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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
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Volontarisme doxastique

Volontarisme doxastique

Posté le 23.01.2008 par schangels
Nos chers médias actuels se font les antennes chaudes autour du zèle religieux de notre Président: il n'a pas le droit de faire le signe de croix en tant que premier représentant d'un pays laïc, dit-on. Pour ou contre ces signes ostentatoires d'un républicain? Rien à battre en particulier, de ce débat dont l'ingénieux corollaire pourrait être de faire oublier bon gré mal gré des affaires plus pressantes de pouvoir d'achat. Mais passons sur les intentions de la chose. Plus intéressante est la raison dont on pourrait se prévaloir de témoigner d'une affection chrétienne sans être chrétien, par exemple. Je me sens concerné par cette attitude étrange, d'où mon envie d'y voir plus clair et de le concevoir plus clairement.
J'écoute en ce moment l'excellente émission de Taddei, ''Ce soir ou jamais'' (cf. le précédent billet ''Vive le Roi?"), où le bouffon Sollers singe le scandalisé et que Charrasse lui répond plus modérément par un droit à la défense du patrimoine historique français. Pas plus laïcard que l'ancien ministre mitterrandien des Finances, ce qui n'empêche pas l'intéressé de dire qu'il aime à rappeler le souvenir des chapelles et églises magnifiques de son pays sans renier quoi que ce soit à la loi des congrégations de 1905. Je suis admiratif moi-même devant la cathédrale Saint-Etienne de ma ville, Metz et sa place d'Armes qui l'entoure. Et je me crois plutôt laïc, à supposer que je puisse deviner les conséquences de ce mot (approche pragmatique: comprendre la signification d'un mot, c'est connaître les conséquences de sa réalisation).
Contradiction dans les termes? Je trouve, plutôt et malgré moi. Peut-on admirer rétrospectivement ce que l'on devrait ne pas avoir accepté en raison de ses propres convictions morales? En effet: le laïc n'accepterait pas de financer aujourd'hui la construction de sites religieux, sinon pour créer un sentiment de concorde comme c'est le cas avec la construction progressive de mosquées en territoire d'immigration. Notons qu'il faut bien distinguer le laïc du laïcard, ou le non-religieux de l'anti-religieux.

Mais là n'est toujours pas le fond du débat auquel je veux arriver. Considérez mes billets comme un épisode des Simpsons: une scène d'introduction anodine et qui n'a finalement de rapport qu'accidentel avec la suite de la poilade (mes respects à leurs dialoguistes, en passant; que de productivité et de créativité, tout de même!) Le fond de ce billet tient à la raison pour laquelle la religion a quelque intérêt de nos jours: concorde sociale, ou croyance au Créateur de l'univers? Il y a de quoi hésiter et ceci au sein même des clercs modernes, quand on sait les affinités de l'abbé Pierre avec le communisme de son temps et les penchants gauchistes de certains curés de paroisse. Il y a des poissons volants qui ne constituent (toujours) pas la majorité du genre, certes; mais j'en viens à la question centrale, ici: peut-on être croyant sans croire en Dieu, ou peut-on pratiquer une religion sans croire à l'existence d'aucun Créateur? Les bouddhistes le font très bien, mais je m'adresse plutôt aux monothéismes selon lesquels tout a été créé par Un seul.
L'exemple des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes et du Sillon de Marc Sangnier est un cas du genre où la parole religieuse a tenté de s'introduire dans les milieux prolétaires plus disposés à la suspicion marxiste. Mission impossible? Pas si l'on ''sécularise'' la parole en question et que le transcendantal se mue en savoir-vivre bien plus terre-à-terre. Est-ce là la mort de la religion, malgré l'intention de l'auteur dont le mouvement n'a certes pas fait long feu? Celui qui ne peut dissocier un Dieu d'une religion le pensera fermement. Je n'irai pas aussi loin. D'autres cas de principe fonctionnel existent en politique: le royalisme de raison de Charles Maurras, pour qui le régime d'un seul représentait le plus sûr moyen d'établir une autorité solide sur la population de France. Pas de croyance au pouvoir de droit divin ni au sang bleu des intéressés, chez le fondateur d'Action Française; seulement la conviction intime que certains principes ont intérêt à être pris pour vérité révélée afin d'être admis à la longue et évite l'anarchie du doute sceptique.

C'est là qu'intervient le fameux ''volontarisme doxastique'': de la notion grecque ''doxa'' à traduire par ''croyance'', cette expression lourdingue correspond à l'hypothèse bien plus intéressante selon laquelle il serait possible de croire à certaines choses parce qu'on le veut. On pourrait jouer au formalisme et définir la relation logique entre deux opérateurs de volonté et de croyance, pour les amateurs de logique modale. Mais d'autres l'ont déjà fait et en d'autres termes, et non parmi les moindres penseurs de la religion: je pense notamment à la logique de la croyance religieuse de Bochenski, philosophe, logicien et dominicain lui-même voué à la tâche épiscopale dans une Pologne indissociable des affaires sacrées (pour des raisons liées en partie à la création politique de l'Etat polonais, faut-il noter également). Contrairement à une logique doxastique de laïcs, telle celle constituée au départ par le créateur de la logique épistémique modale Jaakko Hintikka, Bochenski va plus loin que la relation entre volonté et croyance puisqu'il axiomatise la croyance comme condition de la vérité: celui qui croit à (ou en) Dieu agit de telle sorte qu'il implique l'existence de Dieu. Rien de tel dans notre monde temporel, où il ne suffit pas de croire à la hausse du pouvoir d'achat pour qu'elle passe d'objet intentionnel à réalité avérée. Mais tel est là un message à méditer de la croyance religieuse: l'inférence Bp => p laisse entendre que Dieu existe pour qui y croit, sans que la foi du pratiquant ne puisse être réductible à cette formule aux accents trop fonctionnels pour être crédible: il ne suffit pas de souhaiter les conséquences d'une croyance pour que celle-ci devienne réalité, il ne suffit pas de se répéter ''t'es un killer'' devant la glace d'une toilette de boîte pour devenir une bête de piste, etc. Combien de fois a-t-on entendu ''cela arrivera si tu y crois vraiment''?! Autant prendre ses désirs pour des réalités. Transition parfaite, puisqu'elle me donne le prétexte de placer enfin cette version semi-accoustique du ''Wish Fullfillment'' de Sonic Youth. De quoi vous faire pousser des ailes d'ange pas totalement déchu:

Image ou texte alternatif



Pour revenir à ces croyances qui devancent la réalité, je dois préciser à charge que je n'ai jamais croisé Cindy Crawford dans ma chambre d'adolescent, à mon grand désespoir d'alors; mais j'ai tiré de cette frustration toute relative une forme de profit que l'on appellera patience, humilité ou plaisir décuplé de savoir attendre pour obtenir le meilleur. Possible que l'inférence ci-dessus ne soit valable que pour certains objets de croyance particulier, tels l'existence de Dieu. Possible aussi que l'aspect absurde de la chose procède d'une distinction discutable entre moi et le monde, intérieur et extérieur, réalisme et antiréalisme. Le monde n'est-il pas le produit de ma pensée, donc des croyances qui s'y trouvent? Pas nécessaire d'aller aussi loin pour justifier l'axiome de Bochenski, quoi qu'il en soit. D'autres raisons inciteraient à ne pas suivre cette voie, tout du moins.
Exemple: peut-on finir par croire en Dieu à force de frustration, du fait de ses absences répétées lorsque nous aurions tant besoin de Lui? Voltaire n'a pas attendu, lui, et l'a bien fait comprendre à titre posthume contre le discours plus optimiste du ''meilleur des mondes possibles'' de Leibniz. Alors quoi? Si ce n'est pas la réalisation effective de voeux profitables qui suscitent la croyance à l'existence d'un bon génie, comment expliquer ce pouvoir mystérieux qu'a le croyant religieux de croire à l'existence de ce qu'il croit? Et a-t-on besoin de croire à cette existence pour justifier le discours religieux? Deux problèmes posés, en tout:
- pourquoi croire à Dieu?
- comment croire à Dieu?
Je ne sais ni ... sinon que les deux questions ne sont peut-être pas si séparées que leur expression verbale le laisse paraître. On peut croire à l'existence pour des raisons liées à son expérience personnel de Terrien, même s'il reste difficile de comprendre une situation que l'on n'est pas sûr de pouvoir jamais éprouver soi-même. Qui est religieux: le bigot du dimanche matin, soucieux de laver ses torts honteux de la semaine passée? l'amoureux des rituels synonymes de solennité et, donc, de dignité pour sa petite personne? quiconque s'interroge sur son existence et le sens à y donner?
Je ne crois pas avoir besoin de l'hpothèse d'un Dieu pour vivre en bonne concorde avec mon prochain, mais cela ne fait pas moi un laïcard plein de fiel contre le petit curé des paroisses que les chapelles décorent avec tant de goût. Je porte un regard ''fonctionnel'' sur la chose: la religion est utile pour ses effets de ciment social, même s'il y aurait à redire sur la composition du ciment ici ou là. Certains me sortiront les accords de Latran ou le silence de la papauté de 1942 à 1945. Je n'irais pas jusqu'à ces portes ouvertes défoncées; ''de deux maux le moindre'', a dû décréter Pie XII à cette époque, et je n'épiloguerai pas sur la portée de ce cas de conscience. Je me contenterais de penser plus généralement que l'on ne peut pas croire en Quelqu'un ou Quelque Chose comme un simple moyen ou comme une raison intermédiaire pour en tirer quelque profit pour soi et les autres. Il faut un petit quelque chose de plus que l'on appellera tantôt ''foi'', tantôt ''dimension spirituelle'' ... sans explication très claire à l'appui.

Le volontarisme doxastique a ceci de paradoxal qu'il semble admettre l'hypothèse d'une convention naturelle ou d'une règle nécessaire ... oxyomores? J'en profite pour signaler ce que Jacques Bouveresse a dit des règles grammaticales de Wittgenstein: l'effet d'une force de la règle qui nous fait croire à la nécessité d'une chose très contingente. Mais ce à l'insu des locuteurs, et c'est sur cette note que je conclurai en comparant le locuteur au pratiquant et la grammaire à la religion: une affaire intérieure que les intéressés ne peuvent extérioriser, c'est-à-dire exprimer explicitement sans annuler leur autorité législatrice. Une autorité que l'''on'' crée pour s'y soumettre ensuite en sujets dociles et inconscients de ''son'' statut de créateur, pour ainsi dire. Est-ce être une victime de ses illusions que d'avoir la foi? Allons plus loin: est-ce là une illusion dont on doit se dire ''victime'' ou qui nous est salutaire, tout au contraire? Ce qu'on ne peut dire, il faut le taire, a déclaré le mystique Wittgenstein à la dernière ligne de son Tractatus. Ou plutôt: il faut taire ce que l'on ne doit dire, sous peine d'en détruire l'effet. ''Peut'', ou ''doit''? Mystère du Créateurs et/ou de ses propres créateurs et heureux ignorants.
La religion n'interdit pas l'humour, du moins je l'espère: revenons à mon prophète du rire François Pérusse et une de ses meilleures minutes du peuple, à mon goût. Dans la paix du Christ, pour la peine:

Image ou texte alternatif



Je crois aussi et surtout que l'on obtient souvent ce que l'on souhaite pas après avoir renoncé à le souhaiter très fort: le charme naturel et la foi sont sans doute deux exemples typiques de cette loi de dénégation digne de Hegel, sur lequel je reviendrai plus tard. Amen.

F&H



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