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Nom du blog :
schangels
Description du blog :
Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
13.10.2009

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Mesurons nos propos en société

Publié le 14/01/2008 à 12:00 par schangels
Mesurons nos propos en société
Dans le registre "Apprenons à mesurer nos déclarations selon l'intention du message": pour ne pas froisser notre ami Cinoque ci-dessus, je ne lui dirai pas entre deux barres chocolat-noisette englouties qu'il est laid comme un accidenté du landeau, mais simplement qu'il n'est pas beau. Quelle différence? Aucune, à vrai dire ou à dire tout court. Pour quelle raison? Mieux vaut ne pas dire qu'il est laid que de dire qu'il n'est pas beau, car les deux ne se valent pas. Explication.

Il y a des leçons de bonne manière que la logique illocutoire est censée nous apporter; ou la théorie des actes de discours, plus simplement et moins formellement.
Leçon de bonne manière; plutôt que d'apprendre à reconnaître la fourchette à poissons avec Miss Rotschild, constatons avec Feu John Langshaw Austin que certaines dénégations équivalent à des assertions négatives lorsqu'elles sont prononcées par un locuteur. Autrement dit:
Qui dit "Cette fille n'est pas belle" laisse entendre à son interlocuteur que la pauvre hère n'a pas été aidée par la nature. Donc dire "elle n'est pas belle" = penser qu'elle est laide. Pourquoi ce type d'inférence? Il s'agit là de ce que H.P. Grice a qualifié d'"implicature conversationnelle", c'est-à-dire une déduction qui n'est pas due à la signification des concepts utilisés mais à la façon dont nous les utilisons dans des contextes de conversations courants.
Pourquoi, après tout, ne pas inférer de l'affirmation "cette fille n'est pas belle" que le locuteur ne craque pas devant la gaillarde sans aller jusqu'à la prendre pour un laidron? De même que tout n'est pas blanc ou noir, il y a des nuances dans les jugements de goût et le passage d'une qualité à son contraire n'est pas incontestable. Si je dis: "je ne pense pas que cette fille est belle", mon verdict ne semble en effet pas aussi catégorique que mon affirmation précédente.
Quelle différence entre "cette fille n'est pas belle" et "je ne pense pas que cette fille est belle"? Une différence dans la portée de la négation, qui porte tantôt sur le seul prédicat "belle" tantôt sur la proposition d'ensemble.
Logique formelle et théorie des actes de discours peuvent s'associer ainsi afin d'expliquer pourquoi il n'est pas conseillé de nier la beauté d'une nénette sans se voir prêter des sentiments ou intentions que l'on ne porte pas toujours en soi. Apprenons à maîtriser le langage par un petit détour en terre illocutoire, notamment.

Première leçon: les implicatures conversationnelles de Grice.
Je ne suis pas convaincu de la frontière rigide entre sémantique et pragmatique, mais au moins de ceci: les intentions que l'on prête à qui prétend qu'une fille n'est pas belle sont un exemple d'implicature à la Grice, plus précisément: de ce qu'il appelait la maxime de qualité de l'information transmise par le locuteur. En un mot, le locuteur est tenu d'apporter à son locuteur autant d'informations que possible afin de faire preuve de pertinence. On ne parle pas pour rien dire, donc refuser le qualificatif de beauté à une fille insinue davantage que la simple indifférence ou le doute d'esthète.

Seconde leçon: assertion et dénégation.
La négation peut modifier la signification d'un acte de discours, selon qu'elle porte sur l'acte d'ensemble ou sur le contenu de cet acte. On parle parfois de négation interne et externe, afin de distinguer "Je pense que cette fille n'est pas belle" de "Je ne pense pas que cette fille est belle". La chose a été officialisée par John Searle dans son "Speech Acts" de 1969, qui lança l'analyse formelle des actes de discours et confirma que la guéguerre classique entre philosophes formels et philosophes du langage ordinaire pouvait être réglée au sein d'une future logique illocutoire.
La première forme de négation exprime un acte d'assertion, dans lequel le locuteur affirme quelque chose du sujet en question. La seconde forme exprime un acte de dénégation, dans lequel le locuteur ne va pas jusqu'à asserter mais rejette plutôt l'attribution d'une propriété au sujet du discours.

Conclusion: passer de "cette fille n'est pas belle" à "cette fille est laide" est due au caractère assertif du premier énoncé, qui dit donc plus qu'une simple dénégation. Assertion et dénégation se confondent parfois dans nos usages quotidiens, certes; c'est ce qu'un spécialiste de linguistique formelle m'a fait remarquer lors d'un colloque sur les oppositions logiques à Montreux, en juin dernier (en l'occurrence: Laurence Horn). Mais j'entends ici par "dénégation" l'abstention de jugement ou refus de porter un jugement catégorique faute de raisons suffisantes. Or dans le doute, on s'abstient ... de l'ouvrir notamment, de sorte que maxime de qualité de Grice + faiblesse informative des simples dénégations = réduction des jugements négatifs aux assertions négatives.

Analyse un peu lourde, j'en conviens, mais qui explique pourquoi on en dit parfois plus qu'on ne le souhaiterait lorsque les actes de discours sont mal maîtrisés. La négation est une arme à double tranchant, dont la place dans l'énoncé peut porter à confusion dans la tête de l'interlocuteur et se payer cash dans vos propres relations sociales. A supposer que la fille non-laide ait le bras long, par exemple, ou que l'un de vos interlocuteurs fasse partie de ses sbires intimes.
Platon a commis ce genre d'implicature dans le Gorgias, lorsqu'il faisait dire à son partenaire que ce qui n'est pas beau est laid. Erreur: le passage d'une propriété à son contraire n'est justifiable que dans le cadre des actes de discours et des règles pragmatiques qui les accompagnent, mais pas dans les actes locutoires où il ne s'agit pas de donner son propre avis mais de décrire des relations conceptuelles en général. Ce qui n'est pas beau n'est pas nécessairement laid, après tout. Mais ...
Qui dit que telle chose n'est pas belle laisse entendre qu'il la trouve laide. Voila tout.

Dédicace à tous ceux qui, comme c'est souvent mon cas, se voient prêter des intentions douteuses pour avoir mal dosé leurs actes de discours. Exemple: ne jamais dire d'une fille qu'"elle n'est pas belle", même lorsque l'on veut seulement dire qu'elle a du charme sans être belle au sens propre. Mesurez le propos et corrigez par un "Je ne dirais pas qu'elle est belle, mais plutôt ...", ou veillez sinon à utiliser un ton de voix propre à affaiblir la force catégorique de votre jugement. Exemple: ne prononcez pas l'énoncé en question sur un ton monocorde, mais montez plutôt dans les aigus légers pour montrer votre souci de modérer votre jugement et rechercher quelque qualité au laidron potentiel dont vous auriez mieux ne pas parler du tout au final.

Ce qui vaut pour la beauté et la laideur s'applique également à la paire du vrai et du faux: dire d'une chose qu'elle n'est pas vraie laisse à penser que vous la jugez fausse, ainsi qu'à une bonne part de prédicats contraires que les actes de discours ont pour effet de rapprocher singulièrement. Une autre réflexion à mener concernerait les différents sens de la négation: selon qu'elle est privative ou métalinguistique, entre autres. Sans être convaincu de la distinction cristalline entre celles-ci, je dirais tout au moins qu'il est normal de passer d'un contraire à un autre par la négation lorsque le champ lexical est limité à deux propriétés: si un nombre n'est pas pair, c'est qu'il est impair; si une sentence n'est pas juste, c'est qu'elle est injuste, etc. et de même pour toutes les catégories composées de seulement deux éléments. La logique classique, ou du moins sa sémantique, penchent vers cette tendance lorsqu'il s'agit de dénombrer les valeurs de vérité. Nous avons déjà abordé cette question, et nous y reviendrons bien des fois sur ce blog. Vrai-faux, blanc-noir, beau-laid, même combat? Oui, pour qui considère que ces trois catégories conceptuelles comportent plus de deux éléments chacun. Le passage de non-belle à laide en serait facilité, mais il me semble que l'implicature pragmatique ci-dessus explique mieux le manque de tact qu'une histoire de catégorie esthétique à seulement deux éléments. Mais cette explication n'en est pas incorrecte pour autant.
Le langage est une arme, efficace lorsqu'elle est bien maîtrisée mais dangereuse lorsque son propriétaire en néglige les règles. Sachons nous en servir pour ne pas nous blesser par accident. La Miss Rotschild ferait bien d'y songer au lieu d'astiquer ses fourchettes à poisson.

Mais pour de plus amples renseignements sur l'art de croiser les concepts de bon ton: pensée du non vs. non-pensée, fou rire vs. rire fou, etc., je recommande la réunion mondaine très "France Culture 2h37 du matin" qui suit. Ou quand le rire prend bonne note des significations non-littérales ... merci, Rémi!

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F&H

Vous proposez, je dispose

Publié le 13/01/2008 à 12:00 par schangels
Vous proposez, je dispose
Photo: cette merveille n'est pas Marc Toesca mais Alexandra Bronkers, une perle belge (et qui dit perle dit sauce marinière) qui, elle aussi, présenta un temps une émission de classement musical sur France 2. Les vendredis soirs en fin de soirée, dont le générique était celui composé par U2 pour Batman IV; cela se passait dans les eaux de 1994-95 ... j'ai oublié le nom de cette émission, jamais le minois de cette créature de rêve Outre-Quiévrain.


Salut à vous, les cloutés de la main d'écriture!
Voici la liste des fragments rythmiques consignés dans ce blog depuis sa création, il y a déjà deux semaines de cela. La liste augmentera au gré de mes humeurs, bien sûr, puisque tout devrait toujours finir en musique et s'achève ainsi à Schangelsland.
Si ce qui suit peut aider à stimuler le système nerveux relié jusqu'à vos mains, alors cela aura valu la peine. Sinon: restons patients et méditons sur l'absence de communication dans nos sociétés modernes, situation d'apathie empirée d'ailleurs par le mode d'expression que j'utilise ici.
Mais trêve de tergiversations; à vous maintenant de compiler et de classer, selon vos préférences du moment (mauvaise humeur du matin: Slayer; bonne humeur du début de week-end: The Beloved, etc.)
Premier serveur, premier servi: voici mon top 5 personnel, tout provisoire soit-il.

1. PRODIGY: Voodoo People
2. WHITE STRIPES: Fell in Love With A Girl
3. QUEENS OF THE STONE AGE: Go With The Flow
4. VITALIC: Poney Part (Part 1)
5. LAURENT GARNIER: Flashback


Liste actuelle des clips:

BEASTIE BOYS: Looking Down The Barrel Of A Gun
The BELOVED: Sweet Harmony
BERURIERS NOIRS: Salut à toi; Deux Clowns
BLUR: Girls and Boys
BRONSKI BEAT: Smalltown Boy
COMMUNARDS: Tomorrow
COVENANT: We Stand Alone; The Men
THE CURE: A Forest; Lullaby; Inbetween Days
ELECTRIC SIX: Danger, High Voltage
ERASURE: Sometimes
FRONT 242: Rhythm of Time
HAPPY MONDAY: 24 Party People
HUMAN LEAGUE: Don't You Want Me Baby
JOY DIVISION: She's Lost Control
LAURENT GARNIER: Flashback
INDOCHINE: Troisième Sexe
Gary JULES: Mad World
KASABIAN: Club Foot
KILLING JOKE: Democracy
P. LION: Dreams; Happy Chidren
LYNYRD SKYNYRD: Freebird; Sweet Home Alabama; Simple Man
Sandy MARTON: Exotic and Erotic
MADNESS: One Step Beyond
MC JEAN GAB'1: J't'Emmerde
MIRWAIS: Naive Song
MOTÖRHEAD: The Ace of Spades
NINE INCH NAILS: Heresy; Sin
NIRVANA: Heart Shaped Box
OASIS: Go Let It Out
PAVEMENT: Grounded
PLACEBO: Pure Morning
PRODIGY: Voodoo People
QUEENS OF THE STONE AGE: Go With The Flow
Les RABINS VOLANTS: Coin Coin
RAMMSTEIN: Du Hast
SEPULTURA: Sepulnation
SLAYER: I Hate You
SONIC YOUTH: Sunday
STARSAILOR: Four To The Floor (remix)
SUEDE: Animal Nitrate
TEARS FOR FEARS: Mad World
TIGA: Far From Home
VISAGE: Fade to Grey
VITALIC: Poney Part (Part 1)
WHITE STRIPES: Fell In Love With A Girl
Rob ZOMBIE: Dragula

Le classement officiel sera diffusé la semaine prochaine, si possible et en fonction de vos propres réactions que j'espère les plus nombreuses possibles; il sera le résultat moyen des titres que vous aurez choisis le plus souvent.


F&H

Truthmakers IV: La Menace Fantôme

Publié le 13/01/2008 à 12:00 par schangels
Truthmakers IV: La Menace Fantôme
L'Empire ne lâche rien. Ou plutôt: ses mercenaires ont la dent dure, même si leur présence du côté des Forces Anti-Exclusives doit plus à la faiblesse des arguments adverses qu'au mérite de l'Armée Trivalente. Du moins le pensent-ils ...
La Menace Fantôme est celle dont Jago s'est servie pour contrer ma dernière contre-attaque, au sein d'un enchevêtrement qui se fait compliqué mais tient ici à l'idée suivante: Jago-Jedai considère qu'une absence de vérifacteur pour p suffit pour prétendre à la vérité de sa négation ~p; je dis que non, en raison de la propriété relationnelle des notions de vérité et de fausseté et qui exigent la présence d'un fait avéré à l'appui. Pas de fait, pas de valeur déterminée. C'est simple, peut-être trop. Mais c'est mon argument et je m'y tiens comme à une raison de comprendre l'embarras de Yodaristote et de refuser l'astuce de la négation non-normale.
En avant vers le dernier épisode en date, que je soumettrai probablement en cours de semaine prochaine ...

Référence:
F. Schang, "On Truthmaking for Negative Propositions", à soumettre in The Reasoner


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Sur la vérifactorisation des propositions négatives

Excepté un malentendu sans incidence entre la vérité ''portant sur'' et ''concernant'' les propositions, j'ai tiré profit de la réponse de Jago à mon objection de départ contre la matrice non-normale de Bourne (2007: 'Bourne's Negation: No Equivocation', The Reasoner 2(1), 7) tout en essayant de défendre l'argumentation que voici:

(A) Jago a raison de dire que j'ai introduit (au risque de porter à confusion) une inteprétation épistémique de la vérité dans la matrice de Bourne, avec ma distinction entre ''être vrai'' et ''dire la vérité''.
Il a raison de prétendre que le fait de dénier la vérité d'une proposition a une signification ontologique pour Bourne, de sorte que mon explication en termes de déclarations ou d'assertions peut être laissée de côté. Bien que mon intention de départ fût de donner un sens charitable à la négation non-normale de Bourne, celle-ci n'a pas besoin de ma charité pour faire sens.

Et cependant, permettez-moi de croire que j'ai procédé ainsi (2007: ''Truth and Truthmakers. Reply to Bourne's Negation'', The Reasoner 1(8), 5-6) parce que quelque chose ne tournait pas rond dans les valuations de Bourne. En effet,

(B) Jago a tort de dire qu'il n'y a pas de confusion dans la matrice de Bourne, tout au moins en ce qui concerne ce que je considère comme une incohérence dans sa combinaison des valeurs indéterminée et déterminées.
Le meilleur moyen dont je dispose pour mettre tout ceci au clair est de répondre à quelques questions fermées portant sur mes présuppositions métaphysiques.

Q1. Est-ce que je considère la vérité comme une propriété monadique?
R1. Non.
Une proposition n'est pas vraie ou fausse comme une rose peut être rouge ou blanche, elle doit être reliée à quelque chose pour recevoir une valeur.

Q2. Est-ce que je considère la vérité comme une propriété relationnelle?
R2. Oui.
Moi et Jago considérons la vérité comme un métaprédicat à deux places entre un porteur de vérité (une proposition p dans un langage) et un vérifacteur (un fait a dans le monde).
Symboliquement: T(a,p).
Conformément à l'affirmation de Jago, cela signifie logiquement qu'une proposition p est vraie seulement si elle a un vérifacteur, c'est-à-dire un fait a qui la rend vraie.
Symboliquement, la définition de la vérifactorisation (abréviation: VF) est la suivante:
(VF) E!a => T(a,p)

Q3. Est-ce que j'accepte les faits négatifs?
R3. Non.
Il n'y a de négatif que des propositions telles que ~p; les faits sont bruts et ne peuvent être qualifiés de positifs ou négatifs, qualificatifs qui se rapportent uniquement à des propositions dans un langage.

Q4. Ai-je besoin de falsifacteurs, en plus de vérifacteurs?
R4. Non.
Falsifacteurs et vérifacteurs sont simplement duaux, au sens où ce qui rend p fausse rend dans le même temps ~p vraie.
Symboliquement:
(1) F(a,p) = T(a,~p)

Q5. Est-ce que j'assimile la non-vérité à la fausseté?
R5. Non.
C'est ce qui fait la différence entre moi et Jago, de même que Bourne qui inférait la vérité d'une proposition du fait que sa négation ne soit pas vraie.
Symboliquement, je rejette donc les équivalentes ci-dessous:
(2) ~T(a,p) = F(a,p)
(3) ~T(a,p) = T(a,~p) en vertu de (1)

A l'inverse, Jago les a entérinées de concert avec Bourne: "p est vraie (de façon déterminée) si et seulement si p n'est pas vraie (de façon déterminée), c'est-à-dire si et seulement si p n'a pas de vérifacteur (de façon déterminée). Donc si p est évaluée avec une valeur autre que 1, alors ce n'est pas le cas qu'elle a (de façon déterminée) un vérifacteur (il se peut qu'elle n'en ait pas une de façon déterminée, ou il se peut qu'il n'y ait pas de fait déterminé dans un sens ou dans l'autre), auquel cas ~p est évaluée avec 1".

Je répondrai par trois choses principales:
(C) être vrai de façon déterminée est une expression redondante, dans la mesure où être indéterminé revient à n'être ni vrai ni faux, c'est-à-dire n'avoir aucune valeur déterminée.
(D) ne pas avoir de vérifacteur pour p n'a pas pour conséquence logique le fait que ~p soit vraie, et ~p est indéterminée aussi longtemps que p n'a pas de fait déterminé qui la rende vraie ou fausse.
Nous avons ici que j'appelle la version faible de la vérifactorisation, à savoir:

(VF1) ~E!a => T(a,~p)

Contre cette condition faible pour rendre une proposition vraie en l'absence de fait falsificateur correspondant, je soutiens une version forte:

(VF2) E!b => T(b,~p)
où b est un fait qui rend p fausse et ~p vraie, donc. Mais en l'absence de a et b, p ne peut être qu'indéterminée.
Ce qui me conduit à la dernière question, en rapport avec Q3:

Q6. Suis-je tenu d'admettre des faits négatifs avec (VF2)?
R6. Non.
Un fait qui rend fausse une proposition n'est pas un fait négatif: un fact est un fait, c'est tout. Un fait qui rend p fausse doit plutôt être incompatible avec ce qui rend p vraie. Par exemple, que la bataille navale est remportée par les Grecs au final est incompatible avec sa victoire par les Perses. En revanche, parler de la "vérité" de sa non-réalisation est une chose incohérente. Cette règle présuppose une ontologie spécifique avec des combinaisons possibles et impossibles entre les faits, mais l'espace manque ici pour entrer dans les détails.

Permettez-moi de finir avec deux conclusions:
(E) Je pense qu'Aristote a soutenu (VF2) dans son Chapitre IX, d'où son refus de donner des valeurs de vérité déterminées à une proposition portant sur des événements indéterminés. Puisque mon (VF2) rappelle la négation intuitionniste ou négation forte, un moyen non-vérifonctionnel pour Aristote de l'appuyer tout en maintenant le tiers exclu peut consister à exiger un fait complexe pour la vérité de ''pv~p'' sans faits simples ni pour ''p'' ni pour ''~p''; mais c'est là une autre histoire qu'il faudrait développer par la suite.
(F) Je pense que Bourne a présenté une matrice incohérente, parce qu'il continue d'attribuer 1/2 aux propositions contingentes tout en prétendant que l'absence de falsifacteurs ou vérifacteurs pour ces propositions suffit à les rendre respectivement vraies ou fausses. Grâce au (VF1) explicite de Jago, je répète ainsi que la matrice correspondante de Bourne restaure de ce fait la bivalence et ne peut pas être maintenue sous une forme trivalente. ~1/2 = 1 n'y a pas de sens, ~0 = 1 en a un.

D'autres notions mériteraient d'être revues en détail, par exemple les faits incompatibles ou les faits généraux; mais cela devrait se faire plus tard. Mon objectif principal ici fut d'utiliser les précieux commentaires de Jago afin de dévoiler nos présuppositions métaphysiques divergentes sur la vérifactorisation.

***********************************************************************


Dernière salve d'arguments en l'état. Rien de révolutionnaire ici, puisque ma version forte de la vérifactorisation passe à la fois par un rejet des faits négatifs et une loi d'incompatibilité des faits. Celle-ci avait été avancée en 1917 par un élève de Russell: Raphaël Demos, opposé à son professeur parce qu'il refusait l'existence de faits négatifs. Cf. "A Discussion of a Certain Type of Negative Proposition", in Mind 26(102), pp. 188-196. Je n'ai fait que marcher sur ses plates-bandes ici, et il reste à justifier cette règle ontologique d'incompatibilité des faits sans passer par la loi de non-contradiction. Auquel cas il y aurait un risque de pétition de principe pour expliquer le logique par l'ontologique ... un problème fondationnel, pour qui s'y intéresse encore.

La force blanche pourra-t-elle se remettre d'une attaque au sein même des présuppositions ontologiques sur les vérifacteurs? Je vois mal comment parler de vérité ou de fausseté sans un fait à l'appui, moyennant la définition relationnelle de ces valeurs de vérité. Pas de fait, pas de relation. Pas de relation, pas de valeurs déterminées. Pas de valeurs déterminées, pas de ~1/2 = 1 qui tienne. CQFD? Il y a trop de retournements, tenants et aboutissants, arguments à double-fond et lapins sortis des chapeaux analytiques pour être aussi présomptueux.

Et puisque tout doit toujours finir en musique, restons sur une note fantomatique et passons au moulinet du comigothique et amateur de nanars fantastiques Rob Zombie: "Dragula".

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Pas de blanc, pas de noir: tout est gris, même si la théorie a horreur des mélanges et constate les difficultés à force de jouer sur le binaire.
Je n'ai rien oublié? Que si: les aventures trépidantes de Ched le manager nocturne. Episode IV, comme il se doit ici.

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F&H



Salut, les p'tits clous!

Publié le 12/01/2008 à 12:00 par schangels
Salut, les p'tits clous!
Page à caractère commercial, donc.
Un commerce sans intérêt sonnant et trébuchant, cela dit, puisqu'il s'agit plutôt de réveiller les neurasthéniques qui me font face de l'autre côté de l'écran. Je peux parler de vous, ronds de cuirrrr ... vous qui passez par ici sans laisser aucun commentaire depuis des plombes.

De deux choses l'une:
- soit les billets qui précèdent ne vous intéressent pas, auquel cas j'aimerais comprendre la raison de vos honorables passages furtifs quoique retenus par le compteur officiel, merci pour lui;
- soit c'est la musique qui retient votre attention, pas les gribouillis qui l'entourent.

Dans ce cas, je vous propose de m'envoyer votre propre classement des meilleurs clips de ce blog; une façon de trouver ne serait-ce qu'une raison d'obtenir quelque commentaire par ici ... même combat pour les citations: donnez-moi votre liste personnelle des 5 meilleures citations et je veillerai à un classement officiel chaque week-end.
Plus difficile de classer la musique que la verve, pour l'instant. Pour ajouter à la difficulté, ajoutons-y trois autres exemplaires du genre; mais courbons d'abord l'échine en l'honneur de celui qui a rythmé dans la bonne humeur tous mes déjeuners d'écolier entre 1985 et 1988: je veux parler de Marc Toesca et son si fameux Top 50. Bourrage de crâne infâme pour certains mais tendre souvenir d'une époque insouciante pour moi. Saint Privat, foot, foot et re-foot, A-Ha et sa bande dessinée vivante du premier "Take on Me", saucisses viennoises ... comprenne qui voudra et pourra, moi le premier.

On commence par le générique du Top 30 et son grand frère du Top 50: P. Lion dans les deux cas, avec "Happy Children" et "Dreams". Souvenir d'une époque de vinyles où l'on parlait de 45 et 33 tours.

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Puisque ce soir c'est samedi soir, un bon remix de Starsailor pour tournoyer en piste auprès des délurées en fleurs déflorées depuis belle lurette: "Four to the Floor" et son clin d'oeil au taggeur de génie qui a sévi un temps sur tous les murs de Londres (qui saura me rappeler le nom de cet artiste?).

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Et puisque demain c'est dimanche, terminons en beauté minimaliste par un morceau que je ne pouvais passer plus longtemps sous silence: "Sunday", de Sonic Youth.

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Puisque vous paressez, je paresserai également et ne vous dresserai pas la liste des clips étalés jusqu'ici dans ce clip. A vous de flâner selon vos humeurs.
Alors à vos compilations, toutes! J'attends vos références pour un premier classement officiel la semaine prochaine. Sait-on jamais si cela vous réveillera ...


F&H

Petite cure de Stagirite

Publié le 12/01/2008 à 12:00 par schangels
Petite cure de Stagirite
Retour vers le passé: normal, me direz-vous si vous passez dans le coin. D'autant plus normal qu'Aristote de Stagire n'eut jamais admis de négation non-normale telle que Bourne l'a proposée plus tôt dans sa matrice. Revenons un moment là où tout a commencé: le doute de Yodaristote sur ses propres forces logiques, et sa réponse de fortune que d'autres Jedai en culotte plus courte tentent de préserver deux millénaires et quatre siècles plus tard.

La saga des truthmakers remonte loin avant Jean-Claude, puisqu'elle a été suscitée ici par le Chapitre IX d'Aristote dans son De l'Interpretation. J'ai déjà expliqué le pourquoi du comment plus tôt, mais je n'avais pas présenté le texte en question jusqu'ici.
Voilà qui sera fait désormais, avec en prime une traduction comparative français-anglais pour noter quelques ambiguïtés sur le sens de la négation.
Parce que la traduction Vrin de Jean Tricot n'est pas toujours fiable par endroits (le livre Gamma 3 de la Métaphysique parlait par exemple de "croyances contradictoires" là où il faudrait parler de croyances contraires dont les contenus propositionnels sont contradictoires), j'ai repris la version française de Jules Vuillemin parue dans son article "Le Chapitre IX du De Interpretatione d'Aristote. Vers une réhabilitation de l'opinion comme connaissance probable des choses contingentes", in Philosophiques 10(1) (avril 1983), pp. 15-52.

Vous pourrez constater notamment dans ce qui suit que "denial" est rendu tantôt par la négation locutoire (p est faux), tantôt par la négation illocutoire (je dis que p est faux). Bien que cette différence soit sans importance pour l'onto-logique du Stagirite, puisque les propositions n'étaient pour lui que "les symboles des états de l'âme" et que les choses sont comme on les dit, pour faire court, dire la vérité et être vrai, "being untrue" et "being false", "sentence" et "statement" revenaient au même pour lui. Mais pas pour moi, raison pour laquelle j'avais attaqué Bourne-Skylwaker dans un billet précédent (cf. "Truthmakers II: l'Empire Contre-Attaque").
Vous pourrez donc comparer et apprécier la nuance entre les versions française et anglaises ci-dessus. Là où tout a commencé ...


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De l'Interprétation, Chapitre IX

18a28.
S'appliquant à ce qui est et à ce qui fut, il est nécessaire que ou l'affirmation ou la négation soit vraie ou fausse.
In the case of that which is or which has taken place, propositions, whether positive or negative, must be true or false.
Et s'appliquant aux choses universelles en tant qu'universelles, toujours l'une est vraie, l'autre fausse et s'appliquant aux choses singulières, il en va de même comme on l'a dit.
Again, in the case of a pair of contradictories, either when the subject is universal and the propositions are of a universal character, or when it is individual, as has been said, one of the two must be true and the other false;
Mais, s'appliquant aux choses universelles qui ne sont pas dites en tant qu'universelles, cela n'est pas nécessaire ; on en a également parlé.
whereas when the subject is universal, but the propositions are not of a universal character, there is no such necessity. We have discussed this type also in a previous chapter.
Cependant, s'appliquant aux choses singulières et futures, il n'en va pas de même.
When the subject, however, is individual, and that which is predicated of it relates to the future, the case is altered.

18a34.
En effet si toute affirmation ou négation est ou vraie ou fausse, il est nécessaire aussi pour toute chose d'exister ou de ne pas exister.
For if all propositions whether positive or negative are either true or false, then any given predicate must either belong to the subject or not,
Car si quelqu'un dit que telle chose sera, tandis que quelqu'un d'autre dit que cette même chose ne sera pas, il est évident que nécessairement l'un des deux seulement dit la vérité, puisque toute affirmation est ou vraie ou fausse.
so that if one man affirms that an event of a given character will take place and another denies it, it is plain that the statement of the one will correspond with reality and that of the other will not.
En effet, s'appliquant à ce genre de choses, il n'arrivera pas que les deux disent simultanément la vérité.
For the predicate cannot both belong and not belong to the subject at one and the same time with regard to the future.

18a39.
Car s'il est vrai de dire que le blanc ou que le non blanc est, il est nécessaire pour le blanc ou pour le non blanc d'être, (18b) et si le blanc ou le non blanc est, il était vrai de l'affirmer ou de le nier.
Thus, if it is true to say that a thing is white, it must necessarily be white; if the reverse proposition is true, it will of necessity not be white. Again, if it is white, the proposition stating that it is white was true; if it is not white, the proposition to the opposite effect was true.
Et si le blanc n'est pas, on est dans l'erreur, et si on est dans l'erreur, le blanc n'est pas.
And if it is not white, the man who states that it is making a false statement; and if the man who states that it is white is making a false statement, it follows that it is not white.
Il en résulte qu'il est nécessaire que ou l'affirmation ou la négation soit vraie.
It may therefore be argued that it is necessary that affirmations or denials must be either true or false.

18b5.
Rien alors n'est ni ne devient soit par l'effet du hasard, soit d'une manière indéterminée, rien qui sera ou ne sera pas, mais tout arrive nécessairement et sans aucune indétermination.
Now if this be so, nothing is or takes place fortuitously, either in the present or in the future, and there are no real alternatives; everything takes place of necessity and is fixed.
En effet ou bien c'est celui qui affirme qui dit la vérité, ou bien c'est celui qui nie. Sinon c'est indifféremment qu'un événement arriverait ou n'arriverait pas.
For either he that affirms that it will take place or he that denies this is in correspondence with fact, whereas if things did not take place of necessity, an event might just as easily not happen as happen;
Car ce qui est indéterminé ne se produit ou ne produira pas plutôt de cette façon que de cette autre.
for the meaning of the word 'fortuitous' with regard to present or future events is that reality is so constituted that it may issue in either of two opposite directions.

18b9.
En outre, si le blanc est maintenant, il était vrai antérieurement de dire que le blanc sera, en sorte qu'il était toujours vrai de dire de n'importe quel événement qu'il sera.
Again, if a thing is white now, it was true before to say that it would be white, so that of anything that has taken place it was always true to say 'it is' or 'it will be'.
Mais s'il était toujours vrai de dire qu'il est ou qu'il sera, il n'est pas possible qu'il ne soit pas ou qu'il ne sera pas. Mais ce qui ne peut pas ne pas arriver, il est impossible qu'il n'arrive pas.
But if it was always true to say that a thing is or will be, it is not possible that it should not be or not be about to be, and when a thing cannot not come to be, it is impossible that it should not come to be,
Et ce qui est dans l'impossibilité de ne pas arriver arrivé nécessairement.
and when it is impossible that it should not come to be, it must come to be.
Donc tous les futurs arrivent nécessairement.
All, then, that is about to be must of necessity take place.

18b15.
En conséquence rien ne sera de façon indéterminée pu par l'effet du hasard ; car ce qui dépend du hasard n'est pas nécessairement.
It results from this that nothing is uncertain or fortuitous, for if it were fortuitous it would not be necessary.

18b17.
Il n'est pas non plus possible de dire que ni l'affirmation ni la négation ne sont vraies, par exemple de tel événement ni qu'il sera ni qu'il ne sera pas.
Again, to say that neither the affirmation nor the denial is true, maintaining, let us say, that an event neither will take place nor will not take place, is to take up a position impossible to defend.
D'abord, si l'affirmation est fausse, la négation alors n'est pas vraie et si la négation est fausse il arrive que la négation n'est pas vraie.
In the first place, though facts should prove the one proposition false, the opposite would still be untrue.
Et, de plus, s'il est vrai de dire qu'une chose est blanche et noire, il faut que les deux qualités lui appartiennent.
Secondly, if it was true to say that a thing was both white and large, both these qualities must necessarily belong to it;
Lui appartiendront-elles jusqu'à demain, alors elles lui appartiendront jusqu'à demain.
and if they will belong to it the next day, they must necessarily belong to it the next day.
Supposons, en revanche, que demain l'événement ni ne sera ni ne sera pas: rien d'indéterminé n'aurait alors lieu, telle une bataille navale.
But if an event is neither to take place nor not to take place the next day, the element of chance will be eliminated.
Car il faudrait à la bataille navale ni n'arriver, ni ne pas arriver.
For example, it would be necessary that a sea-fight should neither take place nor fail to take place on the next day.

18b26.
Telles sont donc, avec d'autres semblables, les absurdités qui se produisent, si, pour toute affirmation et négation, soit s'appliquant à des universels en tant qu'universels soit s'appliquant aux choses singulières, il est nécessaire que l'une des opposées soit vraie, l'autre fausse et s'il n'y a rien d'indéterminé dans les événements mais que tout soit et arrive par l'effet de la nécessité.
These awkward results and others of the same kind follow, if it is an irrefragable law that of every pair of contradictory propositions, whether they have regard to universals and are stated as universally applicable, or whether they have regard to individuals, one must be true and the other false, and that there are no real alternatives, but that all that is or takes place is the outcome of necessity.
En conséquence, il n'y aurait plus à délibérer ni à se donner de la peine, dans l'idée que, si nous accomplissons telle action, tel résultat suivra, tandis que si nous ne l'accomplissons pas, ce résultat ne suivra pas.
There would be no need to deliberate or to take trouble, on the supposition that if we should adopt a certain course, a certain result would follow, while, if we did not, the result would not follow.

18b34.
Rien n'empêche, en effet, que dix mille ans à l'avance, celui-ci dise que ceci sera, celui-là que ceci ne sera pas, en sorte que nécessairement sera celui des deux cas qu'il était vrai alors de prédire.
For a man may predict an event ten thousand years beforehand, and another may predict the reverse; that which was truly predicted at the moment in the past will of necessity take place in the fullness of time.
D'ailleurs peu importe qu'il y ait eu des gens à former l'affirmation ou la négation.
Further, it makes no difference whether people have or have not actually made the contradictory statements.
Car il est clair que la réalité est ce qu'elle est, même s'il n'y a eu personne à former l'affirmation et la négation.
For it is manifest that the circumstances are not influenced by the fact of an affirmation or denial on the part of anyone.
En effet ce n'est pas parce qu'il l'a affirmé, ou nié que l'événement sera ou ne sera pas, quand bien même on l'aurait annoncé dix mille ans à l'avance plutôt qu'à n'importe quel autre moment.
For events will not take place or fail to take place because it was stated that they would or would not take place, nor is this any more the case if the prediction dates back ten thousand years or any other space of time.
Il en résulte que si, de tout temps, il en allait de telle sorte (19a) que l'une des propositions contradictoires disait la vérité, il était nécessaire que cela arrive et chacun des événements s'est alors toujours déroulé de façon à arriver nécessairement.
Wherefore, if through all time the nature of things was so constituted that a prediction about an event was true, then through all time it was necessary that that should find fulfillment; and with regard to all events, circumstances have always been such that their occurrence is a matter of necessity.
Car ce dont on a dit avec vérité qu'il sera, il n'est pas possible qu'il n'arrive pas ; et quant à ce qui est arrivé, il était toujours vrai de dire qu'il sera.
For that of which someone has said truly that it will be, cannot fail to take place; and of that which takes place, it was always true to say that it would be.

19a6.
Si ces conséquences sont impossibles, — nous voyons en effet que le principe des futurs est à partir de la délibération comme de l'action et que la puissance d'être et de ne pas être est entièrement dans les choses qui n'existent pas toujours en acte, choses qui, puisqu'elles peuvent être ou ne pas être aussi bien l'une que l'autre, peuvent donc aussi arriver et ne pas arriver.
Yet this view leads to an impossible conclusion; for we see that both deliberation and action are causative with regard to the future, and that, to speak more generally, in those things which are not continuously actual there is potentiality in either direction.
De nombreux cas de ce genre nous sont visibles.
Such things may either be or not be; events also therefore may either take place or not take place. There are many obvious instances of this.
Par exemple, ce vêtement peut être coupé en deux et ne pas être coupé en deux, mais s'user auparavant.
It is possible that this coat may be cut in half, and yet it may not be cut in half, but wear out first.
De même, il peut ne pas être coupé, car il ne pourrait plus s'user auparavant, s'il n'avait pas la possibilité de ne pas être coupé en deux.
In the same way, it is possible that it should not be cut in half; unless this were so, it would not be possible that it should wear out first.
Aussi, il en va de même pour tous les autres événements qui sont dits selon le même genre de puissance,
So it is therefore with all other events which possess this kind of potentiality.
— il est alors évident que tout ni n'est ni n'arrive par l'effet de la nécessité, mais que pour certaines choses elles se produisent de façon indéterminée et qu'alors l'affirmation ou la négation ne sont pas plus vraies l'une que l'autre, alors que, pour certaines autres, l'une des deux est vraie le plus fréquemment, bien qu'il se produise que l'autre arrive et non pas elle.
It is therefore plain that it is not of necessity that everything is or takes place; but in some instances there are real alternatives, in which case the affirmation is no more true and no more false than the denial; while some exhibit a predisposition and general tendency in one direction or the other, and yet can issue in the opposite direction by exception.

19a23.
Il est nécessaire que ce qui est soit tant qu'il est et que ce qui n'est pas ne soit pas tant qu'il n'est pas.
Now that which is must needs be when it is, and that which is not must needs not be when it is not.
Mais ce n'est pas pour autant que ce soit nécessairement que tout ce qui est est ni que tout ce qui n'est pas n'est pas.
Yet it cannot be said without qualification that all existence and non-existence is the outcome of necessity.
Car c'est une chose que tout ce qui est est nécessairement quand il est, et c'en est une autre qu'il est nécessairement d'une façon simple. Il en est de même pour tout ce qui n'est pas.
For there is a difference between saying that that which is, when it is, must needs be, and simply saying that all that is must needs be, and similarly in the case of that which is not.

19a27.
Le même argument s'applique aussi à la contradiction. Tout nécessairement est ou n'est pas, sera ou ne sera pas, sans dire pour autant, si l'on divise, que l'un des deux est nécessaire.
In the case, also, of two contradictory propositions this holds good. Everything must either be or not be, whether in the present or in the future, but it is not always possible to distinguish and state determinately which of these alternatives must necessarily come about.

19a30.
Je prends un exemple. C'est nécessairement que demain il y aura ou il n'y aura pas bataille navale. Mais ce n'est pas pour autant ni qu'une bataille navale arrive nécessairement demain ni qu'elle n'arrive pas. Ce qui est nécessaire cependant, c'est qu'elle arrive ou n'arrive pas.
Let me illustrate. A sea-fight must either take place tomorrow or not, but it is not necessary that it should take place tomorrow, neither is it necessary that it should not take place, yet it is necessary that it either should or should not take place to-morrow.

19a32.
En conséquence, puisque les propositions sont vraies autant qu'elles se conforment aux choses mêmes, il est clair que chaque fois que celles-ci se comportent de façon indéterminée et sont en puissance de contraires, il est nécessaire qu'il en aille de même aussi pour la contradiction.
Since propositions correspond with facts, it is evident that when in future events there is a real alternative, and a potentiality in contrary directions, the corresponding affirmation and denial have the same character.
C'est ce qui se passe pour les êtres qui ne sont pas toujours existants ou qui ne sont pas toujours non existants. Car il est nécessaire alors que l'une des deux propositions contradictoires soit vraie ou fausse, mais ce n'est pas celle-ci ou celle-là, mais n'importe laquelle et quand l'une est plus vraie que l'autre, elle n'est pas cependant déjà vraie ou fausse.
This is the case with regard to that which is not always existent or not always nonexistent. One of the two propositions in such instances must be true and the other false, but we cannot say determinately that this or that is false, but must leave the alternative undecided.
En conséquence, il est clair qu'il n'est pas nécessaire que, pour toute affirmation ou négation prise parmi des propositions opposées l'une soit vraie, l'autre fausse.
One may indeed be more likely to be true than the other, but it cannot be either actually true or actually false. It is therefore plain that it is not necessary that of an affirmation and a denial one should be true and the other false.
Car ce n'est pas sur le modèle des choses qui sont que se comportent les choses qui, n'étant pas, sont en puissance d'être ou de ne pas être, mais c'est de la façon qu'on vient d'expliquer.
For in the case of that which exists potentially, but not actually, the rule which applies to that which exists actually does not hold good. The case is rather as we have indicated.

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C'est de ce texte qu'a donc jailli une gigantesque littérature pas encore achevée, depuis les réponses catégoriques des Stoïciens jusqu'à celles plus nuancées des probabilistes de type Carnéade, en passant par la lecture modale temporelle de von Wright et des constructions plus modernes en termes de temps ramifiés ... ce trésor d'ambiguïté a donné lieu à une toute profusion d'analyses à coups de nécessité relative et de Dominateurs nécessairement vrais dans le passé relatif à un temps narratif présent, et j'en passe et des meilleures.
La saga des truthmakers revient bientôt, très bientôt; avec un épisode IV consacré à la réplique du mercenaire schangels face à son assaillant vaillant, le très British Jago-Jedai.
Petite page à caractère commercial, en attendant.


F&H

Citation du jour: qui a dit ... (11)

Publié le 12/01/2008 à 12:00 par schangels
Citation du jour: qui a dit ... (11)
Qui a dit:

"L'adoration des pouvoirs est une des tentations permanentes des hommes, et cela pour une raison simple: il est insupportable d'obéir sans se donner une justification quasi-métaphysique"

Indice, chez vous: ennemi de classe supérieure

A l'heure où une ex-pinup devenue chanteuse aphone troque sa Lancia pour une C6 présidentielle, il est temps de rappeler au souvenir d'une époque où l'homme politique trônait, dominait et en imposait. Autres temps, autres moeurs, certes, d'autant que la circulation intense des informations en ligne, le jeu des médias "impertinents" (entendez le plus souvent: non-pertinents) et la suspicion ambiante des citoyens a diminué la distance entre personnes morales et personnes physiques. Il n'y a d'ailleurs plus vraiment de personne morale qui tienne et le temps se donne au mélange des genres ou ruptures diverses, au train où vont les médias et nos ministres passant pour starlettes d'occasion sur les couvertures de nos journeaux d"information". Que veulent les Français en politique, sinon plus de sousous dans la popoche?
Le portrait idéal de nos volontaires généraux tient plutôt du contorsionnisme mental:
Simplicité, mais grandeur. Proximité, mais distance ... Beurre et argent du beurre, pour ainsi dire.

Petit rappel de l'un des nombreux paradoxes du Français moyen; pour ceux qui, comme moi, se sont délectés devant le spectable du "Président" de Henri Verneuil (1961) où Jean Gabin campait le rôle d'Emile Beaufort, un Président du Conseil de la IVe à mi-chemin entre Clémenceau et de Gaulle.
Pendant que Beaufort citait quelques lignes de ses futurs mémoires à sa secrétaire, le dialoguiste Audiard nous servait ce paradoxe bien Français et plus généralement latin: celui de vouloir remettre à un homme le pouvoir politique tout en lui "contestant le droit d'en user".
Par ces temps d'hyperprésidence qui courent et courent encore sans s'arrêter à aucun stop, il est toujours bon de rappeler la contradiction flagrante que bien des électeurs manifestent tous les jours:
- on veut des politiques plus proches de nos soucis "quotidiens", plus "humains" aussi
et
- on veut des politiques à stature, charismatiques et dignes de la fonction qu'ils doivent habiter

Difficile de faire les courses au marché du coin et faire encore figure de personne morale après coup ... mais si la chose n'étonne personne. Il paraît que les personnalités complexes voire contradictoires sont signes de richesse. Il y a aussi des chambres au trésor qui ressemblent plus à un souk qu'à Fort Knox, ou "il y a aussi des poissons volants qui ne constituent pas la majorité du genre". Autant vous servir la version originale de cette formule qui fait mouche, pour de jouissifs "règlements de compte à OK Bourbon":

Vidéo Youtube



Ce n'est là que du cinéma, bien sûr. Dresser un homme seul face à une meute corrompue, c'est aussi une façon de caresser le citoyen-spectateur dans le sens du poil et le bercer d'héroïsmes irréels plutôt que de l'éveiller aux jeux diplomatiques quotidiens. Il serait plus courageux ou plus pertinent de montrer l'élu du peuple tel qu'il est ou tel qu'il doit être pour conserver son siège, quitte à faire moins d'entrées ou à ranger la verve d'Audiard au placard des idées surfaites. Tout de même ...
Il est loin, le temps sans étranges lucarnes où un président pouvait prendre des décisions contre la volonté du peuple et dans son intérêt; lequel interêt reste à jauger, mais l'on s'essuiera dessus pour l'instant. De Gaulle, souvent; Mitterrand parfois, et sa décision surprenante de ne pas soutenir la peine de mort avant les élections de 1981. Courage politique, ou dernier coup de bluff payant? Des hommes publics quoi qu'il en soit, pas des marionnettes soucieuses de toujours caresser dans le sens du poil ou d'embrasser des crânes chauves de gardien de fauteballe. Autres temps.


F&H

Simone aurait-elle pu être bonne?

Publié le 11/01/2008 à 12:00 par schangels
Simone aurait-elle pu être bonne?
"Tout est possible", a dit un autre il n'y a pas très longtemps.
Tout, à quel point? Une question que le subversif éphémère Karl Zéro aurait pu poser aux sémanticiens contrefactuels. Y a-t-il un monde possible dans lequel Simone est bonne? Autre question plus pressante et que Jean-Sol n'aurait pas eu l'idée de se poser: ce monde est-il un monde proche, donc pertinent, ou un monde éloigné, donc sans intérêt?
Bien que l'existentialiste laisse la porte ouverte à tous les possibles et ne soit pas très friand des discours de connexions ou de relations internes entre un objet et ses propriétés, le passage du possible à l'intérêt est ce qui va guider le billet à suivre; histoire de mettre la motte de beurre dans les épinards féministes. Je parlerai ici de Simone de Beauvoir, tout le petit monde l'aura compris. Certains disent que notre passé détermine le futur et j'y souscris, toute proportion gardée sur le degré de détermination et à condition d'y voir plutôt une question de propension ou disposition à agir selon des conditions vécues. Exemple: Jean-Paul n'aurait pas eu la Nausée s'il avait eu le minois d'Alain Delon durant sa jeunesse; Arlette Laguiller n'aurait pas levé le poing si la Nature lui avait donné les moyens de séduire son entourage ... tout ne serait qu'une question d'apparence physique derrière les engagements intellectuels? Gardons des proportions, encore une fois, mais ne négligeons pas le rôle des accidents de la vie dans ce qui constitue notre personnalité.

Mais revenons plutôt "sur" Simone, car l'on en parle partout: les ouvrages commenceront à pulluler sous peu, tandis que les chaînes de télévision font déjà leur hommage de principe et qui fait causer toujours. Qui fus-tu, Simone? Un(e) honorable écrivain(e) qui refusait de dépoussiérer balai en main: tu aurais pu être bonne, Simone, prête à reproduire le bonjour agréable de la concierge ou le souci humble du travail bien fait de la ménagère. Mais ton non-destin d'intellectuelle de gauche t'a guidé vers d'autres contingences absurdes, quoique toujours plus gratifiantes pour ta pomme périssable. Mais revenons en arrière pour aller plus avant.
Nous sortons des patates pour entrer dans les feuilles de chou, ce qui me convient en bon amateur de choucroute. Les patates pour la théorie des ensembles et sa vision extensionnelle des regroupements en catégories d'objets, trésor mathématique auquel j'ai réduit entièrement la formule plus pompeuse selon laquelle l'existence précèderait l'essence; les feuilles de chou pour un clon d'oeil de l'amuseur Desproges et son taillage en pointe des écrits de Sartre, toute proportion gardée sur le degré qu'il faille accorder aux railleries de Feu Monsieur Cyclopède. De Sartre et son existentialisme humaniste, nous passons désormais à sa concubine féministe Simone de Beauvoir. Impossible d'éclipser le centenaire honorifique de l'impérieuse castatrice, d'autant que je regarde à cet instant même une émission-débat sur le féminisme selon de Beauvoir. Alors allons-y gaiement, sans quitter notre champ de patates ...
L'existentialisme se résume à cette idée selon laquelle il n'y a ni essence, ni propriété naturelle des éléments au sein d'un ensemble et ni différence spécifique entre deux ensembles distincts, fussent-ils d'ailleurs co-extensionnels. Quitte à réduire l'ordre provisoire des choses à une affaire absurde de contingences intéressées, Simone a revendiqué le droit d'être femme sans faire la popotte au fourneau ni élever deux enfants et demi sans sortir de son rôle de fée du logis. La femme peut être autre que ne le dit, l'impose ou le présuppose une société à forte tendance patriarcale; mieux, elle n'est rien et ne fait que devenir et construire une fausse nature qui n'est qu'apparence permanente.
Pas de femme, pas d'homme: que des constructions historiques déguisées en classes éternelles? Un peu fort de café: tout ce qui a une biroute est un homme et tout ce qui a un minou est une femme; de Beauvoir ne peut pas le contester malgré sa soif exponentielle de brouiller les cartes (ou plutôt les classes). Un peu de nuance s'impose, bien sûr: les femelles ne naissent pas femmes mais le deviennent, sous-entendu que la féminité n'est pas une qualité impossible à soustraire mais qu'il est possible de conquérir. La femme n'est pas seulement un sexe femelle, donc, de même que l'homme n'est pas seulement un sexe mâle. On en sort grandi, sauf que l'on perd de vue ce qui fait que l'homme est homme et que la femme est femme. Ne faut-il pas simplement supprimer le verbe être de notre vocabulaire moderne? Dédicace au Socrate du Théétète, scandalisé par un tel scénario et qui vit dans cette éventualité une raison suffisante de rejeter le sensualisme de protagoras par l'absurde. Mais on s'éloigne de notre choucroute initiale, ici.
Deux points de vue:

- Simone la Péron:
Par son charisme et son goût pour l'indépendance, elle a libéré la femme de son carcan Kinder-Küche pour lui faire prendre conscience de sa condition contingente, quitte à en faire le témoin d'une liberté d'action infinie qui risque de donner le tournis ou filer l'angoisse. N'est pas Camus qui veut, alors sauve qui peut.
- Simone la péronnelle:
Aussi charismatique que Péron mais aussi, surtout, aussi vide que le sens de ses discours. Une chienne pour ce qu'elle avait d'aboyante et de violent, très disposée à casser les noix au sens propre ou castrer tout mâle susceptible de lui barrer la route. Une route qu'elle disait sans direction ni sens, existentialisme de l'absurde oblige, mais qui servait avant tout à satisfaire sa volonté de jouir de tout et de tout ce qui l'arrangeait sous couvert de spéculation philosophique made in Rive Gauche.

Subversion sincère, ou perversité malhonnête? Répondre à cette question supposerait que l'on justifie pour de bon la relation entre existence et essence, entre classe féminine et classe masculine, entre nature et culture ... entre intension et extension, entre épluchage et patates à éplucher. Peut-on faire son choix autrement qu'en termes d'intérêt socio-économique strictement contingent?
Une stricte égalité paritaire entre hommes et femmes n'est peut-être qu'une affaire de fair-play ou d'équilibre arithmétique magnifié en termes de sens de l'existence ou de liberté à conquérir. Je ne sais pas si la place de la femme est davantage au fourneau ou dans un conseil d'administration, si le monde peut être autre qu'il n'est ou s'il n'est qu'un incessant droit du plus fort modéré pour des raisons stratégiques de temporisation des humeurs. Je sais que Simone a aboyé pour se faire son territoire et, avec elle, celle de ses congénères femelles pas toujours femmes malgré les apparences contraires. Il reste à savoir ce que peut être une femme si elle ne se réduit pas à la femme, et de même pour la distinction entre homme et mâle.
Il y a des classes que l'on invente pour dissimuler ou, pire, faire oublier d'autres bien plus robustes: le sociologue Alain Soral ne cesse de crier que la guerre des sexes n'est qu'une invention de capitalistes destinée à remplacer la lutte des classes économiques prolétaires-patrons par une lutte des sexes hommes-femmes. Battez-vous entre genres biologiques au nom d'une nature qui reste à construire: il y a des châteaux que l'on construit sur du sable; il y a des classes que l'on cite sans source. La femme de Simone existe-t-elle? Il y a un genre humain, biologique celui-là et qui mettrait bien tout le monde d'accord si le débat n'était pas tant à orienter du côté des mondes pratiques que des mondes possibles.

C'est sur ce point que j'aimerais finir mon assiette de choucroute: on ne cesse de vouloir reléguer aux oubliettes les affaires de racisme, de sexisme et de toute discrimination que ce soit à coups de possibles inactualisés ou de dominateurs bas du front incapables de penser les choses autrement qu'elles ne sont par ce qu'ils les font. Un autre monde serait possible, donc celui-ci n'est pas le seul concevable. Affaire classée, amen. Et après? Et si le modèle femme au fourneau et homme au travail était le meilleur des mondes possibles, à défaut d'être le seul possible? On dit des mondes possibles qu'ils sont accessibles à la réalité; encore faut-il qu'on s'y résolve et que l'accession vaille la peine d'être essayée. Autant dire que l'existentialiste humaniste comme célébration du possible sur le réel n'apporte pas beaucoup d'eau à notre moulin, celui de justifier la parité homme-femme et à supposer que l'on ai compris la distinction entre les deux concepts asexués. Il y a des jeux conceptuels qui feraient peut-être mieux de se perdre tant qu'ils ne sont pas capables d'assumer pas les conséquences de leur discours. Ou alors, bas les masques et que ces jeux de femmes en devenir finissent par avouer leurs véritables intentions socio-économiques: égalité des salaires et droit de jouir de la vie comme tout le monde des couillus, ce qui sonne moins philosophique mais apparaît d'autant plus honnête à dire. Simone déclarait que l'indépendance salariale était la condition minimale, c'est-à-dire le début d'une possible lutte pour la libération de l'être vaginal; elle en constituerait la fin, peut-être aussi.
Pour faire bref sans l'avoir été ici: le débat vivifié par Simone est plus une affaire de valeurs possibles que de possible tout court. Il y a des états de choses que l'on imagine révocables mais que l'on ne souhaite pas voir révoqués; le racisme n'est pas qu'une affaire de réduction du droit au fait, argument si facile macéré par les bonnes consciences aux panses bien remplies. Que tout soit possible ne signifie pas que l'altérité prévaut sur l'immutabilité, pour qui veut faire dans le discours fumeux et néanmoins synthétique. Mouvement, ou repos? Altérité, ou identité? Un problème de valeurs morales plus que de valeurs de vérité ou de goûts et de couleurs ...
C'est pourquoi je préfère me taire et m'enfoncer de nouveau dans mon scepticisme justifié: je ne sais pas si de Beauvoir eut raison d'aboyer avant que ses chiennes de garde ne prennent le relais; je crois du moins que « les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit », l'oeil méprisant tourné vers la plus chevaline des chiennes de garde Isabelle Alonzi-Alonzo (au fourneau?). Laquelle n'a pas ignoré le fond de commerce que peut représenter une posture féministe en période d'humeur paritaire. Cause toujours et vide tes poches, car le compteur tourne et tu n'es pas immortelle ici-bàs.
Citation de mâle dominateur, qui plus est frustré? Si tu le dis, Simone ...
Et puisque tout ferait mieux de toujours finir en musique, retour tout d'abord aux années 80 et l'annonce d'un "Troisième Sexe" par Indochine (1985-6):

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Je poursuivrai par un choix plus personnel mais tout aussi lié au thème du brouillage des classes: un bien bon "Pure Morning" de Placebo (1998) et son très androgyne Brian Molko, quoique moins que le bien plus sexy Brett Anderson des anciens suaves de Suede.

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Et parce que jamais deux sans trois, je conclurai par un choix encore plus personnel et contemporain: "The Men" de Covenant, dont je me suis gavé tout l'été durant pendant la préparation de mes conférences chinoises et dont le discours fait quelque peu tâche ici mais n'est pas à prendre au premier degré. Les protagonistes sont scandinaves (Suédois), secteur pour le moins paritaire et qui les exempte donc de toute accusation d'essentialisme identitaire.

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On peut utiliser le verbe "être" sans tomber dans la prédication nécessaire. Un peu de calme, mesdames; prenez du recul et continuez donc votre lutte pour la liberté créatrice. Car peu me chaut, tant que le son prévaut. Les ondes n'ont pas de sexe, "elles".


F&H

Extensionalisons la musique gay (je vous prie)

Publié le 10/01/2008 à 12:00 par schangels
Extensionalisons la musique gay (je vous prie)
Spinoza a dit que "la nature a horreur du vide", sans vraiment que je sache pourquoi; j'ajouterais que les habitudes sont comme les claques: certains feraient bien de se perdre pour éviter quelques abus de langage dont les conséquences ne sont pas minces en politique, anthropologie, économie ... en bref, tout ce qui peut être caractérisé en termes d'ensembles et d'éléments. A savoir: tout.
Au commencement était la patate. "T'sy aimes les psatates?" Tant qu'à parler de pommes de terre, autant passer de suite mon épisode favori des Têtes à Claque avant de passer à des choses plus sérieuses, j'ai nommé le "Willy Waller Two Thousand Six":

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"C'est pas beautiful, lôôô?!!!"
Les patates plus sérieuses concernent la théorie des ensembles et ce que j'appellerai la philosophie du tiroir, c'est-à-dire cette manie de vouloir arranger les idées et concepts en catégories générales plus ou moins heureuses. Souvent moins, lorsque la boîte à outils se transforme discrètement en cage à lapins ... mais je vais m'expliquer.
Reprenons depuis le début: prenons un sac de billes. Le sac est l'ensemble, les billes sont les éléments. Pourquoi tel objet se trouve dans tel ensemble plutôt que dans un autre? La philosophie analytique ne cesse de venir et revenir à cette fameuse distinction de circonstance, celle entre "extension" et "intension". Question de charrues et de boeufs ou d'ordre dans la définition des deux notions ensemblistes: un ensemble se définit par extension lorsqu'il est défini par la somme des éléments qui le composent; un élément se définit par intension lorsqu'il est défini par l'attribut de l'ensemble auquel il appartient. Le sens choisi n'est pas conséquence sur l'interprétation des faits quotidiens, puisque certains parleront de propriétés essentielles lorsque d'autres se contenteront de voir des relations contingentes dans les événements du monde, les choses qui le composent et les propriétés qu'elles manifestent.
Il n'y a donc pas de vide dans le monde, au contraire: la chambre d'un adolescent est tout sauf une classe, où l'on trouvera souvent un slip usé sur le rebord de la chaise et des magazines douteux sous le lit. Mais toutes les mères, je veux dire, tous les spéculateurs ne sont pas les mêmes lorsqu'il s'agit de mettre de l'ordre dansla chambre et de ranger les objets dans des tiroirs. Il y a de bonnes raisons de ranger telle chose ici plutôt que là: sa couleur, sa fonction, son odeur ... une boîte à outil classe les objets selon leurs fonction utilitaire, une boîte de peinture selon la couleur de la gouache, etc. Mais la raison de mettre tel élément dans telle classe devient parfois plus ambiguë. Les philosophes à tendance matheuse ont trouvé quelques astuces pour éclairer les débats, ou plutôt pour montrer pourquoi il ne peut pas toujours être simple. Il y a des classes co-extensionnelles, c'est-à-dire des ensembles distincts qui ont exactement les mêmes éléments. Ces classes ne sont pas légion dans la vie courante, et le philosophe choisit d'habitude l'exemple un peu tiré par les nattes des créatures dotées d'un rein et dotées d'un coeur: dans les deux ensembles figurent les mêmes éléments, que l'on appelle les "humains". Pourquoi tout ce qui a un coeur a un rein? "Pourquoi pas?!", dira le sceptique nihiliste qui s'en bat l'oeil ... "comment le savoir?!", dédramatisera l'extensionaliste pour qui l'identité de deux classes ne s'explique mais se constate seulement.
"Mais où veut-il en venir avec ses patates", se diront peut-être les quelques lecteurs de ce billet? A ceci:
L'abus des classifications apparaît lorsque certains croient sciemment ou non à l'existence de classes nécessairement co-extensionnelles, autrement qualifiées de co-intensionnelles. Le logicien modal nous sort souvent les "mondes possibles" de son chapeau à lapins actualisés: si deux classes ou, synonyme ici, deux ensembles sont co-intensionnels, ce n'est pas seulement qu'ils contiennent les mêmes éléments dans ce monde, je veux dire le nôtre aujourd'hui; c'est aussi et surtout qu'ils contiennent les mêmes éléments aujourd'hui comme à l'époque de Spinoza et de n'importe quel tartampion amateur de patates douces. Co-intensionnel = co-extensionnel dans tous les mondes possibles quels qu'ils soient. Je me dis souvent que l'on n'a pas beaucoup avancé dans l'explication avec ce genre de manipulations mathématiques. Mais on ne gagne pas en explication ce que l'on gagne au moins en description: la définition d'un ensemble par intension en dit plus qu'une définition par extension parce qu'elle prétend qu'il n'est pas possible ou concevable pour certains éléments de ne pas appartenir à un certain ensemble. Pourquoi donc? Sais pas, mais c'est ainsi que fonctionnent une grande partie de nos "raisonnements" ou associations d'idées (= intersections de patates) sur les fonctionnaires, les juifs et les profs.
J'ai mes préjugés sur les profs, sans aller jusqu'à prétendre pour autant qu'il est dans la nature ou l'"essence" du prof de péter plus haut que son centre de gravité ou de dégouliner de fausse moraline vraiment égotiste en tant que tel ... un prof a statistiquement plus de probabilité d'être triste et chiant que gai et pertinent, et je m'arrête là pour la justification de mon préjugé en termes de propriétés contingentes quoique déterminées par des paramètres socio-économiques, voire socio-politiques.
Quant aux amateurs d'essentialisme ou de caractérisation des individus en termes d'attributs ou de propriétés intrinsèques, ils acquièscent à leur insu ou pas à une approche intensionnelle des ensembles, dont les éléments ne sont pas tels par hasard mais en vertu d'une relation qui causale, qui naturelle, qui connexe avec l'ensembles qui les contient. Transition ...
... et la musique gay, dans tout cela?! Je veux dire: y a-t-il carrément une musique gay, ou simplement une musique de gays? Une simple préposition entre les deux termes, mais une grande différence sur la signification des deux expressions. Deux classes peuvent s'intersecter sans raison précise: il y a des boulangers portugais comme il y a des poissons volants, "même si les derniers ne constituent pas la majorité du genre" (des poissons, s'entend). Deux classes peuvent aussi être disjointes par hasard et sans qu'il doive en être toujours ainsi: il n'y a pas de cyclistes noirs sur le Tour de France ni de grandes blondes platinées au Cameroun, mais on explique pas davantage par des raisons culturelles ou géo-climatiques qu'en termes d'essence ou de nature spécifique. Des petites beurs et de jolies noires entrent bien dans les gouvernements, preuve que certains ensembles se définissent foncièrement en termes extensionnels et sans plus.
Mais il y en a d'autres pour qui les intersections sont nécessaires et ne peuvent devenir disjoints: les juifs sont banquiers, les noirs aiment le blues, les communistes aiment Jean Ferrat ... sans quoi ils ne seraient pas ce qu'ils sont. Vraiment? Je ne tirerai pas sur les ambulances xénophobes parce que d'autres s'y sont employés bien avant moi et sans finesse ni pédagogie. Je dirais simplement que certaines classifications ensemblistes paraissent plus légères ou moins justifiées que d'autres, parmi lesquelles la supposée "musique gay". Car l'on met souvent davantage qu'une simple intersection contingente de musiciens et de gays derrière cette appellation: on suppose une classe spécifique et déterminée qui se distinguerait de toutes les autres pour certaines raisons, et pas par simple hasard de croisements de patates. Quelle différence entre la musique gay et la musique faite par des gays? On peut prévoir dans la première expression ceux qui pourront y entrer à l'avenir, parce qu'ils seront reconnaissables comme producteurs de sons ou d'un style qui spécifie la musique gay. Pure fiction arbitraire? Je le crois.

La maladie des "ismes" a contaminé depuis longtemps la philosophie et ses amateurs de tiroirs: il est plus facile de compartimenter des auteurs sous un concept de semi-libertarianisme modéré ou de panvitalisme anti-réaliste tendance nihiliste que de réfléchir posément sur l'auteur initial. Petite pique lancée ici contre cette foutue tendance de la philo analytique à faire entrer de force des auteurs dans des catégories comme on range chaussettes et calsons dans des tiroirs, entre autres. On m'objectera la vertu pédagogique de cette tendance en termes de schématisation commode, tout de même ... il y a des raccourcis qui peuvent être dangereux ou gâcher le paysage. Mais passons et revenons à des affaires plus musicales.

On parle souvent d'une musique gay comme on parle de la musique britpop, de la génération disco ou du death metal. Mais y a-t-il une musique gay? Une musique faite par des gays, homos, pédés, grandes folles ou tantouses ... choisissez le terme que vous voudrez et selon vos affinités.
Je doute qu'elle existe, et ce n'est pour être politiquement correct: on voudrait être condescendant avec ces victimes d'homophobes qu'on ne pourrait pas faire mieux, lorsque l'on affiche son progressisme par une appellation censée les protéger. Les protéger comme on protège les pandas en Chine ou les ours en Slovénie?
Puisque l'heure est à la cérémonie pompeuse du centenaire virtuel de Simone, je rappellerai qu'aucun scientifique n'a encore prouvé qu'il existe une essence, c'est-à-dire une mentalité spécifiquement gay et que les propriétés essentielles permettraient de distinguer des autres types musicaux, voire des autres individus d'une société. Parler d'une musique gay, c'est entrer dans une logique d'inférences ou être gay implique un style, un ensemble d'instruments, un message ou un rythme particulier.
Question: quelle identité artistique se dégage de personnages tels que Brett Anderson, Yukio Mishima, Henri de Montherlant et Freddy Mercury?
Aucune, apparemment, sinon qu'ils ont tenté d'affirmer une personnalité à travers la musique et l'écriture.

Conclusion: parler de musique gay revient à créer des ensembles apparemment factices dont l'identité des membres ne tient qu'à ceux qui veulent voir un homosexuel derrière (sans mauvais jeu de mots aucun) l'artiste en question. Mais de là à trouver à une relation de conséquence ou de cause à effet entre la tendance sexuelle et la créativité artistique comme une raison de faire intersecter les deux ensembles ... tout le monde a besoin de repères ou de modèles théoriques pour expliquer son environnement, ne serait-ce que pour se rassurer ou guider son action. Kuhn et ses fameux paradigmes ne me contrediront pas. Mais encore faut-il s'entendre sur les concepts à choisir pour expliquer les choses et justifier les croisements de patates ...
... quel rapport entre être noir et avoir le feu au corps sur la piste de danse; quel rapport entre être arabe et voler des mobylettes? Dans ce monde possible qui est le nôtre, certains ont la vue courte et refusent l'accessibilité à d'autres mondes. Schématisons: la droite réduit le monde réel au seul monde possible, tandis que la gauche néglige souvent le monde de référence pour se réfugier dans ses idéalités d'autres mondes possibles. Le raciste croit au destin des Patates et à la nécessaire connexion entre certaines intersections souvent dictées par des contingences sociales. Arabe = voleur menteur? Horreur du modèle à monde unique et pour le moins restreint. Peu sont ceux qui s'engageront encore sur ce terrain de l'essentialisme xénophobe voirer raciste, aujourd'hui miné par une large campagne pro-main jaune durant les années Mitterrand. Mais beaucoup le pensent certainement encore au fond d'eux, en toute rumination prudente.
Entre nature et culture, entre déterminisme ethnique et contingence sociale, faites vos jeux mais songez aux conséquences de vos classifications à l'emporte-pièce lorsqu'elles risquent de choquer ou caricaturer leurs cibles en termes de patates nécessairement croisées ou non.

Peu importe; quelle que soit l'intention, la raison ou intérêt de créer des communautés factices ou révisables selon les modes et modèles, parler d'une musique gay m'aura au moins donné l'occasion de lâcher quelques perles (métaphore, ici) de dessous mes fagots.

Tout d'abord, un souvenir de ma prime jeunesse avec le célèbre "Sometimes" (1986) de Erasure:

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Puis un nouvel appel à Jimmy Sommerville, avant qu'il ne passe aux "Communards" et lorsqu'il officiait sous le titre de "Bronsky Beat" (dédicace à Léonid, je suppose). Pour ce tube qui me rappelle tant une époque verdunoise, un gentil cocker bien âgé et une tentative d'enrôlement sous les couleurs rouge et noir de la SA Verdun. Mais je suis le seul à me comprendre ici, tandis que vous reconnaîtrez tous ce si triste, mélancolique et bon "Smalltown Boy" de 1984:

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Et pour finir, un crochet par Feu un groupe splitté en 2003 et dont le leader est à ce point féminin qu'il en serait presque sexy. Je parle de Suede et de son "Animal Nitrate" (1993), que je chantais à tue-tête sous mon casque de mobylette Peugeot 51SU non-kitté en pleine période de Première lycéenne:

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Une propriété commune à ces trois artistes: l'exhibition (au sens d'être désinhibé), la féminité des mouvements peut-être ... mais cela n'a rien à voir avec le style musical ou l'esprit qui accompagne leur musique, et cela devait être dit.
Fiers ou pas fiers, les gays nous font de bons airs et il n'est pas besoin de sortir des drapeaux arcs-en-ciel pour en profiter.
Le barbare est celui croit à la barbarie, a dit Lévi-Strauss (pas un fabricant de jeans, mais je me répète ici) ... Lilian Thuram a dit un jour une chose plutôt sensée (comme quoi tout arrive, même en football): "Le racisme disparaîtra le jour où les gens ne me verront plus comme un noir", sous-entendu que l'on n'est pas ce que l'on est pour une question de taux de mélanine. Pas bête, non, mais pas pour demain ni aussi simple que cela. Pour plagier l'anthropologue, je dirai tout au moins que l'ensembliste est celui qui croit aux ensembles. Cela vaut pour le mathématicien comme pour le logicien intensionnel, le raciste, le xénophobe ou le botaniste. On a besoin de patates, tout le monde l'accordera. Reste à s'entendre sur la façon de les éplucher.


F&H

Démocrate: toi-même!

Publié le 09/01/2008 à 12:00 par schangels
Démocrate: toi-même!
Pour résumer le billet à venir:
"Toute société a la démocratie qu'elle mérite", sous-entendu qu'il ne faut pas se plaindre de l'image que l'on reflète dans l'eau.

Pourquoi faut-il faire du qualificatif ''démocrate'' un terme mélioratif en soi, à supposer qu'il n'y ait pas notion plus vertueuse en politique? Je suis né et mourrai sans doute dans une démocratie, ce qui ne me donne donc pas les moyens d'en juger en connaissance de cause.
Et malgré tout, je laisse à votre réflexion deux citations trop connues pour figurer en première place parmi les autres de ce blog.

La première:
La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres

Avantage de cette formule: elle joue sur la contradiction en prétendant qu'on peut à la fois le pire et le meilleur, ce qui nous ramène deux billets en arrière au sujet des oppositions contraires; et me donne l'occasion de préciser en quoi cette formule fait sens tout en jouant sur les interdits logiques: la démocratie n'est le pire des régimes, ou elle l'est à rigueur lorsque l'on omet les méfaits de tous les autres. Donc elle n'est pas le pire des régimes lorsque l'on tient compte de tous les autres. Donc elle est le pire et n'est pas le pire des régimes sous deux rapports différents, selon que l'on ignore les autres ou non. Donc il n'y pas de contradiction simultanée et sous le même rapport. Donc sophisme.

La seconde:
La dictature, c'est ''ferme ta gueule''; la démocratie, c'est ''cause toujours''.

Je ne ferai pas l'injure de rappeler l'auteur de cette citation toujours aussi digne d'un Guy Debord; je m'arrêterai au moins sur le sens qu'elle dissimule en termes de relation d'offre et de demande.
Explication: la démocratie est le résultat de l'expression du peuple qui décide de ses gouvernants et au nom de sa volonté générale. Voire, et plutôt deux fois qu'une. Qu'est-ce qu'une volonté "générale", sinon le primat de certaines volontés particulières sur les autres? Rousseau avait noté que la démocratie est d'autant mieux appliquée que le ratio représentants/représentés se rapproche de 1. Sûr qu'il est plus simple d'accorder les électeurs entre eux s'ils sont peu nombreux: l'agora antique et la Suisse actuelle ne nous feront pas dire le contraire. A bas le jacobinisme centralisateur, vive le fédéralisme des régions pour la Nouvelle Europe? Voire aussi, pour des raisons non plus politiques mais économiques. Solidarité ... nous y reviendrons.
Entre l'élitisme déprimé d'un Tocqueville (''tous des glands en acte'') et l'élitarisme déprimant d'un Jack Lang (''tous des génies en puissance''), je préférerai sans dandysme post-moderne aucun le cynisme des primeurs de Pierre Desproges. Loin de vouloir dépasser les apparences, baignant au contraire dans les jugements bien sentis parce que de surface, je n'ai pas trouvé mieux pour résumer la perennité de la démocratie depuis l'anneau de Gygès de Platon ou les hommes-loups de Hobbes.

Schématisons quelque peu:
- la droite punit ce que les gens font et feraient mieux de ne pas faire;
- la gauche bénit ce que les gens pourraient faire mais ne font pas;
- Desproges se moque de ce que les gens ne font pas et n'auraient pas les couilles de faire, lui le premier et peut-être moi le second.

Coluche + Desproges = un mélange de cynisme lucide sur l'offre et la demande économique appliquée en politique. Sans oublier toutefois que d'autres penseurs moins médiatiques se cachent derrière leurs formules passées elles à postérité, pour la bonne raison qu'elles sont vite éclipsées par les autres sketchs bien moins subversifs des deux comiques maîtrisés dans la lucarne.
La démocratie ou l'expression politique de la demande qui crée l'offre, témoins les élections récurrentes et les institutions qui veillent à la bonne application de leur fonctionnement? Et peut-être mon cul est-il du poulet: à en croire le sens inverse, force est de constater que médias, opinion publique de Monsieur Tout le Monde et sondages de questions préméditées sont à l'élection libre ce que la confiture Bonne Maman est au cochon qui rit. Il y en a qui croient agir sciemment lorsque la main invisible manipule leurs membres, des cerveaux jusqu'aux boules à papa. Le propre du malade mental est de se croire en bonne santé, sans quoi il ne serait pas malade. Géniale alternative que je laisse à disposition dans ce billet, entre ceux qui veulent changer les choses par inconscience et ceux qui ne font plus rien ou laissent tout passer par trop de conscience.
Mais il existe toujours des esprits critiques parce que polémiques avant tout; or le Léviathan étant si bien huilé et préparé à sa propre remise en cause, il a cet avantage de pouvoir ingérer jusqu'à ses propres contradictions: le comble de la démocratie est d'être le seul des régimes à laisser parier sur sa propre perte pour être d'autant mieux jugée par tous. Et vogue la galère s'il s'agit de parler sans entraves, quitte à pisser dans des violons ...
''Kékidi, p'tit con? Tu te plains de vivoter en démocratie, mais qu'aurais-tu espéré sous la guerre?!'', réplique typique de l'ancien combattant et qui ne mérite pas le mépris qu'on lui inflige de nos jours. Car j'y arrive, grand-père: loin de prétendre prôner la république enfin totale des esprits intégralement éclairés, je n'ai aucune idée précise de ce que peut être une lumière naturelle et m'en tiendrai à cette conclusion provisoire sur le régime de ma vie:
Entre la démocratie et la dictature, la tyrannie ou un quelconque totalitarisme dont les médias de nos jeunesses ont su nous écoeurer avant même que nous en ayons à en faire l'expérience, je choisis la démocratie comme presque tout le monde et toujours par défaut; tout en rappelant, j'insiste, que raisonnement par défaut et raisonnement défectueux ne sont pas synonymes.

Tout ce billet pour en arriver là: "je suis démocrate, j'aime la démocratie"? Question de nuances ou degrés dans les termes d'affection.
C'est juste que, entre le mépris souvent justifié des élites démocrates et la schlag toujours douloureuse des polices politiques, entre l'odeur de rance et l'odeur de mort, la raison se fait vite discrète, les courbatures se font vite sentir et le choix se fait donc d'autant plus vite parmi les (vieilles) peaux douces dont je suis. Je n'ai pas encore trouvé ''meilleure'' explication de ce qui perpétue la tradition démocratique en France, frigos remplis et force d'inertie à l'appui.
Que l'on rappelle le mérite des morts pour le droit à l'expression et le devoir de défendre un patrimoine politique, certes; encore faut-il entendre ce qui sort des clapets pour signer des deux mains en connaissance de cause. Progrès des temps modernes: on n'a plus tant envie de sortir de revolver en entendant le mot ''culture'' qu'en constatant notre état d'inculture. La faute à qui, sinon nous-mêmes et tout un chacun? Pas grave, tant qu'il est possible de faire du débat et donner écho pulic à nos expressions privées. Cause toujours, je te dis. Et peut-être un jour jugera-t-on le droit d'expression en termes de ses conséquences manifestes sur notre environnement quotidien. Mais le violon à l'odeur de pisse devrait encore avoir de beaux jours liquoreux devant lui.

Je reviendrai bientôt sur un sketche de Desproges et sa façon de voir la démocratie, pas très différente de ce que j'ai écrit ici puisque m'inspirant dans une large mesure.
On finira cette note douce-amère par un morceau choisi pour la cause: une bonne dose de ''Democracy'' par les Killing Joke.

''You have the choice, we have your voice'' (traduisez: quel choix? quelles voix!)

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On regrettera peut-être le style ampoulé du chanteur et l'ambiance un peu trop "1984" de l'ensemble, puisque les démocraties modernes ont cela de confondant qu'elles savent s'imposer sans paraître en avoir besoin. Les dictatures finissent toujours par tourner en révoltes justifiées; pas les démocraties, faute de justification aussi évidente à l'appui ... mais je retiendrai des K.J. la force dégagée par l'ensemble des instruments de musique, comme toujours et bien avant les paroles ou le chant.
Autre témoignage de cette remarquable formule de la sagesse populaire (le retour), selon laquelle c'est le ton qui fait la musique. On l'a dit, entre bouffis.

Mais il est temps de me taire: sur l'écran de télévision (qui "rules the nation") passe devant moi un hommage posthume à Simone de Beauvoir, d'autant plus à tarir d'éloges qu'elle n'emmerde plus personne depuis longtemps. ''L'expression existentielle du droit à la parité moderne''; une formule toute faite pour nos Ministres de la Culture ou Premier, tant qu'à ajouter du pipi dans la grande bassine vide qui occupe chacun de nos salons. ''Noir, c'est noir ...'', au moins une vérité logique (quoique) à laquelle je souscris, qui ne casse pas trois pattes à un CRS et ne cherche pas à faire du bruit pour rien. J'y souscris donc, en bon apolitique.


F&H

C'est la pause ... mortem

Publié le 08/01/2008 à 12:00 par schangels
C'est la pause ... mortem
C'est l'heure de la pause, au sein de ce blog que j'ai lancé le soir du Padré et pour lequel un bilan s'impose:
- pas mal de travaux croisés et de musiques croisées pour l'avenir;
- peu, très peu de commentaires pour le présent.
Une pause mortelle à double titre, donc, le premier en raison de la bien faible quantité de réactions. Patience ... ou ennui?!

Traduction: mais qu'est-ce que vous foutez, vous les visiteurs?

Nous en sommes à cet instant à 245 internautes et même pas 10 pauvres commentaires; je citerai en exemple le blogué du mois, Cédric, puisqu'il est pour l'instant le seul à avoir découvert le nom d'un auteur de mes citations. Et les autres? On dort, on s'ennuie, on alterne avec un site porno et les mains vous manquent pour taper les bonnes réponses ... quoi donc?
Puisque l'heure du travail a repris après ces vacances d'engraissage intensif, les billets se feront moins nombreux et je compte donc sur vous pour animer la machine: plus de commentaires = plus d'échanges croisés entre nous tous, donc plus d'idées conséquentes et de sorties grandies.
Un petit effort, par pitié: je n'ai pas construit la "chose" pour satisfaire un égo surdimensionné que j'espère ne pas avoir mais pour lancer des pistes, partager des émotions musicales et créer des vocations cérébrales l'espace d'un billet pas trop dur à comprendre ni trop sérieux.

Alors au boulot, les gens!

C'est la pause, je l'ai dit. A double titre, ai-je dit, et le second est le meilleur puisque la "pause" est le nom d'un des sketches du provocateur, pertinent et insolent Albert Dupontel. Pour ceux qui ne retiennent de lui que la narration de Rambo par un dégénéré tôlard et le passage du bac de philo (encore elle), je conseille de jeter un bon coup d'oeil sur "La Maladie de Sachs", où Albert joue le rôle d'un docteur de campagne en plein doute sur la probité de son métier. Autre chose que "Camping", pour sûr.
La pause-bilan de ce billet ne passera toutefois pas par l'extrait de "La pause" mais, circonstance oblige, par un autre sketche plus poétique appelé "le Jugement Dernier". une pause définitivement mortelle, aux deux bons sens propre et hilarant du terme:

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Merci à vous de sortir ce blog de sa propre mortalité ambiante! Non pas que je ne me fende pas la gueule à moi tout seul; mais plus on sera de fous ...


F&H