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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
Une autre personnalité du petit monde philosophique m'a fait le plaisir de répondre à chacune de mes sollicitations: George Englebretsen, professeur à l'Université McGill de Montréal (la même que celle de Mario Bunge, pour qui lit les commentaires) et spécialiste de la logique ancienne défendue par Fred Sommers.
Son cheval de bataille: montrer à rebours d'une histoire de la logique où seuls les vainqueurs ont raison (comme pour toute autre sorte d'histoire, bien sûr) que la logique moderne ne constitue pas la panacée. Contre l'approche fonctionnelle selon la tradition Frege-Russell, il serait bon de revenir à la logique des termes d'Aristote et de proposer un autre symbolisme, d'autres règles de formation des énoncés pour améliorer notre présentation formalisée des langues naturelles.
Je renvoie pour ceci à un ouvrage de M. Englebretsen: Logical Negation , éd. Van Gorcum (1981), 77 pp., dont je m'étais servi cet été afin de parfaire un cours sur la négation logique (ce qui tombait bien, vu le titre).
Mais c'est sur la proposition négative et son rapport aux vérifacteurs que je vous embarque à nouveau ici: c'est que le Professeur ne s'est pas contenté de titiller la logique mais a réfléchi également sur l'ontologie qui l'accompagnait chez Aristote. Voire chez d'autres, d'où quelques autres travaux de son crû sur les "faits bruts" et la constitution du monde en termes de relations d'objets et de faits constitutifs.
Ma saga, dans tout ça? Voici ce que G. Englebretsen pense de la question posée précédemment à Greg Restall:
Quant à l'affirmation selon laquelle les propositions fausses sont simplement des propositions qui ne sont pas rendues vraies par un vérifacteur, j'éprouve une grande sympathie pour elle. Il n'y a évidemment pas de ''faits négatifs'' qui rendent vraies ces propositions. Je considère que lorsqu'une proposition (négative ou autre) est vraie, elle est rendue vraie par un fait (vérifacteur). Il s'ensuit que pour toute proposition vraie donnée, sa contradictoire sera fausse (n'est pas rendue vraie par un fait).
Pas de quoi produire un dialogue, pour l'instant, car j'attends encore les commentaires de M. Englebretsen sur ma dernière réplique à Jago-Jedai. Et cela dit, un détail du passage ci-dessus mérite déjà un petit arrêt-pipi:
Une proposition p qui n'est pas rendue vraie par un vérifacteur est fausse. Symboliquement: ~Ea => F(a,p)
Ceux qui ont lu mon dernier article contre Jago sauront à quoi je m'en tiens: pas à cette inférence, en tout cas, puisque l'absence de fait pour p n'implique pas chez moi la vérité de ~p. La fausseté exige pour ma part l'existence d'un fait pour la vérité de ~p, et ce qui distingue Englebretsen de moi-même tient une fois encore aux conditions d'assignation de vérité et de fausseté d'une proposition. Il faut un fait pour moi, il n'en faut pas toujours pour Englebretsen, Jago et Bourne.
Notez toutefois que M. Englebretsen prend le problème dans un autre sens que celui de la vérité des propositions négatives: il parle de la fausseté de propositions affirmatives, et ce choix ne me semble pas accidentel.
Pour la raison suivante: Aristote admettait deux formes de négation, que Englebretsen a qualifiées de "contraffirmation" et "dénégation" (= denial, en anglais). Dans le premier cas, le locuteur affirme que "Chirac n'est pas un clown"; dans le second cas, il nie que Chirac le soit. La différence est parfois mince, mais pas toujours puisqu'il devient insensé d'affirmer une proposition négative lorsque le terme sujet n'existe tout simplement pas. Il est insensé ou dépourvu de sens d'affirmer aujourd'hui que "Le 342e Président de la République Française est un clown", alors qu'il est parfaitement vrai de nier qu'il le soit puisque ce 342e n'existe pas encore.
En bref: les conditions de vérité d'une contraffirmation et d'une dénégation diffèrent lorsque le terme sujet est vide, i.e. ne dénote rien d'existant. Or c'est précisément le cas pour les propositions portant sur un fait indéterminé: il n'y a rien sur quoi la proposition porte déjà, donc il est à la fois insensé d'affirmer la veille qu'une bataille navale aura lieu la veille (sauf si l'on est fataliste ou que l'on souscrit plus généralement au déterminisme des événements futurs) et vrai de le nier. Au sens d'Aristote, en tout cas.
Moralité: si nier que la bataille navale ait lieu donne quelque chose de vrai, l'affirmer devrait donner quelque chose de faux.
Englebretsen a-t-il finalement montré que j'ai tort et que les Jedais ont raison: que la négation d'une proposition p portant sur un fait indéterminée peut être qualifiée de vrai, dans la mesure où p peut être qualifiée de fausse?
NON!!! Je résiste toujours et encore à cette idée d'assimiler vérité et fausseté à toute proposition qui ne dénote rien et parle d'un fait encore inexistant, qu'il ait lieu ou qu'un autre fait incompatible lui barre la route de l'actualisation.
Il me semble que la dénégation dont parle Englebretsen est un acte de dfscours: il est juste ou correct de ne pas affirmer quelque chose sur un sujet qui n'existe pas. Je renvoie ici à l'approche de Strawson en termes de présupposition existentielle comme condition minimale de vérité ou fausseté d'un énoncé. Et puisqu'un dessin vaut souvent bien mieux que de longs discours (un peu tard pour le constater, ici), voici une comparaison des approches épistémique et ontologique de la vérité, dont Bourne m'avait reproché de faire un mélange confondant et de l'associer injustement à Bourne. Je placerai la dénégation d'Aristote dans la théorie épistémique, partie "incorrect" (valeur d'une déclaration, qu'il ne faut pas confondre avec la valeur de vérité d'une proposition).
Théorie épistémique CORRECT INCORRECT
Théorie ontologique
VRAI NI VRAI NI FAUX FAUX
NON-VRAI
Théorie modale
NECESSAIRE CONTINGENT IMPOSSIBLE
NON-NECESSAIRE
La répartition des valeurs se fait sur deux étages, et la théorie épistémique ne contient que deux valeurs possibles qui sont la correction et l'incorrection. Ce qui n'est pas sans rapport avec la thèse de réduction de Suszko (cf. "Problème Philosophique n°1", mais j'y reviendrai plus tard).
Une théorie formelle des valeurs de vérité permettrait d'apporter un peu d'éclairage et de distinction entre les différentes interprétations que nous avons des valeurs de vérité. Ce qui constitue précisément mon projet postdoctoral, avec l'appui de M. Englebretsen mais sans admettre ses règles de valuation pour autant.
Je m'en tiendrai une fois encore à ceci:
T(a,~p) = F(a,p)
E!a => F(a,p), où a est un fait incompatible avec ce qui permettrait de rendre p vraie.
Il me faut donc quoi qu'il en soit un fait sonnant et trébuchant pour attribuer qui la vérité, qui la fausseté à une proposition, qu'elle soit affirmative ou négative. Attribuer la vérité à une négation, c'est restaurer la distinction que j'avais faite contre Bourne entre "être vrai" et "dire la vérité".
Je m'en tiendrai là pour l'instant, parce qu'un match de ping m'attend dans une heure et que je vais être foutrement en retard. Comme toujours, mais ce ne sont là que des contingences devant l'essentiel qui suit. La musique, avec un bon Basement Jaxx qui déchire son espèce naturelle: