Publié le 04/03/2009 à 12:00 par schangels
Depuis le temps que le concept d'
opposition mérite sa place sur ce blog barré aux quatre vents (d'Ouest, surtout). L'occasion est belle de marquer le coup ...
... Coup de pub et de coeur: l'ami et camarade de chambrée (lors des séjours de colloque à l'étranger, s'entend)
Alessio Moretti défendra sa thèse de doctorat de logique (et philosophie) le vendredi 13 mars à Neuchâtel, Espace Agassiz.
Titre de la thèse:
"The Geometry of Logical Opposition", ou comment (re-)penser le principe d'opposition logique à partir de représentations géométriques algébriquement définies. Petit topo sur l'animal logique ...
... titillé tout d'abord par les travaux du philosophe français Robert
Blanché (1890-1975) sur le concept d'opposition et son hexagone logique, le travail d'Alessio s'inscrit dans une histoire de relations d'ordre structuraliste. Le concept d'opposition trouve sa source dans les travaux d'Aristote, où l'on trouve quatre type d'oppositions logiques distinctes: la
contrariété, la
contrariété, la
subcontrariété, et la
subalternation. Une parenthèse honnête voudrait que l'on insiste pour commencer sur le rôle essentiel joué par la notion voisine de
dichotomie dans le débat philosophique sur le Même et l'Autre, ou l'Un et le Multiple. La dichotomie fut à l'honneur dans le
Sophiste de Platon, mais l'histoire de la philosophie situe le début de la logique à l'oeuvre d'Aristote. A tort, ou à raison? Parenthèse fermée, pour l'instant du moins.
Pétrifiée des siècles durant autour de ce dogme des 4 oppositions, Robert Blanché a réinvesti le terrain délaissé et montré que le "carré d'Apulée" (vers 123 ap. Jean-Claude) - du nom du philosophe latin à qui l'on dut la première représentation géométrique des oppositions logiques d'
Aristote (384-322 av. Jean-Claude) - ne constituait en rien la panacée du genre: un hexagone logique existe, qui relie dans un même polygone les oppositions de la logique modale et introduit pour le coup la notion philosophique intermédiaire de contingence (= ni nécessaire, ni impossible) dans le débat logique.
A Blanché le mérite d'avoir réveillé les philo-giciens connaisseurs de leur sommeil dogmatique et découvert cette structure hexagonale qui inclut le carré initial. A Jean-Yves
Béziau (directeur de thèse d'Alessio) le double mérite d'avoir proposé une fusion de trois hexagones distincts: classique, paracomplet, et paraconsistant (j'expliquerai en aparté, pour les bloggeurs curieux) et discerné trois types de négation distinctes au sein de cette nouvelle structure promise. L'idée d'une théorie générale de la négation via la théorie des oppositions prit ainsi consistance. A Moretti, enfin, l'ultime mérite d'avoir donné forme à l'intuition de Béziau et trouvé pour ce faire une méthode générale de construction géométrique, capable de développer un nombre
n indéfini de structures polygonales aux paramètres bien définis. La théorie des
n-oppositions était née:
N.O.T., astucieux acronyme anglophone qui évoque très bien ce dont il parle, sous l'impulsion de travaux annexes menés par le mathématicien Régis
Pellissier (participant au workshop du 14) et le linguiste flamand Hans
Smessaert (membre du jury, vendredi prochain).
Les questions sans réponse actuelle abondent: Y a-t-il d'autres types d'opposition que les quatre points cardinaux d'Aristote? Comment penser le dépassement de ce nombre quasi-transcendantal? Re-penser la transcendance par immersion dans les structures géométriques, savant et délicat compromis entre un savoir logique fini et un savoir mathématique in(dé)fini ... le décor est planté, l'enjeu est fixé, reste à l'assumer. A Alessio le tour de jouer ...
... Au départ était le point, opposé à rien et équivalent à lui-même; puis vint le segment, opposé d'une seule façon (par contradiction) à sa négation "classique"; le carré s'imposa dans l'ordre chronologique, composé de deux segments reliés et que tous les manuels de logique élémentaire reprennent sans plus de modération que d'esprit critique à son égard. Mais le caractère quasi-transcendantal de cet objet mathématique était un leurre, et la soutenance d'Alessio aura pour but de démontrer les règles générales de structuration géométrique des oppositions. Située entre les concepts logiques, les relations mathématiques et le modèle géométrique, la thèse de Moretti n'est pas de moindre ambition mais subit à ses dépens l'obsolescence du concept d'"opposition" en philosophie de la logique moderne. C'est qu'on ne jure de nos jours que par la notion de
conséquence, et quiconque ne se prosterne pas devant la vieille dame subit une forme d'ostracisme intellectuel dont l'opposition logique est la victime de choix. Objectif post-doctoral à venir, pour ma pomme: museler la gueuse aux canines coriaces et montrer que le concept de conséquence peut être expliqué à l'intérieur même de la théorie des oppositions. Dualité, si je te tiens ...
A quoi bon une théorie des oppositions, et que peut apprendre le philosophe de cette façon de penser la logique? A tous ceux peu convaincus par l'intérêt du travail et habitués aux répliques du genre: "C'est beau, ces dessins, mais à quoi ça sert": réponse de Jacobi à Legendre, si besoin est de rabattre le caquet aux censeurs victimes d'un nombril proéminent. Voici:
"En 1830, Jacobi avait 26 ans. Il échangeait une importante correspondance scientifique, en français, avec le très respecté Legendre. Comme beaucoup de jeunes mathématiciens allemands de l'époque, il était attentif à ce qui se passait en France. Voici ce qu'il écrit dans une lettre à Legendre, quelques semaines après la mort de Fourier, le 4 juillet 1830 :
M. Poisson n'aurait pas dû reproduire dans son rapport une phrase peu adroite de feu M. Fourier, où ce dernier nous reproche, à Abel et à moi, de ne pas nous être occupés de préférence du mouvement de la chaleur. Il est vrai que M. Fourier avait l'opinion que le but principal des mathématiques était l'utilité publique et l'explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait dû saisir que le but unique de la science, c'est l'honneur de l'esprit humain, et que, sous ce titre, une question de nombres vaut autant qu'une question de système du monde."
Kapiert?!!! Hoffentlich, même si j'en doute ...
Pour les autres esprits de bonne volonté, la porte suissesse vous sera ouverte. Les amateurs de négation et de fractalisations en tous genres seront les bienvenus, en ce vendredi 13 (ouuuhh) qui marquera sans aucun doute la dernière ligne d'un chercheur franco-italien fier de ses contradictions internes (féru de psychanalyse, pour la peine) et auquel le titre de docteur est d'ores et déjà promis, sans ... contrariété aucune. Quant à ses subalternes d'un jour, dont je serai avec joie, ils embrayeront la ripaille d'un soir de gloire par un mini-workshop (atelier de travail, pour les francophiles sourcilleux dont je suis aussi) sur les oppositions.
Comme quoi le voyage a du bon: puisqu'Alessio et moi avons "découvert" à Nice (le pays de la socca) une parenté évidente entre le carré d'Aristote et les quaternes du Groupe INRC de
Piaget (explications disponibles par commentaires interposés), je tenterai d'approfondir cette filiation et de trouver de nouvelles voies à explorer dans ce registre.
Indice personnel: ADN logique.
Note personnelle: Piaget (1896-1980) est natif de ... Neuchâtel. A suivre ...
Gageons que la passion des débats entraînera quelques convulsions d'un jury possédé par l'enjeu. Et plus, si affinités cérébrales:
Avanti, ragazzo!!! Dernière ligne droite, avant l'envol d'un préposé docteur au divan déjà bien travaillé par les courbes de ses multiples conquêtes féminines (si, si!).
Avis aux amateurs, plus d'informations vous seront données sur l'heure et le lieu de l'événement (au sens de Badiou, mais je me comprends).
F&H
Pour l'honneur de l'esprit humain, dixit Jean Dieudonné
Publié le 09/02/2009 à 12:00 par schangels
Qui a dit:
"Le nucléaire? Je ne suis ni pour, ni contre; bien au contraire."
Indice, chez vous: bonnet blanc, blanc bonnet.
"Va savoir après ce qu'ils pensent, ces gens-là", a dit Coluche au sujet de cette citation étrange.
C'est bien le problème! La réaction naturelle face à cette formule est d'en pouffer de rire parce qu'elle ne semble pas avoir de sens. N'en a-t-elle vraiment pas et, si c'est le cas, pourquoi?
Pas si facile de deviner ce qui nous donne une raison de railler l'auteur de cette citation aux accents burlesques, et d'autant moins lorsque l'on sait le malin plaisir que prend tout Français moyen à moquer la corporation du gaillard en cause. De bonne guerre; à juste titre, ici?
Qui trouvera le "coupable"? N'hésitez pas non plus à donner votre propre sentiment sur l'absurdité présumée de la formule, sans oublier aussi et surtout de justifier votre point de vue. Je donnerai ma propre version dans un prochain billet, à condition que la bonne réponse soit trouvée d'ici là. Avec pour objectif charitable celui de montrer que la citation peut avoir un sens et n'est pas si absurde qu'il y paraît tout d'abord. Un problème d'interprétation de la négation, pour résumer ...
Interlude musical, d'ici là et pour insister tout en douceur sur le difficile art de manipuler les mots sous l'emprise de la pression qui populaire qui féminine.
Souvenirs, tendres souvenirs d'un âge d'innocence perdu au nom d'une raison impérieuse qui s'incruste entre-temps et à son propre titre ...
En bref: à vos claviers (injonction de fortune, pour la forme) et n'oubliez pas: l'avenir est pour demain!
F&H
Publié le 02/02/2009 à 12:00 par schangels
(Précisions pour les anglophobes:
fist = "poing",
fucking = "empoignade charnelle",
fist fucking= "dis, mémé, c'était comment la Libération?")
Mais comment ont-il pu???
Dans la série: "ça fait mal! où ça, au coeur? non, plus bas", j'appelle la Fédération Française de Football à la barre (bien contondante à souhait). Laquelle fédération tendance très "con-" n'a rien trouvé de mieux à faire que jouer sur la corde facile du politiquement-on-ne-peut-plus-correct par les temps qui courent l'Obamania d'un propret surmoi.
Mais quel tête d'étron sorti du fessier d'une dégénérée doublée de consanguinité zoophile a pu financer cette chose, ce truc, ce "machin" (vocable gaullien, car l'heure est grave), cette erreur de la culture sur soi mortifère??? Réponse: Escalette, ou l'acteur-mort-né dans le dépôt de gerbe inodore qui suit (script = "yes, we will").
Voyez plutôt, puis convenez-en:
La chose a été lancée dans le but à peine avoué d'exhorter les quelques fanatiques cocardiers restants en vue de la campagne de qualification pour la prochaine Coupe du Monde 2010. Non seulement une telle parodie d'humanité ambiante dégage une impression générale de pessimisme pour gagne-petits incapables de croire en leur chance de qualification. Car pourquoi diffuser sinon une telle fiente infecte, dans le cas contraire où les Bleus seraient sûrs de leur force et de leur avenir? Mais de plus, le résultat pitoyable est si contre-productif qu'il couvre un peu plus de ridicule une Fédération pour névropathes cycliques auxquels l'idée viendrait à point nommer d'ouvrir les fenêtres et dissiper l'odeur de naphtaline de leurs maison de retrait pour vieillards indignes.
Rappel des méfaits:
- 3 juillet: le Politburo ... pardon, le Conseil Fédéral maintient Raymond le Sourcilleux pour éviter un jeu de chaise musicale et conforter la position d'apparatchiks sur des sièges anti-éjectables où de vieux culs mous et blets ont trouvé un pli qu'ils se refusent à céder.
- 6 septembre 2008: la France perd en Autriche (l'autre pays du non-football) sur le score pas peu insultant de 3-1 ... ohne zusätzliche Kommentaren ...
- 11 octobre 2008: Gourcuff sauve la tête de Raymond "Monsieur Soleil", égalisant d'une frappe magistrale des 25 mètres après un début de match cataclysmique
- 12 octobre 2008: le Conseil maintient Raymond la non-Science à son poste de sélectionneur de mes deux
- ??? 2009: la FFF lance la chose ci-dessus aux yeux de citoyens bleusards hébétés, médusés, pétrifiés, décontenancés, troués par derrière et scotchés par devant (ondes négatives de la grosse cathode complice obligent)
Comment ne pas souhaiter un nouveau faux-pas de l'équipe à Guignol et une dégringolade finale, après "ça"? Encore que la chose serait salutaire si elle nous épargnait l'entrevue profonde d'un Thuram à lunettes qui rendent intelligent avec son maître à panser les plaies Nelson Mandela ...
Je ne vois qu'une explication plausible à cette campagne de pub tristement tragique: la FFF est manipulée par des clowns tueurs venus d'ailleurs, dans le but à peine secret de détruire l'image du football français sur notre planète Terre ... pas mieux. Une piqûre de rappel à l'ordre, histoire de prendre conscience du danger rampant qui menace notre football national:
("Les Clowns Tueurs Venus d'Ailleurs (VO: "Killers Klowns from Outer Space"): réjouissant film d'horreur comique sur les bords de 1988, soit dit en passant pour qui cultive la clownophobie et croit avoir reconnu un ancien membre des XTC avec le batteur des Dickies; cf. un ancien billet de ce blog et son clip "Making Plans for Nigel", pour rappel)
"Allez, la France"? Mais où? Le festival du rire est à Montréal, pas à Johannesburg. Pour info.
L'avantage de la France est que "chez elle y a tout ce qu'il faut: outils, et matériaux": la Fé-dé-ration (par temps de pénurie) aura donc tout loisir de se le carrer bien profond après nous l'avoir mis dans l'os public.
Exception culturelle, quand tu nous tiens (ça peut faire mal par où que ça passe) ...
F&H
Publié le 29/01/2009 à 12:00 par schangels
La citation est à la mode, par les temps qui courent. A défaut de temps ou d'inspiration, autant faire avec celle des autres ...
Ed Hifiant a un fils "spirituel": comment s'appelle-t-il?
Jugez-en par la nature de ses propos, dignes de Murielle Hoquent ...
Qui a dit:
"Il est frappant de constater que, en France, les veuves vivent plus longtemps que leur mari."
Indice, chez vous: cousin des papinades
Rien d'inventé ici, rien que de l'authentiquement vrai. Et tant pis pour son auteur, plutôt habitué du genre par la faiblesse de la tâche qiu l'incombait tristement au point de plier l'échine jusqu'à plus sol.
A la décharge de l'accusé ... pardon, de l'auteur: sans doute entendait-il par sa formule ubuesque qu'il y a plus de veuves en France que de veufs. La faute fatale à son utilisation du pronom possessif "leur", qui laisse entendre que les maris en question sont toujours les maris desdites veuves. Difficile de vivre plus longtemps que leur femme, par le fait ...
En d'autres termes et pour mieux couper les tiffes en 4²: soit V la relation de veuvage, et soit a et b les individus qui satisfont cette relation: une femme (génétiquement parlant) et un homme (peu importe lequel), ou une femme (maritalement parlant) et son mari (donc pas n'importe lequel)?
Pas clair.
Les ambiguïtés courantes de notre langue ont sans doute fait en sorte que le triste auteur voulût dire par V(a,b) que l'individu a est plus souvent une femme qu'un homme, mais sans pour autant que a soit la femme de b. Lorsque a est dans la relation V de veuvage par rapport à b, l'idée charitable serait que a est plus souvent un individu femelle qu'un individu mâle lorsque la relation V est vérifiée sur le modèle du territoire français. En termes formels, cela signifie que V(
f(b),b) est plus souvent vérifiée dans le modèle français que V(
g(a),a) (où
f(b) et
g(a) sont des fonctions qui décrivent la "femme de b" et le "mari de a").
Tout le monde suit, ou je recommence depuis le début?
Moralité: le ridicule de la formule vient selon moi de son apparence sombrement truismatique(!): "les veufs (indépendamment de leur sexe) vivent plus longtemps que leur conjoint" est une proposition logiquement vraie, car les veufs ne seraient pas tels dans le cas contraire. Soit > la relation de plus grande longévité; alors >(V(b),b)) correspond plus ou moins au sens prêté naturellement à la formule évidemment vraie ci-dessus. D'où le ridicule de sortie, qui n'est pas loin d'avoir tué son auteur et a atteint en tout cas sa réputation publique à défaut de son physique privé.
Mais nuance sensible il y a entre (1) V(
f(b),b) et (2) >(V(b),b). Que peut vouloir dire l'auteur, ici? Peut-être pas (2), ne serait-ce que pour le sauver du ridicule. Plutôt (1), qui signifie que les veufs sont plus souvent des femmes que des hommes. Formule maladroite, quoi qu'il en soit et dont le problème vient une fois encore de l'usage du possessif. Dire que "les veufs sont plus souvent des femmes que des hommes" serait bien moins choquant et plus raisonnable de la part de l'accusé de maladresse verbale ...
"Charité bien ordonnée commence par soi-même", comme dirait l'autre moins soucieux de caricaturer ses adversaires que de balayer devant sa propre porte logique. A moins que l'auteur ne soit simplement débile et croit sincèrement que l'expression >(V(a),a) puisse être fausse. Impensable pour un QI même médiocre ...
Tout ça pour dire enfin et une fois pour toutes que les mots ont tout intérêt à être choisis avec précaution lorsqu'ils peuvent être sujets à caution. Très chère, celle-ci, au point de faire dans l'absurde involontaire.
Mieux vaut terminer par de l'absurde bien volontaire, celui-là, digne du baron Otto Derisoir: celui des Bloodhound Gang et leur réjouissant "Uhn Tiss" sur fond de sample bien feutré à souhait:
(Grimace d'anthologie au compteur 1:27)
Groupe fortement recommandé pour les amateurs du genre absurde et pas moins rythmé. Hm-hm-hm, baby. Ti-gili-gili-di-di ...
F&H
Publié le 08/01/2009 à 12:00 par schangels
Le dernier billet déposé laisse peu de ... doute quand au nombre ahurissant des réponses et autres sortes de commentaires qui le consécutent de plein fouet ... une foultitude de silence assourdissant peu étonnant, à vrai dire, lorsque l'on observe à la fois le thème abordé et la façon peu digeste de le présenter. Digestion difficile d'après-sacro-saints festoiements paillards oblige, peut-être ... mais j'en doute, et la boucle sera bouclée.
Une petite citation qui va bien sera plus à même de secouer le cocotier gelé, par les temps qui courent au ralenti verglaçant. La fée électricité a beau être sous la menace d'une surconsommation d'énergie doublée d'une menace post-spoutnik anti-ukrainienne, rien n'empêchera mes chers consommateurs dispendieux de chauffer leur clavier pour répondre à la question suivante.
Qui a dit:
"Les hommes qui savent n'agissent pas; les hommes qui agissent sont ceux qui ne savent pas"
Indice, chez vous: vieille Branche (mais pas trop)
D'une logique impeccable soucieuse de respecter la contraposition, cette formule revient à dire que l'on se soumet d'autant mieux à l'ordre des choses que l'on connaît cet ordre. A supposer qu'il existe, ou que le culte de l'action ne soit qu'une vaine débauche d'énergie tout juste bonne à oublier le laborieux quotidien qui traîne sa carcasse. Youpi, c'est donc la fête ... Reste bien sûr la solution libératrice du culte de l'action pour l'action, à défaut d'en trouver une raison qui vaille. Le poète choisit l'art pour l'art, et le hooligan l'action pour l'action. Même combat? Presque!
Une formule de fataliste, voire de pessimiste ou de vieux conservateur peu enclin à secouer la jeunesse enragée vers des lendemains meilleurs, en tout cas.
Peu importe la valeur de la formule: pas de jugements de valeurs sur ce blog, ou si peu qu'ils sont tout juste inconscients ...
... une autre question à votre adresse, chers lecteurs pas peu dispendieux d'interaction réciproque:
Que dire alors des hommes qui ne savent pas?
Réponse
a: qu'ils agissent
Réponse
b: qu'ils agissent, ou qu'ils n'agissent pas
Réponse
c: qu'ils n'agissent pas
Réponse
d: qu'ils agissent et qu'ils n'agissent pas
Il n'y a qu'une seule bonne réponse, pour information.
Résolution du jour (qui ne dure qu'un jour): peu importe la raison d'agir, tant qu'il y a le mouvement.
Pour la bonne peine, ci-joint un mouvement bien rythmé et facile à assimiler quant à la structure interne du refrain. Du binaire, donc du bon made in ... Stephan Eicher! Incroyable style coldwave venant de sa part, mais c'est pourtant de cette mouvance du début des années 80 que l'ami suisse d'en face a su tirer son épingle du jeu au sein de son premier groupe. Grauzone, ou la zone grise qui résume bien l'esprit d'une génération à l'humeur grisâtre (en compagnie de son petit frère Martin). Pour le plus grand bonheur de nos oreilles et par l'effet de cet éternel paradoxe, si bien formulé par Cioran le jeune vieux: "les pessimistes trouvent du bonheur dans leur malheur".
Il y a ma foi bien loin de son "Eisbär" ici présent (traduction littérale: ours des glaces = ours polaire, voire ours blanc) aux actuelles soupes impersonnelles de sa reconversion variétale. Par les temps froids et ultrapolarisés qui courent donc au ralenti sur fond de crise énergetique anti-ukrainienne, un peu d'exercice électro-industriel ne peut pas faire de mal. "Bewegung, na ja!!!"
J'attends (sage comme l'image ci-dessus) les deux réponses aux deux questions, si tant est qu'il faille le rappeler à ceux dont l'esprit alerte aura permis d'éviter jusqu'à ces lignes un quelconque endormissement subit sur le clavier et sous l'effet de mon écriture soporifique. Point, à la ligne.
D'avance, merci.
"Bonne année?" Si vous le dites ...
F&H
Publié le 31/12/2008 à 12:00 par schangels
Autant se mettre sur son 31 et faire selon la coutume lancinante du jour: le discours présidentiel. Sans président à l'appui, mais avec les guillemets de rigueur:
"Mes chers compatriotes,
Le dernier problème philosophique déposé dans les entrailles de ce blog remonte au 23 janvier 2008 ... mais alors, diantre, pourquoi tant de vide artificiel autour de billets trop pleins de ronchonnements, de coups de gueule poussifs et de contradictions fumeuses? Un an passé à courir après des ombres déformées; presque une éternité, à l'échelle d'un bloggeur nouveau-né. Relançons la machine avant de mourir jeune.
En ces temps de disette rampante où le prix moyen de la sardine à l'huile nargue sans vergogne celui du sans plomb 98, je pose la baluchon et suggère de cogiter sur un point on ne peut plus général: pourquoi?
Pourquoi ce blog? Pourquoi tant de haine? Pourquoi faut-il ripailler pour fêter le nouveau jour d'un premier calendrier d'une nouvelle année pas piquée des hannetons et qui en promet quelques vertes et beaucoup de pas mûres (de source probable)? Pourquoi débiter autant de conneries aussi verbeuses lorsque l'inspiration se fait rare et que le verbe colle au bitume gluant de la prolixité futile? Et bla, et bla, et bla-bla ...
En un mot (qui vous ferait gagner du temps, mais j'insiste pour la forme): je
doute.
Avant que vous n'en veniez à roter le fromage qui suit la langoustine et précède la bûche pas finie de Noël qui encombre le frigo depuis une semaine, je vous demande donc de vous arrêter et vous gratter le goitre naissant quelques secondes durant. Pour vous poser avec moi cette question et tenter d'y trouver une issue, à supposer que ce soit là le véritable enjeu de la spéculation bloggeuse: qu'est-ce que le doute?
J'ai ma petite idée formelle sur la question, qui me pousse à aller plus loin dans la question et en trouver une plus juteuse. Que voici:
Problème philosophique n°8:
Peut-on douter que l'on doute?
Pour les amateurs de plaisirs solitaires: arrêtez votre lecture ici et commencez votre propre méditation sans plus attendre. Sans hésiter à les soumettre par commentaires interposés, pour les plus inspirés ou les moins constipés du clavier ...
Pour les autres: je poursuis.
Quelques indices ou références officielles, pour donner un aperçu de la difficulté et un échelonnement des forces en présence:
- Descartes dirait "non", par la grâce d'un fameux doute universel qui se prend lui-même comme objet de doute et conduit à affirmer sa propre existence. Le cogito n'est pas loin, que le philosophe-armurier de La Flèche utilisera comme arme de doute méthodique destinée à reconstruire l'intégralité des connaissances humaines sur la base d'un jugement supposé indubitable: je doute, donc je pense; je pense, donc je suis. Soit.
- Pyrrhon aurait dit "oui", moins connu que son illustre précédent qui le suit dans le temps mais pourtant initiateur d'un courant philosophique très connu, pour sa part: le
scepticisme. La relation de son maître Anaxarque avec Alexandre le Grand conduisit Pyrrhon jusqu'aux confins de l'Inde, où sa rencontre avec les gymnosophistes le marqua semble-t-il quant à l'idée de détachement vis-à-vis des contingences matérielles. D'où l'influence de l'attitude nihiliste des philosophes orientaux sur l'ascétisme de notre Pyrrhon "national", au point de le faire nier jusqu'à sa propre ignorance des choses du monde derrière leurs apparences potentiellement trompeuses.
La balance pencherait plutôt côté cartésien, d'autant qu'il paraît difficile de douter de ses propres doutes lorsqu'un moindre effort d'introspection nous met au clair au sujet de nos propres états d'esprit. A la décharge de Pyrrhon, douter d'un doute pourrait signifier que nos raisons de douter ne sont peut-être pas toujours si fiables qu'il paraît tout d'abord: nous pouvons ne pas être certains d'être dans un état de doute, auquel cas nous ne pouvons pas certifier être dans un état de doute. Donc nous pouvons douter d'être dans le doute ...
C'est ici qu'une petite analyse logique de derrière les fagots pourrait contribuer à une clarification des débats. Ceci en deux étapes:
-une définition claire du concept de doute, par le biais d'autres concepts plus élémentaires;
-une reformulation de la question posée ici, dans les termes clarifiés obtenus par la définition ci-dessus.
Un article est en gestation sur cette question: "Quelle(s) logique(s) du doute?", dont le but est de répondre à la question posée et d'explorer davantage les différentes tendances sinueuses du scepticisme antique. Avec les quelques résultats suivants:
1. Nous ne pouvons pas douter que l'on doute, contrairement à la position radicale de Pyrrhon. Mais pour une raison qui n'est pas celle de Descartes et ne consiste pas à supposer l'existence d'un doute universel. Pour faire vite, le doute du doute s'annule en affirmation, de même que la négation de la négation s'annule en affirmation dans la logique classique. Et pourtant, ne peut-on pas voir dans le doute de Pyrrhon une forme de négation semblable à la négation non-classique des intuitionnistes? Si ... mais alors, comment maintenir que le doute s'auto-annule s'il ne correspond pas à la négation classique, d'autant que la négation intuitionniste ne s'annule pas de la sorte (n'est pas une "fonction involutive")? Un beau foutoir analytique que l'article veut arranger ...
2. Il existe une différence caractéristique entre le Pyrrhonisme et la Nouvelle Académie d'Arcésilas: les premiers n'affirment rien, pas même le fait qu'ils n'affirment rien, tandis que les seconds affirment que rien n'est affirmable. La distinction historique est à confirmer, chose difficile puisque les textes antiques montrent plus de divergences et de contradictions internes que de consensus au sein des écoles sceptiques.
(Tant pis: le rôle du schématisme logique est de schématiser, alors schématisons)
L'auto-annulation du doute (suggérée dans la section 1 ci-dessus) fonctionne pour la version néo-académicienne du scepticisme, mais pas pour sa version radicale tendance Pyrrhon: "douter que l'on doute" met en présence deux actes de doute distincts, tandis qu'il s'agit d'un doute portant sur lui-même pour les adeptes du scepticisme radical.
Traduction: Pyrrhon est plus coriace qu'Arcésilas, et la version française de ma question philosophique n°8 a mal posé les termes de l'enjeu: il ne s'agit pas tant de se demander s'il est possible de douter
que l'on doute; il s'agit bien plus de se demander si un doute particulier peut-être
lui-même mis en doute. Version
english du problème: "can doubt be doubted?"
3. Le pyrrhonisme doit faire face à une forme de paradoxe logique que la Nouvelle Académie évite par le biais de son scepticisme plus modéré. Ce paradoxe correspond à un dérivé du Paradoxe du Menteur et de sa version sémantique de Russell; syntaxiquement parlant, le concept de doute est un opérateur unaire chez les sceptiques modérés (Néo-Académiciens), alors qu'il est un prédicat sémantique chez les Pyrrhoniens.
4. Le paradoxe trouve sa réponse ailleurs que dans une reconstruction logique du concept de doute: il s'agit de voir dans le pyrrhonisme une attitude philosophique qui interdit toute saturation du discours et laisse toujours la porte ouverte à la possibilité de nier chaque dernier jugement prononcé. Rien n'est affirmable car telle est la condition morale du bonheur délivré des questions philosophiques sans réponses. le pyrrhonisme répond ainsi à l'incohérence logique par l'
aphasie morale: la logique recherche ce que le sage doit éviter pour atteindre la quiétude de l'esprit, à savoir la fondation du jugement vrai.
5. D'autres analogies permettent d'y voir plus clair sur les notions de croyance et de vérité dans plusieurs écoles de pensée antiques, parmi lesquelles le scepticisme mais aussi le "relativisme" et ses avatars orientaux. Les cas du scepticisme de Sanjaya, mais aussi la position opposée de la doctrine relative de la vérité chez les Jaïnistes présentent des caractérisations incompatibles de la vérité et de la croyance. Croire une chose et sa négation (relativisme), ou bien ne croire ni une chose ni sa négation (scepticisme) s'opposent certes dans les termes mais reviennent au même du point de vue de l'action. Ou plutôt de l'inaction, si la croyance fonde l'action et suppose une prise de décision que le non-dogmatisme de ces courants philosophiques rendent compliquée ... pour faire vite: "tout croire ou ne rien croire, c'est bonnet blanc et blanc bonnet".
La quête du sens sceptique et relativiste se situe entre ces bornes extrêmes du dicible que sont l'incomplétude totale (rien n'est vrai) et l'inconsistance (tout est vrai).
L'objectif commun des sceptiques et des relativistes, que j'oserais associer au courant très mal défini de l'éclectisme? Lâcher du lest, c'est-à-dire assouplir les conditions de sens posées drastiquement par les philosophies rattachées au
dogmatisme (Platon, Aristote).
6. On retrouve ce même débat du sens et de ses limites au sein de la logique moderne, notamment dans l'opposition entre les logiques classiques et non-classiques. La raison de l'opposition: le principe de
bivalence. Dogmatisme = classicité, et non-dogmatisme = non-classicité? Trop symétrique pour être historiquement vrai, mais l'idée est là. On retrouve également l'idée d'absence de preuve d'impossibilité derrière le scepticisme de Pyrrhon, où le rejet d'une contre-preuve n'implique surtout pas l'affirmation d'une preuve correspondante. "Peut-on démontrer qu'il est impossible de démontrer la consistance d'un système arithmétique?" se demanda Gödel en 1930-1. Sa réponse positive fait de lui un lointain descendant des réflexions sceptiques, mais elle fait surtout de lui un successeur d'Arcésilas et non de Pyrrhon. "Il est possible de prouver qu'il est impossible de prouver la consistance de l'arithématique de Peano", dixit Gödel. Donc Gödel affirmait cette impossibilité et n'en doutait point, au final. De la nécessité à la prouvabilité, en passant par une traduction du problème en termes d'opérateurs modaux ... le lien entre scepticisme antique et logique modale est établi via la traduction intermédiaire de Gödel. Ainsi:
Le concept de croyance relativiste correspond à la notion modale de possibilité, tandis qu'il équivaut à la nécessité pour les sceptiques. Et puisque rien ne peut être présenté comme nécessaire, d'un point de vue pyrrhonien, rien ne peut être considéré comme vrai. A l'inverse, pour les relativistes, la vérité est relative au contexte dans lequel un jugement est évalué, donc elle est possible et varie d'un cas à un autre. Nous ne parlons visiblement pas des mêmes conditions d'attribution de croyance dans ces deux attitudes philosophiques.
En d'autres termes, modaux ceux-là, le concept de croyance trouve ses propriétés logiques qui dans la logique S4 de Gödel, qui dans la logique S5 de Jaskowski. En d'autres termes encore: des structures bien connues des logiciens se retrouvent plus ou moins (plutôt plus, faut-il espérer pour les philosophes formels) derrière ces discours vieux de deux millénaires et plus, et la logique modale permet d'y voir plus clair dans l'usage de ces concepts courants porteurs d'ambiguïtés doctrinales.
Les résultats tirés de cet article de philosophie formelle (en préparation) suppose une sémantique formelle capable de formaliser le doute et d'expliquer ses relations logiques avec d'autres concepts de base tels que la croyance. Croyance, certitude, connaissance, doute ... un imbroglio conceptuel que les logiques philosophiques ont pour tache de démêler. La preuve ici même, si possible.
Tout ceci, mes chers compatriotes, pour en arriver à cette conclusion ultime de l'année 2008: les problèmes philosophiques en appellent d'autres et rappellent souvent des solutions déjà vues pour des questions pas encore abordées. Car le bout du tunnel n'est peut-être pas loin ... comme dit l'autre comique désormais amateur de foie gras publicitaire.
En un mot: je peux douter, mais je doute qu'il me soit possible de douter de mon propre doute.
Derniers détails, avant un décompte dont je me tamponne le coquillage avec une gravité presque insolente: notez bien que la première seconde du Nouvel An en durera deux, pour une singulière raison de détournements atmosphériques justifiés par les spécialistes du temps atomique. Vérifiez, c'est du sérieux. Ou doutez-en, ce qui fera ton sur ton.
Pour la touche musicale: rien de mieux qu'une dynamique rythmique binaire et bon enfant de l'ancienne miss longiligne de Feu le groupe de pop molle ... No
Doubt. Ca ne s'invente pas, mais ça s'écoute volontiers:
Vive la République, et vive la France."
F&H
Publié le 26/12/2008 à 12:00 par schangels
Une gueule d'ange dans un cimetière pour mortels ...
Noël et ses promesses, déjà passées d'un jour ou d'une nuit ... peu importe, tant qu'il reste des Johnny Depp pour remplir nos têtes desséchées de rêve grandeur nature et policées par le temps qui ronge et qui passe, aussi.
Un ange qui passe, aux ailes de plomb. Comme pour mieux se rappeler ce qu'il doit oublier pour s'oublier et quitter le sol terrestre.
Nos rêves sont à la hauteur de ce que l'on en fait. Encore faut-il oser monter tout là-haut, regagner la hauteur de nos espoirs d'enfant et assumer le bois sec qui travaille en-dedans et fait de nous ces petits grands.
Et Johnny, tout ce temps-là? Quand l'un se couvre se honte derrière des lunettes très tendance, l'autre court après son ombre dans son monde imaginaire. N'est pas poète qui veut; dédicace au premier, Johnny le bouffi-bouffon. Passons ... rêvons.
Monsieur Paradis court après les pirates pour sauver le Petit Peter de sa solitude de futur orphelin, avant de courir comme bête fauve au vent pourchassée par des traqueurs avinés et un Robert Mitchum sur sa fin.
Et monsieur Paradis blesse de ses lames acérées jusqu'à en pleurer à plus pouvoir corroder, qui termine une soirée déjantée par une goutte de mescaline sur sa langue de junkee en fin de parcours psychédélique.
Et monsieur Paradis ne monte jamais le ton, qui rêve tout haut des histoires d'enfant dégrossi à culottes longues comme son inspiration d'acteur hors-norme. Et le Paradis s'entoure de Burton et Iggy pour affirmer tout en douceur des histoires d'un ailleurs qui n'a rien de naïf. Comme un son saturé qui se perd dans la brume et la poussière du grand Ouest sauvage et cruel. Car la vie n'a rien de rose, mais nous laisse bien quelque répit pour souffler et rêvasser. Avec l'ami Young, qui porte si bien son nom par temps de cynisme raisonnant:
Toute folie des grandeurs ne finit pas estampillée Walt Disney Company façon guimauve Bisounours bourrée de condescendance larvée en fin de paraphe; ou pas toujours. Monsieur Depp nous rappelle à cette heureuse réalité qui s'ignore. Que le sang cache des reflets sublimes et la poussière des paysages à explorer. Car il faut bien de l'esprit pour savoir en perdre; car il faut bien de la hauteur d'esprit pour oser tomber de haut. Car il faut bien de la conviction pour tourner parmi les petits indépendants et les marginaux aux yeux d'argent.
Neverland,
Dead Man,
Edward aux Mains d'Argent,
Cry Baby ... la vie n'a pas de quoi faire rêver? Alors faisons en sorte qu'il en soit autrement ... par voie orale ou par celle des muses.
Noël n'est ni plus joyeux que triste, Noël se raconte dans nos têtes et monsieur Depp sait y faire en la matière. Noël est pour les grandes personnes qui n'oublient pas ce qu'ils perdent à devoir l'oublier. Monsieur Depp a une gueule d'ange, qui pourrait si bien en profiter. Monsieur Depp ne joue pas les colosses, qui rêve tout haut à en crever des oreillers d'autres rêveurs plus proches de par chez nous.
Monsieur Depp fait pleurer, monsieur Depp fait hurler et sursauter. Monsieur Depp nous fait vivre.
Un bon, très joyeux Noël à vous, monsieur Depp. Pour qui la vie a les couleurs qu'on veut bien lui donner.
"Je ne veux pas grandir, padre ..."
"Mais qui te l'a demandé?"
Merci à celui qui suce ses bâtons de tabac noir avant d'en aspirer le contenu mortel. "Qui a dit que je ne l'étais pas?" Fume, Johnny, fume. Nous te regardons en silence, admiratifs. 'sieur Johnny. Un ange passe ...
F&H
Publié le 21/12/2008 à 12:00 par schangels
A l'heure où les soi-disant "comités de vigilance" suscitent bien plus de castrations pathétiques que de saillies drôlatiques, posons-nous toujours et encore une question qui tue plus qu'on ne veut bien le dire:
Peut-on rire de tout? Une version plus prosaïque mais plus parlante donnerait l'autre question suivante: faut-il voir le mal partout?
Grande et belle question, souvent posée mais jamais répondue; trop grande sans doute pour qu'on puisse assumer d'ailleurs la
conséquence de sa réponse affirmative. Un simple exemple d'hier après-midi me fait dire que jamais plus un sketch de Desproges ne pourrait être accepté sur nos lucarnes très policées, et ce dans les deux sens du terme; Il n'y a bien que le renom et la gloriole posthume de Feu Roger pour défendre encore sa personne face à des paroles que bien peu sauraient accepter aujourd'hui.
Un exemple? Desproges sur Himmler: connu pour ses services de gardien de camps de vacance en Allemagne, avant de partr profiter quelque temps de l'air pur de la Hollande ... "car, après tout, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin".
No comment, vous direz-vous au fond de vous. Glissez donc ces paroles dans la bouche d'un Le Pen, et vous obtenez l'ire collective d'associations anti-racistes prêtes à condamner pour de bon le gros méchant borgne pour son ironie complice. A raison? Pas à tort, en tout cas. Mais allons plus loin, je vous prie.
Je n'abrutirai pas "mon" auditoire à coups de tryptique qui tache, du genre: locutoire-illocutoire-perlocutoire, mais il s'agit pourtant bien de cela. La censure infligée à certains propos reposent plus ou moins sur un conflit ambigu entre l'intention d'un locuteur (effet illocutoire d'un acte de discours) et l'effet produit sur l'auditoire (effet perlocutoire). Le problème: savoir si cet effet était voulu ou non par le locuteur. A croire toutefois que ce problème n'en est plus un et que, de nos jours, la politique de censure consiste à condamner selon l'effet perlocutoire seul et indépendamment des intentions préalables. Autant prévenir plutôt que guérir, car des bonnes intentions l'enfer en est pavé. Voilà pour le plaidoyer en faveur de la censure, lequel n'est pas non plus si insensé que cela si l'on part du principe qu'il n'y a jamais de fumée sans feu.
Le sens d'un énoncé dépend-il de l'intention signifiante du locuteur? Question froide et insipide, certes et pardon d'emblée pour le frisson glauque; mais c'est cette question que d'aucuns (autre locution glauque et toute molle pour consorts mal intentionnés de la rhétorique impuissante) feraient bien de se poser et poser plus souvent lorsqu'il s'agit de distribuer les sentences aux compte-flaques.
Ma réponse personnelle, en attendant les vôtres: oui, la signification d'un énoncé dépend du locuteur dans la mesure où elle repose sur les conséquences attendues d'une parole et son effet sur l'auditoire. En d'autres termes bien pragmatistes (dédicace à Charles Sanders Peirce, en passant), la signification n'est pas tant dans le mot lui-même que dans ce que le locuteur attend de ces mots prononcés par la suite. Une parole à but destructeur, belliqueux ou pervers, et la sentence prend son sens à bras le corps pour la mater sous forme de censure.
Reste à distribuer ces sentences en bonne et due forme: on ne pouvait pas reprocher à Desproges d'être antisémite, lui qui ne cessa de jouer sur la corde sensible d'une mauvaise conscience nationale au passé indigeste à tête de Janus, avant d'inverser la donne et transformer sa mauvaise conscience en posture de coupable collectif
ad vitam eternam. Ou presque. Traduction: si même l'intention du locuteur ne suffit pas pour admettre une parole bien sentie mais mal perçue par certains auditeurs susceptibles d'en être blessés, où commence et où s'arrête la censure. Un terme trop lourd de préjugés péjoratifs pour mériter sa place ici, cela dit; parlons plutôt de "correction publique", au sens où une parole publique est soumise à l'appréciation de l'établissement public qui les diffuse (télé et radio incluses). Où s'arrête et où commence la responsabilité privée des paroles d'une personne, et pourquoi telle parole doit prendre en compte l'ensemble des réactions possibles d'une communauté de locuteurs avant d'être autorisée? Certains passe-droits riment à l'inverse avec d'autres pisse-vinaigres transformés en bourreaux médiatiques ou numériques, pour le coup; un minimum d'à-propos ou de modération dans le goût du sang séché devrait ramener à la raison et limiter quelque peu les mauvaise intentions prêtées à certains comiques en quête d'inspection de nos travers ou tabous inaperçus. Mieux vaut parfois choquer par les mots avant de déraper par les actes, n'est-il pas? Une "bonne" insulte grasse et douteuse vaut parfois mieux pour soulager les rancoeurs personnelles et éviter ce fameux passage à l'acte que telle loi Gayssot prétendait éliminer par un polissage des consciences et un flicage des paroles. Freud n'en disait pas moins, lorsqu'il voyait dans les pensées meurtrières un moyen naturel de défouler des pulsions douteuses. Mais "j'ai pas tout lu Freud", non plus ...
La lettre avant l'esprit? A l'image de nos quinze dernières années publiques, marquées par le sceau de la mauvaise conscience et de la peur de froisser.
Mais le problème n'est pas encore résolu: les conséquences d'une parole sont-elles déterminées par le locuteur, ou par l'auditeur? Pour faire bref et synthétique, la signification d'un énoncé peut être vue d'au moins quatre façons mêlées:
- apect locutoire: la signification d'une formule (mot, énoncé, expression, etc.) est fixée par le langage public, elle est la même pour tous;
- aspect illocutoire 1: il faut savoir lire entre les lignes, et la signification d'une formule dépend parfois des sous-entendus introduits par un contexte de discours;
- aspect illocutoire 2 (le retour): non seulement il faut lire entre les lignes, mais il faut savoir deviner l'intention du locuteur parmi plusieurs envisageables;
- aspect perlocutoire: la signification d'une formule dépend de sa réception par les interlocuteurs, quelle que soit l'intention initiale du locuteur.
La censure silencieuse qui police notre opinion publique depuis quelque quinzaine d'années semble imposer à l'insu des autres la quatrième position: loin de laisser la responsabilité des paroles à son auteur et de laisser le jugement des formules lourdes de sens (= de conséquences, sous-entendus ou "implicatures", dixit les disciples du linguiste Grice) à l'appréciation de spectateurs adultes et responsables, elle décide ce qu'il faut dire ou ne pas dire pour le plus grand "bien" de tous. Entendez par là: selon ce qui garantit au mieux la concorde sociale. "D'aucuns" appelleraient cela du "paternalisme", mais n'est pas responsable qui veut ou peut. Bon sang, mais c'est bien sûr ...
C'est là que le bât blesse, aussi et toutefois: à croire que cette fameuse opinion publique, mallaxée par je-ne-sais quel martinet invisible collé au-dessus de nos fessiers, reçoit ses permissions de railler ou provoquer par des voies qui dépassent nos entendements de simples auditeurs béats devant leurs écrans déjecteurs d'images permanentes. Ceci sera acceptable, cela ne le sera pas; telle personne aura le droit de dire cela, telle autre pas. Et pour quelle(s) raison(s), au juste? Allez savoir (injonction de fortune).
Autre et dernier exemple frappant, qui m'a valu une crise de rire fou prolongé mais a bien moins fait rire d'autres collègues plus marqués par le prétendu amalgame en question que par le décalage des mots et des actes. Le coupable? Les Nuls. Mobile du crime? Un sketch intitulé "Prince Pédé, le héros du goûter", où la confusion s'installe "sournoisement" ou "dangereusement" entre les notions de pédérastie et de pédophilie. Les images, d'abord:
Vos impressions, ensuite. J'ai donné les miennes, ainsi que d'autres internautes dont vous pourrez apprécier les avis partagés sur la partie Commentaires de l'écran. Faut-il reprocher aux Nuls d'avoir assimilé pédérastie et pédophilie? Je le crois d'autant moins que Bruno Carrette était pédé ... pardon, homosexuel. Que ces notions puissent porter avec elles des connotations scientifiques issues d'une époque où la valse à circuit fermé était passible de prison pour déchéance morale, personne ne le contestera. Mais que chaque parole soit disséquée au point que l'on prête à Chabat & Cie des intentions malheureuses, je dis qu'il ne faut pas pousser mémé dans les orties à quatorze heures. Que reproche-t-on au juste à ce sketch: qu'il fasse un amalgame blessant pour une "communauté" minoritaire et victime de préjugés persistants que la censure publique a pour tâche de corriger via la censure? Réponse qui me paraît aussi disproportionnée que mal intentionnée en retour: comme si chaque mot employé devait prendre en compte l'ensemble des réactions possibles, indépendamment des intentions du locuteur seul. Un peu d'esprit et moins d'esprit de la lettre ne ferait peut-être pas de mal à cette majorité et laisserait respirer quelque peu une sacro-sainte "opinion publique" dont on se demande bien ce qui l'a piquée pour la rendre aussi sensible au moindre couac et irresponsable au moindre pet de travers.
Les Nuls, promoteurs des "casseurs de pédés"? Et vos soeurs, elles battent les beurs? Oups, parole mal intentionnée dépendante de ma volonté et qui pourrait choquer la communauté maghrébine de France ... les communautés: autre source d'aliénation qu'il s'agirait de casser pour de bon, pour le coup. Et mort aux vaches (si ça ne les blesse pas trop, non plus quand même)
F&H
Publié le 14/12/2008 à 12:00 par schangels
Petite parenthèse côté ballon rond, parmi tant d'autres mais qui a le mérite de distiller quelques grammes de douceur dans un monde de bourrins.
Qui a dit:
"Arriver dans la surface de réparation sans tirer au but, c'est comme danser avec sa soeur"
Indice: E.P.(D.)O.
Autant dire que l'intéressé ressentait une sacrée frustration à chaque occasion avortée.
Pour agrémenter ce court instant de vérité des surfaces de réparation, finissons par un coup de coeur sur un groupe de punk rock irlandais made in Boston. Une ambiance très "british" dans ce qui suit, qui rappelle l'ambiance surchauffée des enceintes de Old Trafford ou Anfield Road. Et pourtant: le groupe verdoyant voue un culte à leur équipe de ... base-ball locale des Red Sox de Boston. Cornemuse + riffs déchaînés = prise aux tripes garantie. Ambiance avec "For Boston" (2001), en l'honneur de leurs très chers.
Curieuse atmosphère prolétaire pour des supporters de base-ball, tout de même: est-ce là le type de chant que l'on est en droit d'attendre à l'intérieur des stades yankees? Impossible pour moi de répondre à ce possible faux-problème puisque je ne comprends strictement rien aux règles et à l'engouement suscités par ce sport de bases (au pluriel, pour précision).
Curieux appellation de groupe pour un groupe de supporters de la petite balle ... et du petit palet, puisque les bons boys soutiennent aussi l'équipe de hockey sur glace des Bruins de Boston. Et pour cause: "dropkick" signifie "donner un coup de pied tombé" et désigne le type de shoot typique des sports de rugby. Occidental ou australien, même combat pour un tir que les footeux qualifieraient de demi-volée (shooter le ballon dès qu'il touche le sol).
Honneur aux informateurs: merci Wikipédia, création semi-divine des temps modernes et quoi qu'on dise sur le problème de recoupement des sources.
Dernier détail: pour les amateurs du film "Les Infiltrés" (de Martin Scorcese, 2006: avec entre autres Jack Nicholson, Leonardo di Caprio, Matt Damon et Mark Wahlberg), la musique d'intro aux accents pure Irish est signée des mêmes Dropkick Murphys. Le titre: "Im shipping up to Boston".
Un choix on ne peut plus judicieux pour un film porté sur la pègre irlandaise de Boston.
"Let's-go-Mur-phys.. clap, clap, clap-clap-clap". Du lourd, du bon, du chaud, le tout sur fond de trèfles parfumés à l'Irish coffee. J'achète, et vous?
F&H
Publié le 18/11/2008 à 12:00 par schangels
Qui a dit que la qualité d'un jeu vidéo est proportionnelle à la précision de son graphisme? Pas moi, en tout cas. Honneur aux gros pixels qui tachent, dans ce qui suit.
Au commencement était le bit, unité binaire de type 1-0 et génératrice de l'informatique; le mathématicien de génie Alan Turing l'avait imaginé tout d'abord par un simple jeu récursif de signes poinçonnés sur des bobines et dans un but très sérieux: celui de décrypter les messages codés de sous-marins allemands en pleine Seconde Guerre mondiale ... puis vinrent les années 70 et la tétrade des premières consoles de jeux vidéo, aussi discrètes qu'une cabine téléphonique dans la poche d"un garçonnet en culotte courte ... suivirent au milieu des années 80 les 8 bits révolutionnaires et le graphisme plus finement grainé de la compagnie japonaise Nintendo ... avant que les années 90 ne bouleversent ce joli monde de vides-et-autistes en puissance et nous fassent presque oublier l'existence du pixel.
Le pixel, cette unité élémentaire de chaque image vidéo et que les vieilles consoles américaines ne surent nous dissimuler: Atari 2600, Spectrum, Commodore 64 et autres Amstrad 1664 monochrome ... une histoire d'avant-guerre numérique mais qui sentait diablement l'excitation bon enfant de quelques synapses crâmées au-dessus d'un défoulement de "joysticks" plus qu'échaudés. Et blablabla: hymne à la bit génération bombardée de pixels géants et autres barbarismes informatiques fumeux mais dont les souvenirs des soirs de Noël sont gravés pour longtemps dans certaines mémoires pas toujours vives.
Ils le sont aussi et surtout chez de jeunes artistes créatifs originaires de Vevey:
NotSoNoisy, dont un projet artistique nommé
Game Over a eu pour but de reproduire des scènes de jeux vidéos anthologique à échelle humaine. Un résultat d'autant plus prodigieux qu'il suffisait d'y penser pour le faire ... ou presque, car la simplicité est sans nul doute la plus difficile des productions.
Fin des longs discours et début des réjouissances: voici les 4 jeux reproduits par ces petits génies en herbe grasse de cette Suisse au cortex dynamique. Pour de plus amples informations sur ce groupe d'artistes urbanophiles, tapes "notsonoisy" ou rendez-vous sur You Tube. Le nom du chef à la mèche: Guillaume Reymond.
Dans l'ordre d'apparition.
Tetris, du désormais célèbre Alexei Pazhitnov et d'autant plus lorsque l'on sait que les brevets de sa création divine lui sont passés sous le nez avant même qu'il puisse en profiter d'une once. Pazhitnov et Kalachnikov: même combat. Savourez le travail d'orfèvre:
Vous pouvez retrouver ce film sur le billet d'un "blogmaster" fraternel: tapez "Météluneté1staltwa" (tout un programme, au sens propre du terme).
Deuxième chef d'oeuvre en puissance: le bon vieux
Space Invaders. Rien n'a été oublié, pas même la "musique" lancinante mais terriblement efficace ou les explosions de vaisseaux traduits sous forme de dédoublement furtif des personnages. Et j'en passe d'autres détails remarquables, faute de temps et de place pour ce faire:
Troisième gourmandise pour les yeux:
Pong. Le plus vieux des jeux vidéos qui soit à ma connaissance et qui n'a pas demandé autant d'efforts côté garde-robe des acteurs. Sinon un joli travail dans les trajectoires diagonales. Plus rudimentaire, donc, mais un final aussi propre qu'un caniveau suisse:
Quatrième et dernière offrande, et pas des moindres:
Pole Position, un jeu quelque peu moins connu que ses prédecesseurs mais dont la cerise sur le gâteau vient du jeu des éclairages pour les courses nocturnes. C'est beau, c'est précis, c'est vivant, c'est binaire ... c'est maintenant:
Fin des réjouissances, mais d'autres productions sont en cours. Probable que d'autres classiques à gros pixels géométriques viendront étoffer cette liste déjà admirable. Ou comment créer avec des moyens et des résultats on ne peut plus intelligibles. En voilà un art contemporain que je comprends d'emblée et dont je peux admirer sans freindre le mérite du travail de fond.
Quand la nostalgie des pouces défoncés à coups de clics maniaques rencontre le constructivisme binaire d'un groupe d'artistes façon INRC (avis aux amateurs de la logique opératoire de Piaget, qui comprendront la dédicace admirative) ... je m'incline bien bas et remercie encore "notre" ami public numéro 1 Guillaume pour ces quelques minutes d'évasion binaire.
Binaire, oui, mais jamais simpliste. Simple, et c'est bien autre chose.
Je pressens un
Arkadoïd de dessous les fagots pour le prochain épisode du projet Game Over ...
Un mot: respect. Et vive la Suisse libre!!!
F&H