Créer un blog Présentation

Nom du blog :
schangels
Description du blog :
Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
03.07.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· blagounettes (17)
· cinéma (60)
· citation (104)
· divers (188)
· karaokons (32)
· musique (59)
· philosophie (218)
· politique (40)
· sport (211)
· tops 5 (22)

Navigation

Accueil
Livre d'or schangels
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Citation du jour: qui a dit ...
· Citation du jour: qui a dit ... (12)
· Après BHL, Pierre Desproges
· Visage: "Fade to Grey"
· Petite Cure, en attendant ...
· Entre actes ...
· Coups de pub: suite et non-fin
· Ma langue au Katz? Pas encore!
· Cage à goûts-goûts
· Human League: "Don't You Want Me Baby"

Statistiques



Ajoutez aux favoris 20 derniers commentaires

La théodyssée d'Ömer
24.06.2008
demande
19.06.2008
Cool Play
15.06.2008
Bring Logic!
13.06.2008
Merci pour eux ! : )
13.06.2008
Lasciate mi gueu-laaaa-reee
10.06.2008
Et Panucci alors??
10.06.2008
Saluation
10.06.2008
Saluation
10.06.2008
sit'estoutsec...
07.06.2008
bonjour
02.06.2008
Coldplay / Violet Hill
22.05.2008
devine qui a encore gagné ce soir?
21.05.2008
cétropabusélà
21.05.2008
Tabernacle
14.05.2008
kekoidonhou
14.05.2008
kekoidonhou
14.05.2008
qui ?
13.05.2008
TonChifreDeMedLà
04.05.2008
PuréCéClips
04.05.2008
RSS

Blogs à découvrir :

· toutlesipods
· cooperationmangasnet
· itachiboss
· titelive
· zeliasblog
· mamiegifs
· monblogsonorsonar29
· aubesludi
· carocmmc
· poetic

Truthmakers I: Un Nouvel Espoir

Posté le 02.01.2008 par schangels
Parenthèse
(Il y a de quoi se perdre au milieu des divers épisodes de Star Wars, entre les anciens épisodes ultérieurs et les nouveaux épisodes antérieurs; je suivrai ici l'ordre chronologique dans lequel Lucas a produit l'ensemble, d'autant que nous entrerons toujours plus en détail dans la logique métaphysique, au point de revenir à l'origine des textes sur les notions ambivalentes de vérité et de fausseté. Mais ne remontons pas si loin de suite, et suivons plutôt un ordre pégagogique des choses.)


Voici l'origine de l'article dont j'ai parlé le 30 du mois dernier (cf. "'Truthmakers': expliquons, avant de répliquer"), paru en décembre dans The Reasoner et qui m'a permis d'aborder plusieurs thèmes croisés: vérité, truthmaker, modalités épistémiques, assertion, négation.
L'histoire commence longtemps avec Jean-Claude, lorsque Aristote constata que certaines de ses propres lois logiques seraient menacées par un problème d'indéterminisme des événements futurs. Lorsque contingence et liberté se mêlent à la recherche des vérités premières ... un problème toujours d'actualité, la preuve. Comment évacuer le vieux problème du vieux fantôme Stagirite?
Dernière tentative à ma connaissance: un article écrit par Craig Bourne au sujet de l'argument de la bataille navale Problème: comment maintenir la validité du tiers exclu dans un contexte non-bivalent? Traduction: comment démontrer qu'il y a aura ou non une bataille navale sans s'engager sur aucun des deux termes de l'alternative. Un vieux problème de vérifonctionnalité que van Fraassen avait "résolu" (ou plutôt: dissout) en termes de supervaluation. Mais voilà que je m'égare, comme dirait le cow boy amateur de salsepareille dans ''The Big Lebowski" ...
J'arrête les commentaires et vous laisse loisir de lire l'article suivant de Bourne (traduction de moi).


Référence:
Craig Bourne, "Future contingents, non-contradiction, and the law of excluded middle muddle", Analysis 64(2), 2004, pp. 122–8


**********************************************************************

Les futurs contingents, la non-contradiction et la loi du tiers exclu sans dessus dessous
par Craig Bourne


Pour quelque raison que ce soit, nous pourrions penser que les affirmations contingentes au sujet du futur n’ont pas de valeur de vérité déterminée. Dans De Interpretatione IX, par exemple, Aristote a soutenu que seules les propositions portant sur le futur qui sont nécessairement vraies, nécessairement fausses ou "prédéterminées" d’une certaine manière ont une valeur de vérité déterminée. Ceci a conduit Łukasiewicz à concevoir en 1920 une logique trivalente dans une tentative de formaliser la position d’Aristote, en donnant la valeur de vérité 1/2 = indéterminé aux futurs contingents et en définissant "~", "&" et "V", où 1 = vrai et 0 = faux

v(~1)=0; v(~1/2)=1/2; v(~0)=1
v(1&1)=1; v(1&1/2)=1/2; v(1&0)=0; v(1/2&1)=1; v(1/2&1/2)=1/2; v(1/2&0)=0; v(0&1)=0; v(0&1/2)=0; v(0&0)=0
v(1V1)=1; v(1V1/2)=1; v(1V0)=1; v(1/2V1)=1; v(1/2V1/2)=1/2; v(1/2V0)=1/2; v(0V1)=1; v(0V1/2)=1/2; v(0V0)=0

Nous pouvons constater que les entrées purement déterminées s’accordent avec les tables du système bivalent classique; ainsi, ce sont les autres entrées qui exigent une justification. Prenons la négation à titre d’exemple. Nous pouvons traiter l’indétermination comme une chose résolue d’une manière ou d’une autre: on aura au final soit le vrai, soit le faux. La valeur de vérité de la négation d’une proposition indéterminée doit être elle-même indéterminée puisque, si la proposition initiale peut être résolue d’une manière ou d’une autre, il doit en aller de même pour sa négation. Ce raisonnement justifie de façon similaire les entrées "1/2" dans les autres tables.

Or ce système fonctionne sans peine pour la plupart des cas d’affirmations contingentes futures. Supposons par exemple que je dise :

(1) Je noierai mon chagrin ou j’achèterai une Ducati 916.

Nous aurions tendance à penser intuitivement que si les deux membres de la disjonction sont indéterminés, alors la disjonction d’ensemble doit être indéterminée. C’est précisément la réponse donnée par les tables de vérité de Łukasiewicz. Les difficultés commencent toutefois lorsque nous envisageons les cas où un membre de la disjonction est la négation de l’autre. Supposons en effet que je dise

(2) J’achèterai une Ducati ou je n’achèterai pas une Ducati.

Parce que l’on n’y trouve aucune position intermédiaire – soit j’achèterai soit je n’achèterai pas une Ducati– nous devons admettre que (2) est vraie de façon déterminée. Le problème est que les deux membres de la disjonction sont des propositions contingents futures, donc indéterminées; mais en vertu des tables de Łukasiewicz, la disjonction d’ensemble doit donc être indéterminée. Le système de Łukasiewicz nous donne la mauvaise réponse.

Or non seulement la loi du tiers exclu pV~p n’est plus une vérité logique dans ce système, mais la loi de non-contradiction ~(p&~p) ne l’est plus également, car elle prend elle aussi la valeur 1/2 lorsque p = 1/2. Par ailleurs, ce système ne peut pas être non plus la formalisation correcte d’Aristote puisque, comme on l’a remarqué, les vérités nécessaires telles que pV~p ont pour Aristote la valeur déterminée = vrai.

Aristote avait-il produit une si horrible confusion, pensant qu’il serait possible d’avoir une logique non-bivalente tout en maintenant les lois du tiers exclu et de la non-contradiction à titre de vérités logiques? W. et M. Kneale (1962: 47ff.) le pensent, et Quine qualifie de "fantaisie" le souhait d’Aristote. Je ne suis pas d’accord: adopter une logique non-bivalente ne doit pas avoir pour résultat l’abandon des lois du tiers exclu et de la non-contradiction. A la lumière de notre discussion menée jusqu’ici, il y a deux options en vue d’une solution à ce problème: soit nous adoptons le système de Łukasiewicz et nous abandonnons une autre hypothèse, soit nous concevons un nouveau système.

Tooley (1997) opte pour la première. Il adopte le système de Łukasiewicz, mais l’hypothèse qu’il abandonne est celle voulant que les connecteurs de la logique trivalente soient vérifonctionnels. Ceci parce que, par exemple, certaines disjonctions pVq composées de membres indéterminés sont indéterminés, tandis que d’autres pV~p sont vraies de façon déterminés. La valeur de vérité de l’énoncé d’ensemble n’est donc pas une fonction de ses parties composantes en logique trivalente. C’est là une réaction assez normale: certains énoncés sont différents des autres, pensons-nous, précisément parce qu’ils sont vrais simplement en vertu de leur forme (ce que Tooley appelle des "vérités logiques" (139)), alors que d’autres exigent des vérifacteurs extérieurs à la proposition pour les rendre vraies (ce que Tooley appelle des "vérités factuelles" (139)).

Mais bien que cette solution puisse paraître séduisante au départ, elle n’est pas satisfaisante. Car il reste à nous demander pourquoi de tels énoncés ont un statut privilégié en logique trivalente. Qu’y a-t-il de si particulier dans ces énoncés pour que Tooley se sente justifié de les considérer comme vrais de façon déterminée, afin d’en tirer la conclusion que les connecteurs de la logique trivalente doivent donc être non-vérifonctionnels? Nul doute qu’il y a des vérités logiques en logique bivalente; elles sont vraies pour toute assignation de valeurs de vérité aux parties composantes, et c’est ce qui justifie que nous les privilégiions. Mais au vu des tables de vérité pour les connecteurs de la logique trivalente, les énoncés "pV~p" et "~(p&~p)" ne sont pas vrais pour toutes les interprétations possibles ; elles ne sont pas "vraies en vertu de leur forme", donc en quel sens sont-elles des vérités logiques ? En d’autres termes, pourquoi Tooley pense-t-il que ce sont des vérités nécessaires, étant donné qu’il pense que le monde est gouverné par la logique trivalente? Je ne me l’explique pas.

Nous devrions donc prendre la seconde option: concevoir un système différent de celui de Łukasiewicz. Les systèmes qui suivent nous permettent de maintenir les connecteurs vérifonctionnels, nous permettent de maintenir les lois du tiers exclu et de la non-contradiction au titre de vérités logiques, ils n’introduisent pas de distinction entre les vérités logiques et les vérités factuelles, et ils nous permettent de maintenir la notion de vérité logique pour toute interprétation, à la fois pour la logique bivalente et la logique trivalente. Cela avec la non-bivalence! C’est donc là quelque chose dans l’esprit de ce que nous cherchions.

La solution repose sur l’observation suivante : c’est la définition de "~" qui crée la difficulté. Nous devrions donc arrêter de rafistoler les déficiences manifestes du système de Łukasiewicz (comme le fait Tooley) et traiter le problème directement à la racine. Non seulement la définition par Łukasiewicz de "~" crée la difficulté, mais je ne vois aucune raison de penser qu’elle est correcte, et la modifier ne la sauve donc pas des eaux. J’affirme que la table de vérité qui suit est plus appropriée:

v(~1)=0; v(~1/2)=1; v(~0)=1

La justification pour l’entrée ~(1/2)=1 est la suivante: étant donné que p est indéterminé, alors ce n’est pas le cas que p; dire que ce n’est pas le cas que p revient donc clairement à dire quelque chose de vrai. Ainsi, il n’y a pas de justification au fait de soutenir que la négation d’une proposition ne peut être vraie que si cette proposition est fausse, comme dans le système de Łukasiewicz.

Une telle définition de "~" est employée dans le système ‘externe’ de Bochvar (1938), qui définit également "&" et "V" par:

v(1&1)=1; v(1&1/2)=0; v(1&0)=0; v(1/2&1)=0; v(1/2&1/2)=0; v(1/2&0)=0; v(0&1)=0; v(0&1/2)=0; v(0&0)=0
v(1V1)=1; v(1V1/2)=1; v(1V0)=1; v(1/2V1)=1; v(1/2V1/2)=0; v(1/2V0)=0; v(0V1)=1; v(0V1/2)=0; v(0V0)=0

Bochvar utilisa celui-ci dans le but de résoudre certains paradoxes de la logique classique et de la théorie des ensembles, et Halldén (1949) utilise ces tables pour développer des systèmes en vue de traiter le vague et la logique du non-sens; c’est donc un système qui est bien compris. De plus, c’est un système trivalent où les lois classiques demeurent valides. Cela étant, il y a dans les tables de vérité de Bochvar de sérieux inconvénients pour ce que nous voulons faire. Car en effet, si nous adoptons ces tables de vérité, pourquoi est-ce que, sous la composition, nous perdons les valeurs de vérité indéterminées? Il y a de bonnes raisons pour que cela se produise en vue de ce que Bochvar veut faire, mais ses préoccupations ne sont pas les nôtres. Dans le but de concevoir un système plausible pour les futurs contingents, ainsi que nous l’avons vu dans (1) ci-dessus, nous voulons que certains énoncés composés avec des membres indéterminés demeurent indéterminés. Ce n’est pas le système qu’il nous faut.

La solution est toutefois claire, désormais. Ainsi qu’on l’a noté, c’était la définition de "~" qui a créé la difficulté dans le système de Łukasiewicz. Mais comme nous l’avons vu avec (1), le reste du système de Łukasiewicz fonctionne bien. Donc si nous concevons un système basé sur ces deux caractéristiques souhaitables, alors les lois de non-contradiction et du tiers exclu demeurent des vérités logiques – et s’en sortent qui plus est avec l’apparence de conséquences naturelles d’un raisonnement indépendant intuitif, à la différence du raisonnement de Tooley – et les valeurs de vérité des propositions moléculaires demeurent intuitives. Ainsi, ceux qui souhaitent conserver une logique non-bivalente pour les futurs contingents peuvent le faire de façon probante sans devoir abandonner ces lois logiques, en procédant avec les tables de vérité suivantes :

v(~1)=0; v(~1/2)=1; v(~0)=1
v(1&1)=1; v(1&1/2)=1/2; v(1&0)=0; v(1/2&1)=1; v(1/2&1/2)=1/2; v(1/2&0)=0; v(0&1)=0; v(0&1/2)=0; v(0&0)=0
v(1V1)=1; v(1V1/2)=1; v(1V0)=1; v(1/2V1)=1; v(1/2V1/2)=1/2; v(1/2V0)=1/2; v(0V1)=1; v(0V1/2)=1/2; v(0V0)=0

Je considère également que l’interprétation de "P=>Q" la moins contestable est "~(P & ~Q)", auquel cas :

v(1=>1)=1; v(1=>1/2)=0; v(1=>0)=0; v(1/2=>1)=1; v(1/2=>1/2)=1; v(1/2=>0)=1; v(0=>1)=1; v(0=>1/2)=1; v(0=>0)=1

Un commentaire s’impose, toutefois. Soit F (interprété "Ce sera le cas que") un opérateur de temps futur appliqué à des propositions de temps présent. Prenons la proposition

(3) Le docteur Foster ira à Gloucester

et la proposition

(4) Le docteur Foster n’ira pas à Gloucester.

On peut penser que si l’on assigne 1/2 à (3), alors la valeur 1 doit être assignée à (4) – même si Le docteur Foster finit par aller à Gloucester! Qu’est-ce qui ne va pas, alors? Je dis que rien; et cela va de soi tant que nous comprenons ces propositions comme il faut. A l’évidence, la proposition (3) doit être analysée comme suit :

(3*) F(le docteur Foster va à Gloucester)

La prudence est de mise dans l’analyse de (4), si nous exigeons qu’elle soit la négation de (3). L’analyse incorrecte est celle où l’opérateur de temps futur a une portée large sur la proposition de temps présent :

(4×) F~(le docteur Foster va à Gloucester).

La raison pour laquelle celle-ci doit être l’analyse incorrecte de la négation de (3) est claire: la proposition de temps présent disant que Le docteur Foster va à Gloucester a une valeur de vérité déterminée – elle est soit vraie soit fausse, selon qu’il y a ou non un fait présent dans lequel le docteur Foster va à Gloucester et qui la rend vraie. La négation de cette proposition – Le docteur Foster ne va pas à Gloucester – est soit vraie soit fausse de manière déterminée, également. Mais parce que ces propositions tombent dans la portée de l’opérateur de temps futur, (3*) et (4×) ont globalement la valeur ‘indéterminé’. Or cela ne détruit pas la loi du tiers exclu, parce que la proposition de temps futur (4×), i.e. (4×) pris globalement, n’est pas la négation de la proposition de temps futur (3*), i.e. (3*) pris globalement,– cela n’a pas la moindre importance que la proposition de temps présent enchâssée dans (4×) est la négation de la proposition de temps présent enchâssée dans (3*). Nous pouvons également représenter (3*) par p et (4×) par q pour souligner le fait que la paire (3*) et (4×) n’est pas un contre-exemple à pV~p. L’analyse correcte de la négation de (3) est :

(4*) ~F(Le docteur Foster va à Gloucester)

qui est de forme ~p, comme voulu. Il me semble que (4*) dit clairement quelque chose de vrai, dans la mesure où ce n’est pas le cas que p. Mais bien entendu, dire que (4*) est vrai n’est pas dire que le docteur Foster n’ira pas à Gloucester. Cela reviendrait à confondre (4*) et (4×), ce qui serait une bévue : dire que ce n’est pas le cas que p n’est pas dire que q! Ainsi, même s’il s’avère que le docteur Foster va bel et bien à Gloucester, nous devrions être cependant en droit d’assigner la vérité à (4*). (Il pourrait toutefois être trompeur d’assigner la vérité à (4*), en raison de l’ambiguïté de portée et du reste (voir par ex. Grice 1989: Partie I; Jackson 1987), mais cela n’invalide en rien mon raisonnement.)

Cela nous permet de traiter un problème légèrement différent. Considérons:

(5) F(pV~p)

Puisque pV~p tombe dans la portée de l’opérateur de temps, cela signifie-t-il que nous devrions assigner à (5) une valeur de vérité indéterminée ? Heureusement que non, puisque (5) est clairement vraie. La raison à cela est que l’opérateur de temps futur ne rend les affirmations indéterminées que lorsqu’il opère sur des propositions contingentes; puisque les vérités logiques sont une espèce de vérité nécessaire, (5) est donc vraie.
Et mes raisons de dire que pV~p est une vérité logique sont les mêmes raisons que celles données ci-dessus. Ce que cela signifie, c’est que nous ne pouvons pas accepter l’équivalence :

(6) F(pVq) = FpVFq

que nous devrions être en droit de rejeter, puisque si nous prenons q = ~p nous pouvons constater que (6) assimile à tort (4×) à (4*).
Ce système a des caractéristiques notoirement classiques : à partir de simples tests de valeur de vérité nous pouvons constater que "&" et "V" sont à la fois commutatifs et associatifs ; "P=>P" est vraie (à la différence des systèmes entiers de Łukasiewicz et de Bochvar !) ; "P=>Q" équivaut à "~Q=>~P"; les lois distributives [(PV(Q&R)) = ((PVQ) & (PVR)) et (P & (QVR)) = ((P&Q) V (P&R))] sont valables; et les lois de de Morgan sont valables sous une forme [(~(P&Q) = (~PV~Q)) et ~(PVQ) = (~P & ~Q)], bien que, en raison de la définition de la négation, nous perdrions l’équivalence entre "&" et "V" de forme "P&Q = ~(~PV~Q)" et "~(~P&~Q) = (PVQ)", ainsi que l’équivalence "(~P&Q) = (P=>Q)", en raison du cas où P = 1 et Q = 1/2. Il faut dire également que, comme c’est si souvent le cas avec les systèmes multivalents (dont ceux de Łukasiewicz antérieurs aux travaux de Słupecki (1936)), ce système n’est pas fonctionnellement complet. Mais les sortes de fonctions de vérité qui ne peuvent pas être engendrées par les connecteurs de ce système n’ont aucune application, et peuvent donc être ignorées.

Ainsi, tant que le docteur Foster ne tombe pas dans la confusion avec la loi du tiers exclu, il est possible d’avoir ce qu’Aristote souhaitait, à savoir une logique non-bivalente où les lois classiques demeurent intactes. C’est donc en vérité ce système que l’on doive connaître comme le "système classique de la logique trivalente", et non celui de Łukasiewicz tel que présenté par Prior (1953: 317)1.


Références
Aristotle. De Interpretatione. Translated by E. M. Edghill from The Works of Aristotle, ed. W. D. Ross.
1952. Chicago: Encyclopædia Britannica, Inc.
Bochvar, D. A. 1938. "Ob odnom tréhznacnom iscislénii i égo priménénii k analizu paradosov klassiéskogo ras irennogo funkcjonalnoga is islénia" ("On a three-valued calculus and its application to analysis of paradoxes of classical extended functional calculus"). Matématicéskij Sbornik 4: 287–308.
Grice, H. P. 1989. Studies in the Way of Words. Cambridge, Mass.; London: Harvard University Press.
Halldén, S. 1949. The Logic of Nonsense. Uppsala: Uppsala Universitets Arsskrift.
Jackson, F. 1987. Conditionals. Oxford: Blackwell.
Kneale, W. and M. 1962. The Development of Logic. Oxford: Clarendon Press.
Łukasiewicz’s, J. 1920. "On three-valued logic". In Polish Logic 1920–1939, ed. S. McCall, 1967: 16-18. Oxford: Clarendon Press; and in Selected Works, ed. L. Borkowski, 1970: 87–88. Amsterdam: North Holland.
Prior, A. N. 1953. "Three-valued logic and future contingents". Philosophical Quarterly 3: 317–26.
Słupecki, J. 1936. "Der volle dreiwertige Aussagenkalkül". Comptes Rendus des Séances de la Société des Sciences et des Lettres de Varsovie Cl. III 29: 9–11; English tr. The full many-valued propositional calculus. In Polish Logic 1920–1939, ed. S. McCall, 335–37. Oxford: Clarendon Press.
Tooley, M. 1997. Time, Tense, and Causation. Oxford: Oxford University Press.

***********************************************************************


La mauvaise étoile (noire, s'entend) du vieil Aristote a-t-elle été définitivement détruite par le vaillant Bourne? Risque-t-elle au contraire de se reconstituer par une nouvelle objection au tiers exclu? Les aristotéliciens sauront-ils vaincre leur peur de la non-vérifonctionnalité en terre trivalente?
Réponse dans le prochain billet ("Truthmakers II: l'Attaque du Clone"). Et que la force soit avec vous ...

Pactisons en attendant avec la Force qui va Mal ... Chad Vador au rayon charcuterie:

Image ou texte alternatif




F&H



--

Problème philosophique n°6

Posté le 01.01.2008 par schangels
Un nouveau problème philosophique; d'actualité celui-ci, vu la frénésie qui accompagne actuellement le jeu du poker:

Y a-t-il une logique du menteur?

J'avais cru comprendre qu'une logique du mensonge avait été construite il n'y a pas si longtemps, à l'occasion d'un colloque international ESSLLI réunissant logiciens, linguistes et informaticiens. En 2005 mais, depuis, je n'ai rien revu de tel et ne suis même pas sûr que le mensonge puisse être traité comme une constante logique. Si tel était le cas, le bluffeur ne pourrait-il pas être mis à découvert par une sorte d'algorithme, un ensemble d'opérations récursives capables de réduire sa stratégie à un ensemble d'opérations ou règles de conséquence élémentaires?
Petite précision: le mensonge s'oppose à la sincérité, une des caractéristiques principales de l'assertion. Or ce genre d'acte de discours accompagne l'état psychologique de croyance, mais on ne trouvera rien dans une logique illocutoire qui risque d'apporter de l'eau au moulin. Hormis les quelques normes comportementales qui président à la réussite d'un acte de discours, peut-on caractériser le comportement du menteur, ou est-il possible de deviner ses intentions dans une situation de jeu?
Prenez le cas de Napoléon à Austerlitz: malin comme un singe, son bluff a consisté a faire croire qu'il ne pouvait pas prendre de risques étant donné la supposée infériorité numérique de ses troupes. Koutouzov en a inféré que ses troupes passeraient par les flancs et n'oseraient jamais attaquer la coalition anglo-austro-russe de face. Mauvais choix ... le plus grand bluff de l'Empereur a donc été de prendre un risque énorme tout en laissant ses adversaires suivre à tort une sorte de maxime d'utilité espérée: moins de risques, moins de pertes. Napoléon n'a-t-il pas "joué son tapis" (all in, franglais oblige) ce 2 décembre 1805?

Plus généralement, le problème de la logique du menteur est que le protagoniste peut pousser jusqu'au vice de mentir parce qu'il ne ment pas: il peut surprendre l'adversaire en violant la règle tacite selon laquelle l'objectif est de duper son ennemi. Il ne suffit évidemment pas d'inférer la vérité du contraire de ce que le bluffeur dit pour comprendre sa logique: interprétation par trop simpliste, car le bluff est bien plus complexe qu'une simple règle de conséquence de type: B*p |- ~p (où "B*" symboliserait le bluff et "~" la négation).
Mais si ne pas duper est une autre façon subtile de duper, peut-on encore tirer des règles de conséquences claires et distinctes pour caractériser le principe du bluff?
"La plus grande ruse du diable, c'est d'avoir fait croire au monde qu'il n'existe pas" (citation de Verbal Kint dans "Usual Suspects") ... Quelles conditions de succès peut-on associer à un possible opérateur de bluff, qui apparaît comme une sorte de dual de l'opérateur d'assertion?
Des indices peuvent et sont sans doute déjà présents chez les Bataves: dans la théorie des jeux, les opérateurs d'annonce et la sémantique des mondes multi-agents de l'école de logique de Van Benthem. Cela dit, la perversité du bluffeur tient en ceci que l'annonce n'est jamais récursivement réductible à un ensemble de règles d'énonciation ou annonce publique. L'annonce est plus utile pour construire une logique du tarot, semble-t-il, puisqu'il ne s'agit pas de duper l'adversaire mais de combiner des actions entre plusieurs agents au sein d'un ensemble d'informations partielles.

Moralité: la logique du bluffeur ne consiste-t-elle pas précisément à déjouer toute réduction logique que ce soit, sans quoi son art pourrait être mis à mal par le premier programmateur venu? Le problème posé ne m'est pas peu familier, puisqu'il met aux prises deux façons de faire et comprendre la discipline logique en général: comme un ensemble prescriptif de règles à suivre, ou comme un ensemble descriptif de règles susceptibles d'être enfreintes. Si A |- B est l'archétype du schéma logique, que représentent A et B dans une hypothétique logique du menteur, et dans quelle mesure B s'ensuit de A dans toute situation?

A tous ceux susceptibles de m'éclairer sur ce point, qu'ils soient les bienvenus et n'hésitent pas à laisser leurs commentaires! Il serait sans doute intéressant de mélanger logique d'assertion, logique épistémique, théorie des jeux et/ou sémantique multi-agents pour ce faire, mais je n'ai pas suffisamment d'expérience en matière de poker pour préciser davantage.

En attendant vos réponses et précisions, je profite de l'occasion pour rappeler au bon souvenir de quelques morceaux sur le thème des couleurs des cartes à jouer:
Pour commencer, le morceau d'anthologie de Lenny la Grossklasse et sa troupe de sangliers sudistes: "Ace of Spades" (= l'as de pique)

Image ou texte alternatif



Pour continuer, une boîte en forme de coeur des Nirvana ("Heart Shaped Box"):

Image ou texte alternatif



Pour finir, et en beauté, un passage magistral des "Joueurs" ("Rounders" pour la version originale) où Mike (Matt Damon) affronte Teddy KGB (John Malkovich). En VO, pour profiter de l'accent spoutnik de Malkovich machouillant ses biscuits:

Image ou texte alternatif




F&H

Ode à la logique modale

Posté le 01.01.2008 par schangels
A la demande de Cédric qui avait deviné avant-hier l'auteur de la première citation, concernant la contestation et le capital, je me suis plié à sa requête et vous propose donc ces quelques vers en décasyllabes (deux pentasyllabes pour chaque vers), tout à l'honneur de la logique modale et d'une de ses lettres fétiches, j'ai nommé: la lettre K. "K" comme Kripke, KT45, KK-thesis ... les habitués du genre savent de quoi je parle ici.
Pour les autres, tentez de saisir le sens dissimulé tant que bien mal derrière ces lignes composées par un Petit Körper Sain.
Puisque les vers sont assez courts, je n'ai pas su faire dans la pertinence intégrale: bien qu'écrit à l'adresse de Kripke, sorte de Tortue Géniale autiste perdue dans un monde possible dont lui seul doit connaître les conditions d'accessibilité, vous ne trouverez pas d'expressions telles que "nécessaire a priori", "transitivité", "désignation rigide" ou "essentialisme" dans le poème ci-dessous. C'est que je ne suis en rien un poète, alors: merci d'avance pour votre indulgence face à une production on ne peut plus ... contingente.
Quoi de plus normal que de rappeler au souvenir du vieux Saül par un exercice de métrique: n'est-ce pas à lui que l'on doit l'idée selon laquelle la longueur d'un bâton d'un mètre donnerait une affirmation nécessaire a posteriori? Cf. sa "Logique des Noms Propres", pour les intéressés.
Boîte-boîte-diamant-nabla en force!!!

Et puisque notre logicien modal baigne allègrement entre deux rêves éveillés, je glisse entre deux strophes ce morceau mémorable des Tears for Fears, "Mad World", arrangé au piano par Gary Jules pour un film qui mérite le détour: "Donnie Darko".

Image ou texte alternatif




Autiste, ô Possible
Kripke parti loin, sur Krypton au moins,
Kinés impuissants, face au vieux dément,
Kierkegaard en miettes, loin de nos emplettes,
Kantien clopinant, apodictiquant.

KT4 en lice, opérateurs bis,
Kaputt dans les fêtes, bouillon dans la tête,
Kilos de structures, itérations pures,
Königsberg en berne, respect vieille baderne.

KK-thesis règne, dans les mondes je baigne,
Kaléïdoscope, perdu dans les scopes,
Knowledge dans le box, info ou intox,
Kennedy au temple, Nixon sert d'exemple.

Kino pris en cible, fictions accessibles,
Karl Marx à l'appel, contrefactuel,
Kun à leur insu, ah s'ils avaient su,
Keitel chez un dieu, j'ai nommé Kripke.


Le principe du gage en échange de bonnes réponses aux citations tient toujours.
Merci à Cédric de ne pas avoir fait dans le graveleux et de m'avoir mis au défi d'un poème plutôt que de délicats exercices olympiques de dessous la ceinture. Avis aux autres, je suis d'attaque!

Pour la comparaison avec la reprise ci-dessus de Gary Jules, les Tears for Fears méritent bien leur pré carré ci-dessous.

Image ou texte alternatif



Laquelle des deux versions préférez-vous? Je craque littéralement devant la danse si conceptuelle de Roland Orzabal. Avis aux camarades nancéiens: qui saura reproduire un si beau rituel rythmique pour notre prochaine soirée à thème (après "vins&fromages", quid de "minimalisme artistique&Bayley's")?!!!

F&H

Béruriers Noirs: Deux Clowns

Posté le 01.01.2008 par schangels
Dans la foulée du premier Béru: les paroles du second sur ma liste.


Deux Clowns
Ricco était un clown qui vivait dans un cirque
Sa tête de fripouille faisait rire les enfants
Son sourire maquillé de gugusse ambulante
De tournée en tournée il pleuvait les applaudissements
Il jouait avec ses mains comme un petit magicien
Pourquoi donc un matin il a joué un peu trop loin ?

Oui, il s'est pendu sous le grand chapiteau
Un concombre dans le cul, son corps nu flottant très haut
Le visage peint en rouge et les godasses au pied
Ricco était un clown maintenant pour l'éternité
Sous le grand chapiteau tous pleuraient en silence
Et le soir les marmots rigolaient bien en cadence !

Ouais!!!!

Zeppo l'autre clown qui vivait dans le même cirque
Sa tête de grand fou faisait rire les enfants
Ricco était le gugusse et Zeppo le clown blanc
Mais depuis qu'il n'était plus ce n'était plus comme avant
Et Ricco était mort et Zeppo devint grave
Bientôt son visage blanc n'amusait plus les enfants!

Et Zippo devint fou sous le grand chapiteau
Il plongea dans la foule avec ses yeux en couteau
Il tua son premier gosse et s'enfuit dans la forêt
Il mangeait des écorces, tous les gosse le cherchaient
De Ricco la fripouille à Zeppo le clown blanc
Combien y-a-t'il de clowns qui sont devenus déments ?


F&H

Béruriers Noirs: Salut à Toi

Posté le 01.01.2008 par schangels
Pour qui souhaiterait en savoir plus sur les morceaux distillés au compte-(grosses)gouttes dans ce blog: il ne me semble pas inutile d'ajouter les paroles à la musique.
A réciter les soirs où l'inspiration vous manque et qu'il s'agit de réanimer l'ambiance ... les paroles des autres morceaux ne tarderont pas (Cure, Electric Six, etc). Le service après-vente n'ira pas jusqu'à vous proposer une traduction des textes anglais. Pas pour l'instant, en tout cas.
Et bonnes récitations à venir!


Salut à toi
Salut à toi ô mon frère
Salut à toi peuple khmer
Salut à toi l'Algérien
Salut à toi le Tunisien
Salut à toi Bangladesh
Salut à toi peuple grec
Salut à toi petit Indien
Salut à toi punk iranien

Salut à toi rebelle afghan
Salut à toi le dissident
Salut à toi le Chilien
Salut à toi le p'tit Malien
Salut à toi le Mohican
Salut à toi peuple gitan
Salut à toi l'Ethiopien
Salut à toi le tchadien

Salut à vous les Partisans
Salut à toi "cholie all'mante"
Salut à toi le Vietnamien
Salut à toi le Cambodgien
Salut à toi le Japonais
Salut à toi l'Thaïlandais
Salut à toi le Laotien
Salut à toi le Coréen

Salut à toi le Polonais
Salut à toi l'Irlandais
Salut à toi l'Européen
Salut à toi le Mongolien
Salut à toi le Hollandais
Salut à toi le Portugais
Salut à toi le Mexicain
Salut à toi le marocain

Salut à toi le Libanais
Salut à toi l'Pakistanais
Salut à toi le Philippin
Salut à toi l'Jamaïcain
Salut à toi le Guyanais
Salut à toi le Togolais
Salut à toi le Guinéen
Salut à toi le Guadeloupéen

Salut à toi le Congolais
Salut à toi le Sénégalais
Salut à toi l'Afro-cubain
Salut à toi l'Porto-ricain
Salut à toi la Haute Volta
Salut à toi le Nigéria
Salut à toi le Gaboni
Salut à toi le vieux chtimi

Salut à toi Che Guevara
Salut aux comités d'soldats
Salut à tous les hommes libres
Salut à tous les apatrides
Salut à toi la Bertaga
Salut aussi à la Banda
Salut à toi punk anarchiste
Salut à toi skin communiste

Salut à toi le Libéria
Salut à toi le Sri Lanka
Salut à toi le sandiniste
Salut à toi l'unijambiste
Salut l'mouv'ment des Jeunes Arabes
Salut à toi Guatemala
Salut l'P4 du contingent
Salut à toi le Shotokan

Salut à toi peuple Kanak
Salut à toi l'tchécoslovaque
Salut à tous les p'tits dragons
Salut à toi qui est keupon
Salut à toi jeune Malgache
Salut à toi le peuple basque
Salut à toi qu'est au violon
Salut à toi et mort aux cons

Salut à toi le Yougoslave
Salut à toi le voyou slave
Salut à toi le Salvador
Salut à toi le Molodoï
Salut à toi le Chinois
Salut à toi le Zaïrois
Salut à toi l'Espagnol
Salut à toi le Ravachol

Salut à toi le Hongrois
Salut à toi l'iroquois
Salut aussi à tous les gosses
Des îles Maudites jusqu'à l'Ecosse
Salut à vous tous les zazous
Salut à la jeune garde rouge
Salut à toi le peuple corse
Salut aux filles du Crazy Horse

Salut à toi la vache qui rit
Salut à Laurel et Hardy
Salut à toi peuple nomade
Salut à tous les "camawades"
Salut à toutes les mères qui gueulent
Salut aussi à Yul Brunner
Salut à toi l'handicapé
Salut Jeunesse du monde entier

Salut à toi le dromadaire
Salut à toi Tonton Albert
Salut à toi qu'est à la masse
Salut aussi à Fantomas
Salut à toi Roger des près
Salut à toi l'endimanché
Salut à tous les paysans
Salut aussi à Rantanplan


F&H

Soyons marxistes (tendance Groucho): pour une réSolution permanente

Posté le 31.12.2007 par schangels
A tous ceux pour qui le réveillon n'est qu'une gigantesque mascarade synonyme de dictature de la bonne humeur, de déclarations de voeux insignifiants, de petits fours indigestes et de champagne acidifié qui reste sur l'estomac tout le mois de janvier: je dirais qu'ils sont pris du syndrôme Collier de Barbe, extrêmement dangereux parce que fourbe et souvent dissimulé derrière de bons sentiments mortifères. Je m'explique par quelques symptômes susceptibles de révéler ce mal, lequel a largement rongé l'hexagone et depuis longtemps déjà. Si tu es prof de français altermondialiste du secondaire, militant du SGEN-PUF, amateur de Gitanes maïs tous les 8 heures moins 10 du matin avant le premier cours des 4e techno et opposant absolu de la "télévision-boîte à cons" (hormis Arte et la Cinq entre 15 et 18h le dimanche), prends garde à toi ... et va te raser plutôt que de raser les autres de ta moraline à l'odeur de sueur de dessous de bras. C'est l'ancien pion de collège qui parle, ici. Et si par malheur tu avais une bonne raison de nous imposer ta tristesse de circonstance, alors viens parler peu mais bien sur ce blog ou tais-toi à jamais, parce que le temps presse pour tout le monde ...

Message à tous ceux qui se cachent derrière ces arguments de rabat-joie castrateur, les soirs de réjouissances officielles: arrêtez donc de bouder le plaisir des autres et de prendre le parti inverse d'une fête dont vous rêveriez de jouir au tréfonds de vous-mêmes. Sans quoi vous ne prendriez pas autant de soin à en déconstruire le caractère mercantile à tout bout de champ. En vérité je vous le dis: trop coincés vous êtes et trop peu vous assumez votre pauvre condition bien en dessous de vos aspirations débordantes de perfectibilité et d'amour du prochain qui ne se pointe toujours pas tel que vous le voudriez ... toutes ces frustrations qui vous bouffent de l'intérieur, vous vous ingéniez à le cacher par une mauvaise foi d'élitiste bouché du sphincter. J'en ai fini avec mon analyse phénoménologique. Parenthèse: (Je conseille à ce propos l'analyse par Sartre de la logique de l'antisémitisme français, dans ses "Réflexions sur la question juive" qui stupéfient par leur subtilité et précision dans les répliques et contre-répliques de l'anti-déiciste. Parenthèse fermée)

Pour tous les autres qui aiment l'impro et savent faire preuve de suffisamment d'humilité pour dévoiler leur côté paillard les soirs de ripaille: n'oubliez pas pour autant que la Saint Sylvestre est avant tout la fête des commerçants, et que chaque jour que le Logos fait peut être le prétexte à une grosse mascarade improvisée. Pour que chaque jour soit une fête en puissance, haut les coeurs! Et bons éclatements de la rate à vous tous, pour cette nouvelle année haute en tensions géostragétiques. Pas grave, Israël a appris à se protéger. Pas vrai, les rabbins?!

Allez, musique: COIN COIIIIIINNNNN!!!!

Image ou texte alternatif



C'est lourd? Certes, mais c'est bon lorsque pris avec modération et 13e degré. Avertissement: aucun animal n'a été maltraité dans ce clip, sinon quelque peu bousculé par un faux amateur du Talmud

Pour ceux que les sons électroniques house attirent davantage, rien de mieux que de fêter une nouvelle boucherie de 365 jours par ce morceau dynamisant de Vitalic:

Image ou texte alternatif



Et bonne digestion pour qui a su en profiter!

F&H
2007 ... 8, ça suffit.

Citation du jour: qui a dit ... (9)

Posté le 31.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"N'écoute pas ce que je dis, regarde ce que je fais"

Indice: homme d'idées ...

... plutôt que d'action, paradoxalement. L'homme (autre indice) n'était pas encore sensible à l'idée selon laquelle on agit selon par ce que l'on dit.
J.L. Austin n'était pas encore né à l'époque de cette formule, il est vrai (un indice, encore). Cette citation est un avis de méfiance face à tous les actes de discours prometteurs de lendemains qui chantent, notamment. Dédicace à tous les donneurs de leçons et vantards en tous genres. Une incitation générale à se fier davantage aux actes plutôts qu'aux mots: lorsque l'on passe au second niveau de discours et que le locuteur s'interroge sur les attributions de croyance de l'interlocuteur à sa propre personne ... ce n'est plus du dialogue de salon de coiffure, mais un travail de bluff digne du poker.

Une illustration rapide de cette mise en abîme à l'intérieur du discours: Human League et son célèbre "Don't you Want me Baby". Rien à voir avec les actes de discours, mais le réalisateur joue sur la frontière souvent floue entre fiction et réalité (dédicace en passant à l'excellent "ExistenZ" de Cronenberg, avec Jude Law). Et puis ce morceau me plaît, ce qui fait d'une pierre deux coups:

Image ou texte alternatif




F&H

Liberticide, j'écris ton

Posté le 31.12.2007 par schangels
Ce soir à minuit pétante, les dernières cigarettes seront écrasées dans les cendriers publics ... liberté de bien faire, ou liberticide patenté?
Le sacro-saint débat sur la liberté et ses dérives licencieuses n'a pas fini d'alimenter les feuilles de chou de France et du Benelux.
Pour ou contre: petit tour d'horizon de quelques arguments rivaux, sachant que je ne vois que des avantages personnels à ne plus supporter les fumées épaisses des fonds de bar.

POUR L'INTERDICTION:
- meilleure santé publique
- moins de dépenses de la sécurité sociale pour les frais d'opérations du cancer de la gorge, de la bouche, etc.
- économies substantielles des ménages (le pouvoir d'achat obsède bien Mr et Mme Toulemonde, non?)
- meilleure hygiène dans les restaurants ("dis-moi, connard, ça t'étoufferait d'éteindre ton gros havana qui pue?")

CONTRE L'INTERDICTION:
- défense du plaisir de la bouche (une bonne Marlboro avec un bon petit noir, c'est tout de même le petit bon dieu en culotte de velour)
- protection de la corporation buraliste (que vont devenir les PMU enfumés du matin au soir? les clients vont finir par se voir en parlant, attention ...)
- perte substantielle pour les caisses de l'Etat (80% et des cendres de taxes sur chaque paquet, ça ne disparaît pas sans douleur fiscale)
- la classe, McFly! (qui peut imaginer James Dean, André Malraux, Sartre ou Clint Eastwood alias "blondin" sans le mégot au bec? autres temps plus mortifères, autres moeurs moins dirigistes)
- liberté, liberté chérie!!!

C'est ce dernier argument qu'il convient de mettre en lumière, au milieu des arguments ... fumeux: la liberté consiste-t-elle à décider de ses actions selon sa propre volonté?
Entre volonté et désir, il y a une marge et le philosophard professionnel connaît bien la chanson; si la volonté signifie la conformité de l'intention aux normes de la raison, alors je ne peux pas "vouloir" à proprement parler la défense du tabac en zone publique si les conséquences du tabagisme sont néfastes pour la communauté.
Si vouloir = vouloir le bien de soi et de tous, alors autant interdire:
- l'alcool (même le Bayley's? Aïe)
- les céréales et barres chocolatées pour les gamins, productrices d'obésité qui, je le rappelle, sera bientôt le souci de santé publique n°1 en France (pleins de Fat Boy Slims au pays du cassoulet, on s'y retrouve)
- la télé-dépendance: à bas les soirées bière-cacahuètes pour les mecs, à bas les après-midi "Derrick&Le Renard" pour les mère-grand, à bas TF1 pour les ménagères standards;
- le manque de sport: jogging, vélo et tennis pour tout le monde au moins 3 fois par semaine,
etc, etc.

De deux choses l'une:
- soit l'on veut le bien de la majorité, et l'on oublie notre lyrisme démocratique à deux sous (le "peuple a toujours raison", dit le député; tu m'étonnes, c'est grâce à lui qu'il vit aux frais de la Grande Catin) pour instaurer une technocratie à la Gattaca; un comité de spécialistes de la santé et hygiène mentale décide de ce qui est bien et mal pour tous et dans l'intérêt commun; que demande le peuple?
- soit l'on maintient le droit de ce peuple à disposer de lui-même, et on lui reconnaît le droit de se tromper au point de lui mettre un objet de mort entre les doigts; il existe déjà les volants à cet égard, alors pourquoi ne pas laisser à l'homme le droit suprême d'user de son libre-arbitre?

OK pour laisser aux autres le droit de se tromper, et Rousseau ne disait pas autre chose à son Emile lorsqu'il s'agit de lui donner les bases d'une bonne éducation. Quitte à en payer les conséquences soi-même, et soi seul: plus de couverture sociale pour les cancéreux de la clope, et même combat pour les skieurs hors-piste dont les lubies de frimeur boutonneux coûtent bonbon en déplacement d'hélicoptères? Meuh non! Nous, Français, sommes fondamentalement chrétiens et humanistes et, en cela, jamais nous ne laisserons mourir un congénère à nos côtés. Mais que celui-ci réflechisse un tant soit peu aux conséquences néfastes de ses actes avant d'agir. "Mort aux vaches"? Soit, mais alors démerde-toi si la gorge te gratouille un soir plus que de raison. Et tu seras un homme, mon fils ...

"Liberté", "licence", "libre-arbitre", "licence", "intérêt", "volonté", "désir", "bien commun" ... on n'a pas fini de tripoter ces concepts à partir de demain. Fort heureusement pour l'Etat et la santé publique: le citoyen français a cela de commode qu'il ouvre toujours grande sa gueule avant de la refermer souvent très vite. Qui a dit "Les Français sont des veaux"? Un non-fumeur, je crois ...

"Liberté chérie, j'écris ton nom" ... même si je ne sais pas vraiment ce que tu signifies.

F&H

Citation: qui a dit ... (8)

Posté le 31.12.2007 par schangels
Qui a dit:

''L'amitié, ça ne se dit pas''

Indice: pas un philosophe, du tout.

Ceux qui ont eu l'occasion de jeter le coup d'oeil sur ma thèse connaissent la réponse, puisque j'ai utilisé cette citation en guise de mot de Remerciements au pluriel ("je remercie toute l'équipe, sans laquelle je ne serais rien, etc...")

Ca ne se dit pas, non, sous-entendu que les déclarations d'amitié cachent souvent, sinon toujours, des intentions mal avisées de la part de leur auteur. Pourquoi le dire, si la personne aimée constate suffisamment vos témoignages d'amitié à chaque occasion de la manifester? Sans être aussi radical, l'auteur de cette formule à laquelle je souscris pleinement voulait sans doute dire que la meilleure preuve d'amitié (et pas la seule, donc) est celle qui se montre dans les actes et ne s'étale pas dans le but calculé de faire tomber la larmichette.
Serait-on ici en présence d'un aveu d'anti-performatif (cf. Problème de philosophie n°5)? Ou ne s'agit-il ici que d'une simple question de pudeur dans notre comportement social? Les deux, mon général: la signification d'un acte performatif n'est pas indépendante de ses effets perlocutoires, donc qui déclare son amitié n'ignore pas les conséquences qu'une telle déclaration peut avoir sur son interlocuteur et sur lui-même.
J'ai déjà eu l'occasion d'échauffer sur ce sujet la bile de l'ex- d'un ami, laquelle m'avait reproché de ne pas lui faire de compliments sur sa cuisine après une bonne soirée. Il est vrai que j'avais plus insisté sur son état bien imbibé de fin de soirée, ce qui n'est pas toujours très délicat à l'égard d'une femme ... mais de là à la complimenter sur commande ou, tout au moins, à recevoir une leçon de savoir-vivre mondain: je dis "fuck", et en toute an-amitié.

Parenthèse: (y a-t-il un juste milieu entre l'amitié et l'inimitié, hormis l'indifférence? Ne ressentir ni l'une ni l'autre pour une personne = ? Si quelqu'un me trouve ce milieu neutre, tel le gris entre le noir et le blanc, j'exécuterai un voeu en son nom. C'est dit, donc ce sera fait.)

Pour revenir à la citation ci-dessus, je reconnais que nous ne sommes pas ici en face d'un anti-performatif au sens strict (s'il y a): la plupart de nos actes de discours s'accompagnent d'une condition minimale de sincérité pour être réussis, fort heureusement et sans quoi toute communication serait synonyme de piège à cons; disons plutôt que nombre des déclarations d'amitié, d'amour, de gentillesse et autre paix dans le monde sont rarement, voire jamais accomplies sans quelque arrière-pensée initiale.
Et puisque l'on parle d'amitié, cela me donne une occasion idéale pour glisser un petit Rammstein de derrière les fagots: "Du hast", dont le clip évoque l'amitié virile toujours plus forte que les sourds complots de la vile femelle fiéleuse. Tout un programme; mais on ne brise pas le Stahl aussi facilement, Fraulein ... NNNEEEIIINNN!!!

Image ou texte alternatif



Pour ceux qui n'aiment pas les riffs germaniques bien lourds, vous pourrez toujours passer votre chemin; c'était ça où ''Les copains d'abord'' de Brassens, mais ce dernier ne risque pas de trouver place dans ce blog sinon après quelques retouches façon Perusse (cf. Blagounettes).

Tout ceci me fait penser à une autre citation plus générale, concernant la relation entre les mots et les actes ...

F&H

"Truthmakers": expliquons, avant de répliquer

Posté le 30.12.2007 par schangels
Photo: Platon à gauche, Aristote à droite
Thème: opposition ontologique entre l'unité de l'être selon Platon et la pluralité des modes d'être dans les catégories d'Aristote
Dialogue:
Platon - Tu veux mon doigt?!
Aristote - Non, les cinq ...

Au début de ce mois de décembre pas encore achevé, j'ai soumis un petit article polémique (au sens intello du terme) paru dans un périodique électronique de philosophie anglophone: The Reasoner.
Le sujet concernait les "truthmakers" et la table de vérité proposée par un jeune philosophe anglais, Craig Bourne, en vue de résoudre un vieux problème de logique philosophique bien connu des amateurs du genre.

Problème: à la question de savoir si Aristote considérait le principe du tiers exclu comme une loi logique universellement valable, l'interprétation moderne (de type Lukasiewicz, autre philosophe et logicien polonais du siècle dernier, mort à Dublin en 1956) dit que le Stagirite défendait l'universalité du principe de bivalence et non celle du tiers exclu. J'ai déjà parlé de la bivalence dans ce blog: voir le problème de philosophie n°2 et la "thèse de réduction" de Suszko.
Le principe du tiers exclu est une "loi" logique selon laquelle toute proposition (phrase susceptible d'être considérée comme vraie ou fausse) ou sa négation est vraie. S'il est faux que ma mère est mon père, alors il est vrai que ma mère n'est pas mon père; s'il est vrai qu'il fait froid dehors, alors il est faux qu'il ne fait pas froid dehors, etc. C'était là le thème central de mon mémoire de maîtrise, en passant. Or Aristote a remarqué dans le chapitre 9 d'un de ses ouvrages de logique, "De l'Interprétation" (Peri Hermeneia, pour les hellénistes), que certaines propositions semblent échapper à la juridiction du tiers exclu: celles portant sur des événements futurs et contingents, telles que "une bataille navale aura lieu demain". Si j'évalue cette proposition aujourd'hui et avant que la bataille n'ait lieu, elle n'est pas encore vraie; mais je ne peux pas affirmer non plus que sa négation est vraie, parce que l'événement en question est encore indéterminé.
Moralité: soit l'on maintient la validité du tiers exclu, et l'on tombe dans le déterminisme; soit l'on opte pour l'indéterminisme et le tiers exclu n'est plus une loi logique universellement valable.
Certains philosophes et/ou logiciens ont tenté d'échapper à ce dilemme étriqué, tels Günther Patzig ou Susan Haack. Un problème d'évaluation des propositions complexes, pour le premier; une ambiguïté sur la portée de l'opérateur de nécessité, pour la seconde; sans parler du duo Kneale&Kneale, selon lesquels l'équivoque repose sur une confusion entre les concepts centraux en philosophie du langage de "proposition" et d'"énoncé" ... j'éclaircirai tout cela pour qui le souhaitera par la suite.

Et moi, dans tout ça? J'ai tenté de montrer dans ledit article que la suggestion faite par Craig Bourne reposait sur une équivoque entre deux acceptions du concept de vérité:
- Craig dit que s'il n'est pas vrai (pour l'instant, en tout cas) qu'une bataille navale aura lieu demain, alors il est vrai de dire que ce n'est pas (pour l'instant) le cas que la bataille aura lieu demain
- là où Lukasiewicz attribuait une troisième valeur de vérité indéterminée "1/2" entre le vrai "1" et le faux "0" et considérait que la négation de l'indétermination est toujours elle-même indéterminée: non-"1/2" = "1/2", Craig rebondit et prétend au contraire que le fait de nier un énoncé indéterminé revient à dire quelque chose de vrai: il est vrai de dire que l'énoncé en question n'est pas vrai, dans la mesure où "ne pas être vrai" n'équivaut pas à "être faux" (sans quoi on retomberait dans l'option déterministe ou bivalente: soit c'est vrai, soit c'est faux).
- Craig admet donc une négation non normale pour rétablir la validité universelle du tiers exclu: nier la valeur "1/2" ne donne pas toujours "1/2" puisque l'on obtient la vérité "1", ici.

Tout le monde suit encore, ou tout le monde s'est déjà barré sur un site cochon?
Peut-être qu'un accompagnement musical en fond sonore vous réveillera. Un bon "Flashback" de Laurent Garnier, pour son atmosphère à la fois feutrée et détendue:

Image ou texte alternatif



Je reprends. Craig a donc commis selon moi une confusion des genres en confondant "être vrai" et "dire la vérité": ce n'est pas parce qu'il est vrai de dire qu'une proposition n'est pas vrai que cette proposition est vraie. On joue en quelque sorte sur deux niveaux de discours: la proposition "une bataille navale aura lieu demain" n'est pas vraie au moment où je l'énonce, et elle n'est pas fausse non plus; donc il est vrai que cette proposition n'est pas vraie, dit Craig.
Conclusion: la négation d'une proposition portant sur un événement indéterminé est vraie. On a donc rétabli la validité du tiers exclu, puisqu'il suffit qu'un des deux termes de l'alternative soit vrai pour que le tout le soit également.

Tout est bien qui finit bien? Enfin la preuve que multivalence et tiers exclu peuvent faire bon ménage, à condition d'interpréter autrement la négation logique?

Non! Je dis "halte là": ce n'est pas la négation de la proposition qui est vraie, mais la négation de son assertion, ce qui n'est pas la même chose. Si j'énonce une proposition, je la présente sous le mode de l'affirmation et, en ce sens, je l'asserte parce que je prétends à sa vérité. Pour insister sur la différence entre une proposition et son assertion, j'en suis donc arrivé au thème des "truthmakers", c'est-à-dire ce que la philosophie du langage francophone a rendu par l'expression de "vérifacteurs": ce qui rend vrai une proposition, ou la "chose" qui nous permet d'attribuer la valeur "vrai" à une proposition. Si c'est un fait, et c'est ainsi qu'Aristote envisageait la chose, il faut qu'à une proposition correspond un fait qu'elle exprime pour que l'on soit en droit de qualifier cette proposition de "vraie". Or ce n'est pas le cas avec les événements indéterminés, n'en déplaise à Craig; c'est pourquoi j'ai prétendu que ce qui est vrai n'est pas la négation de la proposition de départ, mais sa dénégation ou négation illocutoire: "je n'affirme pas qu'une bataille navale aura lieu demain", par opposition à la négation propositionnelle ou négation locutoire: "une bataille navale n'aura pas lieu demain".

Conclusion (provisoirement) finale: l'astuce de Craig pour rétablir la validité universelle du tiers exclu ne marche qu'à condition de mélanger les deux types de négation, c'est-à-dire deux niveaux de discours distincts. J'ai formalisé le tout à la façon de la logique des assertions de Bochvar, logicien russe qui avait proposé une table de vérité trivalente et deux négations, externe (illocutoire) et interne (locutoire), dans les années 30-40.

Voila pour l'instant, sachant qu'il sera toujours possible d'attaquer mon approche par un flanc ou un autre. C'est ce qui fait à la fois la richesse et le commerce de la philosophie analytique moderne, après tout.
Je viens de recevoir ce soir le nouveau numéro de The Reasoner avec en prime une réponse critique à mon argumentation par Mark Jago, un jeune philosophe de Nottingham. Je vais donc m'empresser d'en lire le contenu et, tant qu'à faire, de défendre mon bout de gras si convaincu je ne suis pas.
Pour la référence de mon article et celle de mon répliquant, voir l'adresse suivante:

http://www.thereasoner.org/

Vous trouverez mon article dans le vol. 1, n°8 (décembre 2007); la réponse est, évidemment, dans le numéro suivant: vol. 2, n°1.

Excellent ce Laurent Garnier, pas vrai? Pas faux non plus, si vous m'avez bien suivi ...

F&H

Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus