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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
Il n'y a que deux jours de cela, j'ai pu constater à quel point la lucarne peut passer de consternante à remarquable lorsqu'elle y met du sien. Encore que le jugement d'appréciation ne tienne qu'à moi, mais c'est bien cela que l'on me permet de faire en démocratie. Démocratie, ou le pouvoir de causer toujours tant que les SMS tombent et rapportent aux chaînes si soucieuses de la doxa rentable. C'est de bonne guéguerre car, après tout, l'économie de marché n'est-elle pas le pire des systèmes économiques à l'exception, bien sûr, de tous les autres. Je m'arrêterai ici, faute de pouvoir comparer avec d'autres rapports de force que je n'ai pas encore ni n'aurai peut-être jamais l'occasion de tester.
Remarquable, disais-je, au sujet d'une émission pas trop tardive pour mes paupières et que France 3 diffuse en seconde partie de soirée, entre deux feuilles de chou de la jolie nièce de l'autre cireur de pompes professionnel. L'émission s'appelle "Ce soir ou jamais" et, franchement, j'ai apprécié le niveau de discussion auquel se sont mêlées plusieurs femmes féministes un mercredi soir, car il y a loin de la "femme féministe" au truisme. Bien plus qu'aux truies, mais c'est sans doute ici le porc de macho qui parle en moi; je renvoie toutefois à ma loi des propensions, cette tendance ni déterministe ni purement contingente mais qui expliquerait pourquoi les rombières poilues ont bien des raisons de défendre une cause lorsque la Nature leur interdit de pouvoir jouer sur l'autre tableau, celui des jeux de séduction moins cérébraux.
Que les amateurs de "faut pas généraliser", "c'est pas toujours le cas" et autres expressions soulageantes pour la conscience d'avance gênée se félicitent d'avance: les femmes présentes sur le plateau étaient non seulement subtiles dans leurs arguments mais séduisantes dans leurs traits de visage et leurs gestes d'analystes. Certes, je reste plus attiré par l'innocence sensuelle de la pouliche béate que par la voix pétaradante et péremptoire d'une Simone de Beauvoir au regard de Kalachnikov. Mais force est de constater que l'on peut être jolie sans être superficielle, et il ne suffit pas de le dire poliment pour le croire vraiment. J'ai regardé, j'ai constaté, j'ai acquiescé ... la femme qui devient telle et conquiert son autonomie, la féminité qui se construit et ne se donne pas pour rester menottée aux fourneaux ... rien que de très connu, mais c'est dans les détails apportés sur les réflexes machistes que l'émission a pris tout son intérêt. D'autant plus jubilatoire pour les neurones qu'elle a donné l'occasion de découper en fines tranches miss Sylviane Jospin-Agacinski, égérie féministe sur d'autres plateaux (Arte, une semaine plus tôt) et qui avait parlé d'une sensualité inhérente à la femme parce que disposée à porter l'enfant et, donc, à faire preuve de plus de douceur que le poilu viril. Si ce n'est pas là un discours déterministe contraire à la logique féministe ...
Encore que ... on pourrait défendre la femme de l'ex-trotskyste en parlant de propensions à la douceur plutôt que de détermination naturelle; mais le plateau de France 3 n'a pas fait cette distinction de principe, sans que cela n'enlève rien au mérite de son présentateur. Même combat le lendemain de l'émission: invitation du premier producteur des Pink Floyd pour la sortie de son livre sur l'ambiance hippie des années 60 et son influence sur les mentalités publiques.
Pink Floyd: très bien, ce qui me donne un prétexte pour diffuser le premier morceau connu du groupe de Syd Barrett (un nom prédestiné, pour le moins), avant que celui-ci ne parte en sucette et laisse la place encore chaude à Roger Waters. "Arnold Lane", de suite:
Vestige d'une époque psychédélique où le principe était de n'en avoir aucun, afin de repousser les limites du convenu et d'ouvrir de nouvelles portes pour la conscience. Une bien autre époque. Excellente basse de fond avec son jeu de decrescendo, excellente voix déjantée et maîtrisée de Syd ... mais ce n'est pas le sujet du billet qui, je le rappelle, porte sur la démocratie et sa tendance à nous abrutir à coups de marteaux reposants. Surtout pour le cerveau. Voici un texte que Desproges avait présenté en mars 1986 et qui, si on l'ajoute au "cause toujours" de Coluche et à la société du spectacle de Debord, nous donne une image plutôt cohérente de notre jeu de dupes quotidien. Place.
La démocratie
Est-il en notre temps rien de plus odieux, rien de plus désespérant, de plus scandaleux que de ne pas croire en la démocratie? Et pourtant, pourtant ... moi-même, quand on me demande: ''Etes-vous démocrate?'', je me tâte. Attitude révélatrice dans la mesure où, face à la gravité de ce genre de question, la décence voudrait plutôt que l'on cessât de se tâter.
Un ami royaliste me faisait récemment remarquer que la démocratie était la pire des dictatures, parce qu'elle est la dictature exercée par le plus grand nombre sur la minorité. Eh oui, réflechissez-y une seconde, c'est pas idiot. Pensez-y avant de reprendre inconsidérément la Bastille. Alors qu'en monarchie, en monarchie absolue notamment, la loi du prince refuse cette attitude discriminatoire puisqu'elle est la même pour les pour et pour les contre. Vous me direz que cela ne justifie pas que l'on aille dépoussiérer les bâtards d'Orléans ou ou ramasser les débris de Bourbon pour les poser sur le trône de France avec la couronne au front, le sceptre à la main et la plume où vous voudrez, je ne sais pas faire les bouquets ...
Mais convenez avec moi que ce mépris constitutionnel des minorités qui caractérise les régimes démocratiques peut surprendre le penseur humaniste qui sommeille chez tout cochon régicide. D'autant plus que, paradoxe, les intellectuels démocrates les plus sincères n'ont souvent plus d'autre but, quand ils font partie de la majorité élue, que d'essayer à tout prix d'appartenir à une minorité. Dans le milieu dit ''artistique'', où le souci que j'ai de nourrir ma famille me pousse encore trop souvent à sucer des joues dans des cocktails suintant de faux amours, on rencontre des brassées de démocrates militants qui préféreraient crever plutôt que d'être douze à avoir compris le dernier Godard et qui méprisent suprêmement le troupeau de leurs électeurs qui se pressent aux belmonderies boulevardières. Parce que ça aussi, c'est la démocratie: la démocratie, c'est la victoire de Belmondo sur Fellini; c'est aussi l'obligation pour ceux qui n'aiment pas ça de subir à longueur d'antenne le football et les embrassades poilues de ces cro-magnons décérébrés qu'on a vu s'éclater de rire sur le charnier de leurs supporters. La démocratie, c'est aussi la loi du Top 50 et des mamas gloussantes reconverties en dondons tisanières. La démocratie, c'est quand Lubic, Mozart, René Char, Reiser ou les batailleurs de chez Polack, ou n'importe quoi d'autre qu'on puisse soupçonner même de loin d'intelligence est reporté à la minuit pour que la majorité puisse s'émerveiller dès 20h30 en rotant son fromage du soir sur le spectacle irréel d'un béat trentenaire figé dans un sourire définitif de figue éclatée, et offrant des automobiles clefs en main à des pauvresses arthritiques sans défense et dépourvues de permis de conduire.
Cela dit, en cherchant bien on finit par trouver au régime démocratique quelques avantages sur les seuls autres régimes qui lui font victorieusement concurrence dans le monde actuellement, ceux si semblables de la schlag en botte noire ou du goulag rouge étoilé. D'abord, dans l'un comme dans l'autre, au lieu de vous agacer tous les soirs entre les oreilles, je fermerais ma gueule en attendant la soupe dans ma cellule aseptisée. Et puis aussi dans l'un comme dans l'autre, chez les drapeaux rouges comme chez les chemises noires, les chefs eux-mêmes ont rarement le droit de sortir tout seul le soir pour aller au cinéma du coin bras dessus bras dessous avec la femme qu'ils aiment. Les chefs des drapeaux rouges et les chefs des chemises noires ne vont qu'au pas cinglant de leurs bottes guerrières, le torse pris dans un corset de fer à l'épreuve de l'amour et des balles. Ils vont, tragiques et le flingue sur le coeur; ils vont, métalliques et la peur au ventre vers les palais blindés où s'ordonnent leurs lois de glace. Ils marchent droit sous leurs casquettes, leurs yeux durs sous verres fumés, cernés de vingt gorilles pare-chocs qui surveillent les toits pour repérer la mort.
Mais la mort n'est pas pour les chefs des drapeaux rouges ni pour les chefs des chemises noires; la mort n'est pas aux fenêtres des rideaux de fer. Elle a trop peur ... La mort est sur Stockholm; elle signe d'un trait rouge sur la neige blanche son aveu d'impuissance à tuer la liberté des hommes qui vont au cinéma, bras dessus bras dessous, avec la femme qu'ils aiment jusqu'à ce que mort s'ensuive.
J'en connais personnellement qui se retrouvent dans ce texte et préféreraient une monarchie constitutionnelle à notre république démago, d'autant plus sujette à caution qu'elle permet à quelques-uns de vivre sur la contribution du plus grand nombre pendant plusieurs mandats, aux frais de la Grande Putain dont nous sommes tous les responsables en chef et ne rechignons pas à profiter souvent des gâteries. Pain et jeux à volonté, le temps du moins d'un billet glissé dans la fente.
J'en connais d'autres, dont moi-même, qui préfèrent parler des hommes plutôt que des régimes mais qui, l'effort n'est pas manifeste, lorgnent du côté des Bataves ou des Ibères pour constater combien la prise de la Bastille était plus une disposition historique qu'une nécessité de l'Histoire avec un grand "H". Nous sommes encore drogués de ce mythe unificateur que l'on fait passer en douceur à grands coups de mémoire collective. Laquelle a bon dos, mais nous y reviendrons ailleurs.
La démocratie a encore des années devant elle tant qu'elle nous donnera l'occasion de produire des esprits critiques et chagrins en son sein, tant qu'elle nous donnera l'occasion de réfléchir sur l'accord des participes passés selon la place du complément ... on ne fait que causer ici, mais ce n'est pas déjà pas rien et c'est tant mieux.
Le propre du démocrate n'est-il pas de vouloir devenir libre tout en se demandant s'il en est capable ou si cela a même un sens? Je vous laisse juges de Desproges, du temps qu'il fait et de la différence peu substantielle entre le droit d'être un homme qui en démocratie par le peuple, qui en monarchie pour le peuple. Peuple: autre totem qu'il faudrait apprendre à corriger également. Ce blog est là pour ça, après tout, d'autant que la loi des SMS payants ne risque pas de faire la loi entre ces lignes et vos écrans. Faire l'effort de commenter et discuter sans voitures promises clefs en main à l'appui: un geste de démocrate qui se respecte, ou bien?
Je profite de l'occasion pour envoyer un autre passage d'anthologie des Pink Floyd: "Goodbye Blue Sky", tiré de leur album le plus célèbre ("The Wall", 1982) et qui reflète l'argument le plus couramment utilisé en faveur du régime démocratique. Conclusions hâtives et amalgames grossiers à venir, mais je reste quoi qu'il en soit admiratif devant ce morceau morbide tiré de l'enfance sans père de Waters et qui m'avait bien tourneboulé la première fois:
Face à ce gigantesque contre-hymne à la boucherie des guerres modernes, je répondrais simplement que la démocratie n'est pas un régime plus propice à défendre de la pire violence que les autres, monarchie en particulier. On risque moins de partir au casse-pipe avec une assemblée parlementaire que sous l'emprise d'un dictateur assoiffé de conquêtes, il est vrai; voter pour Briand était moins rentable pour les cimetières que voter pour Hitler, certes. Cela étant, la volonté de puissance et les conséquences catastrophiques des progrès techniques et industriels sont, elles, les véritables raisons de cette boucherie que l'Europe du vingtième siècle aura vécu comme le début de sa fin et que les démocraties n'auront pas su éviter, loin de là. La faute aux dictatures, qui ont commencé les premières? La faute surtout à la concentration progressive de moyens destructeurs jusqu'à la création de ce que le Président Eisenhower appellera le "Complexe Militaro-Industriel". Qui a lancé les armées de masse, l'endoctrinement des populations et la justification de "guerres pacificatrices" au nom de grands principes transcendantaux? Pas les monarchies et leurs Empires à têtes d'aigle menaçants, que je sache, mais bien plutôt les héritiers de notre Révolution Française et sa jolie Marianne aux joues roses, prêts à assumer les hectolitres de sang déversés en leur nom lorsqu'il s'agissait d'améliorer la nature humaine. Raisonnement de base: pourquoi ne pas éliminer des millions d'hommes imparfaits présents au nom de futurs hommes parfaits? Il y a des coups de martinet qui se méritent, il y a des épurations qui ne s'avouent pas mais qui s'expliquent dans le texte. Les amateurs contemporains de votes SMS ont ce moindre mérite involontaire de ne pas tirer de plans sur la comète, plus soucieux de sauver leur chanteur de soul favori que de s'interroger à risque sur le sort de l'espèce humaine. Ou l'avantage de ne pas s'instruire pour ne pas fomenter les pires idées, fautes d'idées généralistes à l'appui.
La socialisation des idées supérieures aux actes, voila ce que Waters a regretté rétrospectivement mais qu'il s'est contenté d'associer au Churchill de son enfance.
Assimiler la démocratie au moins pire des régimes est sans doute une erreur: une majorité qui se trompe est-elle préférable à une minorité qui vise juste? L'avantage du démocrate est de jouer sur le relativisme et de prétendre que "vox populi, vox dei". Soit ... mais qu'on ne vienne pas dire de la démocratie qu'elle est le meilleur rempart contre le nationalisme, comme le fit Mitterrand au début des années 90 pour justifier Maastricht d'un très sec "Le nationalisme, c'est la guerre". Ou l'art de conclure une démonstration inexistante par une lapalissade sur laquelle tout le monde s'accorde mais qui a peu à voir avec le sujet de départ. Je veux parler de la guerre comme castastrophe à laquelle toute politique qui se respecte doit chercher un moyen de se préserver. Mais lisez Carl Schmitt, si ce n'est pas là trop cher payer le prix d'une courte réflexion; et peut-être reviendrez-vous de ce postulat eudémoniste auquel nous sommes plus ou moins habitués et qui finit par faire le droit.
Pas plus la démocratie que la monarchie ne sont à jeter sans hésiter, d'après moi; je me contenterai seulement d'exclure la dictature pour ce qu'elle a d'atrophiant en termes de jeux cérébraux. Ce n'est pas la nature d'un régime qui donne le pire, mais ce que l'on en fait et ce que l'on peut en faire. Impossible de lever une armée de masse meurtrière à grande échelle sans concentration quasi-industrielle des pouvoirs; impossible de menacer quiconque d'une destruction de masse sans des moyens technologiques à l'appui. Plus un problème de nombre et de moyens qu'un problème de régime, donc. La quantité fait la qualité ou point trop n'en faut, pour ainsi dire.
Rousseau fit éloge de la république de Genève, on l'a moins entendu sur les conséquences d'une république hypercentralisée qu'il n'aura pas eu le temps de connaître. Un Chouan a moins de sang sur les mains qu'un sans-culotte, mais que ne tolérerait-on pas au nom de l'amélioration planifiée de l'espèce humaine et la libération des esprits par la conquête des territoires? "Mieux vaut le pouvoir de Tous que le pouvoir de l'Un?" Pas d'accord tant que l'Un garde la tête sur les épaules et ne joue pas au va-t-en-guerre suicidaire. Folie collective n'est pas incompatible avec assemblée représentative, après tout.
On n'en a pas fini avec les raisonnements simplistes de type démocratie=liberté=vie et autocratie=violence=mort. On n'a pas fini de tarir d'éloges le Clémenceau "Père la Victoire", que le proprette Françoise Giroux (féministe au rabais, parmi d'autres) avait couvert d'éloges dans un ouvrage de fortune. A quand un ouvrage sur Clémenceau le Père "Saignement à blanc des industries de la Sarre et de la Ruhr", vieux tribun mégalomane qui avait installé Adolf sur un plateau de fer à force d'accroître la frustration d'un peuple vaincu et humilié? Poursuivons ces rectifications en douceur, dans la limite de mes capacités de consommateur moyen.
Je terminerai sur deux expressions de notre bonne sagesse populaire, bien synthétiques à souhait:
- le mieux est l'ennemi du bien
- les bonnes intentions, l'enfer en est pavé.
Précision: si vous misez sur le pouvoir aux femmes comme rempart le plus sûr contre la tentation guerrière, c'est que vous n'avez rien compris à ce billet ou que vous portez une opinion contraire; auquel cas elle sera la bienvenue ici. A bon entendeur ...