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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
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25.12.2007
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Sectarisme(s)

Sectarisme(s)

Posté le 26.02.2008 par schangels
Laissons ma chère Lorraine mosellane en paix (cf. le billet ''Et-pis-phénomènes''), et revenons à des affaires plus parisiennes (têtes d'antiennes).
Parmi les quelques émissions dont l'ambition serait de traiter des "grands" faits d'actualité, la Cinq se distingue à l'accoutumée même si elle ne fera jamais mieux qu'un bon livre bien argumenté, loin des obligations d'horaires et de gesticulation minimale pour ne pas endormir le téléspectateur le plus souvent affalé sur son canapé d'après-déjeuner, pas tout à fait repu et la gorge encore pâteuse du dernier munster englouti avec bobonne et les deux mioches.
Tout ce blabla pour en venir à mon sujet phénoménal, au sens premier et donc mineur du terme: les sectes, traitées de quelques noms dans l'émission dominicale de Paul Amar, "Revu et Corrigé", mais avec suffisamment de tempérance pour ne pas être ceux d'oiseaux habituels.
J'en viendrai à cette ambiguïté souvent rebattue pour faire dans le subversif petit bras mais toujours bonne à rappeler, concernant la distinction entre une condition nécessaire et une condition suffisante. Y a-t-il des conditions suffisantes pour définir une secte, et comment riposter en cas de condamnation du genre?

Rappel de base:
- si A est une condition nécessaire pour B, c'est que B ne peut pas être vraie sans que A le soit également. A est donc vraie chaque fois que B est vrai, ce qui donne la forme conditionnelle de forme B => A;
- si A est une condition suffisante pour B, c'est que B sera vraie chaque fois que A l'est également mais que B peut aussi être vraie sans que A le soit. On a donc la forme conditionnelle inverse de la précédente, soit A => B.
- si A est une condition nécessaire et suffisante pour B, cela équivaut à la conjonction des deux formes conditionnelles ci-dessus et représente une équivalence de type A = B: A et B sont vrais tous les deux et faux tous les deux.

Toute cette mayonnaise symbolique afin d'en venir au cas des sectes. Pourquoi ces critères A et B et de telles relations en particulier; jusqu'où les appliquer? :
Application: l'une des baudruches de principe de l'émission (diversité ou parité oblige, peut-être) a proposé deux critères élémentaires pour la définition d'une secte, la première étant l'activité spirituelle à but lucratif et la seconde la tendance à troubler l'ordre public. Non seulement le consensus est encore à démontrer sur ces deux points, mais on peut déjà constater le flou artistique qui enveloppe ces deux critères de définition.
Primo, le but lucratif suppose une intention préalable des accusés et doit être établi sur des évidences dans lesquelles le spéculatif prime sur le spirituel. Pas si évident.
Secundo, on parle de disposition, tendance ou propension à troubler l'ordre public et non de troubles avérés. D'où une seconde couche de procès d'intention en puissance derrière l'imputation du mot "secte" à toute association d'aspiration spirituelle. Pas clair, donc et quel que soit le compte du banque du gourou attitré.

Mais admettons un moment que l'argent et le trouble suffisent à définir le jeu d'une secte. Une autre implication plus intéressante des critères concerne l'extension du domaine de la lutte et de la chasse aux sorcières à d'autres institutions censées plus respectables mais pas moins spéculatives (financièrement parlant) et troublantes: la télévision, les jeux vidéos, le sport de masse, le cinéma ... Star Academy ne crée-t-il pas des colonnes de djeun's plus soucieux de passer sous une caméra et de thésaurisations rapides sans effort que d'épanouissement par le travail quel qu'il soit? Playstation, XBox & Compagnie ne produisent-ils pas des cohortes de troglodytes livides détachés du corps social et incapables d'aligner deux phrases bien construites à force de concentrer tous leurs efforts sur un joypad et un écran hypnotiseur? Et je sais de quoi je cause, pour avoir dépensé tous mes subsides d'adolescent dans des cassettes de plates-formes et autres kill'em up pour bileux congénitaux.
Procès extensif, sans doute trop extensif lorsque les institutions et le commerce décident eux-même de ce qui est susceptible de troubler l'ordre ou de le laisser en paix. Sûr qu'un adorateur de Second Life ne risque pas de jeter le pavé sur le CRS par temps de manifs dont il ne sera pas. Les uns tentent de transformer le monde extérieur lorsque les autres ont assez à faire déjà avec leur intérieur.
Mais la télévision? L'ambiance de psychose, la peur du lendemain qui déchante, l'abrutissement des petites têtes à longueur d'émissions givrantes ... pas de risque d'atomisation des gentils citoyens en vue, pas de perte d'esprit civique à court terme, sinon dès maintenant? Troubler l'ordre public = causer des actions pas salutaires pour le groupe, plutôt que de ne pas causer des actions salutaires pour les autres. Simple différence dans la place de la négation, mais grandes conséquences quant à ce qu'il faut réprimander ou laisser en paix dans notre ontologie sociale fait maison.

On supposera que ces questions trouvent des réponses sans preuves véritables à l'appui, même si le principe veut que tout canard boîteux ait droit à une démonstration argumentée de ce qui l'incrimine. Comment accuser les sectes par les deux critères ci-dessus sans provoquer ainsi un vaste procès en règle de tout ce qui peut abrutir, lobotomiser et, donc, affaiblir les "esprits" raisonneurs? Wittgenstein aurait parlé de "ressemblances familiales" pour expliquer le vice dans la procédure, lorsqu'il s'agit de définir un concept flou et de ne pas tomber dans la piège de l'énumération précise de critères explicites.
De deux choses l'une: soit l'on suit cette voie pour les sectes, et il y aura davantage à nettoyer du côté des institutions laïques que religieuses; soit l'on maintient que seules quelques associations bien visées posent problème, auquel cas personne n'est vraiment capable d'en saisir la raison mais peut le faire comprendre aux administrés.
Bien, pas bien? Pas clair, surtout. Question de méthode qui reste à trouver. Debray a bien proposé la médiologie, comme méthode d'interprétation analytique des images au sein des médias et de certaines procédures récurrentes pour appâter le citoyen-modèle. La cause est noble, le procédé sociologique plus contestable mais la tentative vaut d'être rappelée ici (cf. les Cahiers de Médiologie, notamment).
Je n'aurais pas de grand conseil à donner à toutes les âmes perdues que le hasard amènera sur ce blog sinon les trois suivants.

Et de 1: apprécier ce qui suit comme un moyen de s'épanouir sans prétention mais avec délectation. Kasabian, bis, et le fier ''Lost Soul Forever'' à qui de droit:

Image ou texte alternatif



Et de 2: celui de lire, écrire et compter par eux-mêmes et se méfier un tant soit peu des modèles théoriques trop efficaces pour être réfutables. Les solutions les plus puissantes ne sont pas toujours les meilleures, loin s'en faut et faute de méthode acceptable pour obtenir réponse à tout. C'est après avoir vu des camarades se faire tuer lors de manifestations politiques qu'un philosophe des sciences (Karl Popper) a décidé de ne jamais accepter la vérité d'une affirmation sans l'avoir bien soupesée au départ et garanti ses applications contrôlées et limitées sur notre "raison" (= sur toutes les procédures susceptibles de créer et de la croyance et de la vérité).
En bref: moins une théorie peut être fausse dans ses affirmations, plus elle doit suscier la méfiance et la bienveillance de la part d'une communauté scientifique en place. On sait que la censure n'est jamais très loin des arguments d'autorité, mais que les sectarisés doutent des solutions irréfutables et leur quête de sens ne s'en portera pas plus mal.
Au moins une chose que la philosophie universitaire m'a donné l'occasion d'infuser avec le temps: démontrer en procédant du simple vers le complexe et, surtout, discuter des modèles d'arrière-plan que l'on utilise à chaque explication de la moindre phrase quotidienne. Deux modèles théoriques peuvent être incompatibles et expliquer la même chose; au choix. Un modèle peut être unique et tout expliquer. A la poubelle.
A se demander si ce n'est pas plus l'explication ou le chemin parcouru qui compte plus que la solution et l'arrivée. Morphéus n'en doute pas, et moi non plus.

Et de 3: se fendre une fois la gueule avec ce sketch mémorable des Inconnus, sorte de reportage régional façon FR3 d'époque avec des commentaires aussi maladroits que copiés-collés. Pas facile de singer nos travers quotidiens, d'où le grand mérite qui leur revient. Rien que pour vous, la promesse d'un ''Nouvel Age réminiscient''!

Image ou texte alternatif



En bref (si je puis dire): il y a des accusations que l'on justifie par des cache-misère mais dont personne ne se plaindra de la sentence. Une bonne conclusion mal démontrée est-elle préférable à une mauvaise conclusion bien démontrée? Peut-on défendre des certitudes sans preuve et, si non, mais que fait au juste la justice? Je ne sais ni, mais je m'en passe.
Amen, qui ne porte pas à conséquence et laisse donc ma société en paix. Il y a des silences, passivités ou incivilités souvent plus troublants et plus dangereuses à long terme que des paroles, activités et civilités bien concrètes. Là est peut-être le couac, et j'en connais une qui ne me contredira pas sur ce sujet du silence complice.

F&H (surtout H)



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