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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
"All you need is love", ont dit les Beatles.
Certes, mais pourquoi et comment? C'est une bonne habitude philosophique que de jouer avec les chiasmes pour attirer le lecteur hésitant; pour le meilleur et pour le pire. Je crois que la procédure s'impose ici, et pour de bonnes raisons liées à un sujet sacré. Commençons par de la musique: du Beatles, mais un autre morceau que celui indiqué ci-dessous (trop entendu, trop connu). Un bon "Dear Prudence", plutôt, de la période expérimentale du "White Album" qui m'a laissé les meilleurs impressions sur ce groupe jusqu'à présent:
Ce n'est pas là un problème de philosophie répertorié officiellement sur ce blog, bien qu'il mérite notre détour à tous et plutôt deux fois qu'une: l'amour, sans majuscule mais sans tomber pour autant dans une basse affaire (ou une affaire basse, géographiquement parlant) de capotes usées.
Qu'est-ce que l'amour, ou qu'est-ce qui nous incite à ressentir cet "état mental"? Les termes sont mal choisis mais les effets ne sont pas moins étranges. Pour savoir ce qui distingue l'état amoureux de l'état d'excitation physiologique strictement réductible à un problème de production avancée de testostérone, je m'aventurerais à dire ceci:
L'amour est l'état mental dans lequel on ressent le besoin de quelqu'un d'autre, sous-entendu: où l'on ne se suffit plus à soi-même.
Le misanthrope flirte souvent avec le narcissique, puisqu'il se suffit à lui-même et partage une formidable aventure réflexive avec un moi aussi intérieur qu'extérieur. Non pas qu'il faille toujours en revenir à des classiques de philo pour comprendre la vie, et j'en sais quelque chose (c'est-à-dire peu): mais je retiendrai un passage du Banquet de Platon, dans lequel Socrate propose comme définition de l'amour le désir de ce que l'on n'a pas.
Désir: le mot est lâché. Cela veut-il dire que l'amour n'est rien d'autre qu'une forme exacerbée de désir? Car on ne désire pas un homme ou une femme comme on désire un Paris-Brest en période d'hypoglycémie, mais plus ou mieux encore.
Petite pause analytique.
Hypothèse 1: soit l'amour implique le désir sans lui être équivalent, et l'on dira que le second est une condition nécessaire mais non suffisante du premier:
(amour => désir) dans tous les cas, mais pas (désir => amour) dans tous les cas
Hypothèse 2: l'amour équivaut au désir, auquel cas le second est nécessaire et suffisant pour le premier:
(amour => désir) & (désir => amour), donc (amour = désir)
C'est l'hypothèse 1 à laquelle la majorité semble se conformer, par opposition aux casanovas ou don juans qui, pour leur part (la bonne), s'accrochent au wagon numéro 2 et ne voient rien d'autre dans l'amour qu'une affaire de désir.
Arrêtons-nous sur ces deux types de personnage, que l'on caricature en chauds lapins parce qu'ils ne réduisent pas le désir au simple état de condition de départ de l'amour. Le départ et la fin, bien plutôt. Fussent-ils à plaindre ou à envier dans leur approche des choses, toujours est-il qu'ils témoignent d'une parfaite cohérence dans leur comportement de supposés salauds en manque de probité. Objection, monsieur le commandeur pétrifié: pourquoi s'attacher à la promise une fois qu'elle a prêté serment, et comment l'amour ne s'effacerait-il pas après coup(s) s'il n'est et n'était rien d'autre que le désir alors consumé? Rien que de très logique chez ces messieurs volages et plus que cela, dès lors que l'amour ne réside pas dans la cible du tireur à l'arc mais dans la trajectoire de la flèche. Sans aucun mauvais jeu de mots ci-contre, d'autant plus que la métaphore du tir sera reprise pour expliquer autre chose dans un autre billet. Conclusion toute provisoire du marquis de Sade: si amour = désir, le second est non seulement nécesssaire mais suffisant pour avoir le premier.
Résultat des courses? Si l'amour n'existe plus lorsque le désir est consumé, puisqu'il est une forme de désir et rien de plus alors, autant dire que le sexe est ce qui permet au couple de perdurer plus que d'apparaître. A moins que le conjoint se découvre des talents de cuisinier, confident, homme de ménage ou réparateur de câble TV, mais la raison est plutôt légère. L'hypothèse est intéressante ici, puisqu'une certaine opinion commune pencherait plutôt à dire que le sexe provoque ou stimule l'amour mais ne fait que le précéder. ''Au commencement était la paire de fesses ou le petit cul moulé dans le jeans; puis vint l'amour véritable, ou chacun apprit à se connaître de l'intérieur''. Il se peut que la connaissance des tripes de l'Autre majuscule ne soit en vérité qu'une minuscule excuse pour dissimuler à sa conscience de fausses raisons de maintenir un couple sur une fine pellicule de glace. Il y a peut-être ici sophisme sous roche (auquel peuvent s'accrocher les moules, notez encore), puisque l'amour peut être une forme de désir sans être d'ordre sexuel. Et puisque deux désirs d'ordre différent peuvent ne pas être équivalents et, donc, ne pas être satisfaits simultanément, assimiler amour et désir ne fait pas du premier une simple affaire de baise. Que l'on doive désirer en amour pourrait s'expliquer par des motifs plus cérébraux, et c'est tant mieux pour les retraités que la nature laisse finalement taris.
La dernière solution et la plus rassurante, le choix de l'hypothèse 1, consisterait à croire que l'amour a besoin du désir comme catalyseur avant de s'envoler vers des sphères plus intelligibles, entendez: vers une relation moins matérielle et plus propice à l'osmose. Hormis des questions de convention sociale, de qu'en dira-t-on de mon galon, de phobie de la solitude ou de descendance à perpétuer dans les règles de l'art, on en serait à se demander ce qui distingue l'être aimé de l'ami fidèle ... sinon une paire de fesses ou un petit cul moulé dans le jeans. Retour à la case départ, si l'amour ne se conserve que par ce qui le cause tout d'abord tout en se faisant oublier ensuite. Soi-disant.
Amour, désir, peur d'être seul, envie de bonnes fins de mois ... osmose, découverte de sa moitié manquante, complémentarité d'egos incomplets ... besoin d'avoir besoin, envie d'avoir envie. Mieux vaut s'arrêter avant de revenir à Peter à Sloane. Mais la pierre est jetée dans vos faces et je vous invite à me la relancer. Car le jeu en vaut plutôt la chandelle s'il permet finalement de jeter Casanova aux oubliettes ou de le célébrer en visionnaire lucide.
Je me retrouve totalement dans cette définition toute provisoire: l'amour est doublement indissociable du malheur parce qu'il suscite le besoin d'être avec la personne aimée et qu'il nous révèle ce que nous ne pouvons offrir à nous-mêmes. Contorsionnistes inclus, même si la précision est inutile puisqu'il n'y a rien de sexuel dans tout ceci; simplement l'idée selon laquelle l'amour est un état idéal dans lequel deux personnes se complètent et s'apportent mutuellement ce dont l'autre a besoin. "Besoin de rien, envie de toi"? Contradiction dans les termes, chers Peter et Sloane. (Dieu vous garde, et nous préserve de vous rendre).
Moralité: chercher l'"âme soeur" prend tout son sens s'il signifie par là la partie complémentaire, supposée essentielle et indispensable afin de trouver un équilibre, une harmonie. Ne tombons pas dans l'ambiance zen à deux centimes d'euros pour autant: je parle d'harmonie pour celui ou celle qui, victime de ce sentiment d'insuffisance que je caractérise par l'amour, trouve une solution dans ce qui lui pose problème. La cristallisation n'est qu'un autre de ces phénomènes paradoxaux dans lesquels on se voit chercher ce qui risque de causer notre perte.
J'ai d'autant plus de compétence pour parler de ce sujet que je suis célibataire, pourriez-vous me dire si le fiel coule en vous comme la bière à Mutzig une fois de l'an. Mais je crois me retrouver assez bien dans cette interprétation de l'amour, s'il signifie à la fois le besoin d'un autre et la nécessité de vivre avec pour satisfaire un besoin inassouvi. Je ne parle toujours pas de sexe, ici, mais d'un besoin assez étrange qui me semble difficile à cerner. De quoi a-t-on besoin au juste chez cet autre, entre une paire de ce que vous voudrez (formule valable pour les deux sexes, notez bien) et une simple compagnie susceptible de briser le risque de monotonie suicidaire?
Grosse question pour une affaire bien courante.
En hommage à toutes celles qui n'ont pas encore trouvé le Leur(re) et cherchent toujours leur prince sans savoir au juste pourquoi ni comment ni où, je préfère laisser la place au spécialiste des embarras du coeur, j'ai nommé Monsieur Elie. Et merci pour Elles:
On n'a qu'une vie, peut-être; il n'y a pas qu'une seule ligne droite à suivre, sans doute; on ne sait pas laquelle est la bonne, c'est certain. On n'est pas sortis de l'auberge, donc. Et c'est tant mieux.