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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
09.07.2008
Pour résumer le billet à venir:
"Toute société a la démocratie qu'elle mérite", sous-entendu qu'il ne faut pas se plaindre de l'image que l'on reflète dans l'eau.
Pourquoi faut-il faire du qualificatif ''démocrate'' un terme mélioratif en soi, à supposer qu'il n'y ait pas notion plus vertueuse en politique? Je suis né et mourrai sans doute dans une démocratie, ce qui ne me donne donc pas les moyens d'en juger en connaissance de cause.
Et malgré tout, je laisse à votre réflexion deux citations trop connues pour figurer en première place parmi les autres de ce blog.
La première: La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres
Avantage de cette formule: elle joue sur la contradiction en prétendant qu'on peut à la fois le pire et le meilleur, ce qui nous ramène deux billets en arrière au sujet des oppositions contraires; et me donne l'occasion de préciser en quoi cette formule fait sens tout en jouant sur les interdits logiques: la démocratie n'est le pire des régimes, ou elle l'est à rigueur lorsque l'on omet les méfaits de tous les autres. Donc elle n'est pas le pire des régimes lorsque l'on tient compte de tous les autres. Donc elle est le pire et n'est pas le pire des régimes sous deux rapports différents, selon que l'on ignore les autres ou non. Donc il n'y pas de contradiction simultanée et sous le même rapport. Donc sophisme.
La seconde: La dictature, c'est ''ferme ta gueule''; la démocratie, c'est ''cause toujours''.
Je ne ferai pas l'injure de rappeler l'auteur de cette citation toujours aussi digne d'un Guy Debord; je m'arrêterai au moins sur le sens qu'elle dissimule en termes de relation d'offre et de demande.
Explication: la démocratie est le résultat de l'expression du peuple qui décide de ses gouvernants et au nom de sa volonté générale. Voire, et plutôt deux fois qu'une. Qu'est-ce qu'une volonté "générale", sinon le primat de certaines volontés particulières sur les autres? Rousseau avait noté que la démocratie est d'autant mieux appliquée que le ratio représentants/représentés se rapproche de 1. Sûr qu'il est plus simple d'accorder les électeurs entre eux s'ils sont peu nombreux: l'agora antique et la Suisse actuelle ne nous feront pas dire le contraire. A bas le jacobinisme centralisateur, vive le fédéralisme des régions pour la Nouvelle Europe? Voire aussi, pour des raisons non plus politiques mais économiques. Solidarité ... nous y reviendrons.
Entre l'élitisme déprimé d'un Tocqueville (''tous des glands en acte'') et l'élitarisme déprimant d'un Jack Lang (''tous des génies en puissance''), je préférerai sans dandysme post-moderne aucun le cynisme des primeurs de Pierre Desproges. Loin de vouloir dépasser les apparences, baignant au contraire dans les jugements bien sentis parce que de surface, je n'ai pas trouvé mieux pour résumer la perennité de la démocratie depuis l'anneau de Gygès de Platon ou les hommes-loups de Hobbes.
Schématisons quelque peu:
- la droite punit ce que les gens font et feraient mieux de ne pas faire;
- la gauche bénit ce que les gens pourraient faire mais ne font pas;
- Desproges se moque de ce que les gens ne font pas et n'auraient pas les couilles de faire, lui le premier et peut-être moi le second.
Coluche + Desproges = un mélange de cynisme lucide sur l'offre et la demande économique appliquée en politique. Sans oublier toutefois que d'autres penseurs moins médiatiques se cachent derrière leurs formules passées elles à postérité, pour la bonne raison qu'elles sont vite éclipsées par les autres sketchs bien moins subversifs des deux comiques maîtrisés dans la lucarne.
La démocratie ou l'expression politique de la demande qui crée l'offre, témoins les élections récurrentes et les institutions qui veillent à la bonne application de leur fonctionnement? Et peut-être mon cul est-il du poulet: à en croire le sens inverse, force est de constater que médias, opinion publique de Monsieur Tout le Monde et sondages de questions préméditées sont à l'élection libre ce que la confiture Bonne Maman est au cochon qui rit. Il y en a qui croient agir sciemment lorsque la main invisible manipule leurs membres, des cerveaux jusqu'aux boules à papa. Le propre du malade mental est de se croire en bonne santé, sans quoi il ne serait pas malade. Géniale alternative que je laisse à disposition dans ce billet, entre ceux qui veulent changer les choses par inconscience et ceux qui ne font plus rien ou laissent tout passer par trop de conscience.
Mais il existe toujours des esprits critiques parce que polémiques avant tout; or le Léviathan étant si bien huilé et préparé à sa propre remise en cause, il a cet avantage de pouvoir ingérer jusqu'à ses propres contradictions: le comble de la démocratie est d'être le seul des régimes à laisser parier sur sa propre perte pour être d'autant mieux jugée par tous. Et vogue la galère s'il s'agit de parler sans entraves, quitte à pisser dans des violons ...
''Kékidi, p'tit con? Tu te plains de vivoter en démocratie, mais qu'aurais-tu espéré sous la guerre?!'', réplique typique de l'ancien combattant et qui ne mérite pas le mépris qu'on lui inflige de nos jours. Car j'y arrive, grand-père: loin de prétendre prôner la république enfin totale des esprits intégralement éclairés, je n'ai aucune idée précise de ce que peut être une lumière naturelle et m'en tiendrai à cette conclusion provisoire sur le régime de ma vie:
Entre la démocratie et la dictature, la tyrannie ou un quelconque totalitarisme dont les médias de nos jeunesses ont su nous écoeurer avant même que nous en ayons à en faire l'expérience, je choisis la démocratie comme presque tout le monde et toujours par défaut; tout en rappelant, j'insiste, que raisonnement par défaut et raisonnement défectueux ne sont pas synonymes.
Tout ce billet pour en arriver là: "je suis démocrate, j'aime la démocratie"? Question de nuances ou degrés dans les termes d'affection.
C'est juste que, entre le mépris souvent justifié des élites démocrates et la schlag toujours douloureuse des polices politiques, entre l'odeur de rance et l'odeur de mort, la raison se fait vite discrète, les courbatures se font vite sentir et le choix se fait donc d'autant plus vite parmi les (vieilles) peaux douces dont je suis. Je n'ai pas encore trouvé ''meilleure'' explication de ce qui perpétue la tradition démocratique en France, frigos remplis et force d'inertie à l'appui.
Que l'on rappelle le mérite des morts pour le droit à l'expression et le devoir de défendre un patrimoine politique, certes; encore faut-il entendre ce qui sort des clapets pour signer des deux mains en connaissance de cause. Progrès des temps modernes: on n'a plus tant envie de sortir de revolver en entendant le mot ''culture'' qu'en constatant notre état d'inculture. La faute à qui, sinon nous-mêmes et tout un chacun? Pas grave, tant qu'il est possible de faire du débat et donner écho pulic à nos expressions privées. Cause toujours, je te dis. Et peut-être un jour jugera-t-on le droit d'expression en termes de ses conséquences manifestes sur notre environnement quotidien. Mais le violon à l'odeur de pisse devrait encore avoir de beaux jours liquoreux devant lui.
Je reviendrai bientôt sur un sketche de Desproges et sa façon de voir la démocratie, pas très différente de ce que j'ai écrit ici puisque m'inspirant dans une large mesure.
On finira cette note douce-amère par un morceau choisi pour la cause: une bonne dose de ''Democracy'' par les Killing Joke.
''You have the choice, we have your voice'' (traduisez: quel choix? quelles voix!)
On regrettera peut-être le style ampoulé du chanteur et l'ambiance un peu trop "1984" de l'ensemble, puisque les démocraties modernes ont cela de confondant qu'elles savent s'imposer sans paraître en avoir besoin. Les dictatures finissent toujours par tourner en révoltes justifiées; pas les démocraties, faute de justification aussi évidente à l'appui ... mais je retiendrai des K.J. la force dégagée par l'ensemble des instruments de musique, comme toujours et bien avant les paroles ou le chant.
Autre témoignage de cette remarquable formule de la sagesse populaire (le retour), selon laquelle c'est le ton qui fait la musique. On l'a dit, entre bouffis.
Mais il est temps de me taire: sur l'écran de télévision (qui "rules the nation") passe devant moi un hommage posthume à Simone de Beauvoir, d'autant plus à tarir d'éloges qu'elle n'emmerde plus personne depuis longtemps. ''L'expression existentielle du droit à la parité moderne''; une formule toute faite pour nos Ministres de la Culture ou Premier, tant qu'à ajouter du pipi dans la grande bassine vide qui occupe chacun de nos salons. ''Noir, c'est noir ...'', au moins une vérité logique (quoique) à laquelle je souscris, qui ne casse pas trois pattes à un CRS et ne cherche pas à faire du bruit pour rien. J'y souscris donc, en bon apolitique.