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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
03.07.2008
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Problème philosophique n°5

Posté le 30.12.2007 par schangels
Accumulons les problèmes, en attendant de possibles solutions.

Problème n°4: Y a-t-il des verbes anti-performatifs?

Par "performatif", Austin avait désigné dans son fameux "Quand dire c'est faire" (How To do Things with Words) de 1962 l'ensemble des verbes dont l'énonciation produit une action sur l'environnement du locuteur.
Exemple: la promesse, la déclaration de mariage, la menace de mort, le conseil, la recommandation, etc. sont des actes de discours définis en triples termes d'action (aspect illocutoire) produit par le contenu propositionnel (aspect locutoire) et de son effet sur l'interlocuteur (aspect perlocutoire).
Quant aux "anti-performatifs", ils désigneraient un ensemble de verbes dont l'énonciation produirait un effet contraire au but recherché. Il est peu probable que de tels verbes existent, dans la mesure où le langage a pour but de produire des actes de communication et non de mettre des bâtons dans ses propres roues ...
Cela dit, certaines formules semblent anti-performatives à défaut de leur seul verbe principal. Le cas du cogito semble en être: l'affirmation "Je n'existe pas" n'a-t-elle pas un effet contraire au contenu propositionnel de l'affirmation, si elle force l'interlocuteur à en conclure l'existence de son locuteur? En ce sens, ce n'est pas le verbe mais la forme négative d'un énoncé qui tient de l'anti-performatif.
Autre exemple possible d'énonciation anti-performative: les déclarations d'amour, ou d'amitié. Mon approche est peut-être austère, mais elle consiste à se demander si toute déclaration de ce genre n'est pas contraire aux intentions de leur locuteur. Les vraies attentions aimantes ne se font-elles pas dans le silence, et le sentiment passe-t-il par des actes de discours? Voire ... de même pour les énoncés tels que ''je suis humble''. Le propre de la personne humble n'est-elle pas de ne pas l'affirmer explicitement, auquel cas elle ne l'est plus vraiment?
En somme, les anti-performatifs (s'il y a) correspondraient davantage à des formes négatives ou des contextes particuliers que des verbes principaux, comme ce peut être le cas pour les performatifs.

Référence sur le caractère anti-performatif du cogito cartésien:
Hintikka, J.: "Cogito ergo sum: inférence ou performance?", Philosophie 6, pp. 21-51; traduit par P. Le Quellec-Wolff de J. Hintikka: Knowledge and the Known (Historical Perspectives in Epistemology), pp. 98-122. Imprimé également in "Cogito ergo sum: inference or performance?", Philosophical Review 71(1962), pp. 3-32

Pour stimuler la réflexion sur ce point, voici un morceau dont l'action est le prototype de l'action à direction d'ajustement ... nulle. Prodigy: "Voodoo People" (remix de Pendulum)

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Je dois la découverte de ce morceau survitaminé au blogueur et écrivain Doriane Purple dont la plume, la musique et les images ne vous laisseront pas indifférent. Son adresse:
http://dorianepurple.hautetfort.com/

F&H



--

Manifeste contre un ourson

Posté le 30.12.2007 par schangels
Petite dédicace en l'honneur d'un rapeur sacrément bourlingueur ... MC Jean Gab'1.
Je n'aime pourtant pas le rap, ses Merco tape-à-l'oeil et sa mentalité arriviste à tout prix. Ce n'est pas mon monde, tout simplement; ce qui ne m'a pas empêché d'avoir l'oreille attirée par une sorte de titi black parisien.
Il a bourlingué, disais-je: maison de correction en Allemagne, trafics en tous genres (mauvais, s'entend), tentative d'enlèvement de Catherine Ringer en échange de rançon (!) ... l'homme aime jouer et régler ses comptes avec les mots. Ecoutez-le dans ses interviews télévisées, on croirait entendre un personnage tout droit sorti d'un Audiard version XXIe siècle. Le gaillard est violent et ne s'en cache pas ... pas du genre à disserter sur la factivité des verbes d'attitude, pour ainsi dire. Mais après tout, Hume n'aurait-il pas laissé entendre autrefois que la force de l'habitude est déterminante en tous genres? Dont acte, pour le moins.
MCJG'1 est en conflit ouvert avec pas mal de célébrités rapeuses de "notre" France black-blanc-beur, parmi lesquels Joey Star (déglingueur de singes et humaniste pas-tenté) et Booba. "Booba": un bouffon sans grelots dont la voix imite le rachitique du bulbe, ou bien? Je pose la question, c'est juste que ce type me fait plus tristement rire que frémir. Peut-on prendre au sérieux un supposé gangster dont le "staïl" frôle (voire baigne allègrement dans) la caricature? A Jeannot le soin de nous le dire ...
Ecoutez donc ce clip, vous comprendrez le rapport aux petits oursons et vous rappelerez en passant au bon souvenir des dessins animés de notre jeunesse (je m'adresse en priorité aux trentenaires, ici).

Dicton du jour: "le comble du racisme, c'est de tringler ce qui reboute".
La classe, Jeannot! Hommage du fromage blanc à un sculpturiste dont les répliques fusent aussi vite que les balles. En bref: "que du bonheur" (citation de F. Ribéry, j'ai mes sources)

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F&H

Ne riez pas, c'est un clown

Posté le 30.12.2007 par schangels
(Photo: oncle Peppo a besoin de toi)

Suite à la suggestion appréciable d'un internaute (Cédric, pour ne pas le nommer), ci-jointe l'adresse d'un groupement militant de clowns à poil dur connu sous le nom rassurant de C.R.S. (Clown à Responsabilités Sociales):

http://clownscrs.com/index.php?rub=2

Lisez donc la charte de ces fabuleux illusionnistes bien plus vrais que nature (ils trichent sur l'apparence de leur visage, pas sur le reste), où il est clairement expliqué que le clown ne se veut pas drôle mais apparaît tel qu'il est. Comme quoi la thématique récurrente de l'opposition être/apparaître et le problème de l'oubli de l'être montrent à quel point les clowns et Heidegger trahissent des inquiétudes similaires ... à la différence philosophique près que les clowns jouent des apparences pour mieux nous rappeler au souvenir, bon ou mauvais, de ce que nous sommes.
Autre question autrement subversive: pas mal de photos étalées sur ce site montrent les clowns associés au mouvement anti-CPE de l'année dernière. Alors: le clown est-il socialiste? C'est vrai qu'ils doivent trouver de qui s'inspirer avec Olivier Montebourg, autre clown bien malgré lui ...
Un grand merci à Cédric pour ce document estimable; lequel Cédric a trouvé par ailleurs l'auteur de la première citation (sur la contestation et le capital).
J'attends de recevoir son gage; en attendant de diffuser le portrait de l'heureux devineur, que les autres ne cessent pas de chercher la réponse!!!

F&H

Citation du jour: qui a dit ... (7)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Celui qui n’est pas socialiste à vingt ans n’a pas de cœur ; celui qui est socialiste à quarante n’a pas de tête"

Indice: Remarquable, Talentueux


Mine de rien, cette formule m'a servi de note de bas de page dans le cadre de ma thèse sur les modalités épistémiques, en rapport avec le paradoxe de Moore. Le problème est celui de savoir s'il est possible de prononcer ce genre de sentence à l'âge de 20 ans ...
Qui n'a pas entendu ses parents lui sermonner durant son enfance: ''Tu ne le sais pas encore, mais on fait ça pour ton bien". Un enfant peut-il admettre la vérité d'une telle affirmation, c'est-à-dire, la vérité de ce que son âge lui empêche de comprendre?
C'est exactement le problème auxquels sont confrontés les gnomes de chaque génération:
- soit l'on suit les conseils des plus anciens pour ne pas se tromper, auquel cas on ne fait rien et l'on accumule les frustrations;
- soit l'on agit selon sa propre volonté, quitte à en payer le prix, et l'on fait ce qui constituera plus tard une "erreur de jeunesse".
La rationalité est présente derrière ce cas de conscience que nous avons tous traversé un jour, une semaine, des mois durant: pourquoi ne pas commettre une erreur si celle-ci ne peut pas être considérée comme telle à une certaine époque de notre existence?
Un article a été écrit il n'y a pas si longtemps, sur ce problème des contraintes diachroniques de la rationalité (à chaque époque ses propres critères, pour faire vite)

Référence:
Luc Bovens'' 'P and I will believe that not-P' '': diachronic constraints on rational belief”, Mind 104, pp. 737-60.

Le rapport avec le paradoxe de Moore consiste à se demander si un énoncé tel que ''Je partirai bientôt en Chine, mais je ne le sais pas encore'' est cohérent ou absurde. Hintikka, Searle, Wittgenstein, Heal & Cie se sont tous échauffés les méninges face à ce paradoxe lancé par G. E. Moore, et dont un intérêt logique était de montrer qu'un énoncé peut être absurde sans être contradictoire.
L'analyse en termes d'actes illocutoires est utile ici, puisqu'elle montre bien le caractère ''self-defeating'' (= "contraire au but recherché", je n'ai pas de meilleure traduction) de certains énoncés tels que ''Il pleut, mais je ne le crois pas'', ''Pyongyang est la capitale de la Corée du Nord, mais je ne le sais pas'', etc.): la négation de la croyance ou du savoir est contraire à une composante essentielle de l'acte d'affirmation qui est un assertif, à savoir: la condition de sincérité, qui exige que le locuteur croie à ce qu'il dit.
Pour montrer la complexité de nos tournures de langage quotidiennes face à cette explication abrupte, le texte de Bovens a voulu tenir compte de la temporalité dans l'analyse là où d'autres ont insisté davantage sur le type de pronom personnel employé (l'absurdé des énoncés disparaît si l'on remplace la 1ère personne par la 3e, par exemple).

Pour finir par le commencement, Bovens cherche ainsi à montrer qu'un jeune idéaliste de 20 ans peut affirmer qu'un socialiste de 40 ans n'a pas de tête sans réduire ses propres opinions à l'absurde: tant qu'il a 20 ans, il est en droit de se bercer d'illusions et d'en avoir conscience. Comme quoi l'analyse logique du langage peut contribuer à adoucir la colère des adultes face aux revendications souvent naïves des jeunes irénistes en culotte déchirée.
Etonnant, non? Je n'ai jamais suivi cette approche tolérante de la rationalité, personnellement, puisqu'il m'a toujours paru stupide de suivre une voie qui me paraîssait vouée à devenir tôt ou tard simpliste voire infantile. "Pourquoi ne pas gagner du temps en pensant dès l'âge de 20 ans ce qui sera crédité à 40?" Réponse: parce qu'il faut que jeunesse se fasse, diantre! Ne pas chercher à grandir trop vite? Mauvaise pioche ...

Serait-il encore temps de rattraper le temps perdu? Et comment! Dont acte, avec ce superbe hymne au n'importe quoi des Electric Six. Attention ... DANNNGGEERR DAANNNGGEERRRR

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F&H

Citation du jour: qui a dit ... (6)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"J'adore les cacahuètes. Tu bois une bière et tu en as marre du goût. Alors tu manges des cacahuètes. Les cacahuètes c'est doux et salé, fort et tendre, comme une femme. Manger des cacahuètes, it's a really strong feeling. Et après tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuètes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme"

Indice: un nietzschéen sauce marinière

Difficile de ne pas trouver, avec un style aussi inimitable. La dernière phrase entrera dans la grande histoire des petites idées qui font avec les moyens du bord.

F&H

Problème de philosophie n°4

Posté le 29.12.2007 par schangels
Dans la série des investigations logico-linguistiques, voici le quatrième problème philosophique de ce blog:

Problème n°4: pourquoi l'expression ''croire si'' est-elle un solécisme?

Hintikka a proposé une explication de ceci en termes de clause de succès: seules les verbes factifs admettent l'usage de la subordonnée interrogative en si.

Problème: le cas des verbes non factifs ''douter'' et ''se demander'' (entre autres).
Bien que cette explication fonctionne pour le verbe douter dans la langue française, elle ne marche pas pour la langue anglaise. Il y a en effet une différence entre to doubt that et to doubt whether: le premier doute présuppose chez le locuteur la fausseté du contenu propositionnel, et ceci ne doit pas être confondu avec la présupposition de vérité de to know that; le second doute exprime une réelle indécision de la part du locuteur vis-à-vis de la valeur de vérité du contenu propositionnel, contrairement au premier doute. Puisque douter n'est pas un factif: il n'appartient pas à la classe des actes assertifs mais à celle des actes expressifs, le solécisme n'est donc pas si simplement rendu compte en termes de non-factivité du verbe concerné. Par ailleurs, remarquez que la bipartition subtile du verbe anglais to doubt ne se retrouve pas dans notre langue française: ''douter si'' n'est pas usité et seul ''douter que'' prédomine, bien que celui-ci indique la propension du locuteur à asserter la négation du contenu propositionnel plutôt qu'à suspendre son jugement. Autrement dit, le vrai doute (la suspension de jugement) est celui qui ne se dit pas ... J'ai tenté d'expliquer cette relation intime entre douter que et assertion négative par ce que Austin appelait les performatifs premiers: le locuteur s'engage sur ce qu'il dit lorsqu'il explicite la nature de son acte illocutoire. Ex: je promets que tu auras un cadeau, 'je vous déclare mari et femme, etc.). Par conséquent, dire je doute que ...'' indique que le locuteur s'engage sur la valeur de vérité du contenu propositionnel: ce n'est pas seulement qu'il n'asserte pas sa vérité, mais il tend même à asserter sa fausseté. Cf. la distinction de Bochvar entre négation externe et interne (tout un programme). J'ai traduit également dans ma thèse un article passionnant sur l'analyse logique du verbe douter, assortie d'annotations et commentaires sur plusieurs passages de ce texte.

Référence:
Hart, A.: ''Toward a logic of doubt'', International Logic Review 21(1980), pp. 31-41.
Schang, F.: ''Illocutionary Oppositions'', Logica Universalis: Proceedings of the Square of Opposition(Montreux, June 2007), à paraître.

Je donnerai les références de Hintikka à qui me les demandera.
Prochain thème philosophique: la théorie des oppositions, particulièrement lié aux questions logico-linguistiques et qui concerne deux de mes amis philosophards: Alessio Moretti et Jean-Yves Béziau ...

F&H

Problème de philosophie n°3

Posté le 29.12.2007 par schangels
Pour étendre la thématique que Julien Dutant a (re)lancée dans son blog ''Philotropes'', à savoir: le rôle de l'analyse logique dans l'explication de plusieurs faits linguistiques, je propose d'autres pistes de recherche que je développerai dans mon blog (de concert avec les lecteurs de Philotropes, j'espère). Voici donc deux autres problèmes de philosophie du langage, qui constitueront ainsi les problèmes n°3 et n°4 dans ma propre liste des problèmes de philosophie. Le troisième, tout d'abord:

Problème n°3: pourquoi distingue-t-on savoir et connaître dans la langue française, mais pas dans la langue anglaise?

La distinction existe également dans la langue allemande (connaître = kennen / savoir = wissen), et la différence s'explique simplement par la nature de l'objet en question. Ce que Julien a appelé dans son article la forme objectuelle d'une construction d'attitude, par opposition à la forme propositionnelle, correspond à la distinction établie par Russell en 1905 (puis prolongée par Hintikka dans ses travaux de logique épistémique) entre deux types de knowledge: - knowledge by description Forme grammaticale des phrases en savoir que = verbe d'attitude + pronom relatif que + contenu propositionnel, ou dictum) VS - knowledge by acquaintance Forme grammaticale des phrases en connaître = verbe d'attitude + objet Groupe Nominal

La langue française utilise deux verbes d'attitude épistémique distincts pour deux ces deux cas de figure:
(a) soit l'attitude porte sur une proposition, et l'on utilise alors le verbe savoir. Ex.: je sais qu'il fait beau; on n'utilise pas de construction directe avec le verbe savoir (savoir + GN est un solécisme). Peut-être une exception: ''Il sait la chance qu'il a'' (?)
(b) soit l'attitude porte sur un objet particulier, et l'on utilise alors le verbe connaître. Ex.: je connais cette personne; on n'utilise pas de construction propositionnelle avec le verbe connaître (connaître que est un solécisme)

Au total, la bipartition selon la nature du relatum lié à l'attitude épistémique est reconnue dans les trois langues naturelles citées: français, allemand, anglais. Mais seules les deux premières explicitent cette différence grammaticale par deux verbes distincts. Pourquoi la langue anglaise n'utilise-t-elle qu'un seul et même verbe, to know? Peut-être ne faut-il voir ici qu'une contingence historique des langues naturelles dans leur évolution; dans ce cas, c'est à la linguistique empiriste de prendre le pas sur la linguistique structuraliste et/ou formelle; le problème précédent posé par Dutant n'échappe pas à cette problèmatique, concernant la possibilité d'une analyse logique des verbes d'attitude sans tenir compte du contexte historiquement situé et parfois irrationnel des langues naturelles. Après tout, faits, proposition, verbes d'attitude, factif ... sont des constructions théoriques qui ne servent qu'en guise de modèle; il est toujours possible de modifier la perspective du théoricien et de changer les concepts explicatifs. D'où mon insistance sur cet autre modèle qu'est la logique illocutoire ...

Il s'agit de s'interroger en somme sur les fondements de certaines expressions linguistiques en termes d'analyse logique. Sans oublier que l'application d'outils logiques sur le langage ordinaire peut être une entreprise périlleuse voire perverse (cf. les scrupules de Wittgenstein et Strawson).
Mais j'ai déjà constaté par ailleurs les mérites de la philosophie formelle et, de toute façon, qui ne tente rien ne risque pas d'avoir.
En parlant de fondations ... dédicace aux fondus du ''fondé'', avec cet extrait du planant ''Grounded'' de Pavement.

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F&H

Are you talking to me? Le problème des ''factifs''

Posté le 29.12.2007 par schangels
(Photo: Julien Dutant. Doctorant à l'Université de Genève, aux côtés de Pascal Engel
L'adresse de son blog ''Philotropes'': http://julien.dutant.free.fr/blog/)

En réaction à un billet de Julien Dutant sur les verbes factifs, voici ma (modeste?) contribution au problème de la nature des verbes dits ''factifs''.

Question: dans quelles circonstances les verbes d'attitude (croire, savoir, douter, vouloir, penser, dire, etc.) sont-ils suivis par l'expression ''le fait que'', et pourquoi certains verbes factifs ne l'admettent-ils pas?

Réponse: la ''solution'' est dans la logique illocutoire, d'après moi ...

C'est pourquoi j'ai introduit ce billet par la célèbre formule de ''Taxi Driver'' et, aussi, parce qu'elle me donne l'occasion d'associer mon commentaire à cet excellent morceau des Beastie Boys: ''Looking Down the Barrel of a Gun''. Comme quoi le hip hop peut même trouver droit de cité dans ce blog ... lorsqu'il s'accompagne d'un ton dérisoire et de bons grattages électriques en arrière-plan.

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Je propose trois affirmations générales, relativement aux conditions d'application de l'expression ''le fait que'' avec des verbes d'attitude:

1. il est possible d'intégrer le problème des factifs dans le cadre de la logique illocutoire de Searle&Vanderveken, indépendamment de la distinction métaphysique entre faits et propositions;
2. les ''factifs'' correspondent à la catégorie des actes assertifs, i.e. la première des forces illocutoires dans la typologie des actes de discours (4 classes générales: assertifs; exécutifs; directifs; expressifs);
3. l'expression ''le fait que'' est indépendante des verbes factifs: certains verbes non-factifs admettent l'application de cette expression.

Avant d'expliquer rapidement la substance de cette catégorie, je pose directement la question qui m'amènera à mon point principal (l'analyse illocutoire des verbes d'attitude): faut-il nécessairement introduire les notions de ''fait'' et de ''proposition'' pour comprendre ce qu'est un factif? Difficile en apparence de pouvoir se passer de la notion de fait lorsque l'on traite des factifs ... mais je vais tenter d'esquiver ce cadre explicatif habituel, parce qu'il amène à certaines confusions concernant l'autre concept fondamental de ''vérité''. J'ai été confronté à ces problèmes dans ma thèse, notamment en raison de l'interprétation ''objective'' que l'on fait en général de la clause de succès: l'assertion implique-t-elle la vérité de ce qui est asserté? Pas si simple, et la parenté étroite entre les concepts de connaissance et d'assertion ajoute encore à la difficulté théorique de l'ensemble. Revenons tout d'abord au cadre explicatif dans lequel Julien et bien d'autres avant lui ont installé le thème des factifs.
Faits et propositions sont des notions de métaphysique, tout comme les notions voisines d'états de choses, de porteurs de vérité ou de vérifacteur. Une explication d'un phénomène linguistique tel que les ''factifs'' devrait pouvoir se passer de notions de métaphysique, d'autant plus que la distinction introduite par Vendler entre deux types de relata pour les verbes d'attitude: faits et propositions, semble créer davantage de problèmes théoriques qu'elle n'en résout.
Quel modèle d'explication pour la classe des ''factifs''?
Je propose l'application de la logique illocutoire de Searle&Vanderveken pour éclairer quelque peu le débat, i.e. le simplifier et donner des réponses concluantes aux problèmes posés.

Julien retient deux critères pour caractériser un ''factif'':
- clause de vérité
Un verbe est factif s'il implique la vérité de son contenu propositionnel
Ex: le verbe ''savoir'' est factif parce que dire ''je sais que X'' implique la vérité de X; dans le cas contraire (si X n'est pas vrai), alors nous ne sommes pas en présence d'un cas de savoir.
- présupposition de vérité
Certains verbes présupposent la vérité de leur contenu propositionnel
Ex: le verbe ''savoir'', encore une fois, puisque dire ''il ne sait pas que son frère est marié'' présuppose que le frère en question est effectivement marié.

Puisque les critères de signification d'une formule déterminent ses conditions de vérité (on peut se contenter ici d'une approche vériconditionnelle de la signification), toute expression gouvernée par un verbe factif ne pourra pas être vraie (sera ''analytiquement fausse'') si elle ne respecte pas ces deux critères: dire ''je sais que 2 + 2 = 5'' a un sens, mais cette expression ne pourra jamais être satisfaite. Il faut distinguer les conditions de sens d'une formule et ses conditions de satisfaction: une formule peut avoir du sens mais ne sera jamais utilisée si elle ne peut jamais être satisfaite dans aucune des conditions de son usage.
Contre le second critère de la présupposition de vérité, je note qu'il est possible non seulement de donner un sens mais de trouver un contexte de satisfaction pour des formules telles que ''il ne sait pas que 2 + 2 = 5, puisque ce n'est pas le cas''; on peut expliquer ceci par la fonction de la phrase précédente: elle explicite ses conditions d'échec en déclarant qu'une violation de la présupposition de vérité du contenu propositionnel entraîne l'échec de l'attribution de connaissance.
En termes de logique illocutoire, on dirait que la formule précédente ne peut pas être satisfaite parce qu'elle ne respecte pas le mode d'accomplissement des actes assertifs en termes de direction d'ajustement entre le contenu propositionnel et l'état du monde.

Pour revenir au problème central de Julien: les conditions d'application générales de l'expression ''le fait que'' devant certains verbes dits factifs, je me lance dans cette explication toute provisoire:
l'expression ''le fait que ...'' est indépendante du caractère factif des verbes d'attitude.
Exemple: ''je reconnais le fait qu'il soit trop vieux pour se marier avec elle''
''j'admets le fait qu'elle soit trop bien pour moi''
''Admettre'' et ''reconnaître'' sont synonymes, ici: ils n'appartiennent pas à la classe des assertifs et, donc, n'exigent pas la vérité de leur contenu propositionnel. Ce ne sont donc pas des verbes factifs, bien qu'ils soient suivis sans problème de l'expression ''le fait que''.
La déclinaison du verbe est importante: l'utilisation du mode du subjonctif (''soit'') indique que le fait en question n'est pas encore avéré ou ne le sera pas. On peut croire au fait que les extraterrestres soient déjà parmi nous, tandis que l'on sait s'ils sont ou ne sont pas déjà parmi nous.
''Regretter'' peut être expliqué par le même ordre d'idées: il appartient selon moi à la classe des expressifs (comme ''croire''), dont le mode d'ajustement est nul (aucune relation exigée entre le contenu propositionnel et l'état du monde). Je dis ''selon moi'', parce que la typologie proposée par Searle&Vanderveken pour classer les genres de verbes laisse parfois une certaine ambiguïté sur le classement. ''Avouer'' en est un: on peut avouer le fait qu'il soit trop tard pour sortir; peut-on le faire correctement, c'est-à-dire avec succès, si l'on se trompe à ce sujet et qu'il est en réalité suffisamment tôt pour sortir? La clause de vérité s'applique peut-être à ''avouer'', qu'en pensez-vous? Même combat que pour le verbe ''regretter'', me semble-t-il.

Si certains factifs n'admettent pas l'expression ''le fait que'', c'est parce que:
- l'usage de cette expression est trivial, il est contenu dans la signification du verbe (= assertifs); c'est pour cette raison que l'expression ''je sais le fait que ...'' n'a pas d'usage consacré
- les verbes en question sont des verbes en construction d'objet direct, donc ils n'expriment pas un état de choses mais une chose singulière

Pour étendre la thématique que Julien a (re)lancée ici, à savoir le rôle de l'analyse logique dans l'explication de plusieurs faits linguistiques, je propose d'autres pistes de recherche que je développerai dans mon blog (de concert avec les lecteurs de ''Philotropes'', j'espère).

Référence: Searle&Vanderveken: Foundations of Illocutionary Logic, N.-Y., Cambridge Univ. Press (1985), 228 pp.


Voici deux autres problèmes de philosophie du langage, qui prolongent le questionnement logico-linguistique de Julien Dutant et constitueront ainsi les problèmes n°3 et n°4 dans ma liste des problèmes de philosophie:

Problème n°3: pourquoi distingue-t-on ''savoir'' et ''connaître'' dans la langue française, mais pas dans la langue anglaise?
La distinction existe également dans la langue allemande (connaître = kennen / savoir = wissen), et la différence s'explique simplement par la nature de l'objet en question. Ce que Julien a appelé dans son article la ''forme objectuelle'' d'une construction d'attitude, par opposition à la ''forme propositionnelle'', correspond à la distinction établie par Russell en 1905 (puis prolongée par Hintikka dans ses travaux de logique épistémique) entre deux types de ''knowledge'':
- knowledge by description
Forme grammaticale des phrases en ''savoir que'' = verbe d'attitude + pronom relatif ''que'' + contenu propositionnel, ou dictum)
VS
- knowledge by acquaintance
Forme grammaticale des phrases en ''connaître'' = verbe d'attitude + objet Groupe Nominal

La langue française utilise deux verbes d'attitude épistémique distincts pour deux ces deux cas de figure:
(a) soit l'attitude porte sur une proposition et l'on utilise alors le verbe ''savoir''.
Ex.: ''je sais qu'il fait beau''; on n'utilise pas de construction directe avec le verbe savoir (''savoir + GN'' est un solécisme). Peut-être une exception: ''Il sait la chance qu'il a''?
(b) soit l'attitude porte sur un objet et l'on utilise alors le verbe ''connaître''.
Ex.: ''je connais cette personne''; on n'utilise pas de construction propositionnelle avec le verbe connaître (''connaître que'' est un solécisme)

Au total, la bipartition selon le type d'objet lié à l'attitude épistémique est reconnue dans les trois langues naturelles citées: français, allemand, anglais. Mais seules les deux premières explicitent cette différence grammaticale par deux verbes distincts. Pourquoi la langue anglaise n'utilise-t-elle qu'un seul et même verbe, ''to know''?
Peut-être ne faut-il voir ici qu'une contingence historique des langues naturelles dans leur évolution; dans ce cas, c'est à la linguistique empiriste de prendre le pas sur la linguistique structuraliste et/ou formelle; le problème précédent posé par Dutant n'échappe pas à cette problèmatique, concernant la possibilité d'une analyse logique des verbes d'attitude sans tenir compte du contexte historiquement situé et parfois ''irrationnel'' des langues naturelles.
Après tout, ''faits'', ''proposition'', ''verbes d'attitude'', ''factif'' ... sont des constructions théoriques qui ne servent qu'en guise de modèle; il est toujours possible de modifier la perspective du théoricien et de changer les concepts explicatifs. D'où mon insistance sur cet autre modèle qu'est la logique illocutoire ...

Problème n°4: pourquoi l'expression ''croire si'' est-elle un solécisme?
Hintikka a proposé une explication de ceci en termes de clause de succès: seules les verbes factifs admettent l'usage de la subordonnée interrogative en ''si''.
Problème: bien que cette explication fonctionne pour le verbe ''douter'' dans la langue française, elle ne marche pas pour la langue anglaise.
Il y a en effet une différence entre ''to doubt that'' et ''doubt whether'': le premier doute présuppose chez le locuteur la fausseté du contenu propositionnel, et ceci ne doit pas être confondu avec la présupposition de vérité de ''to know that''; le second doute exprime une réelle indécision de la part du locuteur vis-à-vis de la valeur de vérité du contenu propositionnel, contrairement au premier doute.
Puisque ''douter'' n'est pas un factif: il n'appartient pas à la classe des actes assertifs mais à celle des actes expressifs, le solécisme n'est pas si simplement rendu compte en termes de factivité du verbe concerné.
J'ai traduit un article passionnant sur l'analyse logique du verbe ''douter'', dans ma thèse (assortie d'annotations et commentaires sur plusieurs passages de ce texte).
Référence: Alan M. Hart, ''Toward a logic of doubt'', International Logic Review 21(1980), pp. 31-41.

Citation du jour: qui a dit ... (5)

Posté le 29.12.2007 par schangels
Qui a dit:

"Les mauvais acteurs attirent le public comme la viande avariée attire les mouches"?

Indice: pas un acteur, en tout cas ...

F&H

logique des classes (pour éviter de faire les classes)

Posté le 28.12.2007 par schangels
Cherchez l'erreur: l'explication paraît si crédible que la blague en est d'autant meilleure.
Qui saura débusquer la faute, dans cette partie généa-logique (des classes)?


Armée - Comment se faire démobiliser rapidement
Monsieur le Ministre de la Défense Nationale,
Permettez-moi de prendre la respectueuse liberté de vous exposer ce qui suit, et de solliciter de votre bienveillance l'appui nécessaire pour obtenir une démobilisation rapide.
Je suis sursitaire, âgé de 24 ans, et je suis marié à une veuve de 44 ans, laquelle a une fille qui en a 25. Mon père a épousé cette fille. A cette heure, mon père est donc devenu mon gendre, puisqu'il épousé ma fille. De ce fait, ma belle-fille est devenue ma belle-mère, puisqu'elle est la femme de mon père.
Ma femme et moi avons eu, en janvier dernier, un fils. Cet enfant est donc devenu le frère de la femme de mon père, donc le beau-frère de mon père. En conséquence, mon oncle, puisqu'il est le frère de ma belle-mère. Mon fils est donc mon oncle.
La femme de mon père a eu, à Nöel, un garçon qui est à la fois mon frère, puisqu'il est à la fois le fils de mon père, et mon petit-fils, puisqu'il est le fils de la fille de ma femme.
Je suis ainsi le frère de mon petit-fils, et comme le mari de la mère d'une personne est le père de celle-ci, il s'avère que je suis le père de ma femme et le frère de mon fils. Je suis donc mon propre grand-père.
De ce fait, Monsieur le Ministre, ayez l'obligeance de bien vouloir me renvoyer dans mes foyers, car la loi interdit que le père, le fils et le petit-fils soient mobilisés en même temps.
Dans la croyance de votre compréhension, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs.



Réponse à l'énigme dans un futur billet. Si besoin est ...

F&H
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