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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
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Blog Loisirs
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25.12.2007
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Ils sont venus chialer sur les tombes

Publié le 11/11/2008 à 12:00 par schangels
Ils sont venus chialer sur les tombes
Anecdote croustifondante, pour commencer: avant que l'UMP ne soit retenu comme appellation officielle du parti majoritaire, un député subtil avait eu l'idée profonde de trouver quelque nom plus fédérateur dans le style du parti espagnol d'Aznar. La proposition d'alors? Le "Parti Populaire Français", ou PPF. Les adorateurs de Jacques Doriot apprécieront le geste intellectuel, s'il y a ... ceci pour en venir à une opposition classique et on ne peut plus usitée entre raison et passion, instruction et éruction, analyse et dialyse ...

Armistice du 11 novembre. Comme un vieux souvenir enfoui au plus profond de ma jeunesse meusienne, lorsque l'ossuaire de Douaumont transperçait le toit d'une forêt lunaire et s'imposait dans le paysage de ma fenêtre de garçonnet. Comme une période morbide où l'odeur de rance s'échappait des citadelles et des forts retranchés du secteur. Comme une vague idée de la mort au sein d'une jeunesse pleine de vie. Beau comme du bon pain, certes ... mais le temps vient où la madeleine doit retourner sans son armoire et la raison prendre le pas sur l'émotion de gosse pétri d'impressions immédiates. A croire que notre président a la nostalgie facile; d'autant plus lorsqu'il s'agit de tirer les poils du cul pour susciter la valse des pleurnichards.

Le 11 novembre 2008: morne plaine de Douaumont, garnie de hauts-fonctionnaires au Kleenex facile et couronnée d'une allocution officielle par un président spécialiste du consensus utile. Chirac qui embrasse des crânes de gardien vainqueurs; Sarkozy qui embrasse la croupe de gardiens du temple vaincus. Simple nuance dans les termes.
Le discours: un hommage au courage et à l'humanité des poilus. Qui le contestera? Un souvenir d'une guerre monstrueuse où les gaillards explosaient sous les obus comme des fourmis sous la semelle d'un gamin aux jeux mortifères. Qui le contestera? Personne, et c'est là que le bât devrait nous blesser. Un message n'a de sens que lorsqu'il suscite l'accord des uns et le rejet des autres. Un message synonyme d'accord unanime est un truisme dépourvu de sens. Théorie de l'information vs. théorie de la conservation du pouvoir. Ou l'art de restreindre le premier objet pour conforter la second.
Qui reviendra en ce jour sur les origines de la guerre, fait peu glorieux de nations en constante rivalité et dont l'objectif des alliances fut d'en découdre une fois pour toutes. Empires dynastiques versus démocraties qui parlementent: joli décor de fond pour une issue tragique de l'Europe en déclin. Le début de la fin pour un continent trop gourmand. Le clou du chapeau, la cerise sur le gâteau? L'explication à odeur de croûte d'un commentateur de mes deux prétextant de la barbarie organisée et du processus d'habituation à la guerre totale afin de justifier la transition suivante vers la seconde guerre mondiale. Comme si rien d'autre que l'habitude du pire avait installé Hitler et consorts au pouvoir des nations vaincues ...

Mais qui a porté le nazisme au sommet d'une Allemagne exsangue, sinon la germanophobie démesurée d'un Clémenceau aujourd'hui porté au pinacle par une clique de laïcards fils de rad-socs et dont le sens du souvenir pétrifié manifeste une souplesse d'esprit digne de la biroute d'un vieillard paralytique? Clémenceau, ou le fameux "Père la Victoire" dont le souci constant fut de faire payer la défaite des voisins du dessus au prix le plus fort ... Clémenceau, ou le fossoyeur de l'idée européenne dont le chauvinisme exacerbé a suscité ce sentiment de vengeance au sein d'un peuple que le glorieux passé ne pouvait pas laisser insensible. Une grande nation ne peut pas ne pas avoir sa fierté; au vieux moustachu plein d'éloquence le tort bien assumé et impuni d'avoir poussé le bouchon du diktat trop loin et attisé des braises qu'un Briand ou un Stresemann tentèrent d'éteindre à leur façon de parlementaires dépassionnants ...

Quel message laisser aux enfants d'aujourd'hui? Point d'analyse historique, pas d'explication des fautes du passé; un simple amont de pleurnicheries dégoulinantes ou souffrance et commisération l'emportent par KO technique sur diagnostic et raison. On gémit, les yeux graves et les sourcils plissés comme la synapse peu usitée d'une Nadine Morano au garde-à vous. Et ça coule, et ça s'émeut (qui rime avec "meuh", notez bien), et ça re-lève les yeux au ciel ... et ça chiale sur des tombes de victimes d'une folie collective dont on se garde bien de revenir aux sources. Chirac, Sarkozy: même combat liquéfiant au nom d'une concorde facile et sans compromission, faute de compromis à établir entre des nez coulants.
J'irai bien chier sur vos futures tombes de hauts dignitaires pleins de bons sentiments les jours de commémorations à valeur aussi pathétique que stratégique ... le 11 novembre, ou un second show à la Guy Mocquet où bondieuseries écrasent tout sur des passages pour bigots improvisés. Processus simpliste et réducteur que de s'apitoyer sur une jambe gangrénée lorsque le remède se fit attendre, en vain ... entre processus simpliste et procession de simplets, seules quelques lettres séparent la pathologie navrée du pathos navrant. Voici pour le lyrisme de bon aloi, encore que ...
Et voilà que Sarkozy nous aura donc déjecté à nouveau une de ses purées lacrymales dont il a décidément le secret. Oh rien d'un billet anti-UMP; un gentil Delanoë en eût fait tout autant une affaire de jérémiades à l'eau rosâtre.

Le 11 novembre? Rien de tel qu'une commémoration consensuelle pour relancer le mythe de la concorde parfaite au sein d'une Nation dont on sait si bien oublier les méfaits d'autrefois. Je me souviens de "mon" ossuaire, par-delà ma fenêtre de gamin bouffé d'émotion par ces images surréalistes de champs lunaires travaillés par le canon de 15, ou de 12. Peu importe la taille, tant qu'il y a l'effet. Je me souviens de "mes" images de poilu, lorsque la guerre me paraissait une juste cause au nom d'un territoire à défendre comme la prunelle de "nos" yeux de citoyens modèles. Je me souviendrai de ce 11 novembre 2008, où l'émotion calculée d'un consensus béat rimait presque avec mes naïves croyances d'enfant inculte. Cultivons le souvenir, cultivons le mythe, cultivons la déférence ... foutue déférence qui rime trop bien avec indifférence pour ne pas être relevé par-delà les jeux d'émotions faciles. Ou l'art de noyer les raisons profondes dans les détails diffus. "Paul-Henri a 16 ans, qui nous parle avec émotion de son arrière-grand-père mort au front". Et sa soeur? Nos fronts à nous feraient bien de plisser davantage que de pleurer sur le souvenir de l'autre à tous.
Entre une pleureuse sicilienne lamentée devant le corps du défunt et le docteur attaché à expliquer la mort, je choisis le docteur. Traduction: entre les effets et la cause, je choisis la cause et me rappelle de cette phrase liminaire d'un historien anglais dont le nom ne me reviendra pas à l'esprit: "l'Histoire permet de connaître le passé pour mieux comprendre le présent". Injonction de fortune: allez comprendre! A condition de s'en donner les moyens et de ne pas remplacer nos pages de dictionnaire par des feuilles de mouchoir.

Télécratie, pathocratie, doxocratie ... peu importe le nom, tant qu'il y a les effets.
Une parole de Feu mon grand-père lorrain (ni français, ni allemand), pour en finir avec ces conneries sacramentales à valeur bassement politicarde: "pleurez bien, vous pisserez moins". Sûr que nos hauts-fonctionnaires ne seront pas tracassés par des problèmes de vessie, pour l'occasion.
Répétez après moi: Hil-fer-ding. Oublions cela, tout comme le reste.
J'irai enrober vos tombes de papier-cul Moltonel, quitte à chier dessus. Une besogne à double emploi, tout comme les commémorations à double intérêt. On est peu de choses. Ce 11 novembre est en la n-ième preuve.
Et quitte à jouer les homéopathes, ultime leçon d'éloquence pour qui sait si bien faire voter les morts:

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Les êtres que l'on n'oublie pas sont immortels. Avouez que le principe aurait l'avantage de faire des économies à un Etat pas trop en forme. Génération bling-bling et snif-snif, sans doute. Tant qu'il y a du coeur, il y a de l'espoir. Beau comme un album périmé de Lara Fabian, ce principe du coeur-éponge instauré à titre de "valeur" humaniste par un chef d'Etat en transe anti-rock and rollmops. Le Pic de la Mirandole et Erasme s'en retourneraient dans leurs tombes sur lesquelles aucune défécation ne viendra jamais se poser. Honneur à eux, les humanistes aux yeux secs.


F&H

"Voilà", point: enfer ...

Publié le 14/10/2008 à 12:00 par schangels
"Voilà", point: enfer ...
... et damnation pour cette maudite expression qui finira par dérober le grade de suffixe à force d'être éructée en masse du matin au soir, du tréfonds de nos chaumières jusqu'au trou sans fond des médias.
Qui n'a pas constaté sciemment ou pas que plus personne ne sait terminer une phrase sans dégueuler cet omniprésent "voilà" en point d'orgue? "C'est-à-dire que ... voilà", "Je crois que bon, c'est clair, voilà". A croire que la contagion de l'amnésie footballistique (= oublier que la langue française existe) a touché l'intégralité de la population francophone.

Autrefois, c'était le minimaliste "quoi" en point d'orgue désaccordé;
Hier, c'était le "tu sais", comme pour demander l'accréditation de l'interlocuteur sans se fouler;
Aujourd'hui? C'est donc cet annihilant et aliénant "voilà", dont l'effet inconscient est de prétendre à la vérité du discours sans rien justifier et se contenter d'une finition en eau de boudin sur fond d'affirmation péremptoire à deux sous trois quarts.

Foutue manie qui se répand comme l'huile sur le bitume ultra-sec. Foutue solution de facilité qui conduit à sacrifier le fond à l'informe, la méthode au piètre résultat, la raison à l'impatience. Au pays des fumistes, le bougon n'est pas roi.
Les mots deviendraient-ils inutiles au point d'être remplacés par une ambiance de fausse concorde oratoire? Simple constat de mauvaise d'humeur avant un France-Tunisie ou une douzaine d'apparatchiks regarderont Ben Arfa & Cie de l'oeil gauche tout en lorgnant sur "Desperate Housewives" via l'oeil droit. Avec une reconduction très intéressée de Raymond le Sourcilleux en point de mire sans couleurs ... inutile match amical pétri de faux amis, aussi inutile que cette satanée expression lobotomisante qui sert de prétexte à ce billet. Voilà, quoi ... genre "je dis rien mais tu me comprends, donc je kiffe notre race à mort".
Inutile de se justifier, tant qu'il y aura des fainéants du bulbe pour agréer sans se forcer? Sans doute. Un moindre mal, celui de profiter de l'occasion pour lâcher cette perle du Depeche Mode nouvelle vague: très électro-rock feutré et aussi sombre que la traversée poudreuse du chanteur durant ses années de doute. Un bien fou pour nos tympans vibrants que ce très utile "Useless" de la bande à Gahan, pour les adeptes de masculinité glamour et désabusée:

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"Voilà"? Ni dit, ni à dire.
Et voilà comment réveiller un blog mourrant le temps d'un coup de gueule. Vous avez dit "perfusion"?


F&H

Message on the Bottle

Publié le 19/09/2008 à 12:00 par schangels
Message on the Bottle
Quand les chercheurs trouvent ... une bonne raison d'arroser leurs trouvailles sans aucune retenue, en pleine cohérence avec leurs résultats décapants.

Une nouvelle anodine est passée aujourd'hui sur les ondes hertziennes françaises, entre une nouvelle pas neuve sur les élections yankees et une neuve nouvelle pas fraîche sur les déboires du gouvernement Rollex. Rien d'essentiel, contrairement à ces recherches fondamentales où la connaissance humaine avance à pas de fourmi. Mais à pas tout de même, loin des soubresauts où l'opinion publique réclame des réponses de suite et à peu de frais.
La nouvelle neuve? Un résultat détonnant de chercheurs grenoblois, concernant la relation non-causale entre alcoolémie et comportement alcoolémique. En quelques mots: la violence supposée "causée" par l'accumulation de substances osées (entendez: chargées de molécules d'ose) ne serait pas tant due à la réaction physiologique qu'à une réaction psychosomatique de l'individu pas toujours beurré, loin s'en faut.
Le lien en ligne: http://www.grenoble-universites.fr/1220363116466/0/fiche___actualite/&RH=

Explication: après un test effectué sur deux groupes de cobayes loin d'en souffrir, le principe des chercheurs consistait à faire ingurgiter deux boissons distinctes à l'insu des consommateurs.

Etape 1
Pour le groupe 1, du soda dont le goût normalement sucré était masqué par un parfum de whishy. Les chercheurs informent les agents du groupe 1 que leur boisson est du whisky, donc ces agents dupés croient à tort être emplis de whisky.
Pour le groupe 2, du whisky dont le goût normalement amer était masqué par un parfum de soda. Les chercheurs informent les agents du groupe 2 que leur boisson est du soda, donc ces agents dupés croient à tort être emplis de whisky.

Etape 2
Après plusieurs consommations répétées dans les mêmes conditions initiales ("ceteris paribus", comme le veut toute expérimentation scientifique qui se respecte), un énergumène s'introduit dans les groupes pour insulter ses membres, avec pour réaction attendue que les plus beurrés soient les plus échaudés.
Résultat? Inverse à celui attendu par les disciples matérialistes de l'alcoolémie strictement physiologique: la violence s'est produite du côté des agents 1, c'est-à-dire ceux qui croient à tort être emplis de whisky. Rien du côté des vrais consommateurs de whisky, et l'on assiste même à des cas de vomissement du côté des ingurgitateurs de petits bulles qui piquent sans alcool.

Conclusion scientifique, ou interprétation des faits?
Le cerveau tient un rôle essentiel dans le comportement des individus, que ce soit dans les sorties en boîte et lors des repas collectifs entre bandes de potes pas toujours adeptes de méditation transcendantale ...
Précaution d'usage, à l'intention de tous les coupeurs de cheveux invisibles en 4 exposant n (où n > 1) soucieux de casser l'ambiance: il ne s'agit pas de prétendre ici que tout alcool mauvais est indépendant de la consommation d'alcool ingurgitée au préalable; pas plus qu'il ne s'agit de prétendre que les vérités générales doivent être prises pour des cas de vérité universelle. "Il y a aussi des poissons volants", certes, "mais qui ne constituent pas la majorité du genre" ... voila qui devait être dit, afin d'insister sur le caractère simplement empirique et donc inductif ou falsifiable du résultat de nos fiers grenoblois. Traduction: crotte-zut-flûte aux pisse-vinaigre ou grincheux parés à objecter pour leur seul et médiocre compte, pour faire court.

Celui qui croit être saoûl a un comportement plus (question de propension, encore une fois) typique encore du bituré que l'arraché de service qui ne pense pas l'être, pour le dire en termes croisés. Autant dire aussi que si Y résulte de X, celui qui pense être X satisfait parfois Y mieux que celui qui est X mais croit ne pas l'être ... autant de reformulations inépuisables pour insister sur le rôle de la pensée (des croyances) dans le corps de l'agent qui pense. Ou ne pense pas, car l'agent réagit d'autant moins qu'il pense, d'après les résultats ci-dessus où l'alcool méchant peut exister même sans alcool.
Moralité? Le comportement des sorties de boîte tient plus souvent à un effet de désinhibition de l'agent enfin libéré de ses contraintes sociales quotidiennes, témoins ces gigantesques beuveries japonaises ou finlandaises le plus souvent pratiquées comme un rituel de dépressurisation à l'odeur de vomi. Et ce qui est vrai du trader maladif l'est tout autant de l'adolescent mélancolique. Mais contrairement à ces consommations préméditées d'alcool pur et dur, le CNRS semble nous prouver que les propriétés enivrantes de l'alcool ne sont pas essentielles au comportement violent, délirant ou simplement "anormal" du fêtard qui s'honore.
On en sort grandi? A condition que l'interprétation ci-dessus de l'expérimentation soit fiable à long terme; qu'aucun des agents du groupe 1 n'ait une propension personnelle à la violence, faute de quoi les liquides considérés n'auraient que peu de rapport avec les conclusions "imposées" ... faisons confiance aux expérimentateurs, dont le financement du travail a forcément satisfait par avance ce genre de précautions de principe.

La science avance, pour sûr ... depuis les recherches les plus abstraites jusqu'aux cas de figure les plus concrets. L'ivresse, phénomène psycho-somatique et comportement culturel synonyme de désinhibition légale destinée à libérer l'agent de son rôle prédéfini au sein d'un groupe social? Sans aucun doute, ou si peu. Les radars et autres moyens de réprimande policière ne se calmeront pas pour autant ni ne changeront la politique de sécurité routière générale, cela va de soi. Violent ou pas violent, la vitesse de réaction du conducteur beurré n'est évidemment pas en cause dans ce test révélateur des mystérieux glissements de terrain entre l'inné et l'acquis, la nature et la culture, le feu et la glace ... dans le whisky ou le Ricard, cela va de soi.

Instant d'ivresse spéculative dans ce monde où la recherche cherche plus qu'elle ne trouve ... à quand la preuve que les éléphants roses sont plus couramment perçus chez les zoophiles? Ou que le delirium tremens n'est pas tant le fait de ce que l'on boit que de celui qui boit?
La science, ou l'art de convaincre ceux qui ne demandent qu'à l'être. La musique, ou l'art de libérer ceux qui ne demandent qu'à s'évader. Comme quoi le message serait davantage sur l'étiquette que dans la bouteille? Qu'importe le flacon, tant qu'il y a l'ivresse ... vérité confirmée à double dose. Retour aux années 70, au nom de la dive bouteille:

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Sapere aude!!! (traduction matérialiste du criticisme kantien: "Prosit!")


F&H

N'en jetez plus?

Publié le 06/09/2008 à 12:00 par schangels
N'en jetez plus?
Des souvenirs amers sont revenus à la surface, en ce soir funèbre du football français où les coqs avinés ont su perdre contre une équipe classée 101e au classement FIFA ... depuis belle lurette que l'équipe de France n'avait pas connu telle infamie lors d'un match officiel. Souvenirs de l'après-mondial 86, lorsque la France n'avait pas su renouveler son effectif avant d'entrer dans une traversée du désert longue de quelques six années. Minimum, selon que l'on estime la campagne éliminatoire de 1992 comme le début du recommencement ou que l'on rappelle le désastre Kostadinov de 1994 comme un rappel au désordre national. Peu importe: qu'il doit être dur ce samedi soir bien noir pour tout petit supporter pré-adolescent attaché aux résultats de ses Bleus comme à la prunelle de ses yeux. Empathie complice à quelque vingtaine d'années d'intervalle, alors que j'assistais médusé à une défaite honteuse 2-0 contre la Norvège en 1987 puis à un 1-1 pitoyable contre Chypre en 1988 (lequel vaudra le limogeage du sélectionneur d'alors Henri Michel). Epoque cauchemardesque, donc, et que la France a le don de rappeler à l'ordre en bonne équipe latine (donc irrégulière) qu'elle est. Comme quoi la victoire prestigieuse d'une génération ne suffit pas à pérenniser l'affaire commune. On dit que les enfants ont le don de gâcher le patrimoins des anciens. Dont acte, hier soir? Le début potentiel d'une descente en enfer très possible ... mais que fait Johnny, sinon Grand Corps Malade?

Prise en sandwich entre le Congo et l'Albanie dans cette hiérarchie mondiale, la très quelconque sélection autrichienne a profité des donations généreuses de son adversaire d'un soir pour battre une équipe sacrée championne du globe il y a encore 10 ans à peine. Pour qui aurait besoin de souvenir si jamais la France avait perdu son souci de commémorer le meilleur et d'évacuer le pire. Ce n'est pas le cas. Il serait temps. Explication rapide d'un naufrage pitoyable contre des Germains pourtant pas brillants.
Une incroyable série de cagades dans la défense centrale ont mis l'équipe autrichienne sur orbite, dans une rencontre pourtant promise par une moindre logique et un moindre esprit sain ... glorieuse incertitude du sport. Deux premiers buts, deux offrandes suite à des centres-tirs pourtant si habituels à ce niveau et des boulettes d'une charnière centrale où Mexès et Sagna n'ont cessé de se marcher sur les pieds. Difficile de croire que les rôles soient si peu distribués par avance à ce niveau de compétition. On en apprend tous les jours, donc. "On" fut si peu de choses face à des simili-Teutons pourtant bien quelconques. Excellent Aufhauser en milieu de terrain, dixit le lécheur de boules d'Arsène mister Jean-Michel La(r)qué?! Je me marre, vraiment, quand la médiocrité des uns laisse entrevoir des qualités insoupçonnées chez les autres. Rire jaune, très jaune. Une attaque maladroite dans laquelle Benzema a joué en solitaire ombrageux dans un rôle de sprinteur sans orientation; un Henry dont les caresses de balle et le jeu axial n'a jamais su prendre le bloc adverse en défaut. Pas de lien entre les rideaux, sinon sur l'aile gauche où quelques ruées de Sagna et Benzema auraient pu percer. Un bon quart d'heure, que dis-je: une moins mauvaise période où la France a simplement imposé l'évidence si criante: qu'un jeu de pressing minimal sur des adversaire sans technique suffirait à peser sur le dernier rideau autrichien et à faire mouche tôt ou tard. Plutôt tard, mais juste assez tôt pour donner à Mexès le rôle du vilain canard boîteux de la soirée: un ceinturage inexplicable dans la surface sur un enième coup de pied arrête, dont on peut encore se demander le véritable intérêt et qui a donné à l'Autriche le luxe de se payer un troisième but sur un troisième plateau d'or massif façon époque impériale des grands jours.
Domenech, dans tout ça? Ne tirons pas sur les ambulances, vu le prix du pétrole et l'état du pot d'échappement ... mais tout de même: prétendre avoir quelques "impressions" à la fin du match et attendre de revoir les images pour parler en bonne et due forme ... gueule et langue, même combat, celui du bois. Profil bas par temps sombre, le sourcilleux va sans doute raser les murs de la honte. Rien à dire de plus. Sinon qu'on en apprend tous les jours, que les surprises n'en finissent pas de tomber dans le monde du sport des bleus et que va tant la cruche à l'eau qu'à la fin elle se noie. Cherchez la cruche. A quand une demande en divorce en direct, en attendant le mariage du loser? "Ce n'est jamais que du football", diront-ils en temps de pénurie comme pour atténuer le sourire amusé des pays alentours. On en apprend tous les jours ... nous dirent autrefois les Korgis dans un morceau d'anthologie bourré de tendresse mélancolique. Un peu de baume au coeur dans cette soirée qui frise le ridicule. Les Korgis et le mémorable "Everybody's got to learn sometime":

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Tu l'as dit, Korgi. Mais si bien et avec tant de finesse dans le jeu du piano et des synthétiseurs. Un peu de douceur dans ce monde de dupes ... il est temps d'enterrer d'anciens souvenirs triomphants et de la jouer profil bas, n'est-il pas? Dix ans, déjà, que la mascarade chiraquienne avait battu son plein par temps de récupération politique alors bien utile. La nuit porte conseil, Raymond. Qui rime avec démission, ou presque. "Change your heart - look around you" ...


F&H

Pensées calcaires

Publié le 19/08/2008 à 12:00 par schangels
Pensées calcaires
Rien à dire, ou si peu. Pour la forme, ou à titre statistique. Loin des riches informations disponibles du côté de la voisine bloggeuse de Nice, Métélunété1staltwa. Détour conseillé du côté de son portail, pour le coup.

Rien de bien précis à consigner depuis un bon bout de temps, ici-bas. Et pour cause(s): enfermement systématique au pays des abstractions logiques, en vue d'un futur Congrès de Philosophie Analytique à Cracovie. Pas étonnant si le manque d'air ambiant, la grisaillerie ambiante de mon triste ciel lorrain actuel et le doute sur des considérations inactuelles n'aident pas à l'inspiration vertueuse ... et bla bla, et couche-toi là pendant qu'une formule me traverse une synapse ...
Voila une petite pensée qui mérite bien sa place sur ce blog, bien qu'elle n'ait pas de paternité précise et ne soit que le produit injustement anecdotique d'un dialogue drôlatique d'une excellente série comique version Clinique en Délire: "Scrubs".
La formule, donc, sous une version plus généraliste:

Le comble de la femme contrariante: simuler le non-orgasme.

Idée on ne peut plus pénétrante, c'est le mot, qui a le mérite de surprendre en évoquant une situation absurde parce que conceptuellement impossible. Parole de sexe masculin, cela dit ... me trompé-je, et serait-il possible de commettre un non-acte?
Pas mieux pour l'instant, faute d'air pur renouvelé dans les narines et de temps suffisant pour consacrer le temps à autre chose que l'exposé de vendredi après-midi.
Direction la Pologne et Cracovie, donc: "ECAP6", nom anglophone du 6e Congrès Européen de Philosophie Analytique pour les amateurs ou curieux du genre. Une histoire d'oppositions logiques, de comparaison avec la notion de conséquence et de problème sur la signification de la "négation paraconsistante". Pas d'ombrelle sur un verre à cocktail pour ma pomme, donc; juste un mug rempli de café noirissime, une tripotée de cogitations embuées et quelques conférences de Michel Onfray délivrées tous les soirs de la semaine à 19h sur France Culture (ou "France Cu'", pour tous les pouêt-pouêts intimes qui se masturbent l'intellect passif devant leur miroir intérieur d'égoteries insignifiantes). Max Stirner sur la planche depuis hier soir, pour qui s'intéresse aux contre-philosophes libertariens. Pour le moins. Mon petit plaisir du soir: le bruit des déglutitions répétées d'Onfray dans son micro de conférencier. A chacun ses manies zarbis.

Un peu de musique, pour confirmer l'ambiance robotique actuelle. "Prototype", de Rex the Dog:

Vidéo Youtube



Mais aussi et surtout: hommage sincère à Feu l'ex-Audioslave de groupe, je veux dire Soundgarden et son "4th of July" lourdement métallique. Mais toujours avec cette pointe de voix rock qui laisse un soupçon d'optimisme à l'ensemble:

Vidéo Youtube



Tout pour aujourd'hui. Et pour demain, aussi, et les autres jours à venir.
Paroles de non-simulateur aux idées calcaires. C'est grave, docteur? Une petite calgonite passagère, ça passera ...
Pozdrawiam.


F&H

En bivalence ...

Publié le 30/07/2008 à 12:00 par schangels
En bivalence ...
Photo: Johnny le Wombat, alias "Johnny la Classe (non-vide)"

... la logique classique est reine, dit-on.
Privilège de principe et par définition, le tout couronné par une quasi-unanimité de départ. "Quasi", seulement; car je m'insurge (roulements de tambour mentaux)! En vérité, je vous le dis: le lien presque nécessaire établi entre le principe de bivalence et la logique classique procède selon ma pomme d'une mauvaise définition de départ. Qu'est-ce à dire, et pourquoi se triturer les neurones en plein été sur dees abstractions aussi fades? Explication pour les curieux, pas encore endormis sur leur clavier au stade de cette ligne ...

Puisque mes affaires actuelles tournent autour de la "n-valuation": une théorie formelle de la signification où le sens d'une formule réside dans la réponse qu'elle donne à une question directe (de type oui/non), autant insister sur la chose et lâcher quelques projets d'avenir proche sur l'écran. Dont celui-ci, prétexte à une future soumission d'article pour périodiques susceptibles d'admettre le mode du dialogue ...
A vous de dire si le contenu est potable, voire éclairant.

L'histoire: une discussion sur la bivalence, ce principe de la logique dite "classique" selon lequel toute proposition a une et une seule valeur de vérité parmi le vrai et le faux. La tradition veut que toute formule ni vraie ni fausse ou vraie et fausse à la fois ne soit pas une authentique proposition ... pour des raisons parfois obscures et qui tiennent plus de convictions métaphysiques que de preuves mathématiques.
Pour trancher le problème, trois personnages fictifs personnifient une posture de la sémantique formelle, dont deux avatars issus de la catégorie des non-classicistes et un dernier qui s'en dédit. Traduction: ce dernier n'est pas plus classiciste que non-classiciste en particulier. Le problème de la signification est ailleurs que dans le nombre des valeurs de "vérité" admissibles pour une proposition, selon lui.

Les personnages, donc.
Gappy le Chat (GA): partisan de la paracomplétude et défenseur de l'idée selon laquelle certaines propositions ne sont ni vraies ni fausses.
Particularité: admet que l'on parle pour du beurre sans parler dans le vide pour autant.
Glutty le Chien (GL): partisan de la paraconsistance multivalente à la Priest et défenseur de l'idée selon laquelle certaines propositions peuvent être vraies et fausses à la fois.
Particularité: veut le beurre et l'argent du beurre à la fois.
Johnny le Wombat (J): partisan d'une position exotique mais aussi et surtout syncrétique, en vertu de laquelle une logique peut-être à la fois non-classique et bivalente.
Particularité: prend le beurre, l'argent du beurre et le popotin de la cremière si celle-ci n'y voit pas d'inconvénient.

Précision: la position de Johnny paraît insensée si, comme le veut la coutume sémantique, on entend par logique "classique" tout ensemble de formules bivalentes, i.e. soit vraies soit fausses. Et pourtant, le wombat persiste et signe. Petit détour au pays des abstractions ensemblistes ...


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Un dialogue sur la bivalence


J: Quel est au juste votre problème avec la bivalence?

GA: Ne fais pas ton naïf, Johnny: tu sais très bien que certaines de nos déclarations ne peuvent pas recevoir de valeur de vérité précise.

GL: Tu l'as dit, Gappy: "naïf", c'est le mot qui convient. Il suffit de penser à la Théorie des Ensembles Naïve et l'enseignement fécond que l'on peut en tirer. Le Paradoxe du Menteur le prouve. Songez à l'énoncé qui parle de lui-même: "Cet énoncé n'est pas vrai"; il s'en suit que vous dites quelque chose de vrai et de faux. La véritable question n'est donc pas: "quel est le problème avec la bivalence?", Johnny; c'est plutôt: "quel est le problème avec le dialéthéisme?"

J: Je n'ai pas de problème particulier avec vos logiques, Gappy et Glutty. Mon problème vient plutôt de la façon dont vous les présentez. Je veux dire: votre définition de la bivalence en termes de "valeurs de vérité" ...

GL & GA: Alors quoi?

J: Le fait est que je ne vois pas de raison suffisante pour rejeter la bivalence, quand bien même on admettrait l'une ou l'autre de vos positions "non-classiques".

GA: Quoi? Cette déclaration stupide est aussi insolite que ta frimousse, cher wombat ...

J: C'est le cas, et je maintiens ma position en ce qui concerne la bivalence: celle-ci est encore valable dans une logique non-classique comme les vôtres.

GL: Tu sembles oublier qu'une logique est dite "classique" si et seulement si elle est bivalente. Par conséquent, l'idée d'une logique non-classique bivalente revient à parler de logique non-classique et classique à la fois. Non-sens, même pour quelqu'un comme moi!

J: Bon, contente-toi de répondre à mes questions afin de saisir ce que je veux dire. A commencer par celle-ci: qu'entendez-vous par "bivalence", au juste?

GA: C'est simple. C'est l'idée fausse selon laquelle toute proposition reçoit une et une seule valeur de vérité parmi le vrai et le faux. Je suppose que Glutty sera d'accord avec ma définition.

GL: Je le suis. Pas toi, Johnny?

J: Pas exactement. Je ressens une certaine gêne avec ce que vous appelez une "valeur de vérité". Vous admettez quelque chose comme la théorie de la vérité-correspondance, derrière votre bivalence? Moi pas, et c'est la raison pour laquelle je ne peux pas vous suivre sur ce terrain ...

GA: Mais non, ducon! Les valeurs de vérité n'ont rien à voir avec la théorie de la vérité. Pense à Tarski et à sa conception "neutre" de la sémantique; tu verras que la logique n'a que faire de ce qui rend une proposition vraie et fausse. Il suffit qu'admettre qu'elle l'est, et la logique nous dit alors ce qui s'en ensuit.

J: Très bien. Dis-moi maintenant si j'ai bien compris votre argument: la bivalence concerne les valeurs de vérité, mais indépendamment de la théorie de la vérité que vous soutenez par ailleurs?

GL: C'est ça: les valeurs de vérité concernent la logique, tandis que la théorie de la vérité concerne l'épistémologie. Ne mélange pas les deux, et ton problème avec la bivalence disparaîtra.

J: Je ne pense qu'il sera résolu aussi facilement, pardon. J'ai encore une difficulté avec votre définition de la bivalence en termes de "valeurs de vérité". La prochaine question devrait éclairer quelque peu la situation: entendez-vous par "proposition" la même chose que "énoncé" et "déclaration", ou voyez-vous une différence entre les trois notions?

GA: OK, je vois sur quel bateau tu veux nous embarquer ... par "proposition", je veux simplement parler de la signification de ce que je dis durant une discussion. Aucun délire métaphysique ici, juste une chose dont le contenu est clairement défini et que l'on peut qualifier de vraie ou de fausse ... ou aucun des deux, dans le cas où je serais incapable de donner une réponse significative à la question qui m'est posée ...

GL: ... ou les deux à la fois, j'insiste!

GA: En somme, une proposition est tout simplement le contenu spécifique de ce dont je parle dans le cours d'une discussion.

GL: Et je précise qu'aucune ambiguïté sur le contenu n'est nécessaire pour justifier mon point de vue; une proposition est juste la réponse déclarative donnée à une question concernant une information quelconque.

J: Je vois. Et c'est sur ce point que je ne suis pas d'accord, à vrai dire. Une information est-elle toujours pourvue de sens, ou non?

GL & GA: Bien sûr qu'elle l'est. Comment pourrait-on la comprendre, sinon?

J: C'est juste. Mais si vous répondez par l'affirmative à la question qui suit: "avez-vous une raison de penser que je suis un animal qui parle?", cela veut dire que vous considérez son affirmation comme vraie. C'est exact?

GL: Evidemment! C'est même là un argument de plus en faveur de notre définition de la bivalence en termes de valeurs de vérité, soit dit en passant. Que peux-tu me dire d'autre, maintenant?!

J: Ceci: faites-vous une différence entre "être vrai" et "être considéré comme vrai", ou pas?

GL & GA: Oui.

J: Bien. Mais il arrive parfois que vous ayez un argument pour et contre ce qu'une proposition déclare, n'est-ce pas? Parce que la plupart d'entre nous hésitent avant de donner une réponse catégorique à une question.

GL: Certes. Et alors?

J: Alors la bivalence concerne la valeur qu'une proposition porte avec elle au cours d'une discussion, c'est-à-dire une information. Mais cette information ne concerne pas toujours la "vérité", compte tenu de ce que vous venez de me concéder au sujet de la différence entre "être vrai" et "être tenu pour vrai".

GA: Il suffit de faire la différence entre l'interprétation ontique des valeurs de vérité et leur interprétation épistémique , c'est tout. Quoi d'autre à ton actif?

J: Ne joue pas avec les mots, s'il te plaît. Soit tu réponds "oui" à une question portant sur une certaine information x, soit tu réponds "non". Tu ne fais pas les deux choses à la fois. C'est ça, la bivalence. Tu peux hésiter et trouver une raison à la fois pour x et contre x. C'est ton cas, Glutty. Ou tu peux n'avoir aucune raison que ce soit et répondre "non" aussi bien à la question de savoir si x est fausse qu'à celle de savoir si x est fausse. C'est ton cas, Gappy. Malgré cela, je ne vois aucune raison d'abandonner la bivalence. En un mot: dire soit "oui" soit "non" à propos d'une question n'empêche pas de dire la même chose à deux reprises, que ce soit "oui" ou "non". Voila l'astuce concernant la bivalence.

GL: C'est parce que tu as changé sa définition entre-temps, petit malin!

J: Je n'ai fait que déclarer le nombre de valeurs qu'une proposition peut avoir, c'est-à-dire deux réponses possibles portant sur une information; ces réponses ne sont pas "vrai" et "faux", mais "oui" et "non". Autrement dit, vous ne pouvez pas échapper à la bivalence: quelle que soit la question qui vous est posée, votre réponse ne peut être que "oui" ou "non". Pas les deux à la fois, ni aucune des deux. Je vous en dirai plus en ce qui concerne l'affirmation et la négation, mais ce sera pour une autre fois.

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En bref: l'illusion de symétrie entre les couples de concepts vrai/faux, oui/non et affirmation/négation serait à l'origine des problèmes posés par la notion de bivalence en sémantique formelle. Encore une histoire de trompe l'oeil ou de faux problème qu'une analyse conceptuelle prétend régler à grands coups d'algèbre multivalente.
La pause musicale? Une autre histoire de trompe l'oeil qui vaut le détour et suscite toujours le mien, quoi qu'il en soit: Interpol et son emblématique "Heinrich Manoeuver" du dernier album en date.

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Il serait donc possible de remédier à cette confusion et de défendre la bivalence bec et ongle; à condition de modifier quelques données de départ dans la théorie de la signification. L'objectif: un croisement théorique entre sémantique algébrique, jeux de langage et logique illocutoire. Que les naufragés encore en vie n'hésitent pas à m'écrire pour trouver leur bouée de sauvetage: ce qui se comprend bien s'énonce clairement, donc votre intérêt sera le mien ...
Prochain épisode: un résumé de la prochaine expédition spéculative en Autriche, entre alpages bucoliques et pélerinage en souvenir (bon ou mauvais, qu'importe tant qu'il y a de quoi cogiter) de Wittgenstein.

Longue vie aux wombats ...


F&H

Trompe l'oeil

Publié le 25/07/2008 à 12:00 par schangels
Trompe l'oeil
Au royaume des signes après-coureurs ou déjà-vus, je tiens une bonne place aux pieds du roi ... on a beau dire que les surprises n'étonnent que ceux qui y croient, l'affaire se répète bien souvent depuis la création de ce blog. Explication: énième coïncidence marrante survenue en fin de matinée, tandis que je cherchais encore mes subordonnées complétives pour résumer le semi-périple australien. Puis vient le moment de zapper entre deux navigations, et la découverte réjouissante d'un documentaire signé France 5 sur ... les wombats!!! Peu nombreux sont ceux capables de dire ici-haut (hémisphèriquement parlant) ce que peut être un wombat, du moins je le présume. Rien ne vaut Wikipédia dans ce registre, mais pour faire vite et sans détour: le wombat est issu de la famille des vombatidés ou phaloscomes (du latin phaloscomis, qui signifie "rat à poche"); on compare ce marsupial à une sorte d'ourson local, même si ma découverte en direct live de la bête m'a fait penser davantage au croisement entre un cochon et un hamster ... mais puisque ce billet en est le prétexte, autant commencer par le commencement et revenir aux sources de ce petit périple bien résumé par le terme un tantinet amer de trompe l'oeil. Je m'en expliquerai.
Interlude musical bienvenu, en compagnie d'un groupe local bien nommé: The Wombats, et leur "Let's dance to Joy Division".

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Pas très avisé sur la possible connexion entre le Joy Division nihiliste de Ian Curtis et le nom de ce titre à l'ambiance très fin d'adolescence, dont les "effets spéciaux" rappellent par ailleurs le clip "Novocaine" du très convenu combo germanique Liquido ... mais un ton rafraîchissant d'ensemble qui mélange comme il (me) faut le rythme punk, la basse glamour et la voix délurée du chanteur. Pas dégueulasse donc, sans que l'on s'en relève la nuit pour autant.

Retour au périple australien.
Avec la ville de Melbourne pour destination finale, sur la côte sud du pays-continent, le voyage a duré quelques deux jours si l'on inclut le décalage horaire (+8 heures en direction de l'Est), le relais sympathique via Paris le mardi 9 juillet et un squattage bien utile chez l'ami Simon le Breton (mes remerciements sincères renouvelés). Décollage de Roissy-Charles de Gaulle le lendemain à 12h25, avant une arrivée le lendemain à 05h25 du matin et une escale forcée de 17 heures officielles à Ho Chi Minh Ville. Comme pour ajouter à la léthargie ambiante de ce pays dont l'aéroport jure par sa modernité et ses relais internet omniprésents, la halte vietnamienne a été rallongée de quatre heures suite à un incident technique du berzingue censé nous amener à bon dock (de Melbourne, s'entend). Un poireautage supplémentaire et quelques hurlements d'une indigène hystérique ont sorti quelque peu les touristes blanchâtres (dont j'étais et suis encore) de leur torpeur. Pas un seul dong (monnaie vietnamienne) en poche; juste des restes de papier chinois que les guichetiers m'ont rejeté à la face sans accepter aucune devise du grand frère maoïste ... une chance que la compagnie aérienne ait offert un repas gratuit à tous les touristes de notre trempe, condamnés à errer une journée durant entre deux magasins duty free cependant hors de prix raisonnable. Premier paradoxe avant une conférence consacrée à la paraconsistance et au paradoxe du menteur, entre autres choses du même accabit. Une chance que les nouilles et l'accompagnement de légumes fûssent un régal, en attendant le décollage et les décollements de paupières bétonnées.
Puis le décollage à 2h du matin heure locale, le jeudi 11 juillet, et le passage à l'hémisphère sud le même jour à 15h et quelques. Transition de l'été vers l'hiver, bien rafraîchissante pour un touriste de base habillé en pantacourt (panta, certes, mais tout de même) et que le vent a vite fait de rappeler aux fraîcheurs australes en plein mois de juillet.
Après une transition depuis l'aéroport via la ligne Skybus et ses lumières bleuâtres d'intérieur, moi et mon compère Alessio sommes finalement arrivée en terre promise après un voyage où l'attente cotoyait les repas plastifiés des compagnies aériennes. Manger, dormir ... un rythme lénifiant qui rend con et qu'il fallait interrompre de toute urgence. Le chemin entre la gare d'autobus et l'appartement prit une bonne demi-heure, le temps d'une marche accélérée en coupe transversale du centre ville et qui nous initiait à quelques noms de rue principaux du coin: Victoria street, prénom omniprésent en l'honneur de la vieille Majesté du Commonwealth; Elizabeth street, dans la lignée de la dynastie britannique; La Trobe street, dont il fallut sortir en perpendiculaire pour rejoindre la longue rue de Swanston street et sortir face à Elgin Street en direction du campus où nous attendait une chambre dans le Ormond College. Du nom de l'institution scolaire très british et dont l'ambiance rappelle les séries policières anglaises de type Barnaby: de vieilles pierres, de longs couloirs boisés dont les tableaux des promotions universitaires depuis les années 80 jusqu'à nos jours rappelle le souci bien britannique d'une communauté d'esprit hostile à la moindre attitude égotiste dans ses rangs. Ajouté à la moquette de sol et à l'omniprésence de tableaux ultra-classiques rappelant au souvenir des grands fondateurs ou leaders de l'institution ... l'Angleterre traditionnelle et soucieuse de les préserver dans toute sa splendeur occulaire. Premier trompe l'oeil en puissance: nous sommes en Angleterre en plein pays des kangourous. Pas de différence entre les deux nations, vu de ce point de chute qui fleure fort l'élitisme et l'excellence aussi bien universitaire que sportive. Parlons-en, du sport: un énorme terrain ovale en plein milieu de ce campus fin de race, terrain favori des jeunes Aussies pour le sport number one en Australie: le football, entendez: le football australien, sorte de mélange entre rugby, basket et football où les joueurs se passent le ballon à grands coups de chandelle puis le font rebondir à la façon d'un basketteur avant de shooter entre les deux barres. Pas compris le régime des points engrangés à chaque coup de botte réussi ... mais eu le temps de mater un des matchs de l'équipe locale en plein milieu de Federation Square, un vendredi 18 juillet à la veille de notre retour vers l'Occident. Géographiquement parlant, car Melbourne a tout de l'Angleterre occidentale et n'a rien de dépaysant pour tout serviteur de sa Majesté. Qui a visité Londres aura comme une impression de déjà vu ici-bas, si l'on omet les tours locales et la marque des bières locales (Foster et Victoria Bitter ou VB, notamment). Mais revenons aux débuts de l'escapade et un premier jour en terre australienne: samedi 12 juillet. Au programme: un sommeil prolongé de 17 heures, pour compenser la veille vietnamienne forcée et foutre en l'air une première journée de touriste incapable de récupérer avant de pointer le nez dehors. Lever du lit vers 18 heures puis inscription à la conférence avant un premier exposé à 19 heures. Le sujet: le sens de la paraconsistance et son application en épistémologie, modulo les critères de Quine en vue d'une bonne théorie scientifique matinés de consistance imposée. Pour information et par précaution: la paraconsistance est l'ensemble des logiques dans lesquelles la présence d'une inconsistance au sein de la théorie ne trivialise pas l'ensemble des théorèmes. Traduction: on peut admettre la vérité d'une formule et de sa négation sans admettre tout et n'importe quoi pour autant. Chose évidente pour un non-initié, mais que la logique classique provoque dans la mesure où la moindre contradiction contamine l'ensemble des formules d'une théorie et les rend toutes vraies. Autant dire qu'elle n'apporte plus aucune information probante et utile, ce que les logiques paraconsistantes entendent corriger par un ensemble de modifications intermédiaires. Quelles sont ces modifications, et le prix à payer pour les mettre en oeuvre en vaut-il la chandelle ... telles étaient les questions au nom desquelles je me suis permis ce voyage au bout du monde.

Début des choses sérieuses le dimanche 13 juillet, premier jour dudit 4th World Congress of Paraconsistency. Je retiendrai de l'ensemble des exposés une intervention stimulante du Brésilien Marcelo Coniglio, dont la comparaison entre la négation paraconsistante et les nombres idéaux avait de quoi me rappeler au souvenir du projet nancéien conduit par mon boss actuel Michael Detlefsen. Explication: si la communauté mathématique a fini par admettre l'introduction de nombres non-réels tout d'abord proscrits tels que les nombres négatifs, rationnels, irrationnels, imaginaires et complexes, pourquoi la communauté logique n'en ferait-elle pas de même avec une négation non-classique telle que la négation paraconsistante? Une affaire bien amenée quant à la réflexion conceptuelle qui la sous-tend; pour ne pas dire "philosophique", afin d'éviter la pédanterie qui colle aux basques de ce qualificatif bien trop hautain et honorifique pour l'user sans en abuser. D'autres interventions ont valu mon détour, à l'image des exposés d'Edwin Mares sur la distinction entre conditions de vérité et conditions d'information en logique de la pertinence. Traduction: la logique de la pertinence est l'ensemble des systèmes de logique où les fameux "paradoxes de l'implication matérielle" ne sont pas valides et n'ont donc plus valeur de formules logiquement vraies. S'il ne suffit pas qu'un antécédent soit faux ou qu'un conséquent soit vrai pour que la relation conditionnelle devienne implication (voir mon billet "Consequentia Mi(se)rabilis" pour des détails sur ce sujet), c'est parce que les conditions dont il faut tenir compte ne sont pas des conditions de vérité mais des conditions d'information: telle information en implique une autre, et l'ensemble des informations logiquement liées n'est pas identique à l'ensemble de leurs conditions de vérité. Une autre lecture de la sémantique des conditionnels est donc de mise, avec des présuppositions métaphysiques sur lesquelles le conférencier a insisté dans l'exposé. Sinon? Des coffee-break servis dans une vaste pièce rechauffée par un feu de cheminée sans protection, quitte à enfumer la salle d'une bonne odeur de bois fumé en compagnie d'un brownie et café de circonstance. Quelques discussions de bonne tenue, malgré une compréhension de la langue de Shakespeare d'autant moins sûre d'elle que l'Australien parle plus vite que le British pure souche. Juste quelques mots aux conférenciers-vedettes de l'événement: Graham Priest, Greg Restall, Koji Tanaka, ainsi que le sympathique Ross Brady et sans oublier le comique vétéran Robert Meyer. La casquette vissée sur la tête et la vanne gueularde prononcée dans la plupart des conférences, l'homme est un des auteurs majeurs de l'école relevante (ou pertinente) australienne et n'a pas manqué lors de son exposé de rappeler au souvenir de son défunt collègue Richard Routley (ex-Sylvan). Au milieu des paraconsistants et relevants, les classiques sont mineurs et l'ont joué en sourdine. Hormis peut-être un exposé estimable du résistant classiciste Hartley Slater et porté sur l'existence de perceptions contradictoires selon Priest: il n'y a pas de contradictions proprement dites dans nos perceptions, mais seulement des illusions perceptives. Je reviendrai sur ce cas d'étude dont les philosophes ont de quoi être friands, insistant simplement sur la cohérence notoire de Slater en la matière lorsqu'il s'agit de distinguer ce que l'on voit et ce que l'on croit. Ne croirait-on pas forcément ce que l'on voit? La question est ajournée en vue d'un prochain billet, mais Slater a cela de méritoire qu'il maintit en terrain ennemi une thèse persistante selon laquelle la paraconsistance est aussi douteuse mathématiquement que conceptuellement parlant. Une confusion toujours reprochée de son côté entre contradiction et subcontrariété, du côté des propriétés mathématiques de la négation paraconsistante: affirmer à la fois que 1 (> ou =) 0 et 1 (< ou =) 0 ne donne pas une contradiction vraie, mais une subcontrariété vraie, entre autres choses toujours bonnes à rappeler pour les logiciens friands de fantasmes paranormaux. Côté philosophique: un rejet pur et simple du dialéthéisme, cette tendance radicale de la paraconsistance défendue par Priest et selon laquelle les contradictions vraies existent dans le monde et pas simplement dans nos langages algébriques façonnés par l'esprit humain. Rejet catégorique de Slater sur ce point. Scepticisme radical pour ma part, que ce soit en faveur ou en défaveur du dialéthéisme, sous prétexte qu'il est impossible d'obtenir un moyen de justifier l'existence de faits contradictoires indépendamment d'un langage défini d'emblée. Une vieille marotte de Davidson et sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet, bis.
Quant à mon propre exposé, donné le dernier jour de la conférence (vendredi 18 juillet): pas déçu de son développement, bien plus déçu de l'affluence des spectateurs pour l'occasion. Difficile de convaincre les participants face à la concurrence de l'autre conférencier simultané, Kiji Tanaka. Plus connu que moi (pas difficile, non plus), plus éloquent que moi et armé d'un sujet plus attirant que moi. Le rôle et la nature de la paraconsistance pour sa pomme; la présentation d'un système de logique affirmative paranormal et quadrivalent, pour la mienne. Résultat: moins de dix auditeurs dans ma salle, dont l'aimable ami Alessio amicalement venu en toute amitié. La présence de Greg Restall, de Francesco Paoli (spécialiste de logique substructurelle) et de Marcelo Coniglio ne furent donc pas de trop, et il restera à fructifier les résultats de cet exposé dans un prochain périodique de logique philosophique. Que Dieu m'entende s'il existe. Et pas.

Le final: une table ronde et une réception donnée au sein du collège, toujours loin de la ville et son downtown qui nous tendaient les bras pendant qu'il s'agissait de cogiter sur l'application de systèmes paraconsistants aussi complets et bien définis que possible. Frustrant, pour le moins, d'autant plus que ce Ormond College donnait à la semaine une impression permanente de trompe l'oeil grandiloquent peu en phase avec la réalité du terrain australien. Qui vit dans cette ville, que s'y passe-t-il, que peut-on y entendre, y voir et y boire? Pas beaucoup de temps pour apprécier la réalité d'un terrain bientôt délaissé et sans nul doute pour un bon bout de temps. Pour toujours, peut-être. Moralité: l'école buissonnière remise au goût du jour et une dernière soirée passée loin des conférenciers. Direction le centre-ville, pour une ballade prolongée entre l'heure du goûter et la minuit. Des pieds en sale état pour finir, mais au nom d'une respiration urbaine que j'ai enfin pu découvrir après six jours de cloisonnement universitaire bien naturel malgré tout. La courte pause du mercredi n'avait pas suffi à me donner un aperçu prolongé de Melbourne: un passage sympathique au zoo du coin, le temps d'y faire cette surprenante découverte des wombats et de voir la bête suivre un curieux rituel pendant quelques cinq minutes (je me gratte, je longe et renifle le mur, je fais demi-tour; je me gratte, je ... du pur délire robotique chez cette bestiole hybride); puis une halte par Starbucks en compagnie d'un autre conférencier portugais, Ricardo, dont le père d'origine indienne s'était installé au Mozambique avant de gagner le territoire colonisateur (suite à l'indépendance du pays africain en 1974). Rien de substantiel donc, pour terminer une journée quartier libre terminée par un passage chez un fast-food asiatique où le plat de nouilles remplaçait le kebab de chez nous. Pas possible de s'imprégner du milieu avant d'avoir donné son propre exposé, et d'autant moins que le prix total du séjour n'incitait pas au tourisme lézardant.
Puis vinrent le dernier soir, le rituel du bagage à refermer tant bien que mal et le départ du lendemain à l'aube. Un départ à sept heures du matin, où la fatigue accumulée durant la semaine me donna la bonne idée de ne pas déposer mes clefs de l'appartement à la réception. Un oubli pas gratuit, pour qui veut rendre une affaire oubliée du bout du monde par colis postal ... un retour à la case Skybus, un retour forcé à la case de l'aéroport de Ho Chi Minh et son même restaurant pour touristes-pigeons; un même retour à la case Roissy-Charles de Gaulle, avant de prendre congé d'Alessio et de le laisser aux méditations de sa future conférence. Sujet: une table ronde au festival d'Avignon sur le thème "Plutôt chanteur qu'acteur". Allez comprendre le rapport avec le reste de ses occupations philosophico-logiques ... mais l'artiste eut le privilège de trouver cette pige par canaux interposés afin d'y converser avec Michel Hildalgo. Le Hidalgo, ancien sélectionneur de la grande équipe de France dans ses versions qui tragique du Mundial 82 qui euphorique de l'Euro 84. Evénement en cours, je crois, avant de retrouver Alessio pour un prochain exposé en binôme à Cracovie. J'y reviendrai ...

Moralité, au sortir de cette semaine australienne? Qu'il ne fait pas bon faire du tourisme en terre lointaine lorsque c'est au prix d'une conférence aussi cloisonnante qu'autarcique: difficile de découvrir le pays hôte au milieu d'un hôtel, d'un collège ou de conférenciers venus des quatre coins du monde. Même diagnostic pour le colloque de l'année dernière en Chine, où la vie des hôtels crée plus d'affinités avec les grooms et les salles climatisées qu'avec le pays "réel". Comprenez: dehors, la rue, n'importe où sauf là où l'on parle un anglais diplomatique et fonctionnel. Problème de riche que celui de regretter les pauvres souvenirs récoltés comme des images d'Epinal. Mais un problème tout de même, sauf si la semaine passée à discuter de contradictions internes ou externes servira pour l'avenir en termes d'accointances et de passages remarqués. Sait-on jamais. Mais l'investissement à risque consenti pour la peine allait quoi qu'il en soit dans ce sens de la démarche.
Il y a des trompe l'oeil qui valent leur pesant de cacahuète, à condition de savoir ronger le frein sans atteindre l'émail et récolter les dividendes à plus longue échéance. C'est dans cet esprit commerçant que s'inscrivent mes futures escapades en terres européennes. Pas certain du tout que la quête de l'Universel y trouve son compte, et même loin de là. La conférence de philosophie, ou l'art de se rendre "bankable" afin déjouer le rituel franchouillard des agrégations à valeur de sésame universitaire. Et peut-être finirai-je par décrocher un postdoc à force de pointer mon nez ici et là. C'est plus ou moins la raison de ces escapades multiples, quoi qu'il en soit et quoi qu'il advienne à la sortie de route.
Des souvenirs? Quelques notes musicales made in Australia. Oubliés Midnight, ACDC ou INXS, l'heure est à la Indie Pop et son mélange de pop-rock tendance légèrement garage: The Wambats, les bien-nommés, ou encore British India. Qu'on m'explique ce qui donne à cette excroissance du rock british un soupçon de rythme indien ... pas mauvais en tout cas, même si les groupes qui en sortent donnent plus l'air de mobs chicos que de véritables rebelles déglingués. Un dernier souvenir sonore made in British India et son "Said I'm sorry", tandis que mon préféré "This dance is loaded" n'est pas encore trouvable sur You Tube. Par défaut, donc:

Vidéo Youtube



Direction l'Autriche, désormais. Pour un colloque consacré au souvenir rentable de Ludwig Wittgenstein, sur ses propres terres où il enseigna un temps avant de partir en méditation solitaire pour la Norvège. Australia first, Austria next. Quelques lettres de différence d'un bout du monde à l'autre. Ma tournée de VRP se poursuit ainsi au milieu d'autres VIP philosophiques. En attendant un possible décrochage de sésame, ici ou là. Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Allons donc voir ce que j'y ferai ...


F&H

OK, Computer?

Publié le 09/07/2008 à 12:00 par schangels
OK, Computer?
J'ai fait allusion hier à une distinction logique entre un conditionnel (p -> q) et l'assertion d'un conditionnel: celui qui dit "s'il pleut, je prends mon parapluie" prétend dire la vérité, et qu'il pleuve ou ne pleuve pas ne change rien à son affaire. Une chose est sûre: qu'il le prendra si ça tombe.

Ce qui amène à d'autres questions possibles en logique philosophique: existe-t-il d'autres attitudes que l'assertion, parmi lesquelles la simple supposition moins engageante que l'assertion? Que peut-on inférer de ce genre d'attitudes, et comment définir la différence entre les deux précédentes?
Ce qui m'amène aussi et surtout à partir pour l'Australie dès demain, pour un Congrès International porté sur la Paraconsistante et baptisé "WCP4" (4th World Congress of Paraconsistency). Les curieux pourront trouver le site officiel en tapotant sur Google ...
Paraconsistance: ensemble des systèmes logiques dans lesquels le Principe d'Explosion (ou latinisant "Ex Falsum Sequitur Quodlibet") n'est pas valable, i.e. dans lesquels la conséquence logique suivante n'a plus cours: p,~p |= q. Voir le billet d'hier soir pour les détails symboliques ...
Les logiques dites de la "pertinence" font partie de ces systèmes paraconsistants, puisqu'il y est interdit le plus souvent interdit d'inférer quoi que ce soit dont les termes n'apparaissent pas dans les prémisses; puisque q n'apparaît pas dans la prémisse ci-dessus, q ne peut pas être inférer d'une prémisse contradictoire où p et ~p sont admises.
Ce qui m'amène enfin à une future glose concernant le sens de la contradiction admise: quel intérêt à discuter d'une paraconsistance dont le principe est si exotique qu'il semble difficile à admettre dans la pratique du raisonnement quotidien. Car après tout, on voit mal ce qui autoriserait un agent un tantinet sain d'esprit à admettre une chose et son contraire à la fois. Les logiciens "pertinents" n'ont pas toujours besoin d'admettre la chose: il suffit de refuser toute inférence dans laquelle aucun des termes de la conclusion n'intervient dès les prémisses, sans qu'il soit question d'admettre la vérité de celles-ci. Traduction: pas besoin d'admettre la vérité conjointe de p et ~p afin de rejeter la conséquence q. C'est pourtant le cas en logique classique, éminemment consistante: il est interdit d'y admettre la vérité de deux propositions contradictoires telles que p et ~p, sans quoi n'importe quelle autre proposition devient vraie et enlève tout intérêt à un système dans lequel tout et rien devient également prouvable.
Comment admettre dès lors la vérité d'une proposition et de sa négation à la fois, sans que tout ne s'écroule? A condition de modifier les règles de déduction intermédiaires dont le Principe d'Explosion est le résultat. Mais lesquelles sacrifier, et ne vaut-il pas mieux maintenir le critère de consistance comme un impératif intouchable pour n'importe quel système logique dignde ce nom?
C'est pourtant de cet impératif que se dédisent un certain nombre de logiques dites "paraconsistantes", parmi lesquels la logique "discussive" de Jaskowski ou la logique "paradoxale" de Graham Priest (qui sera présent au congrès WCP4, par ailleurs): on peut admettre la vérité de p et ~p à la fois. Comment, ou dans quel sens?
C'est pour répondre au fameux "Problème de Jaskowski", i.e. trouver une interprétation intuitivement satisfaisante pour la paraconsistance de ce genre, que je vais étaler mes quelques connaissances sur la question et chercher consensus autour d'une méthode d'interprétation assez simple des formules logiques. Loin d'être révolutionnaire, la méthode d'évaluation choisie ici s'inspire des logiques à quatres valeurs de vérité de Belnap et dont les éléments sont définis en termes d'ensemble puissance du système bivalent classique. Traduction: prenez "vrai" et "faux" comme les deux éléments binaires d'un ensemble {1,0}, puis faites toutes les combinaisons d'éléments possibles à partir de cet ensemble, et vous obtenez quatre sous-ensembles à la sortie: {vrai, non-faux}, {vrai, faux}, {non-vrai, non-faux}, et {non-vrai, faux}. Les deux sous-ensembles opposés correspondent aux valeurs classiques du (seulement) Vrai et du (seulement) Faux, tandis que les deux intermédiaires sont des valeurs non-classiques. Belnap avait proposé d'interpréter des valeurs comme l'état des informations collectées par un ordinateur. Remplacez les informations de l'ordinateur par les arguments d'un agent, et vous passez de Belnap à Schangels ...
Pour faire bref: il s'agit de remplacer le sens logique habituel des valeurs 1 et 0, respectivement Vrai et Faux, par une interprétation dialogique où 1 signifie "oui" et 0 signifie "non". Oui et non à quoi? Justement: du choix des questions dépendra l'interprétation des attitudes et, par là, le sens associé aux connecteurs logiques. La logique intuitionniste pose une question épistémique (en rapport à la connaissance des agents) de type: avez-vous la preuve que p (est vraie)? La logique classique pose une question ontique (sans aucun rapport à ce que l'on sait des choses et uniquement liée à ce que les choses sont) de type: est-ce que p est vraie? ...
... et la logique paraconsistante, pour finir par le plat principal des jours à venir, pose une question dont l'interprétation la plus intuitivement satisfaisante est celle-ci: avez-vous une raison de croire que p est vraie?
Sur la base de ces descriptions métalinguistiques (en amont des systèmes logiques dans lesquels se font les calculs), je proposerai de revisiter quelques problèmes de logique philosophique et de montrer surtout le sens dans lequel la paraconsistance est la plus plausible. Conclusion: une tempête dans un verre d'eau que cette paraconsistance, lorsque le concept de vérité et les interprétations des formules ont été soigneusement étudiées et distinguées du sens usuel colporté par la logique classique.
Pas une panacée, mais simplement un moyen de répondre au Problème de Jaskowski en évitant des constructions logiques purement abstraites.

Exemple: si un chanteur excentrique portant des lunettes de plongée vous demande "Are we all men?", et si vous lui répondez que "We are D.E.V.O.", c'est que vous déniez notre humanité et répondez "non" implicitement à la question posée. Plus encore, c'est que vous affirmez que nous ne sommes pas des hommes et n'acceptez aucune raison qui aille dans ce sens. Moralité: vous assertez que nous ne sommes pas des hommes" et ne doutez pas de votre position.
Prétexte musical sous forme de questions-réponses, comme à l'accoutumée, pour un angoissant "Jocko Homo" tragi-comique des seventies américains sur fond d'île du docteur Moreau à la sauce nucléaire:

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Voici le résumé officiel de mon exposé, basé sur une évaluation en termes de questions-réponses et inspiré de la logique illocutoire et sa théorie des actes de discours.


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Les valeurs de vérité n'expliquent pas tout en sémantique (Une logique semi-paranormale de l'acceptation et du rejet au sein de la n-valuation)

Une logique quadrivalente de l'acceptation et du rejet est proposée au sein de la théorie de la n-valuation, telle qu'elle a été développée dans la lignée de la logique illocutoire. En vertu de la n-valuation, la signification d'une formule quelconque F(p) est donnée par un nombre n de questions-réponses directes (dont la réponse est soit oui, soit non) portant sur un prédicat sémantique G correspondant. Ainsi, un énoncé [F(p) = p] répond à des questions de nature ontique: est-ce que p est vrai; tandis qu'une déclaration [F(p) = S(p)] répond à des questions de nature épistémique: est-ce que vous tenez p pour vrai . De façon plus générale, toute formule F(p) a un sens si l'on peut répondre à la question de savoir si F(p), c'est-à-dire si p est G.
Les cinq thèses qui suivent seront défendues à la lumière de la n-valuation: (1) Le pluralisme logique coïncide avec la pluralité des questions adressées aux différentes formules possibles; (2) La négation logique procède par inversion de valeurs ordonnées; (3) Les valeurs de vérité représentent seulement un type de valeurs sémantiques considérées comme des réponses de nature ontique; (4) Les logiques paranormales peuvent être normalisées (on peut les rendre complètes et consistantes) en internalisant leurs valeurs lacunaires (ni vrai ni faux) et excédentaires (vrai et faux à la fois) sous forme d'opérateurs modaux; (5) La différence entre les valeurs classiques et les valeurs non-classiques prolonge la différence entre les conditions de succès et les conditions de satisfaction d'une formule.
Après avoir présenté les caractéristiques principales de notre logique de l'acceptation et du rejet, à savoir: un système à deux étages composé de modalités statiques et dynamiques, plusieurs thèmes seront réévalués à la lumière de la n-valuation: l'import existentiel, les logiques indiennes traditionnelles, le Paradoxe du Menteur, et le Principe de Charité.
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Quelques photos et un ou deux billets de fortune devraient agrémenter la semaine à venir, sans doute chargée. Point à la ligne, d'ici là.
Et vogue la galère, supposant que je ne finirai pas mon périple du bout du monde tel Bon Scott au crépuscule de sa vie. Les connaisseurs de sa biographie apprécieront la remarque.
"OK, Computer"? Plutôt: "All right, agent!" Pour ceux qui suivent ...


F&H

Consequentia mi(se)rabilis

Publié le 08/07/2008 à 12:00 par schangels
Consequentia mi(se)rabilis
Une vieille formule alambiquée pourrait servir de synthèse la vieille soupe à la grimace déversée la semaine dernière par nos instances très (trop) hautes du Conseil Fédéral de la FFF.
La reconduction de sieur Domenech, en une phrase et deux temps: "qui perd, gagne; donc gagne". La preuve par les faits.

Faut-il voir une énième incohérence à la française administrée, dans cet état de fait avalisé par la bande à Escalette? Il semble bizarre de prétendre que celui qui perd gagne; autant prétendre que l'aveugle voit, que le pauvre est plein aux as, que la chanson française est stimulante ... en bref, que chaque chose est aussi son contraire.
Et pourtant: la formule est à ce point cohérente qu'elle porte un nom en logique des propositions: la Consequentia Mirabilis, ou loi de "Conséquence Admirable" baptisée comme telle par le mathématicien germanique Christophorus Clavius. D'autres parlent ailleurs de la Loi de Curry, du nom de son auteur Howard (sans rapport avec le poulet, pour les gastronomes curieux).
La forme logique du principe en question est la suivante: (~p -> p) -> p, où p symbolise une proposition quelconque (= une phrase susceptible d'être vraie ou fausse), ~ représente l'opérateur de négation, et -> représente le connecteur du conditionnel.
Soit p: "x gagne", où x pourrait être Raymond, Didier ou Arsène. Peu importe, c'est une variable.
Dans ce cas, ~p: "x perd", dans la mesure où "x ne gagne pas" signifie implicitement que "x perd".
Dédicace pour les coupeurs de cheveux en quatre: ne cherchez pas à prétendre que x pourrait très bien rester hors-jeu et ne chercher ni à gagner, ni à perdre. Supposez simplement que x a l'intention de gagner, pour la cause de la démonstration ... merci. Poursuivons.
~p -> p: "si x perd, alors x gagne"
(~p -> p) -> p: "Si (si x perd, alors x gagne), alors x gagne".
Le résultat est pour le moins alambiqué et choque l'oreille habitué au parler français correct; mais il a pour but de montrer que la formule d'ensemble sera toujours vraie quelle que soit le joueur x. Comment se fait-ce, et pourquoi ce résultat nous choque-t-il malgré sa cohérence et sa validité?

Précision: cette formule de la Conséquence Admirable est valide en logique classique, où toute proposition est soit vraie soit fausse et rien d'autre. Mais elle ne l'est pas dans d'autres systèmes non-classiques. La raison de sa validité classique est la suivante, qui montre dans le même temps dans quelle mesure elle choque le sens commun.
- supposons que p soit vraie; alors ~p est fausse, par définition en logique classique (ce qui n'est pas vrai est faux, et réciproquement)
si p est vraie et si ~p fausse, alors l'antécédent de la formule totale (= la première partie entre partenthèses) est vraie: (~p -> p) est vraie parce que la relation conditionnelle entre le faux et le vrai donne le vrai. On obtient ainsi l'évaluation suivante, où le chiffre 1 signifie le Vrai et le chiffre 0 signifie le Faux: (0 -> 1) = 1, en vertu des conditions de vérité du conditionnel ->
si l'antécédent est vrai et si p est vraie, alors la formule totale est vraie puisqu'elle représente l'évaluation globale suivante: (0 -> 1) -> 1 = (1 -> 1) = 1

- supposons maintenant que p soit fausse; dans ce cas, l'antécédent est faux puisqu'il donne l'évaluation suivante: (1 -> 0) = 0
mais puisque le conséquent p est faux, alors la formule globale donne encore une fois une formule vraie puisqu'elle produit cette évaluation: (1 -> 0) -> 0 = (0 -> 0) = 1. Toujours en vertu des conditions de vérité du conditionnel, à l'origine de la validité de cette formule qui a de quoi laisser dubitatif.

Si le calcul est impeccable et la preuve de validité incontestable en tant que telle, l'intuition reste sur sa faim: comment admettre la vérité logique d'une formule non seulement biscornue mais dépourvue de sens commun, dans la mesure où elle admet l'idée qu'une relation conditionnelle soit vraie lorsque l'antécédent est faux? Une vielle antienne de la logique formelle moderne, au sein de laquelle des philosophes ont pointé le bout de nez pour refuser cette règle contre-intuitive et remplacer le conditionnel classique par d'autres propriétés plus intuitives (mais aussi plus compliquées; tout se paie).
L'origine du bât qui blesse, ici, vient avant tout de notre interprétation de la formule logique dans laquelle apparaît une relation de conséquence: on a ceci, donc on doit avoir cela. Or la forme logique ci-dessus n'est pas une relation de conséquence, mais une raison conditionnelle qui dit simplement que "si" l'on a ceci "alors" on a cela. Aucun engagement sur la vérité de ceci et cela, juste une relation hypothétique basée sur des propositions ni vraies ni fausses a priori. La raison de conséquence aurait plutôt la forme métalogique suivante: ~p -> p |= p, où le symbole du milieu représente le signe de la conséquence et n'est pas un connecteur défini par des conditions de vérité. En d'autres termes, la formule ci-dessus dit que toute situation (ou "modèle") dans laquelle la prémisse (~p -> p) est vraie est une situation dans laquelle p l'est aussi. Ce qui n'est pas toujours le cas: si ~p est vraie, alors (~p -> p) donne une situation fausse et aucune conséquence logique ne peut en être tirée. D'où la différence cruciale mais pas toujours facile à infuser entre la relation conditionnelle A -> B et la relation de conséquence logique A |= B.
Le problème de sens commun provient donc d'un malentendu entre la signification logique de la Conséquence Admirable et son interprétation en termes naturels: toute situation dans laquelle l'antécédent est vraie est une situation dans laquelle le conséquent est vrai; donc la formule est logiquement vraie. Mais comment admettre qu'il puisse exister une situation de la vie courante où une personne gagne parce qu'elle perd? Là est l'erreur: il n'y a pas de relation causale entre ~p et p, dans une relation conditionnelle classique de type ~p -> p: la flèche du conditionnel n'instaure pas une relation de cause à effet, mais une relation simplement logique d'antécédent à conséquent où ce qui est faux implique le vrai. Aussi bizarre que cela puisse sembler, le faux donne toujours le vrai s'il est en position d'antécédent; donc il "implique" le vrai au sens où le résultat est une formule conditionnelle toujours vraie, c'est-à-dire vraie quelle que soit la valeur de vérité attribuée aux propositions qui composent la formule.

Moralité: ne pas se focaliser sur la formulation trompeuse de type "Qui perd gagne", où l'impression dominante est que la condition pour gagner quelque chose est celle de perdre, donc de ne pas gagner. Impression d'incohérence manifeste, mais dont la raison vient de l'interprétation causale attachée à nos mots du langage ordinaire. La logique n'en a cure et continue son bonhomme de chemin algébrique. Avec raison, mine de rien: si x perd, alors il est faux qu'il gagne; donc l'antécédent est faux, et de même pour le conséquent; si x ne perd pas, alors il est vrai qu'il gagne, et de même pour le conséquent. Le "donc" induit en erreur parce qu'il donne l'impression que l'individu en question gagne à tous les coups, même lorsqu'il perd. Ce qui est inexact, puisque x ne gagne pas s'il perd: l'antécédent devient faux dans ce cas, et de même pour le conséquent. Il ne gagne que si l'antécédent est vrai, c'est-à-dire: si la valeur de p: x gagne, est vraie. Rien que de très logique, une fois que la formule est observée de plus près et débarrassée de ses présupposés d'une lecture trop ordinaire.
On peut cependant rechigner face à l'évaluation du conditionnel, pour lequel on obtient la valeur Vrai même si l'antécédent est faux et n'a donc aucun lien de conséquence avec sa suite. Quiconque refuse l'évaluation paradoxale en question: (0 -> 1) = 1, s'oppose à la définition classique du conditionnel et entre ainsi dans le jeu dissident des logiques non-classiques; avec notamment la logique dite de "pertinence" créée par Belnap et Anderson, où est exigé une connexion minimale entre la valeur de vérité de l'antécédent et celle du conséquent.
Quant à Raymond, ce n'est donc pas parce qu'il a perdu ses matchs de l'Euro 2008 qu'il a gagné les voix des instances fédérales. Il gagne s'il ne perd pas, et donc il gagne si tel est le cas; il perd s'il ne gagne pas, et donc il perd si tel est le cas. Il a perdu, donc (p -> ~p) = 1 dans la situation réelle de l'après Euro 2008. Conséquence misérable, celle-là ...

Conclusions:
- ne pas confondre conditionnel et conséquence logique: ce n'est pas parce que p est vraie que la relation conditionnelle (p -> q) doit l'être également; au contraire, si p est fausse; c'est seulement la relation de conséquence de type p |= q qui déclare que q sera vraie chaque fois que p le sera;
- ne pas confondre conditionnel et assertion du conditionnel: ce n'est pas parce que quelqu'un formule la relation (p -> q) qu'il prétend dès lors que p est vraie: il si en revanche une personne asserte que q est vraie si p est vraie, alors il assertera forcément q s'il le fait d'abord pour p. On obtient ainsi une inférence , où la vérité de q se détache de celle de p une fois posée. Mais dire que je prends un parapluie s'il pleut ne signifie pas forcément qu'il pleut ...
- on a perdu, les doigts dans le cul. Rien de trop logique, que du très réel. Merci.

Histoire d'insister sur la différence entre l'assertion du conditionnel et le conditionnel lui-même, je reviendrai demain avec une affaire de paraconsistance sous la main. En vue d'une future conférence en terre australienne, direction Melbourne. Départ dans deux jours, avec pour intention de montrer notamment la différence logique qui existe entre l'acte d'assertion et d'autres actes moins engageants de la part du locuteur. Si j'ai une raison de croire que p est vraie, ne puis-je pas en avoir aussi pour croire que sa négation ~p l'est tout autant? Que si, mais sans que cela ne renverse nos présupposés fondamentaux sur la pensée rationnelle et cohérente.

"Chalut. A demain, si on veut bien ..."
Pour les nostalgiques du genre: fers à repasser qui suffoquent et gluons du trou qui glosent:

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Y a qu'un entraîneur, et c'est Raymond. Qui perd, et donc ne gagne pas. Malgré les apparences du contraire. Logique.

F&H

Roulements de topinambour

Publié le 03/07/2008 à 12:00 par schangels
Roulements de topinambour
On attendait un roulement de tambours, syonymes de suspense haletant et de changement conséquent ... et puis rien, comme toujours au pays de la bureaucratie qui n'aime pas le changement. Le changement pour le changement a beau avoir ses défauts, certains contraires ont leur juste milieu. Retour sur un non-événement.

L'"événement"choc a donc finir par se produire, celui que tout le monde attendait depuis longtemps et dont l'issue si incertaine maintenait la Nation en émoi depuis tant d'années plombantes saupoudrées d'illusions, voire de désir d'avenir. C'est tout dire. Un sentiment poignant qui s'en dégage et arrose la majorité des fréquences radiophoniques de France. Je veux parler bien évidemment ... de la non-libération de Raymond Domenech et son maintien en captivité pour deux années supplémentaires. Minimum; maximum aussi, sans doute.

Bleu après rouge? Rien ne bouge.
Traduction: quand l'intox côté FFF succède à l'info côté FARC, il ne faut pas s'attendre à des secousses médiatiques du même ordre. La preuve dès 13h15 ce jeudi noir, où le temps est donc aussi brumeux, refroidissant et déprimant que la décision finale du Conseil Fédéral de la FFF. C'est reparti comme en 40, comme aux plus belles heures de la France qui gagne. Mieux: qui vibre ensemble, à condition de trouver le vibreur. Estelle devra donc poursuivre son jeu de dupes télévisé aux côtés de ses accolytes peu complaisants ... Comment expliquer une telle décision? Retour sur un non-événement.

Betancourt libérée après quelques six années de captivité dans la jungle colombienne; Domenech toujours maintenu en captivité de son propre poste, après quelques quatre années de détention de pouvoir douteux dans la brousse de Clairefontaine. Autant des questions pourraient être posées au sujet des FARC, concernant les raisons politiques de son existence depuis soixante années de guerre civile entre paysans et latifundiaires ... mais ne le sont pas. Le pathos domine et engloutit l'ensemble des décibels depuis hier soir. Humain. Trop humain? Autant les questions qui fâchent ont été posées concernant la raison politique du clan Domenech et de son maintien. Le chef des FNAARF: Fuerzas Non-armadas Anti-revolucionarias de Francia, n'est donc pas mort,: "Escalanda" (contraction à-propos d'Escalette et Marulanda) a maintenu la captivité du sourcilleux, quitte à se mettre à dos le lobby des Champions du Monde 98 ainsi qu' une large majorité de Français tous sélectionneurs et, malgré tout, justifiés de se plaindre après un Euro pitoyable.
Le raisonnement de sieur Escalette, docteur ès foutage de gueule reconverti en sophiste parménidien disciple du repos comme Un absolu (rien ne bouge, vous dis-je)? Un fatras général de régression à l'infiniment absurde, le tout consistant à brouiller les pistes et reposer un verdict terminal sur deux arguments majeurs en bois mité: le bilan de 2006, d'une part; le prétexte d'un plan de type quinquennal mené par Domenech en vue de 2010. Laisser du temps au temps, faire aux spécialistes? Certes, mais à condition de faire confiance au chirurgien et de vérifier que les diplômes de l'intéressé justifient le charcutage en règle. Le bât blesse à cet égard, mais l'avantage de la FFF est celui de trouver toujours un contre-argument à chaque accusation pourtant accablante. Patience ... tu parles, Charles ...
Autant prétendre qu'un singe est moins intelligent que l'homme sous le seul prétexte qu'il préférera la banane à la liasse de billets de banque. Dédicace à Korn, et son interrogation hagarde quant à l'"Evolution" de notre espèce:

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Autant dire: une conclusion peut-être vraie mais des prémisses indignes de leur auteur.
Comment expliquer ce non-événement? L'héritage d'une place de finaliste en Coupe du Monde 2006? Certes, mais après avoir rappelé les grognars à la rescousse et prié sur le génie d'un seul et même joueur éternel nommé Zidane. Un sélectionneur doit-il être jugé sur ce qu'un joueur providentiel peut apporter, et quelle fut la contribution de Domenech à ce semi-succès mondialiste? L'hypothèse d'apparatchiks soucieux de maintenir le glacis de la DTN et d'éviter un entrisme pro-Deschamps est plus probante: ne pas changer le sélectionneur d'une équipe qui perd a de quoi déconcerter, sauf si l'on croit au copinage d'en haut et des non-choix confortables qui évitent de payer une juteuse indemnité salariale.
La création ad hoc d'un "Club France 2010", en guise de mise sous tutelle d'un détenu contesté et contestable? Du cautère sur une jambe de bois, voire pire: de la cire d'abeille sur une jambe gangrénée. De la poudre de perlimpinpin pour faire tampon entre le grognon de service et les médias; bien utile par temps de grogne justifiée et de baisse générale du pouvoir d'achat.
Le combat pour la liberté et la tolérance ne doit pas être oublié pour autant et délaissé au profit d'un fatalisme dominant. Non, rien n'est inévitable et le pire doit toujours être combattu sans relâche. Les soldats de la libération du MDM: la fameuse colonne de presse Ménès-Duluc-Medjani, lutteront sans relâche pour que justice passe et que le conservatisme stérile ne fasse plus force de loi à la plus haute échelle des instances fédérales.
Le pathos domine avec Ingrid: pourquoi elle, pourquoi le FARC?
Le pathos domine avec Raymond: pourquoi lui, pourquoi cette sordide déclaration de mariage?
La lutte continue ... à chacun sa lutte, à chacun ses raisons de lutter. A chaque manchette son lot d'informations et désinformations, à chaque interview sa cohorte de faux-arguments éculés et larmoyants ou digressants. La lutte continue, mais dans quel but et à quel prix? Celui d'une indemnité de licenciement de Domenech. Pas de rançon pour la libération de la digne Ingrid, pas d'indemnité pour la libération du trop digne Raymond.
Mêmes causes, mêmes effets? A mêmes maux, mêmes remèdes?
La lutte continue, vaille que vaille. Que du bonheur, version topinambour nostalgique.


F&H