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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
Comme chaque année depuis trois ou quatre, j'ai enregistré l'Année du Zapping de Canal + et suivi ainsi la rétrospective de 2007. Où l'on montrait entre autres quelques jeunes Allemands interrogés sur la Nuit de Cristal. "Was denn"? Quatre ou cinq d'entre eux regardaient le questionneur le regard effaré, comme si cette question n'était pas à leur portée ou ne pouvait pas l'être. Trop jeunes, pas assez branchés sur l'histoire ...
Faut-il s'en plaindre ou se sentir consterné par une telle ignorance? Personnellement: non, bien que je ne les en félicite pas pour autant. Je les plaindrais pour des raisons d'instruction lacunaire et non de moralité; que cela soit clairement dit d'emblée. Pourquoi beaucoup s'en plaindront-ils au nom des bons sentiments? Car tel était l'effet attendu de l'extrait du Zapping: laisser l'événement édifiant parler de lui-même, sans besoin de commentaires pour préciser le côté scandaleux de la chose. Au contraire: parlons-en de ce scandale supposé "évident", et plutôt deux fois qu'une.
Raison de la consternation réflexe: le sacro-saint devoir de mémoire auquel nous a habitué le désastre de la Seconde Guerre Mondiale. Pour que jamais plus cela ne se reproduise, pour que le mal cesse et que le bien l'emporte; je caricature à peine, même si la démarche est honorable.
Je pose la question, à vous de me répondre si l'envie vous prend de participer au débat moral: qui n'a pas appuyé sur le champignon après avoir vu des images de grands accidentés de la route? Qui n'a pas décapsulé d'autres cannettes après avoir ramassé une biture de premier choix? L'ordre d'idées est le même que celui du devoir de mémoire: il y a en nous une certaine tendance (une tendance certaine, dirais-je même) à faire preuve d'une saine amnésie pour oublier les traumatismes mémoriels et mieux supporter le temps présent. Je ne plagierai pas Nietzsche qui, selon quelques bribes de mémoire hérités de mon année de terminale, aurait fait de l'oubli la condition même de l'existence prolongée contre le besoin fréquent d'arrêter la machine à coup de timbale dans le buffet. Il faut oublier la douleur pour supporter l'idée d'y retourner chaque journée que Logos fait, s'il y a. Mais se rappeler du pire est nécessaire pour préparer le meilleur ou, tout du moins, pour éviter que ce pire ne se reproduise, dit-on. Vraiment?
J'ai vu des images de corps sans graisse, des monticules de cadavres aux yeux vidés d'humanité et perdus dans le vide, des charniers où des kilos de squelettes s'amoncelaient sous le poids d'un tractopèle. Des images cauchemardesques au sens propre, pour un gamin de huit ans plus habitué aux lapins de Disney qu'aux destructions d'un Bloc 27. Faut-il connaître Auschwitz pour éviter l'inhumanité et faire preuve d'un humanisme de bon aloi? Faut-il traumatiser toute une jeunesse de primaires et secondaires pour préparer des lendemains qui chantent et supprimer toute trace de perversité potentielle en eux? Un mal nécessaire, dira-t-on. En attendant que l'odeur ne s'ajoute à la vue et pénètre les écrans pour ajouter le pestilentiel au monstreux. Nous y viendrons, au nom d'une humanité consciente de sa perversité potentielle. Quitte à faire de celle-ci une traumatisée du bulbe paralysée à chacune de ses actions à venir, mais cela ne semble pas effrayer la majorité.
Je ne vois pourtant aucune différence entre ces images de souffrance à répétition et la méthode Ludovico d'"Orange Mécanique". Voulez-vous la fin de la violence et la sécurité dans vos quartiers: soit, alors déposez votre liberté d'agir en échange d'un comportement réglé sur mesure. Et la liberté de conscience ou le libre arbitre, dans tout ça? Hobbes est constamment considéré comme l'apologiste de l'autocratie et du primat des forces régaliennes: personne n'accepte à haute voix son histoire de loup pour l'homme, parce qu'elle revient à douter de la capacité de ce dernier à bien user de son libre arbitre dans l'intérêt du plus grand nombre. Et dans le même temps, personne ne se plaint de ces images abrutissantes et traumatisantes dont les autorités médiatiques nous repaissent si souvent, quoique moins souvent depuis que les relations israélo-palestiniennes s'apparentent un peu moins à une affaire de blanc contre noir et que la cause juive s'efface derrière d'autres drames plus pressants. Il n'empêche que j'ai appartenu à cette jeunesse censée préparer sa conscience contre toute velléité qui xénophobe, qui destructrice.
Mais d'où vient cet appétit de nuire, sinon dans ces images de violence dont on assène les jeunes en boucle, tous les jours et sur la majorité des chaînes de télé? J'invite à regarder "Bowling for Columbine" de Michael Moore, bien moins cucul la praline que le plus fameux mais moins subtil "Fahrenheit 9.11" et où le réalisateur tente de montrer l'effet pervers des images de violence sur le citoyen-téléspectateur.
Je ne crois pas que ma mère ait jamais voulu attenter à la vie de son voisin, sauf dans des proportions acceptables et pour soulager ses humeurs passagères. Une mauvaise pensée vite effacée permet de se délester quelque peu de la pesanteur du quotidien grégaire, sans laisser de traces palpables. Bien au contraire de ce que jeux vidéo à la "shoot'em up", mangas bourrés d'hémoglibine et séries remplies de bastons amorales peuvent provoquer sur des jeunes souvent incultes et destinés à servir de futurs citoyens moyens.
Je dis qu'un bon livre ou une bonne discussion ouverte vaudront toujours mieux qu'un matraquage traumatisant et mortifère. S'il faut faire dans le morbide pour défendre le droit à la vie, s'il faut faire peur pour apprendre à aimer l'homme ... le paradoxe me paraît assez évident pour que je m'arrête là et cesse le bavardage au profit des notes.
De musique, bien évidemment et pour un titre évocateur sur fond de matraquage psychologique. "Making Plans for Nigel", du groupe XTC (1979) et qui nous servira de bol d'air pur pour un billet pas folichon:
Si nos éducateurs nationaux faisaient moins dans la fleur bleue et osaient révéler leurs propres contradictions internes aux enfants qu'ils sont censés instruire magistralement, trop magistralement, peut-être aurions-nous une chance de réfléchir un peu plus et de gloser un peu moins. Je ne suivrai donc pas un éminent philosophe français sur ce terrain minant du devoir de mémoire, pour ces raisons qui me sont propres et ne rendront peut-être pas assez justice aux siennes propres. Mais le procédé de traumatisation de masse et de pétrification des consciences adolescentes me paraît trop douteux pour la cause. Non, je ne tuerai pas en masse tant qu'un Etat ne m'en donne pas les moyens. Non, je n'ai pas dans l'idée de détruire un peuple entier avant que les médias ne m'en dissuadent. A-t-on été humain avant la télévision, a-t-on été humain avant la Shoah? Il me semble que oui, et la chose bien plus salutaire serait de s'interroger sur ce qui pousse certains à éliminer leurs congénères comme des cafards, plutôt que de nous en dissuader sans prendre connaissance de notre avis. A celle de Ricoeur, je préférerai donc la lecture de Arendt la juive. Dont les travaux sur le IIIe Reich ont eu le mérite presque insensé de prendre comme objet d'étude ce qui a provoqué la perte de nombre des siens.
"Devoir de mémoire"? Apprenons à bien agir de nous-mêmes plutôt que de ressasser les fautes des autres. Et ce qui vaut pour les Juifs vaut pour les esclaves noirs comme pour les Indiens d'Amérique. Sans oublier de nous demander ce qu'est le bien, ce qui ne sera pas une perte de temps.
On va jusqu'à verbaliser les grossiers personnages: plus de "sale bicot" sans sortir les billets de banque en échange d'une mauvaise conduite. A boire et à manger, dans cette fameuse loi Gayssot: je ne contesterai pas qu'une bonne part de nous-mêmes s'est formée à grands coups de bourrage de crâne malléable lors de notre prime jeunesse: fais pas ci, fais pas ça, sans que l'on y trouve quoi que ce soit à redire puisque notre civilité quotidienne tient souvent plus du chien de Pavlov que de l'Emile de Rousseau. A vomir également, dans cette loi de bonne conduite cosmopolite: pas sûr que verbaliser un xénophobe n'empire pas la situation et ne transforme pas le grossier personnage en frustré de l'intérieur. Il y a des cocottes qu'il vaut mieux aérer par intermittence, sous peine de la voir exploser par la suite; on établit aujourd'hui des rapports qu'il aurait été blasphématoire de faire plus tôt: témoin la relation de cause à effet entre un SOS Racisme tapageur des années 80 et un séisme de mes deux du 21 avril 2002, admise aujourd'hui et jusque dans les rangs idéalistes de la main jaune. La tolérance demande plus de patience et de retour sur soi que ne le permet l'impératif de concorde sociale, sans nul doute: n'est pas Gandhi qui veut, encore moins l'Etat s'il transforme le savoir-vivre en contredences dissuasives. Pavlov d'abord, Rousseau ensuite, ou l'art de méditer sur ce que l'on fait par réflexe. A croire que le devoir de mémoire mélange les deux sans faire dans la mesure.
Ni fier de ce que je suis, ni honteux de ce que les miens ont pu être. Simplement curieux de ce que nous serons, et je m'en contenterai sans traumatisme aucun. Parce qu'il y a des douleurs que l'on n'a pas méritées et que l'on peut éviter pour soi comme pour les autres, sans matraquage expiatoire et sans caméras à l'appui. Il y a des coups de matraque psychologique bien plus douloureux et sournois que les gourdins de CRS, parce qu'ils ne disent pas leur nom et ne laissent pas de trace apparente. Tout se passe à l'intérieur et ronge les consciences à peine formées en termes de remords, honte ou peur de soi. Bravo les artistes: quand le souci de l'autre se transforme en crainte de soi, la timbale dans le buffet n'est pas très loin et une pensée mortifère en remplace d'autres. Arrêtons ce supplice intérieur, de grâce.
Shalom, mein Bruder.
lapin co pris!
Posté par eric le 21.01.2008
Faut-il donc pour éviter la pensée unique, et le traumatisme de nos pauvres enfants, les dessins animés de Disney?
Pourquoi les images des camps devrait-elle nous paralyser fortement?
Au final, pour ou contre le devoir de mémoire?
A reply to Claude Vanony
Posté par schangels le 21.01.2008
Non, je ne rêve pas: c'est bien l'un de mes proches camarades spéculateurs qui m'a envoyé ici un de ses commentaires critiques. Pas au clair sur le contenu du mien, apparemment: c'est vrai que j'ai joué sur l'équivoque quant au titre du billet, mais encore une fois: pas de blanc, pas de noir, que du gris. Dédicace au holisme épistémologiquee Quine; l'intéressé comprendra.
Pour répondre plus nettement aux questions de mon fidèle Vosg'patte:
1. Un peu de finesse, que diable! Je n'ai pas cité Disney comme seul rempart contre la diffusion des films violents, si loin de là. Simples souvenirs de gosse, rien de plus. J'ai cité Disney comme une référence enfantine, certes extrême dans son infantilisation des masses mais sans doute moins nauséabonde que les documentaires morbides projetés alors à 20h30. Entre "Mickey frotte le dos de Goofy" et "Auschwitz: les couloirs de la mort", il me semble que le combat n'est pas du même accabit et je préfère construire l'imaginaire enfantin sur le premier plutôt que diffuser la peur voire l'angoisse par le second. Question de goût? Mon billet ne tient pas à une simple histoire d'affinité.
2. Pourquoi être pétrifié par des images de camp? La chose me semblait assez évidente pour pas en rajouter, à vrai dire. De 2 chose l'1: soit tu fus indifférent aux scènes monstrueuses et ne ressentis aucune empathie désagréable lors de la première vision, auquel cas je te soupçonne d'avoir été un sur-enfant ou, pire, un enfant insensible; soit tu faisais déjà preuve d'un sang-froid remarquable et d'une prise de recul rarissime devant des images qu'un enfant devait prendre de face comme un choc percutant. Ce fut mon cas, apparemment pas le tien.Question d'affinités, cette fois-ci?
3. Au final: je suis contre le devoir de mémoire.
Permets-moi de préférer à ce triste devoir les joyeux souvenirs de mon enfance: puisque tu es Vosgien d'origine et de coeur, je mentionnerais par exemple les bonnes tartes aux brimbelles de ma marraine Monique de Rambervillers. Ce dont tout le monde peut se ficher comme de l'an 40 à part moi, mais qui constitue une bien meilleure façon d'aimer la vie et donc les autres qu'un documentaire officiel et traumatisant.
La madeleine, ou l'électro-choc? J'ai fait mon choix, je te laisse faire le tien.
F&H Lien vers mon blog
Pas d'accord
Posté par Pidou le 21.01.2008
Salut Fabien,
Désolé, mais ta réponse à Eric me laisse aussi perplexe que ton post. Pas vraiment perplexe, d'ailleurs, mais plutôt, juste, pas d'accord.
En quelques phrases disparates et non-exhaustives, vu qu'il est tard et que je n'ai pas encore mangé :
1. tes analogies (images de la shoah / images d'accidentés de la route / sensations de biture) me semblent particulièremen peu éclairantes. Comme si on était dans le même ordre de grandeur, ou de qualité...
2. Les éducateurs nationaux... Durant mes quelques années comme prof, il m'est arrivé à plusieurs reprises de parler de la shoah, et même (ô comble de l'horreur !) de passer en cours 'Nuit et brouillard'. Je peux t'assurer que le but n'a pas été (pas plus que chez les collègues) de créer un traumatisme chez les élèves : plutôt de les faire réfléchir, par exemple sur les moyens de la déshumanisation à l'oeuvre, et pas seulement sur les fosses communes. Je sais bien que tu vises plus large : la moralisation à l'oeuvre dans les media, mais même là, tu te trompes, je crois.
3. L'enfance à préserver, le paradis à protéger. Quand j'avais huit ou neuf ans, je ne sais plus, j'ai vu 'Holocauste' à la télé. Ca m'a marqué. ca m'a fait comprendre des trucs parce que j'en ai discuté avec mes parents, avec mes copains, avec mon instit. Je ne crois pas pour autant avoir vécu une enfance malheureuse, ni avoir été traumatisé. Enfin si, traumatisé pour la vie par ces images qui me font encore monter une boule dans la gorge et me nouent les intestins quand je les vois. Et je peux te garantir que je préfère de loin ça à une enfance en coton, et que je remercie mes parents d'avoir choisi de me laisser regarder ça, au lieu de me confiner dans le monde des bisounours. Ton 'de deux choses l'une en réponse à Eric' ne me semble pas, pour le coup, franchement gris, mais 'noir et blanc' de manière assez consternante, je trouve.
4. C'est sans doute un mauvais argument, mais ce n'en est sans doute surtout pas un. Je pense à ceux dans ma famille, mon parrain, par exemple, qui sont passés par les camps, même s'ils en ont (heureusement) réchappé, et je te dis que tu as bien de la chance de n'avoir rien qui s'interpose entre toi et tes heureux souvenirs d'enfance. Là, juste là, j'aimerais bien t'insulter, mais bon... Et encore, je ne parle qu'en pensant à mes proches, et pas à tous ceux dont les vies ont été brisées par ça, dont les familes ont souffert également. Et pas même au nom de ce que je ressens en tant qu'être humain (mais bien sûr, ça, c'est la pensée unique...). Tu as bien de la chance, vraiment, que ta mémoire ne soit encombrée que par des musiques des années 80.
5. 'Pas honteux de ce que les miens ont pu être'. Tu n'es peut-être pas dans la pensée unique, mais là, tu es clairement dans ce qui tend à devenir la pensée dominante. Pas de repentance, hein ? Désolé, mais ce genre de déclarations, c'est franchement nauséabond, je trouve. Et justifier ça au nom de l'action ? tss tss... On est en plein discours de droite décomplexée, si tu veux mon avis... Alors ? Ca fait quel effet de se retrouver du côté du manche ?
6. 'la relation de cause à effet entre un SOS Racisme tapageur des années 80 et un séisme de mes deux du 21 avril 2002'. Un peu léger, tu ne crois pas ? Comme si aucun autre facteur causal (autrement plus important) n'avait joué là-dedans... C'est un peu de l'analyse politique à l'emporte-pièce. Dans un prochain post, tu nous fais le lien de cause à efet entre mai 68 et quoi ?
7. Juste pour terminer, deux remarques d'ancien prof de philo (gardiens de la pensée unique, comme chacun le sait). a. ce que tu dis sur Hobbes me semble particulièrement douteux : tout le monde 'accepte' son histoire de homo homini lupus, soit à titre de fiction sensée justifier le modèle théorique l'abandon des droits naturels en échange de la sécurité des individus (et encore, avec une exception de taille, qui pose problème dans son système), soit à titre de description réaliste de l'établissement d'une pensée ultra-individualiste. b. curieux de convoquer Nietszche sur la mémoire et de se faire l'apôtre quelques lignes plus loin du libre arbitre, vu ce que ledit Nietszche a pu vomir sur la notion de libre arbitre. Mais bon, ton post n'est pas une disserty d'histoire de la philo...
Ok. C'était un commentaire un peu énervé. Tu te féliciteras peut-être de ce que le débat fait rage et de ce que ton post a atteint son objectif. Désolé, en ce qui me concerne, il n'y aura pas débat, même si j'ai conscience d'avoir laissé plein de trucs de côté. Pas là et peut-être pas même ailleurs. Je fais trop partie des gens 'à laisser' de ce côté-là...
D'ailleurs...
Posté par Pidou le 22.01.2008
... Quand on n'est pas foutu d'écrire 'Nietzsche' correctement après 22h et deux verres de vin, on s'abstient de faire des commentaires mordants. Mémo pour moi-même...
pas d'accord sur les raisons de ton désaccord
Posté par schangels le 22.01.2008
On peut ne pas être en accord sur un point, et c'est tant mieux parce que de l'opposition naît la friction, donc le mouvement. Ceux qui ont lu mon billet lié au futurisme comprendront sans doute le pourquoi de ce comment. Mais il faut surtout réfléchir sur ce qui provoque le désaccord, et au diable les conséquences désagréables de la friction de départ.
Merci à Pidou pour affiché clairement son désaccord. Ce qui me donne l'occasion de préciser les rouages de mon quasi-raisonnement. Dans l'ordre de ses propres points:
1. L'analogie entre Shoah entre accidentés de la route n'est pas du même ordre de grandeur, mais je maintiens qu'il est du même ordre de qualité: il s'agit dans les deux cas d'écoeurer le spectateur sur les conséquences de certaines attitudes humaines: fanatisme politique, antisémitisme ou anti-humanisme d'un côté; irresponsabilité sur la route de l'autre. Dans les cas de figure, le but de la manoeuvre est de montrer les conséquences catastrophiques d'une attitude plus ou moins courante. On a bien des raisons de montrer des accidents de la route, si cela peut dissuader le chauffard en bitume; encore que l'oubli progressif ou le travail du temps qui estompe les sentiments fasse toujours le travail inverse. Je dis simplement que les enfants n'ont pas leur permis de conduire (analogie = ne sont pas antisémites), et qu'il existe d'autres moyens de leur faire aimer la vie et l'être humain que des films traumatisants. J'insiste sur ce dernier terme, puisque les documentaires sur les camps ou sur les accidents de la route procèdent du même ordre d'idées (ou de qualité, disais-tu): choquer, marquer la mémoire du spectateur. Même ordre de qualité, mais la chose est-elle aussi nécessaire pour l'enfant insouciant que pour le chauffard insouciant. Je dis que non.
2. Pas de but moralisateur dans ces images d'épouvante, juste le besoin de faire réfléchir; je crois pour ma part que c'est toi qui "intellectualises" la procédure à outrance: les livres sont faits pour réfléchir et, lorsqu'il s'agit d'y ajouter plus d'intensité et d'émotions, le bouquin cède le pas à la télé parce que les images marquent davantage la mémoire que les idées. Quant à savoir si je me trompe sur les INTENTIONS des éducateurs nationaux, c'est bien possible car il reste toujours une marge entre les faits visibles et leurs intentions invisibles. Il faut tenter de deviner ou déduire cette intention à partir des moyens mobilisés: la télé et l'utilisation des images me semble être un moyen bien moins "cérébral" que tu ne sembles le prétendre, voila tout.
3. Pas sûr d'avoir saisi ce qu'il y avait de "consternant" dans ma réponse à Eric, mais je répéterais simplement ceci: entre deux contraires tels que Bisounours&Disney&Cie et Shoah&Bloc27&Cie, je choisirais des deux maux le moindre et travailler l'imaginaire des enfants sur des sujets moins morbides. On a toute la vie pour l'endurer et apprendre à supporter la douleur, alors pourquoi en rajouter si tôt? C'est le procédé traumatisant que je n'aime pas dans ces documentaires historiques. On peut être salement déformé à vivre dans une illusion de guimauves. Disons qu'entre les deux extrêmes se trouve d'autres formes d'éducation moins tapageuses et plus "honnêtes": les livres, les discussions ouvertes ... qui n'utilisent pas l'image pour marquer implicitement des esprits encore fragiles.
4. Faux argument: ce n'est pas parce que d'autres ont souffert que je dois souffrir à mon tour, comme si un contentieux naturel s'instaurait entre leur malheur et mon petit bonheur douillet. Insulte-moi si tu veux: argument ad hominem qui n'ajoute rien à l'honneur.
Ce n'est pas faire insulte aux rescapés des camps et à leurs morts que de s'opposer au devoir de mémoire. Il y a simplement d'autres manières de célébrer la vie que de rappeler le souvenir des morts, et ce qui vaut pour la Shoah vaut aussi pour les commémorations d'anciens combattants. Pas le même ordre de grandeur, me répondras-tu à nouveau? C'est l'ordre de la qualité qui m'intéresse, et que le souvenir soit à petite ou grande échelle n'importe pas si l'on apprend à éviter le pire par l'éducation, tout simplement.
Ta réaction sanguine suppose que ne pas honorer un souvenir passé revient à le piétiner. Je ne suis pas d'accord, car il y a d'autres manières d'honorer le présent qu'à répéter machinalement des affaires du passé.
5. Je m'attendais à cette réponse de type "pas de honte ou repentance = sarkozysme". Mais j'y avais pensé pendant la rédaction même du billet: lis mieux, j'ai écrit "ni honteux ni FIER". Sarkozy ne cesse de vouloir restaurer une fierté perdue du Français moyen dont je suis. Je ne le suis pas sur ces histoires de sentiment à perpétuer ou relancer dans un sens ou dans l'autre. Gauchisme: honte d'être Français. Club de l'Horloge: fierté d'être Français. Ni l'un ni l'autre, pour ma pomme. Désolé, mais ton assimilation de mon billet à un exercice de droite décomplexée est fausse et je me permettrai à la rigueur de t'accuser de procès d'intention. Mais à quoi bon ...
6. Ce n'est qu'un blog personnel, pas un institut de sociologie! Désolé si le rapport causal est rapide, mais je te classerais dans ce cas dans la catégorie de ceux qui me diront "faut pas généraliser", "y a des cas particuliers", etc. Autant rester le cul sur le canapé, la bière dans la main gauche et les cacahuètes dans la main droite et ne plus s'occuper de rien, puisqu'il y aura toujours un nouveau paramètre à ajouter pour expliquer les événements politiques ... je dis que la campagne pro-immigrée des années 80 s'est faite à grands coups de publicité et a moins usé des sentiments que de la raison. C'est moi qui intellmectualise, pour le coup, mais je ne suis pas le seul à lier les deux événements politiques en question.
En résumé: quelle différence entre justifier une bonne action pour de mauvaises raisons, et justifier une mauvaise action pour de bonnes raisons? C'est pour avoir défendu une cause honorable par des moyens très douteux que la gauche s'est pris un boomerang en pleine face le 21 avril 2002. C'est mon avis,pas le tien; mais je l'ai justifié ici et c'est le but de ce blog. A l'"emporte-pièce", ce billet? Argumente, stp.
7. J'ai utilisé la remarque de Nietzche sur l'oubli comme un moyen d'illustrer la question de la mémoire, mais sûrement pas comme un argument d'autorité. Pas d'arguments d'autorité=autoritaires, sur ce blog. Il faut se justifier, toujours.
Quant à la contradiction apparente entre mes allusions à Hobbes puis Nietzsche, il n'y en a pas puisque je n'ai utilisé le second contre le premier.
Tout le monde s'accorde sur l'hypothèse de travail de Hobbes, mais peu s'accordent sur les enseignements politiques à tirer de ce postulat naturel.
Je m'arrête là, j'en ai déjà trop dit. Espérant ne pas avoir joué dans la facilité, les arguments "ad hominem" et le style contre l'argument ... espérant avoir modifié quelque peu les impressions de Pidou sur mon billet. Je pense que non, mais là n'est pas l'essentiel: il s'agit de mettre à nu les mécanismes qui fondent nos raisonnements quotidiens, bien plus que les conclusions qui s'en suivent.
Merci, Pidou, et que tous les autres visiteurs ne se privent pas de me taillader s'ils trouvent en eux des raisons suffisantes de le faire. Histoire de se prendre la tête tant qu'elle fonctionne ...
D'ici
Posté par schangels le 22.01.2008
Pas de problème sur les fautes de frappe et coquilles involontaires: j'ai moi-même écorché le nom de Nietzsche dans le billet précédent ... précipitation dans l'action, mais peu importe tant que ce n'est pas la démonstration qui en patit. Avec un circonflexe, ou non? Je crois que oui, faisons comme si-non ...