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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
"Tout est possible", a dit un autre il n'y a pas très longtemps.
Tout, à quel point? Une question que le subversif éphémère Karl Zéro aurait pu poser aux sémanticiens contrefactuels. Y a-t-il un monde possible dans lequel Simone est bonne? Autre question plus pressante et que Jean-Sol n'aurait pas eu l'idée de se poser: ce monde est-il un monde proche, donc pertinent, ou un monde éloigné, donc sans intérêt?
Bien que l'existentialiste laisse la porte ouverte à tous les possibles et ne soit pas très friand des discours de connexions ou de relations internes entre un objet et ses propriétés, le passage du possible à l'intérêt est ce qui va guider le billet à suivre; histoire de mettre la motte de beurre dans les épinards féministes. Je parlerai ici de Simone de Beauvoir, tout le petit monde l'aura compris. Certains disent que notre passé détermine le futur et j'y souscris, toute proportion gardée sur le degré de détermination et à condition d'y voir plutôt une question de propension ou disposition à agir selon des conditions vécues. Exemple: Jean-Paul n'aurait pas eu la Nausée s'il avait eu le minois d'Alain Delon durant sa jeunesse; Arlette Laguiller n'aurait pas levé le poing si la Nature lui avait donné les moyens de séduire son entourage ... tout ne serait qu'une question d'apparence physique derrière les engagements intellectuels? Gardons des proportions, encore une fois, mais ne négligeons pas le rôle des accidents de la vie dans ce qui constitue notre personnalité.
Mais revenons plutôt "sur" Simone, car l'on en parle partout: les ouvrages commenceront à pulluler sous peu, tandis que les chaînes de télévision font déjà leur hommage de principe et qui fait causer toujours. Qui fus-tu, Simone? Un(e) honorable écrivain(e) qui refusait de dépoussiérer balai en main: tu aurais pu être bonne, Simone, prête à reproduire le bonjour agréable de la concierge ou le souci humble du travail bien fait de la ménagère. Mais ton non-destin d'intellectuelle de gauche t'a guidé vers d'autres contingences absurdes, quoique toujours plus gratifiantes pour ta pomme périssable. Mais revenons en arrière pour aller plus avant.
Nous sortons des patates pour entrer dans les feuilles de chou, ce qui me convient en bon amateur de choucroute. Les patates pour la théorie des ensembles et sa vision extensionnelle des regroupements en catégories d'objets, trésor mathématique auquel j'ai réduit entièrement la formule plus pompeuse selon laquelle l'existence précèderait l'essence; les feuilles de chou pour un clon d'oeil de l'amuseur Desproges et son taillage en pointe des écrits de Sartre, toute proportion gardée sur le degré qu'il faille accorder aux railleries de Feu Monsieur Cyclopède. De Sartre et son existentialisme humaniste, nous passons désormais à sa concubine féministe Simone de Beauvoir. Impossible d'éclipser le centenaire honorifique de l'impérieuse castatrice, d'autant que je regarde à cet instant même une émission-débat sur le féminisme selon de Beauvoir. Alors allons-y gaiement, sans quitter notre champ de patates ...
L'existentialisme se résume à cette idée selon laquelle il n'y a ni essence, ni propriété naturelle des éléments au sein d'un ensemble et ni différence spécifique entre deux ensembles distincts, fussent-ils d'ailleurs co-extensionnels. Quitte à réduire l'ordre provisoire des choses à une affaire absurde de contingences intéressées, Simone a revendiqué le droit d'être femme sans faire la popotte au fourneau ni élever deux enfants et demi sans sortir de son rôle de fée du logis. La femme peut être autre que ne le dit, l'impose ou le présuppose une société à forte tendance patriarcale; mieux, elle n'est rien et ne fait que devenir et construire une fausse nature qui n'est qu'apparence permanente.
Pas de femme, pas d'homme: que des constructions historiques déguisées en classes éternelles? Un peu fort de café: tout ce qui a une biroute est un homme et tout ce qui a un minou est une femme; de Beauvoir ne peut pas le contester malgré sa soif exponentielle de brouiller les cartes (ou plutôt les classes). Un peu de nuance s'impose, bien sûr: les femelles ne naissent pas femmes mais le deviennent, sous-entendu que la féminité n'est pas une qualité impossible à soustraire mais qu'il est possible de conquérir. La femme n'est pas seulement un sexe femelle, donc, de même que l'homme n'est pas seulement un sexe mâle. On en sort grandi, sauf que l'on perd de vue ce qui fait que l'homme est homme et que la femme est femme. Ne faut-il pas simplement supprimer le verbe être de notre vocabulaire moderne? Dédicace au Socrate du Théétète, scandalisé par un tel scénario et qui vit dans cette éventualité une raison suffisante de rejeter le sensualisme de protagoras par l'absurde. Mais on s'éloigne de notre choucroute initiale, ici.
Deux points de vue:
- Simone la Péron:
Par son charisme et son goût pour l'indépendance, elle a libéré la femme de son carcan Kinder-Küche pour lui faire prendre conscience de sa condition contingente, quitte à en faire le témoin d'une liberté d'action infinie qui risque de donner le tournis ou filer l'angoisse. N'est pas Camus qui veut, alors sauve qui peut.
- Simone la péronnelle:
Aussi charismatique que Péron mais aussi, surtout, aussi vide que le sens de ses discours. Une chienne pour ce qu'elle avait d'aboyante et de violent, très disposée à casser les noix au sens propre ou castrer tout mâle susceptible de lui barrer la route. Une route qu'elle disait sans direction ni sens, existentialisme de l'absurde oblige, mais qui servait avant tout à satisfaire sa volonté de jouir de tout et de tout ce qui l'arrangeait sous couvert de spéculation philosophique made in Rive Gauche.
Subversion sincère, ou perversité malhonnête? Répondre à cette question supposerait que l'on justifie pour de bon la relation entre existence et essence, entre classe féminine et classe masculine, entre nature et culture ... entre intension et extension, entre épluchage et patates à éplucher. Peut-on faire son choix autrement qu'en termes d'intérêt socio-économique strictement contingent?
Une stricte égalité paritaire entre hommes et femmes n'est peut-être qu'une affaire de fair-play ou d'équilibre arithmétique magnifié en termes de sens de l'existence ou de liberté à conquérir. Je ne sais pas si la place de la femme est davantage au fourneau ou dans un conseil d'administration, si le monde peut être autre qu'il n'est ou s'il n'est qu'un incessant droit du plus fort modéré pour des raisons stratégiques de temporisation des humeurs. Je sais que Simone a aboyé pour se faire son territoire et, avec elle, celle de ses congénères femelles pas toujours femmes malgré les apparences contraires. Il reste à savoir ce que peut être une femme si elle ne se réduit pas à la femme, et de même pour la distinction entre homme et mâle.
Il y a des classes que l'on invente pour dissimuler ou, pire, faire oublier d'autres bien plus robustes: le sociologue Alain Soral ne cesse de crier que la guerre des sexes n'est qu'une invention de capitalistes destinée à remplacer la lutte des classes économiques prolétaires-patrons par une lutte des sexes hommes-femmes. Battez-vous entre genres biologiques au nom d'une nature qui reste à construire: il y a des châteaux que l'on construit sur du sable; il y a des classes que l'on cite sans source. La femme de Simone existe-t-elle? Il y a un genre humain, biologique celui-là et qui mettrait bien tout le monde d'accord si le débat n'était pas tant à orienter du côté des mondes pratiques que des mondes possibles.
C'est sur ce point que j'aimerais finir mon assiette de choucroute: on ne cesse de vouloir reléguer aux oubliettes les affaires de racisme, de sexisme et de toute discrimination que ce soit à coups de possibles inactualisés ou de dominateurs bas du front incapables de penser les choses autrement qu'elles ne sont par ce qu'ils les font. Un autre monde serait possible, donc celui-ci n'est pas le seul concevable. Affaire classée, amen. Et après? Et si le modèle femme au fourneau et homme au travail était le meilleur des mondes possibles, à défaut d'être le seul possible? On dit des mondes possibles qu'ils sont accessibles à la réalité; encore faut-il qu'on s'y résolve et que l'accession vaille la peine d'être essayée. Autant dire que l'existentialiste humaniste comme célébration du possible sur le réel n'apporte pas beaucoup d'eau à notre moulin, celui de justifier la parité homme-femme et à supposer que l'on ai compris la distinction entre les deux concepts asexués. Il y a des jeux conceptuels qui feraient peut-être mieux de se perdre tant qu'ils ne sont pas capables d'assumer pas les conséquences de leur discours. Ou alors, bas les masques et que ces jeux de femmes en devenir finissent par avouer leurs véritables intentions socio-économiques: égalité des salaires et droit de jouir de la vie comme tout le monde des couillus, ce qui sonne moins philosophique mais apparaît d'autant plus honnête à dire. Simone déclarait que l'indépendance salariale était la condition minimale, c'est-à-dire le début d'une possible lutte pour la libération de l'être vaginal; elle en constituerait la fin, peut-être aussi.
Pour faire bref sans l'avoir été ici: le débat vivifié par Simone est plus une affaire de valeurs possibles que de possible tout court. Il y a des états de choses que l'on imagine révocables mais que l'on ne souhaite pas voir révoqués; le racisme n'est pas qu'une affaire de réduction du droit au fait, argument si facile macéré par les bonnes consciences aux panses bien remplies. Que tout soit possible ne signifie pas que l'altérité prévaut sur l'immutabilité, pour qui veut faire dans le discours fumeux et néanmoins synthétique. Mouvement, ou repos? Altérité, ou identité? Un problème de valeurs morales plus que de valeurs de vérité ou de goûts et de couleurs ...
C'est pourquoi je préfère me taire et m'enfoncer de nouveau dans mon scepticisme justifié: je ne sais pas si de Beauvoir eut raison d'aboyer avant que ses chiennes de garde ne prennent le relais; je crois du moins que « les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit », l'oeil méprisant tourné vers la plus chevaline des chiennes de garde Isabelle Alonzi-Alonzo (au fourneau?). Laquelle n'a pas ignoré le fond de commerce que peut représenter une posture féministe en période d'humeur paritaire. Cause toujours et vide tes poches, car le compteur tourne et tu n'es pas immortelle ici-bàs.
Citation de mâle dominateur, qui plus est frustré? Si tu le dis, Simone ...
Et puisque tout ferait mieux de toujours finir en musique, retour tout d'abord aux années 80 et l'annonce d'un "Troisième Sexe" par Indochine (1985-6):
Je poursuivrai par un choix plus personnel mais tout aussi lié au thème du brouillage des classes: un bien bon "Pure Morning" de Placebo (1998) et son très androgyne Brian Molko, quoique moins que le bien plus sexy Brett Anderson des anciens suaves de Suede.
Et parce que jamais deux sans trois, je conclurai par un choix encore plus personnel et contemporain: "The Men" de Covenant, dont je me suis gavé tout l'été durant pendant la préparation de mes conférences chinoises et dont le discours fait quelque peu tâche ici mais n'est pas à prendre au premier degré. Les protagonistes sont scandinaves (Suédois), secteur pour le moins paritaire et qui les exempte donc de toute accusation d'essentialisme identitaire.
On peut utiliser le verbe "être" sans tomber dans la prédication nécessaire. Un peu de calme, mesdames; prenez du recul et continuez donc votre lutte pour la liberté créatrice. Car peu me chaut, tant que le son prévaut. Les ondes n'ont pas de sexe, "elles".