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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
17.05.2008
Il fut une époque, lointaine, où les traités politiques et philosophiques servaient à imaginer des mondes futurs bien gouvernés et régis par quelques idées bien agencées ... de Thomas More à Cabet en passant par Campanella, pour les utopistes; de Babeuf à Proudhon en passant par Marx, pour les communistes ... à gauche, toute. Sans faire injure aux théoriciens de droite, cela dit, parce que les idées ne sont pas l'apanage de la gauche, loin de là. Retranchez les affirmations lapidaires de toute prétention à l'universalité, et vous obtenez des jugements plus nuancés que l'ambiance kantienne des universaux analytico-transcendantalistes laisse de marbre. Et c'est tant mieux, nonobstant un contenu moins facile à décrypter mais moins simpliste à faire mener par le bout du nez ... mais je m'égare une fois encore, tel le vieux cowboy admirateur du Duc et qui ne peut s'empêcher de pérorer à chaque fin de ligne qui n'arrive pas.
Ceci pour en venir à un chiasme de bon ton, qui semble être la marque de fabrique de ce boboïde faussement gentillet: le maire kiss cool d'une capitale qui plie et finira par rompre, Bertrand Delanoë. Hier, Joseph Proudhon avait rédigé une "Philosophie de la Misère" à laquelle Marx avait vertement répondu par une "Misère de la Philosophie". Aujourd'hui, Mister Bobo J'ai Pas Mal à la Tetê (à force de tout miser sur le pathos, pour sûr) propose un nouveau Symbolisme de la Misère dans notre monde pas gentil: le Tibet et ses dissidents armés de courage comme incarnation de la liberté d'expression face à la machine de guerre chinoise. A quoi j'oserai répondre par une non moins verte (tendance Benamias, à la non-rigueur) Misère du Symbolisme. Mélanchon lui-même doute de la manoeuvre, mais pour des raisons de vieux laïcard poussiéreux qui reviennent à assimiler le bonze à l'imam. Ou l'art de mettre toute religion dans un seul et même sac, ce qui discrédite l'ensemble.
L'événement en question, qui n'est autre qu'un véritable non-événement pailleté: aujourd'hui, lundi 21 avril 2008, sa majestueuse sommité parisienne (tendance Paris Dernière, rapport à la pluie dont il est visiblement l'engence) a déclaré le Dalaï-Lama et Hu Jia citoyens d'honneur de la ville de Paris. S'il est une mission que le premier se devrait de remplir pour faire honneur à son tout frais titre d'honneur, c'est celle de sauver le PSG et jouer le même rôle de dynamiseur de vestiaire que Yannick Noah avant la finale de Coupe de l'UEFA remportée en 1996 ... autre temps, autre moeurs.
Misère du symbolisme, et plutôt trois fois qu'une:
- six ans jour pour jour après un pseudo-cataclysme du 1er tour des érections pestilentielles et son attendue marée noire dans une France déclarée pétainiste par quelques intellos en mal de concepts rigides,
- quatre mois avant de futurs Jeux Olympiques tout à la gloire d'un Empire oriental sur son 31 et trois ans après une défaite amère de la candidature de la ville de Paris aux JO de 2012 (aucun rapport, dira-t-on sans trop de mal, encore que),
- le même jour que celui où le comité national du Parti Socialiste (le sien, pour rappel) lance un grand aggiornamento ayant pour but de délester le programme commun de ses dernières scories marxistes du Congrès d'Epinay de 1971,
B.D. (à colorier de rire) déclare la guerre à la guerre et voue son amour pour la Paix Universelle ... amen.
C'est à une sorte de [pé] phonétique que je pense lorsque je constate ce genre de mascarades médiatiques ... quel intérêt dans ce genre de processions irénistes, et quelle est la valeur d'un acte dont les conséquences sont strictement sans aucun danger pour son protagoniste? Sinon celui de briller sous les feux de la rampe (à laquelle il pourra toujours se frotter pour (se) faire du bien à sa côte personnelle), je ne vois pas.
Il fut une époque où la fraîche République de France avait déclaré l'Américain Thomas Paine citoyen français par excellence en raison de sa lutte pour la cause du nouveau régime à vocation universelle. Il fut une époque où Hugo parlait de corps que l'on pouvait emprisonner mais de consciences malgré tout inviolables, alors que toute opposition au pouvoir en place entraînait quelques séjours de plusieurs années en prison. L'Auguste Blanqui en sait quelque chose, et je ne pense évidemment pas que les geôles chinoises diffusent Paris Première derrière leurs barreaux. Mais peu importe à notre Bertrand si gentil et si propret, qui ne risque pas de les fréquenter après un tel coup d'éclat façon Ultra Brite.
La morale de cet ensemble n'est pas de condamner aux oubliettes toute action prétendûment politique dès lors qu'elle n'est pas provocatrice ou risquée. La morale est simplement de remettre l'église au milieu du village, pardon: la mairie au milieu de la place ou le cerveau au milieu des affaires publiques, laïcisme oblige. Il y a les causes perdues, souvent nobles pour ce qu'elles ont de tragique mais de digne; puis il y a les causes d'autant plus indignes qu'elles sont imperdables et reviennent à lancer un référendum sur la paix dans le monde. Un peu de questions plus pesantes, je vous prie, crottes sous la semelle du monde oblige ... car que sommes-nous, nous les Français, sinon des coqs sans odorat et qui nous égosillons sur le purain de notre propre condition? Faut-il le rappeler pour y gagner en humilité.
Questions quizz, donc ... Qui sait quoi du Dalaï Lama? Qui a entendu parler de la sédition persistante des Ouïggours et des aspirations autonomistes globales des populations de confession musulmane à l'Ouest de la Chine? Qui se soucie de l'unité du pays et de son importance pour le Parti Communiste Chinois, pris entre trois eaux séditieuses des musulmans, des Tibétains et des Taïwanais? Qui s'est demandé le temps qu'il a fallu pour que l'Europe actuelle fasse sienne l'habeas corpus des Anglais, la philosophie des Lumières et le libéralisme politique, alors même que les discours behavioristes du clan Bush en territoire irakien (= "les Irakiens deviendront des démocrates si on les fait voter") sont réduits à l'absurde ici même?
Pas Bertrand, ou du moins fait-il tout son possible pour faire oublier ces détails qui constituent malgré lui le lot quotidien de l'Histoire du Monde. Ratzel est moins connu qu'Ingrid Bétancourt, certes. Et d'ailleurs, pourquoi faire du cas de cette dernière un cas d'ampleur désormais internationale, sans que jamais aucun commentaire ne soit fait dans nos journaux de nos deux sur la cause centrale du mouvement FARC? A croire que, décidément, le manichéisme béat a la dent dure. Tout l'art est de ne pas tomber pour autant dans le cynisme le plus indifférent en retour.
Aux socialistes de coeur (et surtout de raison) qui lisent ce billet: lisez Pascal Boniface, géopolitologue officiel directeur de l'IRIS et qui fut membre du PS avant d'en démissionner pour ses complaisances communautaristes; ou encore Hubert Védrine, bien plutôt que d'écouter ou, pire, de lire Delanoë et Royal: les uns pensent avec leur tête lorsque les autres pètent par leur cul, faute de mieux sans doute. N'a pas réfléchi sur l'alter avant d'ambitionner pour son seul ego qui veut, certes.
Laissons-nous aller à cette danse commune des lendemains qui chanteront, lorsque des fleurs pousseront sur le canon des chars et que la démocratie d'opinion finira par l'emporter pour de bon sur le vieil idéal des opinions démocratiques.
Rien de tel qu'une telle humeur moqueuse pour rappeler au souvenir d'une bien bonne chanson pop-ulaire: "Sowing the Seeds of Love" des Tears for Fears (1990), sortie quelques mois avant le début de la Guerre du Golfe et la fin des illusions de fin de l'Histoire à la Fukuyama.
Et pour finir sur le même ton et la même époque, un non moins excellent souvenir utopiste de REM avec un "Shiny Happy People" aussi peu prophétique que le précédent:
Peu importe l'issue, tant que le bon goût musical est là. Quant au bon goût politique des éclats médiatiques, c'est l'apanage de la Nouvelle Vague post-marxiste que de surfer sur sa vague. Delanoë à l'Elysée en 2012? Chouette, Metz aura droit à sa plage improvisée et ses artistes techno-branchouillards déversés tous les week-ends via le TGV Est.
Un dernier détail, qui sera le mien: lisez Badiou et son discours de l'avenir communiste dans "De quoi Sarkozy est-il le nom?" Il rappelle au souvenir des idées qui déterminent les actions, lorsque les caméras s'éteignent et que l'on remballe les sachets à cotillons et paillettes. Delanoë ou l'emblème moderne de la Florence décadente. Panem et Circenses ... et mon trident de gladiateur dans ton derrière, tu le sens? Patience ...