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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
17.05.2008
A se demander à quoi sert un parti politique ... pour ceux intéressés par la politologie, ou science politique, quelques auteurs ont tenté de définir la chose et montrer qu'il n'est pas inutile de glisser le billet dans la fente le temps de soirées paillettes. Selon Julien Freund ou Raymond Aron, les partis politiques sont des groupements d'intérêt commun dont le but déclaré est de proposer un système d'organisation global de la vie en société. Les sujets traités sont à l'échelle du territoire à gérer, bien sûr, et la façon de gérer une voirie municipale n'est pas l'apanage de la droite ou de la gauche. Quelques trivialités de bon aloi, ici, avant de passer à d'autres trivialités pourtant passées sous silence. Et même pire: quelques trivialités érigées en nouveau mode de gouvernance. Ou lorsque mon cul devient un poulet fermier élevé au grain qui enraye la mécanique.
J'ai voté Bayrou lors du premier tour des élections 2007; non pas pour le personnage ou son programme, faute d'en avoir vraiment un. Simplement par impure stratégie de blocage des deux gros partis en place, PS et UMP en face-à-face de culs bénis réunis. Mon idée de base, à l'époque: voter pour Bayrou permettrait de perturber les résultats des deux partis principaux en présence, et d'éviter à la fois l'adoubement d'une pitoyable Jeanne d'Arc pleine de faux bons sentiments maternels ou le sacre d'un petit excité plus soucieux de son nombril que de l'avenir de son pays. Pas de jugements de facilité, s'il me plaît: il est d'autant plus aisé de railler le Petit parvenu aujourd'hui que son projet de relancer le pouvoir d'achat est un échec.
Mais là n'est pas mon problème, ni l'objet de ce billet: l'objet est plutôt celui de comprendre ce qui anime ce fieffé Modem sans fief. Que veut Bayrou et ses potes, à la fin, et comment veut-il y parvenir si tant est qu'il veuille autre chose que la chute de ses ex-amis de la droite républicarde?
La présence de Fifi les Grandes Oreilles au second tour aurait eu le moindre avantage d'éviter la dérive de la surenchère et le clivage des tendances qui droitières qui gauchères au final. Installer le centre pour la finale aurait ainsi permis de trouver un autre créneau principal que la sécurité dans les banlieues ou le SMIC à 1500 euros (mêmes bruts), c'est-à-dire: aurait évité de tomber dans les solutions de facilité démagogiques sans garantie et sans lendemains qui chantent. Sauf pour les croyants et militants de tous bords, ce qui revient au même.
Conclusion: j'ai voté blanc au second tour, incapable de choisir entre la Poitevine trop bonne pour être franche et le Neuilléen trop hyperactif pour être réfléchi. A quoi bon? A rien, sinon un geste de civisme gratuit pour les autres puisqu'il revient à pisser dans un violon. Peut-être finira-t-on par admettre que voter pour personne ne signifie pas voter pour rien. La chose aurait aidé pas mal d'électeurs du second tour de 2002, lorsqu'il s'agissait de simuler la pince à linges sur le nez afin d'éviter le retour de la dictature fasciste. Comme quoi les personnalités de la politique et du show-bizz ne prennent pas leurs électeurs pour des adultes responsables, sans quoi ce genre d'excès rhétorique n'aurait pas lieu d'être.
Que se passerait-il si le vote blanc devenait candidat fictif mais à part entière? Le FN n'aurait sans doute jamais rassemblé autant de votes contestataires sur son dos; un moindre soulagement pour tous ceux plus soucieux de l'image de la France dans le monde que de l'état d'âme d'un prolétariat laissé à l'abandon par la gauche socialiste boboïsée. La solution: le Modem? Ni gauche, ni droite, sans être nostalgique de l'OAS et tout en louant pour certains le souvenir d'un MRP oecuménique? Tu causes bas, François ... bas des pâquerettes et ras la moquette, lorsque tu prétends révolutionner les pratiques politiques par un discours du vide dysentérique. Union avec la gauche par-ci, alliance avec la droite par-là. Acceptable pour des élections municipales, lorsqu'un maire est élu et s'occupe de la gestion de la piscine du coin plus que de la question stratégique du Kosovo ou du Tibet. Mais après, je veux dire: plus loin que les villes et au niveau de l'Etat? Une gestion prudente, une réunion de personnes compétentes, dit-il sans préciser ce qu'il entend par ce terme on ne peut plus flou.
Flou: la marque de fabrique d'un parti orange aussi clair dans ses intentions que les oranges ukrainiennes il y a peu de cela. Rappelons au plus grand nombre que la politique consiste avant tout à proposer un système de gestion général d'une cité sur la base de principes moraux et économiques communs. La mondialisation et la fin des idéologies aidant, le discours se recentre toujours plus et le paysage politique français ressemble toujours plus à celui du Bundestag allemand. Certes: autant éviter la démagogie des solutions radicales et miser sur la prudence décisionnaire. Mais jusqu'à quel point: oublier les principes qui justifient la relance du pouvoir d'achat ou le soutien des capitaux des petites entreprises; oublier le rôle de l'immigration dans le monde du travail et la question de l'identité française, si tant est qu'elle soit autre chose qu'une sorte d'inconscient quotidien; oublier la mission que la France s'attribue dans le monde actuel et les relations qu'elle veut entretenir avec les principaux acteurs du monde actuel, des Yankees à la Chine en passant par le Proche-Orient? Rien de tous ces détails apparemment mineurs n'ont jamais été abordés par ce gentil suiveur giscardien et dépositaire de l'Europe unie de Schumann. Celui dont la maison-musée se trouve à quelques kilomètres de ma chère ville de Metz (Scy-Chazelles, pour être précis), passée à gauche depuis une huitaine de jours mais dont le séisme politique ne se justifie que par la désillusion générale des porte-feuilles et manigances politicardes ...
Tout ceci pour rappeler que quelques spéculateurs plus ou moins oubliés tels que Julien Freund ou Raymond Aron avaient fait de la politique une science dirigée vers un but bien défini; à croire que la fin du bloc soviétique et l'écroulement de la classe ouvrière en France a mis fin aux discours tranchés pour laisser place à un milieu mou timoré, plus lâche que prudent et plus indécis que jamais sur ses orientations premières.
A choisir entre rien et quelque chose de désagréable, j'avais fait mon choix au premier tour. Puis le choix du vote blanc au second, faute de trouver autre chose de plus crédible. Ce pays n'a pas de projet, pas d'envie, pas de courage. Sinon celui de renier 1968 dans les quartiers de rupin et de faire de la gauche une grosse guimauve pour bobos amateurs de peinture néo-cubiste. Il ne suffit pas d'être prétendûment compétent, sieur Bayrou: il s'agit de savoir quelle route prendre lorsqu'on est agile du volant. La compétence n'évite pas d'aller dans le mur lorsqu'aucun itinéraire bis n'existe à proximité. La raclée de la semaine dernière a montré tout au moins qu'il ne suffit plus de proposer "autre chose" et de prôner la troisième voie pour être entendu.
Troisième voie? De garage, certes, mais sans doute pas une troisième façon de penser l'économie, les institutions ou la géostratégie d'un pays. La véritable victoire d'un Modem mi-figue mi-raisin signerait la véritable victoire d'une pensée unique définitivement soumise au marché unique et à la loi du plus offrant sur le marché mondial. L'option d'un juste milieu social-démocrate ou, mieux, social-libéral est trop simple pour être vraie si elle veut concilier la compétition mercatique à la charité chrétienne. Pas évident que l'on trouve mieux d'ici loin, mais pas sûr non plus que se soumettre à un principe d'économie politique sans plus jamais le remettre en doute soit un signe de vitalité.
Et le vote blanc, dans tout ça? Il ne sert à rien, n'a rien de très respectable mais sert tout au moins de réponse claire et nette pour tous ceux soucieux de faire le geste électoral sans en attendre rien en retour. Pas certain que la prise en compte de ce vote lors des suffrages ait d'autre intérêt que celui d'éviter le vote des extrêmes, pour tous ceux gênés par la chose: le danger de ne voter pour personne risque d'avoir pour effet une relance du discours démagogique dans les partis majeurs et un jeu de la surenchère qui n'aura pas d'autre conséquence que celle que le compte du vote blanc devrait servir à éliminer: la déception, la colère, le dégoût.
Vote blanc ou pas, le vote sera nul tant que l'électeur n'aura pas ce qu'il obtient et, surtout, ne saura pas au fond pour quel résultat il vote Tartampion plutôt que Chepraleu.
Quand le gros comique disait entre deux sketchs gouailleurs que la démocratie revient à "causer toujours", il avait raison et la majorité le savait bien sans trop le prendre au sérieux. Quand Malraux disait que le véritable homme politique est celui qui sait prendre des décisions contre la volonté de son peuple et dans l'intérêt général, il avait raison et tous les gaullistes l'ont d'autant plus applaudi que c'était un temps où les Français faisaient encore confiance à leur chef incarné. Et maintenant? Qui aime le poker aime sans doute la politique actuelle, le discours pragmatique et la nouvelle gouvernance: une sorte de bluff dont le principe consiste à ne jamais trop promettre tout en caressant le sens du poil d'un électeur moyen prêt à suivre le premier G.O. venu. Gentil Organisateur de futurs lendemains qui chantent mais pas trop fort, si tant est qu'il existe. Tant que ça ne saignera pas et que le frigo ne sera pas totalement vide, tout ira pas trop mal. Merci pour nous.
Au final, pour quel parti se prononcer? Le parti d'en rire, en attendant mieux:
Solution de facilité, celle de critiquer tout et de faire rien? Certes, mais je n'ai pas mieux à proposer que de constater mon indécision totale en matière de décision à prendre. Sinon celle d'oublier le principe de la gestion de la vie en commun et d'en venir à un libertarisme pour le meilleur et le pire. Mais responsable, tout au moins.