Ce soir à minuit pétante, les dernières cigarettes seront écrasées dans les cendriers publics ... liberté de bien faire, ou liberticide patenté?
Le sacro-saint débat sur la
liberté et ses dérives licencieuses n'a pas fini d'alimenter les feuilles de chou de France et du Benelux.
Pour ou contre: petit tour d'horizon de quelques arguments rivaux, sachant que je ne vois que des avantages personnels à ne plus supporter les fumées épaisses des fonds de bar.
POUR L'INTERDICTION:
- meilleure santé publique
- moins de dépenses de la sécurité sociale pour les frais d'opérations du cancer de la gorge, de la bouche, etc.
- économies substantielles des ménages (le pouvoir d'achat obsède bien Mr et Mme Toulemonde, non?)
- meilleure hygiène dans les restaurants ("dis-moi, connard, ça t'étoufferait d'éteindre ton gros havana qui pue?")
CONTRE L'INTERDICTION:
- défense du plaisir de la bouche (une bonne Marlboro avec un bon petit noir, c'est tout de même le petit bon dieu en culotte de velour)
- protection de la corporation buraliste (que vont devenir les PMU enfumés du matin au soir? les clients vont finir par se voir en parlant, attention ...)
- perte substantielle pour les caisses de l'Etat (80% et des cendres de taxes sur chaque paquet, ça ne disparaît pas sans douleur fiscale)
- la classe, McFly! (qui peut imaginer James Dean, André Malraux, Sartre ou Clint Eastwood alias "blondin" sans le mégot au bec? autres temps plus mortifères, autres moeurs moins dirigistes)
- liberté, liberté chérie!!!
C'est ce dernier argument qu'il convient de mettre en lumière, au milieu des arguments ... fumeux: la liberté consiste-t-elle à décider de ses actions selon sa propre volonté?
Entre
volonté et
désir, il y a une marge et le philosophard professionnel connaît bien la chanson; si la volonté signifie la conformité de l'
intention aux normes de la
raison, alors je ne peux pas "vouloir" à proprement parler la défense du tabac en zone publique si les
conséquences du tabagisme sont néfastes pour la communauté.
Si vouloir = vouloir le bien de soi et de tous, alors autant interdire:
- l'alcool (même le Bayley's? Aïe)
- les céréales et barres chocolatées pour les gamins, productrices d'obésité qui, je le rappelle, sera bientôt le souci de santé publique n°1 en France (pleins de Fat Boy Slims au pays du cassoulet, on s'y retrouve)
- la télé-dépendance: à bas les soirées bière-cacahuètes pour les mecs, à bas les après-midi "Derrick&Le Renard" pour les mère-grand, à bas TF1 pour les ménagères standards;
- le manque de sport: jogging, vélo et tennis pour tout le monde au moins 3 fois par semaine,
etc, etc.
De deux choses l'une:
- soit l'on veut le bien de la majorité, et l'on oublie notre lyrisme
démocratique à deux sous (le "peuple a toujours raison", dit le député; tu m'étonnes, c'est grâce à lui qu'il vit aux frais de la Grande Catin) pour instaurer une technocratie à la Gattaca; un comité de spécialistes de la santé et hygiène mentale décide de ce qui est bien et mal pour tous et dans l'intérêt commun; que demande le peuple?
- soit l'on maintient le droit de ce peuple à disposer de lui-même, et on lui reconnaît le droit de se tromper au point de lui mettre un objet de mort entre les doigts; il existe déjà les volants à cet égard, alors pourquoi ne pas laisser à l'homme le droit suprême d'user de son
libre-arbitre?
OK pour laisser aux autres le droit de se tromper, et Rousseau ne disait pas autre chose à son Emile lorsqu'il s'agit de lui donner les bases d'une bonne éducation. Quitte à en payer les conséquences soi-même, et soi seul: plus de couverture sociale pour les cancéreux de la clope, et même combat pour les skieurs hors-piste dont les lubies de frimeur boutonneux coûtent bonbon en déplacement d'hélicoptères? Meuh non! Nous, Français, sommes fondamentalement chrétiens et humanistes et, en cela, jamais nous ne laisserons mourir un congénère à nos côtés. Mais que celui-ci réflechisse un tant soit peu aux conséquences néfastes de ses actes avant d'agir. "Mort aux vaches"? Soit, mais alors démerde-toi si la gorge te gratouille un soir plus que de raison. Et tu seras un homme, mon fils ...
"Liberté", "licence", "libre-arbitre", "licence", "intérêt", "volonté", "désir", "bien commun" ... on n'a pas fini de tripoter ces concepts à partir de demain. Fort heureusement pour l'Etat et la santé publique: le citoyen français a cela de commode qu'il ouvre toujours grande sa gueule avant de la refermer souvent très vite. Qui a dit "Les Français sont des veaux"? Un non-fumeur, je crois ...
"Liberté chérie, j'écris ton nom" ... même si je ne sais pas vraiment ce que tu signifies.
F&H