ce qu'est un factif? Difficile en apparence de pouvoir se passer de la notion de fait lorsque l'on traite des factifs ... mais je vais tenter d'esquiver ce cadre explicatif habituel, parce qu'il amène à certaines confusions concernant l'autre concept fondamental de ''vérité''. J'ai été confronté à ces problèmes dans ma thèse, notamment en raison de l'interprétation ''objective'' que l'on fait en général de la clause de succès: l'assertion implique-t-elle la vérité de ce qui est asserté? Pas si simple, et la parenté étroite entre les concepts de connaissance et d'assertion ajoute encore à la difficulté théorique de l'ensemble. Revenons tout d'abord au cadre explicatif dans lequel Julien et bien d'autres avant lui ont installé le thème des factifs.
Faits et propositions sont des notions de métaphysique, tout comme les notions voisines d'états de choses, de porteurs de vérité ou de vérifacteur. Une explication d'un phénomène linguistique tel que les ''factifs'' devrait pouvoir se passer de notions de métaphysique, d'autant plus que la distinction introduite par Vendler entre deux types de relata pour les verbes d'attitude: faits et propositions, semble créer davantage de problèmes théoriques qu'elle n'en résout.
Quel modèle d'explication pour la classe des ''factifs''?
Je propose l'application de la logique illocutoire de Searle&Vanderveken pour éclairer quelque peu le débat, i.e. le simplifier et donner des réponses concluantes aux problèmes posés.

Julien retient deux critères pour caractériser un ''factif'':
- clause de vérité
Un verbe est factif s'il implique la vérité de son contenu propositionnel
Ex: le verbe ''savoir'' est factif parce que dire ''je sais que X'' implique la vérité de X; dans le cas contraire (si X n'est pas vrai), alors nous ne sommes pas en présence d'un cas de savoir.
- présupposition de vérité
Certains verbes présupposent la vérité de leur contenu propositionnel
Ex: le verbe ''savoir'', encore une fois, puisque dire ''il ne sait pas que son frère est marié'' présuppose que le frère en question est effectivement marié.

Puisque les critères de signification d'une formule déterminent ses conditions de vérité (on peut se contenter ici d'une approche vériconditionnelle de la signification), toute expression gouvernée par un verbe factif ne pourra pas être vraie (sera ''analytiquement fausse'') si elle ne respecte pas ces deux critères: dire ''je sais que 2 + 2 = 5'' a un sens, mais cette expression ne pourra jamais être satisfaite. Il faut distinguer les conditions de sens d'une formule et ses conditions de satisfaction: une formule peut avoir du sens mais ne sera jamais utilisée si elle ne peut jamais être satisfaite dans aucune des conditions de son usage.
Contre le second critère de la présupposition de vérité, je note qu'il est possible non seulement de donner un sens mais de trouver un contexte de satisfaction pour des formules telles que ''il ne sait pas que 2 + 2 = 5, puisque ce n'est pas le cas''; on peut expliquer ceci par la fonction de la phrase précédente: elle explicite ses conditions d'échec en déclarant qu'une violation de la présupposition de vérité du contenu propositionnel entraîne l'échec de l'attribution de connaissance.
En termes de logique illocutoire, on dirait que la formule précédente ne peut pas être satisfaite parce qu'elle ne respecte pas le mode d'accomplissement des actes assertifs en termes de direction d'ajustement entre le contenu propositionnel et l'état du monde.

Pour revenir au problème central de Julien: les conditions d'application générales de l'expression ''le fait que'' devant certains verbes dits factifs, je me lance dans cette explication toute provisoire:
l'expression ''le fait que ...'' est indépendante du caractère factif des verbes d'attitude.
Exemple: ''je reconnais le fait qu'il soit trop vieux pour se marier avec elle''
''j'admets le fait qu'elle soit trop bien pour moi''
''Admettre'' et ''reconnaître'' sont synonymes, ici: ils n'appartiennent pas à la classe des assertifs et, donc, n'exigent pas la vérité de leur contenu propositionnel. Ce ne sont donc pas des verbes factifs, bien qu'ils soient suivis sans problème de l'expression ''le fait que''.
La déclinaison du verbe est importante: l'utilisation du mode du subjonctif (''soit'') indique que le fait en question n'est pas encore avéré ou ne le sera pas. On peut croire au fait que les extraterrestres soient déjà parmi nous, tandis que l'on sait s'ils sont ou ne sont pas déjà parmi nous.
''Regretter'' peut être expliqué par le même ordre d'idées: il appartient selon moi à la classe des expressifs (comme ''croire''), dont le mode d'ajustement est nul (aucune relation exigée entre le contenu propositionnel et l'état du monde). Je dis ''selon moi'', parce que la typologie proposée par Searle&Vanderveken pour classer les genres de verbes laisse parfois une certaine ambiguïté sur le classement. ''Avouer'' en est un: on peut avouer le fait qu'il soit trop tard pour sortir; peut-on le faire correctement, c'est-à-dire avec succès, si l'on se trompe à ce sujet et qu'il est en réalité suffisamment tôt pour sortir? La clause de vérité s'applique peut-être à ''avouer'', qu'en pensez-vous? Même combat que pour le verbe ''regretter'', me semble-t-il.

Si certains factifs n'admettent pas l'expression ''le fait que'', c'est parce que:
- l'usage de cette expression est trivial, il est contenu dans la signification du verbe (= assertifs); c'est pour cette raison que l'expression ''je sais le fait que ...'' n'a pas d'usage consacré
- les verbes en question sont des verbes en construction d'objet direct, donc ils n'expriment pas un état de choses mais une chose singulière

Pour étendre la thématique que Julien a (re)lancée ici, à savoir le rôle de l'analyse logique dans l'explication de plusieurs faits linguistiques, je propose d'autres pistes de recherche que je développerai dans mon blog (de concert avec les lecteurs de ''Philotropes'', j'espère).

Référence: Searle&Vanderveken: Foundations of Illocutionary Logic, N.-Y., Cambridge Univ. Press (1985), 228 pp.


Voici deux autres problèmes de philosophie du langage, qui prolongent le questionnement logico-linguistique de Julien Dutant et constitueront ainsi les problèmes n°3 et n°4 dans ma liste des problèmes de philosophie:

Problème n°3: pourquoi distingue-t-on ''savoir'' et ''connaître'' dans la langue française, mais pas dans la langue anglaise?
La distinction existe également dans la langue allemande (connaître = kennen / savoir = wissen), et la différence s'explique simplement par la nature de l'objet en question. Ce que Julien a appelé dans son article la ''forme objectuelle'' d'une construction d'attitude, par opposition à la ''forme propositionnelle'', correspond à la distinction établie par Russell en 1905 (puis prolongée par Hintikka dans ses travaux de logique épistémique) entre deux types de ''knowledge'':
- knowledge by description
Forme grammaticale des phrases en ''savoir que'' = verbe d'attitude + pronom relatif ''que'' + contenu propositionnel, ou dictum)
VS
- knowledge by acquaintance
Forme grammaticale des phrases en ''connaître'' = verbe d'attitude + objet Groupe Nominal

La langue française utilise deux verbes d'attitude épistémique distincts pour deux ces deux cas de figure:
(a) soit l'attitude porte sur une proposition et l'on utilise alors le verbe ''savoir''.
Ex.: ''je sais qu'il fait beau''; on n'utilise pas de construction directe avec le verbe savoir (''savoir + GN'' est un solécisme). Peut-être une exception: ''Il sait la chance qu'il a''?
(b) soit l'attitude porte sur un objet et l'on utilise alors le verbe ''connaître''.
Ex.: ''je connais cette personne''; on n'utilise pas de construction propositionnelle avec le verbe connaître (''connaître que'' est un solécisme)

Au total, la bipartition selon le type d'objet lié à l'attitude épistémique est reconnue dans les trois langues naturelles citées: français, allemand, anglais. Mais seules les deux premières explicitent cette différence grammaticale par deux verbes distincts. Pourquoi la langue anglaise n'utilise-t-elle qu'un seul et même verbe, ''to know''?
Peut-être ne faut-il voir ici qu'une contingence historique des langues naturelles dans leur évolution; dans ce cas, c'est à la linguistique empiriste de prendre le pas sur la linguistique structuraliste et/ou formelle; le problème précédent posé par Dutant n'échappe pas à cette problèmatique, concernant la possibilité d'une analyse logique des verbes d'attitude sans tenir compte du contexte historiquement situé et parfois ''irrationnel'' des langues naturelles.
Après tout, ''faits'', ''proposition'', ''verbes d'attitude'', ''factif'' ... sont des constructions théoriques qui ne servent qu'en guise de modèle; il est toujours possible de modifier la perspective du théoricien et de changer les concepts explicatifs. D'où mon insistance sur cet autre modèle qu'est la logique illocutoire ...

Problème n°4: pourquoi l'expression ''croire si'' est-elle un solécisme?
Hintikka a proposé une explication de ceci en termes de clause de succès: seules les verbes factifs admettent l'usage de la subordonnée interrogative en ''si''.
Problème: bien que cette explication fonctionne pour le verbe ''douter'' dans la langue française, elle ne marche pas pour la langue anglaise.
Il y a en effet une différence entre ''to doubt that'' et ''doubt whether'': le premier doute présuppose chez le locuteur la fausseté du contenu propositionnel, et ceci ne doit pas être confondu avec la présupposition de vérité de ''to know that''; le second doute exprime une réelle indécision de la part du locuteur vis-à-vis de la valeur de vérité du contenu propositionnel, contrairement au premier doute.
Puisque ''douter'' n'est pas un factif: il n'appartient pas à la classe des actes assertifs mais à celle des actes expressifs, le solécisme n'est pas si simplement rendu compte en termes de factivité du verbe concerné.
J'ai traduit un article passionnant sur l'analyse logique du verbe ''douter'', dans ma thèse (assortie d'annotations et commentaires sur plusieurs passages de ce texte).
Référence: Alan M. Hart, ''Toward a logic of doubt'', International Logic Review 21(1980), pp. 31-41.

Citation du jour: qui a dit ... (5)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Les mauvais acteurs attirent le public comme la viande avariée attire les mouches"?

Indice: pas un acteur, en tout cas ...

F&H

logique des classes (pour éviter de faire les classes)

Posté le 28.12.2007 par schangels
Cherchez l'erreur: l'explication paraît si crédible que la blague en est d'autant meilleure.
Qui saura débusquer la faute, dans cette partie généa-logique (des classes)?


Armée - Comment se faire démobiliser rapidement
Monsieur le Ministre de la Défense Nationale,
Permettez-moi de prendre la respectueuse liberté de vous exposer ce qui suit, et de solliciter de votre bienveillance l'appui nécessaire pour obtenir une démobilisation rapide.
Je suis sursitaire, âgé de 24 ans, et je suis marié à une veuve de 44 ans, laquelle a une fille qui en a 25. Mon père a épousé cette fille. A cette heure, mon père est donc devenu mon gendre, puisqu'il épousé ma fille. De ce fait, ma belle-fille est devenue ma belle-mère, puisqu'elle est la femme de mon père.
Ma femme et moi avons eu, en janvier dernier, un fils. Cet enfant est donc devenu le frère de la femme de mon père, donc le beau-frère de mon père. En conséquence, mon oncle, puisqu'il est le frère de ma belle-mère. Mon fils est donc mon oncle.
La femme de mon père a eu, à Nöel, un garçon qui est à la fois mon frère, puisqu'il est à la fois le fils de mon père, et mon petit-fils, puisqu'il est le fils de la fille de ma femme.
Je suis ainsi le frère de mon petit-fils, et comme le mari de la mère d'une personne est le père de celle-ci, il s'avère que je suis le père de ma femme et le frère de mon fils. Je suis donc mon propre grand-père.
De ce fait, Monsieur le Ministre, ayez l'obligeance de bien vouloir me renvoyer dans mes foyers, car la loi interdit que le père, le fils et le petit-fils soient mobilisés en même temps.
Dans la croyance de votre compréhension, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs.



Réponse à l'énigme dans un futur billet. Si besoin est ...

F&H

Après BHL, Pierre Desproges

Posté le 28.12.2007 par schangels
Dans la série "références d'arrière-plan mais avant-gardistes": après Wittgenstein, St Thomas; après Lapluy, Lebotant; etc., un petit détour par Desproges et son commentaire acerbe sur le vieux Sartre.
Et quel détour!
Savourez:


"L'intelligibilité de l'Histoire"
En voulant allumer un feu de cheminée avec des paperasses inutiles, je suis tombé hier par hasard sur une page du Tome II de la Critique de la Raison Dialectique de Jean-Paul Sartre. Ecoutez plutôt:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les Hommes qui font l'Histoire, et comme c'est l'Histoire qui les produit en tant qu'ils la font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte humain, si elle existait, serait au contraire le non-humain ou, à la rigueur, le pré-humain, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
C'est extrait du chapitre intitulé ''L'Intelligibilité de l'Histoire''. Ah évidemment, si vous n'arrêtez pas de tripoter votre belle-soeur en conduisant lorsque je cause dans le poste, vous n'êtes pas prêts de comprendre les vérités premières du marxisme. Alors on se calme, pouf-pouf, je répète. Non, mais écoutez bien:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les Hommes qui font l'Histoire, et comme c'est l'Histoire qui les produit en tant qu'ils la font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte humain, si elle existait, serait au contraire le non-humain ou, à la rigueur, le pré-humain, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
Non, mais je sais ce que c'est: il y a des belles-soeurs qui font exprès de mettre leur ceinture de sécurité parce que ça fait ressortir les nichons alors, évidemment, on est dispersé ... Cela dit, vous n'avez pas tout à fait tort: c'est pas très clair, l'Intelligibilité de l'Histoire. Il doit s'être glissé une ou deux coquilles dans ce texte. Il suffit peut-être de changer un mot ou deux pour que l'intelligibilité devienne ... intelligible. Exemple:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les chiens qui font ouah-ouah, et comme c'est le ouah-ouah qui les produit en tant qu'ils le font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte canin, si elle existait, serait au contraire le non-ouah-ouah ou, à la rigueur, le pré-ouah-ouah, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
C'est d'ailleurs une vérité qu'on peut, à la rigueur, étendre à l'informatique, simplement en passant des chiens aux puces. Ainsi:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les puces qui font les ordinateurs, et comme c'est l'ordinateur qui les produit en tant qu'elles le font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'ordinateur, si elle existait, serait au contraire le non-puce ou, à la rigueur, le pré-puce, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
Il faut bien voir que quand Sartre écrivait ce genre de conneries à la fin des années cinquante, il ne se prenait pas encore au sérieux; il n'avait pas encore été nommé pape des béats de la rive gauche. Il écrivait surtout pour du pognon, ou pour faire rigoler Jean Cau. Il se contentait de cachetonner dans des feuilles de chou anti-fascistes primaires, avec une mauvaise foi! C'est pas honnête, c'est vrai:
''Il faut revenir à cette première vérité du fascisme: ce sont les étrangers qui foutent le bordel, et comme c'est le bordel qui les produit en tant qu'ils le foutent, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'anti-bordel, si elle existait, serait au contraire le non-bougnoule ou, à la rigueur, le pré-bougnoule, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''


Quand l'art de faire rire s'accompagne d'une critique de fond sur la jargonnerie en philosophie ... Jankélévitch et Dubosc rentrent chez eux et ferment la porte avant de détaler, merci pour nous.
Plus sérieusement, je vois deux problèmes dans ce texte de Sartre:
(1) son approche dialectique qui annule les relations classiques de cause à effet, de condition à conséquence ... et prend le produit pour son propre producteur, en quelque sorte. Difficile de comprendre ainsi l'affirmation principale sur la relation dialectique entre l'Histoire et les Hommes. Encore une feuille de chou pour Graham Priest?
(2) l'expression "en tant qu'ils la font": que veut dire Sartre par cette locution en italiques et non moins tordue? Est-ce un synonyme de ''parce que'', ''dans la mesure où''? Si oui, pourquoi introduire une subordonnée de cause alors que le dialecticien est supposé abolir cette notion archaïque de pourritures capitalistes?
Conclusion: soit Sartre utilise ici une argumentation qui présuppose une fine connaissance du raisonnement dialectique et marxiste,
soit J-P se foutait de la gueule du lecteur et jouait avec les antinomies pour mieux vendre en collections 10/18

En parlant de "pourritures capitalistes" ... avis aux amateurs de "pourriture communiste" (Baron, Eric le Vosg'patte, etc.):

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F&H

Citation du jour: qui a dit ... (4)

Posté le 28.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Si les femmes infidèles ont parfois des remords, les femmes fidèles ont toujours des regrets"

Tellement vrai, tellement bien dit ... tellement bon. Remarquez que la formule se décline tout aussi bien au masculin. Pourquoi non?

F&H

Sacré palindrome

Posté le 28.12.2007 par schangels
Petit rappel pour les étourdis:

On désigne généralement par palindrome (du grec palin : "en arrière" et dromos: "course") un palindrome de lettres, c'est-à-dire un texte dont l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche.
Exemple : « Ésope reste ici et se repose ».
Il est communément admis que l'on ne tienne pas compte des signes diacritiques (accents, trémas, cédilles) ni des espaces. Cependant, rien n'interdit au palindromiste de choisir des règles plus strictes. Il s'agit d'un art luxueux ultra nu.

Savez-vous à qui l'on doit ce remarquable et doublement riche palindrome:
In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni

Pour les amoureux du palindrome et des autres subtilités de la langue, voir l'adresse suivante:
http://worldserver2.oleane.com/fatrazie/palindromes.htm

En attendant les contrepèteries (dont Rabelais était un consommateur avéré)

F&H

Kto jest Suszko: problème de philosophie n°2

Posté le 27.12.2007 par schangels
Dans la série des problèmes de philosophie de la logique, je lance ici un appel à contribution pour un second sujet. Rappel:

Problème n°1: qu'est-ce qu'une contradiction vraie?

Problème à suivre:

Problème n°2: la bivalence est-elle universellement valable?

Les logiques multivalentes admettent l'existence d'autres valeurs de vérité que le vrai et le faux, donc elles réfutent l'universalité de la bivalence.
Or Roman Suszko, philosophe et logicien polonais mort en 1979, avait posé sa ''thèse de réduction": toute matrice multivalente peut être réduite à une matrice bivalente.
Son approche algébrique était plutôt abstraite et ne cherchait pas franchement la justification philosophique, je veux dire: un argument informel en faveur d'une bivalence prédominante dans nos raisonnements quotidiens. Les cas des sorites (paradoxes du vague) et les paradoxes sémantiques (normal ou renforcé) prêchent en faveur d'un rejet de la bivalence, notamment.
J'ai écrit un article sur la question: "Negation and Dichotomy", qui va dans le sens de Suszko et cherche à défendre la bivalence par sa reformulation en termes ensemblistes de bipartition; cet article est trop long pour être étalé ici, il sera consigné dans ma future page personnelle.

En attendant, à vous de relancer ma question et de sortir vos arguments des tiroirs. Quelques références utiles à ce sujet sont disponibles: la réfutation de Suszko par Tsuji, suivie par des articles des Brésiliens Carnielli et Coniglio (voir page à venir à leur sujet); la théorie des valeurs de vérité généralisées de Wansing et Shramko, qui admettent des bi-lattices (ou bi-treillis) où les termes majorants et minorants ne sont plus simplement 1 (le vrai) et 0 (le faux); les articles de Wansing sur la tripartition entre valeur désignée, valeur non-désignée ... et valeur anti-désignée.

Je décrirai les références de ces auteurs lorsque la demande en sera faite (force d'inertie oblige).

F&H

Citation du jour: qui a dit ... (3)

Posté le 27.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Si j'avais un territoire à punir, je le ferais gouverner par un philosophe"

Indice, chez vous: il en est revenu, le "despote éclairé" ...

F&H

Citation du jour: qui a dit ... (2)

Posté le 27.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"L’élite de ce pays permet de faire et défaire les modes, suivant la maxime suivante : Je pense, donc tu suis"

A votre bonne jugeotte, m'sieurs dames!

F&H
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