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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
17.05.2008
Revenons à des choses plus simples, plus fuyantes mais d'autant plus agréables que l'impératif kantien à conditionalité itérative, et j'en passe des meilleures.
On dit souvent que l'on dénature les choses à force de les analyser et les recomposer par éléments irréductibles, et c'est ce que le scientifique de Cronenberg avant fini par comprendre dans "La Mouche": la chair n'est pas interprétable pour l'ordinateur, et peut-être est-ce ce genre d'informations ineffables qui nous empêche de mettre un mot, une idée ou une phrase sur nos sentiments les plus diffus. Essayons tout de même. Les madeleines ont cette propriété de perdre de leur goût lorsqu'elles sont partagées avec d'autres que soi-même, mais tant pis si cette conséquence psychanalytique (transfert de sensations internes?) altère le goût de la friandise.
Je dépose ici ce qu'il y a sans doute de plus succulent, de plus arômatisé et, donc, de moins digeste dans mes madeleines personnelles: un morceau qui fit fureur à sa sortie et tient plus aujourd'hui de la ringardise de mauvais goût que de la rêverie solitaire. C'est pourtant de rêveries que je suis pris, chaque fois que j'entends ce titre auquel j'associe des souvenirs sacrément intenses. Dans le désordre, faute de mieux: ma petite jeunesse aux alentours de 7-8 ans, le chemin de la Mazilière à Bras-sur-Meuse et les chemins sinueux qui conduisaient d'un lotissement banal à un ancien champ de bataille lunaire ... le passage de la vie de gosse à la mort des poilus, le tout sur 100 mètres de distance au fond de mon ancien village. Une époque insouciante qui me laisse rêveur mais ne me laisse pas moins une boule dans la gorge rien qu'à m'imaginer y retourner ... n'avez-vous jamais eu cette impression de nausée à l'idée de repartir (= régresser?) dans votre passé et d'y revivre tout ce qui, aujourd'hui, vous paraît dérisoire mais constituait le centre du monde à l'échelle de votre époque? Difficile à expliquer, mais je n'aimerais pas retourner dans la peau de l'être innocent = le gosse moyen que j'étais en ce temps-là. La peur de redevenir une proie facile et un être primitif ou mal constitué, comme tout enfant de bas âge qui se respecte en tant que tel?
Tant et si bien que cette madeleine pèse sur l'estomac et me donne d'autant plus l'impression d'être vivant qu'elle ne se digère pas. Que celui qui digère tout et ne craint rien s'inquiète pour son existence: elle risque de ressembler à un long tunnel froid et insignifiant. Je me trompe?
Mais lâchons plutôt le clip en question: le succès de Kajagoogoo intitulé "Too Sky" (1983), où certains reconnaîtront l'actrice dans le rôle de la serveuse supposée sexy: la championne de patins (à glace) et petite soeur de Matt Dillon dans "Prête à Tout", où Nicole Kidman campait une arriviste diabolique obnubilée par la gloire de la télévision. D'autres repéreront également le chanteur Limahl sous la coiffe punk et coloration jaune cocu, lequel Limahl interprétera par la suite le générique d'une "Histoire sans fin" ("Neverending Story", pour les puristes).
Peu importe cette digression, tant qu'elle ne me fait pas oublier mon petit mal d'estomac, si nécessaire pour me rappeler ce que le hasard (?) m'a fait être et ressentir autrefois. Nous avons tous ces impressions profondes en nous, quelques notes associées à un événement personnel et ce qu'il peut impliquer en termes de sensations psychosomatiques. J'ai tort? Je me confirme, pour le moins.
Note pour plus tard: la musique ne me fait jamais autant d'effet que lorsque les instruments principaux sont accompagnés de tons graves, de basses lointaines et de n'importe quel son qui puisse caresser les oreilles plutôt de les agresser de notes aiguës. Témoin ici la lourde basse qui rythme l'intro et joue sur la syncope; témoin aussi l'effet de la sirène lointaine au milieu du morceau et son appel à un infini inquiétant parce qu'inconnu, dont l'effet sur moi est identique à celui de la sirène dans "Psychobabble" d'Alan Parsons Project. Plein de mélancolie dans ce petit jeu anodin. Plus les accords sont bas et plaintifs, plus ça m'interpelle; toute proportion gardée sur la pseudo-loi des correspondances que j'échafaude ici entre les sons et leurs impressions sur la psyché.
J'ai bien d'autres souvenirs liés à cette époque pleine de sens pour moi bien qu'insignifiante pour tous les autres: l'ossuaire de Douaumont que je voyais depuis la fenêtre de ma chambre, les parties de foot solitaires sur un grand parc et face à une nationale qui cachait un cimetière militaire (la routine, en pays verdunois), les soirées froides et sèches où l'on rentrait d'école pour se remplir la panse d'une soupe de légumes rapeuse et trembler tous les mercredis soirs devant RTL Télévision et le spectacle rétrospectivement kitsch de "V: Les Envahisseurs" (lézards, toxines et Cie), le temps de ma première console de jeux Atari 2600 passée désormais au panthéon des archives semi-conductrices, les fins d'après-midi où j'attendais patiemment la version animée de Pac Man (générique de William Lemergie, excusez du peu) et ... Léguman, mon éternel héros hypervitaminé aux jambes en petits pois et à tête de citrouille. Comme quoi l'interprétation des faits peut changer du tout au rien en quelques années: impossible de ne pas avoir honte pour le réalisateur dans ce suit. Car non, je ne vous épargnerai pas ces quelques minutes de supplice télévisuel. Qui osera regarder cette bande jusqu'à son terme? Allez, du courage:
On est peu de choses, ou comment passer de héros à zéro en totale consternation. Et dire que son réalisateur Roland Topor n'a jamais eu à comparaître devant le TPI. Le Français a la mémoire courte, la preuve ...
Je ne sais pas si raconter des impressions intimes de ce genre peut en interpeller d'autres que moi-même. Mais il s'agit de voir si quelqu'un d'autre peut se retrouver dans ces représentations privées et y trouver un sens commun. Pour péter de nouveau dans la soie: ce serait là un moyen de mettre Frege en bémol et montrer qu'il existe une passerelle entre nos représentations privées et le sens public des mots de tous les jours.
J'ai tenté de décrire mes sensations ou impressions internes, ici. Effet secondaire, sans plus, car rien ne vaut de parler de la madeleine tant qu'on n'y a pas goûté soi-même.
Régresser
Posté par Claudiogène le 25.01.2008
"n'avez-vous jamais eu cette impression de nausée à l'idée de repartir (= régresser?) dans votre passé et d'y revivre tout ce qui, aujourd'hui, vous paraît dérisoire mais constituait le centre du monde à l'échelle de votre époque? Difficile à expliquer, mais je n'aimerais pas retourner dans la peau de l'être innocent = le gosse moyen que j'étais en ce temps-là. La peur de redevenir une proie facile et un être primitif ou mal constitué, comme tout enfant de bas âge qui se respecte en tant que tel?" : Je prends, je m'associe, je ressens. Rien qu'en lisant, la nausée est venue d'avoir laissé un filet de possibilité, même en pensée, de ce retour en arrière possible.
Je pensais...
Posté par LéMakaronçaMarchoci le 25.01.2008
Que cette fameuse madeleine avait un arrière gout de plaisir... peut-être est-ce du au coté sucré et donc un peu suave de la friandise...
Comme tout le monde, je pense, qu’il y a dans mon jardin secret des passages souterrains que je ne souhaiterais pas devoir emprunter à nouveau... à contrario, étrangement, il y en a certains, tout aussi désagréables que je peux revivre sans malaise, d'autres positifs qui eux, peuvent me mettre mal... comme quoi, entre la situation réelle, ma réalité, mon ressenti et mes souvenirs, il y a une marge !!
Nausée = goût de l'inconsistance?
Posté par schangels le 25.01.2008
Un mélange diffus de mélancolie et de honte de soi a posteriori: on a dû faire dans le passé des choses que l'on n'assume plus aujourd'hui et qui feraient de nous un être contradictoire si on les revivait ... contradiction = inconsistance = maladie mentale ... quelque chose dans le genre, me semble-t-il, et qui explique la nausée dont parle Claudiogène.
Il est vrai que les macarons marchent aussi bien que la madeleine, d'autant que ces deux patisseries sont des spécialités de la région nancéienne (Nancy, Liverdun, Commercy, puis Boulay en Moselle). Mais Marcel n'a jamais parlé de macarons, voila tout.
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Là non !!
Posté par AlorMarcelOnParleTouSeul le 25.01.2008
Ce n'est pas parce que Marcel ne l'a pas dit, que nous devons ne pas dire ou ne pas faire !! je m'insurge !! je réfute !! je m'oppose violemment !! (c'est crédible? j'en rajoute? nan hein...) il n'est rien de plus insupportable que de devoir suivre le mouvement donné par d'autres qui ne sont que des "nous" !! Soyons des Marcel...
walà :))
On se calme et on boit frais près de St Tropez
Posté par schangels le 26.01.2008
Nice a connu un coup de sirocco, dernièrement ... je ne vois que cette explication pour donner cause à l'effet d'annonce précédent de Sijavéssu. On se calme et on boit frais, près de Saint Tropez: j'ai utilisé l'image de la madeleine parce que Proust en a fait l'incarnation de ses propres rémini-sens. Point barre! Choisis les maracarons ou la bouillabaisse en échange, m'en tamponne le coquillage à un point rarement atteint au dessus du cortex ... De la part d'un non-lecteur de Proust, il est ma foi comique de se voir taxé de suiveur digne du Chick sartiovore de Boris Vian. Ah, le mystère de ce qui passe dans la tête des femmes ... une énigme digne de Doc et Mc Fly. A suivre, bien entendu.
Bon week-end à toi du côté de la Croisette, tout de même quoi faut pas déconner.
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Tssss...
Posté par LaPromPaLacroizet' le 27.01.2008
Hyper-réactif? Perds pas ton zen le « madeleineux »... primo je plaisantais, du moins ai-je tenté... deuxio c'était une perche tendue sans intention, que j’ai saisi pour exprimer un de mes chevaux de bataille... je préviendrai la prochaine fois... j'enverrai un fax...
Ahhh la construction encéphalique de certains hommes... quant à l’assemblage caractériel, n’en parlons pas… Ne touche pas à mon Ego !! God, je t'ai déjà dit de ne pas jouer aux lego avec tout ça stp !!
euh, pardon?
Posté par schangels le 27.01.2008
Quand je dis que "ce que femme veut, Dieu le veut", et quand je vois la promeneuse de la Croisette me suggérer très fortement de ne pas découper ses sentiments en tranche ... "God", je me sens retomber sur mes pattes puisque Si javéssu est apparemment en contact direct avec Lui. Un sous-traitant de sa majesté, sans doute. Mais oublions les jugements de jugements ... n-1 et revenons à des billets moins personnels. Un petit pour la matinée, avant de partir pour Forbach et de défier les Coréens derrière la table. Je parle de ping(-pong), ici, car j'en pratique. Né lâche rien, Sijavéssu, car la vérité est dans le conflit de canards (= d'articles de blogs interposés)
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ça m'gave
Posté par WéSuiLèlGoch2Dieu le 27.01.2008
les conflits... surtout quand sont stériles, et c'est (bien trop) souvent le cas...
gavage? question de dosage!
Posté par schangels le 27.01.2008
Le conflit peut-être correct, cordial, amical, ... tout sauf violent mais aussi tout sauf inutile.
On ne progresse pas sans confronter ses idées à celles des autres et à les mettre en péril. Je n'invente rien, mais je tenterai d'être le moins stérile possible et j'espère l'avoir montré il y a 2 minutes de cela avec ma réponse avec Ebenezer. Un monde sans conflit = au secours, on s'emmerde!!!
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