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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
Il est un département que l'on appelle la Moselle, numéroté 57 ... et dont Nancy fut autrefois, avant que l'annexion prussienne de 1871 découpe la Lorraine historique en de nouvelles administrations qui républicaine, qui impériale.
Il est une région naturelle que l'on appelle la Moselle ... partagée entre des frontières politiques (France, Luxembourg, Allemagne) mais reliée par quelques communautés de langue et de population, parmi lesquelles le Platt et de lointaines origines Médiomatrices. Mobilité du travail et tectonique des plaques aidant, la seconde communauté n'est plus aussi visible et l'immigration ouvrière a apporté son lot de "Ritals" et "Polaks" aux bassins houiller et minier de la Fensch (secteur de Hayange), de l'Orne (secteur de Rombas-Gandrange-Moyeuvre), puis de la Moselle plus à l'Est et plus proche des territoires germaniques (Boulay-Carling-Forbach).
Certes, la Lorraine s'est fait entendre par sa sidérurgie et ses ouvriers dupés par l'homme à la rose, lorsqu'un vent de colère avait déferlé sur Paris courant 1982 et que les CRS avaient eu de quoi travailler du gourdin. Mais ma région ne rime pas avec terril, hauts-fourneaux et fumées d'usine. Lavilliers n'a pas fait le tour de la Lorraine, si loin de là avec ses travailleurs aux mains d'or de la "Fensch Vallée"; il n'a pas semblé apprécier le "Buffet de la gare de Metz", à en croire ses couplets mi-figue mi-raisin sur la mentalité des gens de mon coin à moi.
Mais peu importe ce qu'a dit ou pense le Stéphanois: gloire à lui pour sa ballade mortifère de 1989: "On the Road Again", et qu'il me permette de laisser quelques souvenirs encore présents de ma Moselle linguistique.
Celle de ma mère et de mon père: des petits commerces de la Place Saint Louis et de la chère rue Coffe Millet de ma non moins chère maman, où l'on parlait encore le dialecte germanique il n'y a pas si longtemps: je parle toujours du Platt, ici, dialecte de la région de Sarreguemines-Saint Avold et que le Hochdeutsch protestant n'a fait que reprendre plus au Nord; celle de mon père le Plappevillois, dont le père était né Allemand et n'a jamais cessé de taquiner la gutturale pour converser avec son frère (= mon oncle; soyez à ce que dis, Schweinehund!); celle d'un pays que bien des Français regardent avec l'oeil inquisiteur et que l'on a traité longtemps qui comme une victime de la barbarie germanique, qui comme la lie collabo de la France cocardière et éternelle.
Et moi, dans tout ça: nulle part. Ni nostalgique d'un temps que je n'ai pas connu, ni honteux d'une époque que je n'ai pas endurée. On ne tire pas sur les ambulances, dans ma famille, surtout lorsque l'épuration a vu des pauvres types se faire taillader au nom d'une souffrance nationale qu'il fallait bien soulager pour compenser avec de douteux hauts-fonctionnaires maintenus en l'Etat. Mon grand-père n'a pas crié "vive la France" lorsque Marianne a repris ses quartiers d'hôtel de ville et que le clairon a balancé sa purée patriote tous les 11 novembre et 8 mai. Mon grand-père n'était ni Français, ni Allemand; il était Lorrain, il était ce qu'il vivait et cela lui a bien suffi pour se faire aimer des siens.
Lorrain, entendez: Mosellan, lotharingien ou Médiomatrice ... ce billet s'adresse aux Leuques qui s'ignorent et aux moqueurs qui, sous prétexte d'avoir "été faits gagner la guerre", dégoulinent de fritzeries ou insultes en termes de casque en pointe pour mieux railler le frangin de l'Est. J'ai vu ma ville, je la vois encore; j'ai constaté ce qu'elle était puis devint en période d'occupation prussienne ... alors oui, gardez-la votre Lorraine romane et aimez-la comme il vous semble bon d'aimer sans détester les autres. La chose vous semble difficile, la dent est encore dure contre le voisin à gutturale qui se perd mais ne s'oublie pas toujours.
La preuve: je me suis égaré, le temps d'un billet d'humeur sur une improbable "mosellanité" qui n'est rien d'autre qu'une collection de souvenirs personnels. Et c'est tant mieux, car un prochain billet portera sur le passage des sentiments particuliers à l'homme en général. Ou comment tenir compte de sa Mutterpsrache sans perdre de vue ce que nous aurions pu être mais ne sommes pas ...
"Muttersprache", le mot est lâché. A destination de tous les Mosellans incrustés dans la glaise qui, comme moi, se retrouvent dans la majorité des conventions&expressions qui suivent:
Si tu es fier de tes 2 jours fériés de + que le reste de la France...
Si pour toi aussi les cours de religion étaient obligatoires au primaire...
Si tu dis de qqn qu'il a du 'schpeck'...
Si tu mets des déterminants devant les prénoms des gens...
Si tu 'spritzes' du lave-vitre pour laver tes carreaux ou du liquide lave-glace pour ton pare-brise...
Si tu sais ce que sont une 'rackia' et un 'racklo'...
Si au moins un de tes amis s'appelle Muller ou Schmidt...
Si pour toi le Luxembourg ou l'Allemagne c'est pas l'étranger parce que tu y vas toutes les semaines...
Si tu as déjà mangé des 'knepp'...
Si tu ne comprends pas pourquoi on te reproche de dire 'ui' et pas 'oui'...
Si tu fermes la lumière...
Si tu fais un 'flot' avec tes lacets ou sur les paquets cadeaux...
Si tu 'clanches' ta porte...
Si la seule piste de ski indoor de France est dans ton département...
Si tu as un 'katz' et pas un chat...
Si tu dis 'oyéééé' quand tu es surpris ou déçu...
Si tu demandes aux gens si 'ça geht's?'...
Si tu dis 'besch nexte mol'... (bon d'accord ça vous êtes pas tous obligés de connaître)Si tu prends tes outils dans le 'stahl'... (et ça c'est pas obligatoire non plus mais quand même c mieux de le dire)
Si toi aussi tu manges 'entre midi' et pas 'entre midi et 14h'...
Si tu aimes manger des 'Spritz'...
Si tu prends un 'Stück' et pas un morceau...
Si tu mets un 'stampel' et pas un tampon...
Si tu dis que quelqu'un est tout 'klatz' et pas qu'il est chauve...
Si tu es 'getz' et pas content...
Si tu demandes à qqn de sortir en disant 'Raus'...
Si tu manges des 'shneck' et pas des 'pains aux raisins'...
MAIS si pour toi UN 'schneck' et UNE 'schnek' c'est pas du tout pareil !!
Si tu bois un 'baron' et pas une pinte...
Si tu fumes des 'schmers' et pas des 'clopes'...
Si tu ne dis pas vite mais 'schnell!'...
Si tu fais de la 'boulibatsch' et pas de la gadoue...
Si tu prononces le T de 'vingt' parce que le 'vin' ça se boit c'est pas un nombre!...
Si tu 'ratches' avec tes potes...
Si tu as déjà dit qu'une personne est une 'quetsche'...
Si le saint nicolas venait dans ta salle de classe au primaire...
Si tu as de la 'schnudel' qui coule du nez...
Si tu avais peur du père fouettard...
Si pour toi les allemands sont des 'Spunz'...
Si quand ça pue tu dis que 'ça schmek'...
Si un sale jeune est un 'raoudi'...
Si tu dis que tu 'fais bleu' et pas que 'tu sèches les cours'...
Si tu dis 'comment qu'c'est?' et pas 'comment tu vas?'...
Si tu ne dis pas 'moineau' mais 'Spatz'...
Si tu bois du 'schnaps' et pas de 'l'eau de vie'...
Si tu sais ce que veut dire 'narreux'...
Si tu connais 'la reine de la Mirabelle' et 'les Fraises de Woippy'...
Si tu sais ce qu'est le PLATT...
Si tu bois un 'shlouk'...
Si tu demandes aux gens de fermer leur 'schness' ...
Si étant petit tu devais mettre tes 'schlapp' pour ne pas salir tes chaussettes...
Si tu as déjà mangé des sandwich chez 'Steinhoff'...
Si pour toi il commence à faire chaud à partir de 15°C...
Si tu as déjà allumé ton chauffage au mois de mai...
ALORS TU VIENS DE CE MERVEILLEUX DEPARTEMENT QU'ON APPELLE LA MOSELLE
Pas de fierté mal placée (à quel titre?). Rien que de l'affect, de l'affection pour ce qui constitue une partie de notre vie commune, en bons ou mauvais Mosellans que nous sommes ...
"We are what we are; that's the way it's going to be". Bien dit, Bob, comme quoi on peut parler du Platt et garder un oeil sur la Jamaïque. Particulier et universel, unissez-vous dans un prochain billet.
D'ici là, un petit détour du côté de la Tartan Army et l'hymne sportif de l'Ecosse: "Flower of Scotland", composé par les Corries dans les années 60 en l'honneur d'un temps ou le Picte avait bouté l'Anglois hors de ses terres ... à vous arracher les larmes et les tripes
... bouté à tort, à raison? On s'en fout: le coeur est là, les larmes chaudes coulent pour réchauffer les coeurs et le gamin se sent proche des siens lorsque la pinte remue au gré des strophes collectives. Que des impressions, et au diable la géopologique moralinante dans ces circonstances. Irénistes et diplomates cadavériques: même combat. On ne pleure pas pour Marianne, que je sache. On pissa du sang par régiments entiers envoyés au casse-pipe. Qui sont les barbares, chers frères romans? Le voyou qui frappe et défend ses potos? L'iréniste qui aime l'humanité pour mieux se dispenser de serrer la main à son voisin? Ach Gott, laissons cela pour plus tard.
Ma Lorraine est gre-nat, et elle le res-te-ra! Dans mon coeur, et c'est bien suffisant tant qu'il marche.