Une de plus, tout au moins ...
... à force de jouer avec un feu qui n'a rien de sacré, le club aura fini par brûler ses dernières cartouches de la saison 2008-2009 et épuisé son dernier espoir de remontée directe. Un minimum syndical même pas satisfait, au final. Un sacré gâchis, à défaut: des adversaires directs toujours assez polis pour perdre ou ne pas gagner lorsque Metz ne faisait pas mieux dans le même temps. Des nuls ou défaites accumulées à la pelle chez d'autres équipes pourtant moins étoffées: nuls de dernière minute à Boulogne ou à Vannes, défaites amères à Troyes ou Clermont, défaites étouffantes à domicile contre Boulogne (en août dernier), puis contre ... le même Clermont il y a un mois à peine. Trop de points lâchés entre-temps, et malgré toute la bonne volonté de concurrents directs pas mieux lotis. Un championnat au trio de tête un peu moins instable que le groupe des grenats blafards. Voilà tout, pour une fin des haricots qu'on n'a pas fini de sentir côté digestion incommodante. Accident industriel, un de plus. Et pas à moitié, cette fois. Le pire dans l'histoire de club, de mémoire de supporter de l'avant-dernière génération.
... une saison de plus à végéter dans l'enfer nauséabond de la Ligue 2 et ses matchs si souvent insipides, où l'écho trouve droit de cité dans les travées d'un stade souvent désempli et les cris d'enfants invités de force par groupements de cars entiers dissimulent tant bien que mal le vide d'un désamour en progression constante.
Traduction: Metz a osé gâcher ce soir sa dernière chance d'une énième ascension en Ligue 1, la seule à l'image de son palmarès et son histoire. Terrassé face au petit Ajaccio, qui plus et après six matchs d'affilée sans pouvoir décrocher une moindre victoire. La tâche n'avait pourtant rien de plus rude que lors des deux derniers supplices à domicile: 0-0 face au dernier de la classe, avant un 1-1 miraculeux face au 18e. N'en jetez plus. Le Graoully ne crache plus de feu et plus rien de sacré ne brûle autour de Saint Symphorien. Morne plaine.
Et maintenant? Un budget encore réduit de 15 à 11 millions d'euros. Une misère qui laisse croire à quelque bonne recrue flairée de dessous les fagots. Une ancienne tradition des années 80 et 90, perdue entre-temps pour d'improbables mercenaires synonymes de gabegie fatale: Padovani (accident industriel), puis l'Ukrainien déprimé Skatchenko, le Polonais transparent Zewlakov et le Coréen tout pourri nommé Han (gloire éphémère d'un Mondial 2002 trompeur) témoignent de cette absence de flair devenue chronique. Des actionnaires qui ne resteront pas pour la bonne odeur huileuse des casse-dalle made in Steinhof; pas plus que Serin, l'actionnaire principal de la métallurgie qui promettait plus qu'un nouveau stade et dont le nom de famille ne rimera pas plus avec philanthropie que mécénat. Des joueurs cadres forcément sur le départ: Cardy, Barbosa, Agouazi, voire le gardien helvète Vailati qui promettait pourtant ...
Et l'avenir? Un avenir qui sent plus celui de l'AS Cannes ou le Stade Lavallois que celui du RC Lens ou du ch'ti de Boulogne. Au mieux: végéter en Ligue 2 une saison de plus, en attendant quelque investisseur séduit par le plan d'Eau ou la place d'Armes (soyons fous: par le Centre Pompidou, tant qu'on y est). La fin d'une ère Molinari qui laissera sur un gros point d'interrogation: gestionnaire avisé ou thésaurisateur frileux, tout compte fait? Autant le sage italien forçait le respect pendant les périodes malignes où de juteux recrutements façon système D (Pirès, Pouget, Blanchard, Song, Isaïas, et j'en passe des plus anciens qui mériteraient bien leur bout de ligne) donnaient le meilleur à peu de frais. Puis vint l'accident après le zénith: une place de premier ex-aequo en 1998, à deux buts près; pas grave, car venait le petit Helsinki en guise de sandwich finlandais pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Une tuile, au final, pour une équipe de Metz revue à la baisse et incapable de faire la différence face à si faible adversaire. Le début de la fin pour la clique à Meyrieu: baisse dans le classement (pas difficile non plus, après avoir touché le plafond français), baisse dans le niveau de jeu ... jusqu'à l'impensable cataclysme d'une relégation historique (au sens péjoratif du terme, s'entend) en mai 2002. Après le pseudo-cataclysme lepéniste du premier tour des pestilentielles, et juste avant le séisme tricolore d'une pitoyable élimination au Mondial asiatique: un entre-deux grenat qui virait au cramoisi à l'odeur rance. Première relégation, après plus de 40 ans de bons et loyaux services continus en première division. La suite logique d'une descente aux enfers que notre Graoully n'avait pourtant plus l'habitude de fréquenter; l'ambiance du Quai de la Seille allait si bien à notre dragon favori, les soirs de fête populaire où l'odeur de bière Amos se conjuguait à celle des frites grasses pour mieux faire poireauter durant les bouchons solennels de sorties bien arrosées.
Et maintenant? Une ambiance morne, des gradins qui sonnent creux, des vieux toujours cons mais dont les affirmations péremptoires ne sont même plus contestables ... un fond de jeu transparent, basé sur une moindre puissance des attaquants sénégalais et un milieu presque trentenaire en dents de scie. Et Pouliquen, dont le ton et le métier promettaient tant et apporteront si peu au final? Si peu, pour le moins: deuxième année consécutive en Ligue 2, du jamais vu depuis plus de quarante ans côté Saint Symphorien. Et demain? Une gueule de bois vermoulue qui suinte déjà la crainte des lendemains de dettes à honorer.
Je me souviens d'une époque où, enfant joufflu aux idées préconçues mais toujours rêveuses à souhait, je ne pouvais imaginer que mon club grenat ose descendre et déshonorer la flamme orgueilleuse de son dragon d'emblème. Aucune raison de s'inquiéter pendant si longtemps, depuis les Bocandé, Kurbos et Micciche jusqu'aux Kubik, Calderaro, Gaillot et autres Pirès toujours assez forts pour assurer l'essentiel et offrir quelques plaisirs du samedi soir. Autre époque. Le temps d'une autre ère où le nom de Bosman ne disait rien à personne et les recrutements juteux n'étaient pas réservés aux seuls plus riches.
Saint Symphorien va sonner creux, encore, quitte à laisser la voix la plus forte aux inconditionnels grincheux à qui on ne la fera jamais. Foutus Cassandre de service que l'avenir ne risque pas de faire taire de sitôt. La Lorraine n'est vraiment plus grenat. La faute à un équipage qui coule en terre corse. Le signe d'une décadence progressive, inaugurée depuis un rendez-vous raté avec la Ligue des Champions puis confirmée avec la rénovation des tribunes Ouest-Est (syndrome récurrent de futurs résultats médiocres; demandez donc à Caen et Nancy version fin 90) et entérinée hier soir. Où est l'abîme? Déjà là pour beaucoup de supporters sans doute prêts à trouver un nouveau passe-temps les vendredis soirs d'hiver.
La Lorraine est rouge et blanche, qui va le rester encore un temps. Le chardon pour emblème régional, voilà qui a de quoi faire mal au postérieur délicat de frêles pèlerins sur leur chemin de croix de lorraine. Faute de mieux, côté Saint Symphorien.
Quelques souvenirs de poche, avant de panser l'avenir pas rose:
Un soir purement historique, où le mémorable gardien Michel Ettore avait pu s'enquérir auprès du goguenard Schuster du jambon promis par la grande gueule allemande devant la presse d'entre-deux matchs.
Après le meilleur européen, les deux trophées de Coupe de France version 84 et 88:
Kasperczak à la barre et Laguerre aux soins (lequel entraînera le club local de Mondelange par la suite, pour les connaisseurs du coin), pour un vendredi soir capable de faire oublier une période sidérurgique peu glorieuse.
Une finale vue de mes yeux vus, contrairement à la première plus vieille de quatre ans. Une belle victoire face à un promu alors dévastateur, avec en prime une pointe écossaise nommée Eric Black et que les pépins à répétition auront gâché le séjour lorrain. Bien dommage, mais thank you so much for l'égalisation ...
Et maintenant? L'heure de dormir, avant de se réveiller ... en Ligue 1. Plus tard. "Ma Lo-rrai-ne est gre-nat ... et elle le res-te-ra" ... Quelqu'un aurait-il du feu sur lui, par hasard? Prière de partager, merci. Pour une fois que le stade avait trouvé musique d'introduction des troupes à la mesure du spectacle, celui-ci s'en est allé avec les derniers espoirs d'un kop condamné à l'extinction de voix provisoire. Tant pis pour le fond, insistons une dernière fois sur la forme ... honneur au diabolique "Hells Bells", contrepartie messine du Van Halen marseillais et autres "coronnades" venues du Nord:
D'autres sons de cloche sont à prévoir, du côté de la Seille. Sans doute quelque chose de pourri, sinon de légèrement avarié dans le royaume grenat; quelque courroux dans les vestiaires ou des fins de mois douloureuses à honorer. Bruit de couloir, rumeur colportée par un ami fiable et membre des Génération Grenat. La vérité tombera sous peu, avant même le passage des croque-morts de la DNCG.
Un moindre réconfort de circonstance: ne pas oublier que le football est un opium populaire destiné à diluer la conscience des masses dans une béatitude puérile qui stérilise toute velléité de résistance face à un Etat potentiellement oppresseur et oppressant. On marxise comme on peut, certains soirs où le ciel est bas. Et vive la démocratie participative ... et merde.
F&H