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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
25.12.2007
Dernière mise à jour :
17.05.2008
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Citation du jour: qui a dit ... (11)

Posté le 12.01.2008 par schangels
Qui a dit:

"L'adoration des pouvoirs est une des tentations permanentes des hommes, et cela pour une raison simple: il est insupportable d'obéir sans se donner une justification quasi-métaphysique"

Indice, chez vous: ennemi de classe supérieure

A l'heure où une ex-pinup devenue chanteuse aphone troque sa Lancia pour une C6 présidentielle, il est temps de rappeler au souvenir d'une époque où l'homme politique trônait, dominait et en imposait. Autres temps, autres moeurs, certes, d'autant que la circulation intense des informations en ligne, le jeu des médias "impertinents" (entendez le plus souvent: non-pertinents) et la suspicion ambiante des citoyens a diminué la distance entre personnes morales et personnes physiques. Il n'y a d'ailleurs plus vraiment de personne morale qui tienne et le temps se donne au mélange des genres ou ruptures diverses, au train où vont les médias et nos ministres passant pour starlettes d'occasion sur les couvertures de nos journeaux d"information". Que veulent les Français en politique, sinon plus de sousous dans la popoche?
Le portrait idéal de nos volontaires généraux tient plutôt du contorsionnisme mental:
Simplicité, mais grandeur. Proximité, mais distance ... Beurre et argent du beurre, pour ainsi dire.

Petit rappel de l'un des nombreux paradoxes du Français moyen; pour ceux qui, comme moi, se sont délectés devant le spectable du "Président" de Henri Verneuil (1961) où Jean Gabin campait le rôle d'Emile Beaufort, un Président du Conseil de la IVe à mi-chemin entre Clémenceau et de Gaulle.
Pendant que Beaufort citait quelques lignes de ses futurs mémoires à sa secrétaire, le dialoguiste Audiard nous servait ce paradoxe bien Français et plus généralement latin: celui de vouloir remettre à un homme le pouvoir politique tout en lui "contestant le droit d'en user".
Par ces temps d'hyperprésidence qui courent et courent encore sans s'arrêter à aucun stop, il est toujours bon de rappeler la contradiction flagrante que bien des électeurs manifestent tous les jours:
- on veut des politiques plus proches de nos soucis "quotidiens", plus "humains" aussi
et
- on veut des politiques à stature, charismatiques et dignes de la fonction qu'ils doivent habiter

Difficile de faire les courses au marché du coin et faire encore figure de personne morale après coup ... mais si la chose n'étonne personne. Il paraît que les personnalités complexes voire contradictoires sont signes de richesse. Il y a aussi des chambres au trésor qui ressemblent plus à un souk qu'à Fort Knox, ou "il y a aussi des poissons volants qui ne constituent pas la majorité du genre". Autant vous servir la version originale de cette formule qui fait mouche, pour de jouissifs "règlements de compte à OK Bourbon":

Image ou texte alternatif



Ce n'est là que du cinéma, bien sûr. Dresser un homme seul face à une meute corrompue, c'est aussi une façon de caresser le citoyen-spectateur dans le sens du poil et le bercer d'héroïsmes irréels plutôt que de l'éveiller aux jeux diplomatiques quotidiens. Il serait plus courageux ou plus pertinent de montrer l'élu du peuple tel qu'il est ou tel qu'il doit être pour conserver son siège, quitte à faire moins d'entrées ou à ranger la verve d'Audiard au placard des idées surfaites. Tout de même ...
Il est loin, le temps sans étranges lucarnes où un président pouvait prendre des décisions contre la volonté du peuple et dans son intérêt; lequel interêt reste à jauger, mais l'on s'essuiera dessus pour l'instant. De Gaulle, souvent; Mitterrand parfois, et sa décision surprenante de ne pas soutenir la peine de mort avant les élections de 1981. Courage politique, ou dernier coup de bluff payant? Des hommes publics quoi qu'il en soit, pas des marionnettes soucieuses de toujours caresser dans le sens du poil ou d'embrasser des crânes chauves de gardien de fauteballe. Autres temps.


F&H

Simone aurait-elle pu être bonne?

Posté le 11.01.2008 par schangels
"Tout est possible", a dit un autre il n'y a pas très longtemps.
Tout, à quel point? Une question que le subversif éphémère Karl Zéro aurait pu poser aux sémanticiens contrefactuels. Y a-t-il un monde possible dans lequel Simone est bonne? Autre question plus pressante et que Jean-Sol n'aurait pas eu l'idée de se poser: ce monde est-il un monde proche, donc pertinent, ou un monde éloigné, donc sans intérêt?
Bien que l'existentialiste laisse la porte ouverte à tous les possibles et ne soit pas très friand des discours de connexions ou de relations internes entre un objet et ses propriétés, le passage du possible à l'intérêt est ce qui va guider le billet à suivre; histoire de mettre la motte de beurre dans les épinards féministes. Je parlerai ici de Simone de Beauvoir, tout le petit monde l'aura compris. Certains disent que notre passé détermine le futur et j'y souscris, toute proportion gardée sur le degré de détermination et à condition d'y voir plutôt une question de propension ou disposition à agir selon des conditions vécues. Exemple: Jean-Paul n'aurait pas eu la Nausée s'il avait eu le minois d'Alain Delon durant sa jeunesse; Arlette Laguiller n'aurait pas levé le poing si la Nature lui avait donné les moyens de séduire son entourage ... tout ne serait qu'une question d'apparence physique derrière les engagements intellectuels? Gardons des proportions, encore une fois, mais ne négligeons pas le rôle des accidents de la vie dans ce qui constitue notre personnalité.

Mais revenons plutôt "sur" Simone, car l'on en parle partout: les ouvrages commenceront à pulluler sous peu, tandis que les chaînes de télévision font déjà leur hommage de principe et qui fait causer toujours. Qui fus-tu, Simone? Un(e) honorable écrivain(e) qui refusait de dépoussiérer balai en main: tu aurais pu être bonne, Simone, prête à reproduire le bonjour agréable de la concierge ou le souci humble du travail bien fait de la ménagère. Mais ton non-destin d'intellectuelle de gauche t'a guidé vers d'autres contingences absurdes, quoique toujours plus gratifiantes pour ta pomme périssable. Mais revenons en arrière pour aller plus avant.
Nous sortons des patates pour entrer dans les feuilles de chou, ce qui me convient en bon amateur de choucroute. Les patates pour la théorie des ensembles et sa vision extensionnelle des regroupements en catégories d'objets, trésor mathématique auquel j'ai réduit entièrement la formule plus pompeuse selon laquelle l'existence précèderait l'essence; les feuilles de chou pour un clon d'oeil de l'amuseur Desproges et son taillage en pointe des écrits de Sartre, toute proportion gardée sur le degré qu'il faille accorder aux railleries de Feu Monsieur Cyclopède. De Sartre et son existentialisme humaniste, nous passons désormais à sa concubine féministe Simone de Beauvoir. Impossible d'éclipser le centenaire honorifique de l'impérieuse castatrice, d'autant que je regarde à cet instant même une émission-débat sur le féminisme selon de Beauvoir. Alors allons-y gaiement, sans quitter notre champ de patates ...
L'existentialisme se résume à cette idée selon laquelle il n'y a ni essence, ni propriété naturelle des éléments au sein d'un ensemble et ni différence spécifique entre deux ensembles distincts, fussent-ils d'ailleurs co-extensionnels. Quitte à réduire l'ordre provisoire des choses à une affaire absurde de contingences intéressées, Simone a revendiqué le droit d'être femme sans faire la popotte au fourneau ni élever deux enfants et demi sans sortir de son rôle de fée du logis. La femme peut être autre que ne le dit, l'impose ou le présuppose une société à forte tendance patriarcale; mieux, elle n'est rien et ne fait que devenir et construire une fausse nature qui n'est qu'apparence permanente.
Pas de femme, pas d'homme: que des constructions historiques déguisées en classes éternelles? Un peu fort de café: tout ce qui a une biroute est un homme et tout ce qui a un minou est une femme; de Beauvoir ne peut pas le contester malgré sa soif exponentielle de brouiller les cartes (ou plutôt les classes). Un peu de nuance s'impose, bien sûr: les femelles ne naissent pas femmes mais le deviennent, sous-entendu que la féminité n'est pas une qualité impossible à soustraire mais qu'il est possible de conquérir. La femme n'est pas seulement un sexe femelle, donc, de même que l'homme n'est pas seulement un sexe mâle. On en sort grandi, sauf que l'on perd de vue ce qui fait que l'homme est homme et que la femme est femme. Ne faut-il pas simplement supprimer le verbe être de notre vocabulaire moderne? Dédicace au Socrate du Théétète, scandalisé par un tel scénario et qui vit dans cette éventualité une raison suffisante de rejeter le sensualisme de protagoras par l'absurde. Mais on s'éloigne de notre choucroute initiale, ici.
Deux points de vue:

- Simone la Péron:
Par son charisme et son goût pour l'indépendance, elle a libéré la femme de son carcan Kinder-Küche pour lui faire prendre conscience de sa condition contingente, quitte à en faire le témoin d'une liberté d'action infinie qui risque de donner le tournis ou filer l'angoisse. N'est pas Camus qui veut, alors sauve qui peut.
- Simone la péronnelle:
Aussi charismatique que Péron mais aussi, surtout, aussi vide que le sens de ses discours. Une chienne pour ce qu'elle avait d'aboyante et de violent, très disposée à casser les noix au sens propre ou castrer tout mâle susceptible de lui barrer la route. Une route qu'elle disait sans direction ni sens, existentialisme de l'absurde oblige, mais qui servait avant tout à satisfaire sa volonté de jouir de tout et de tout ce qui l'arrangeait sous couvert de spéculation philosophique made in Rive Gauche.

Subversion sincère, ou perversité malhonnête? Répondre à cette question supposerait que l'on justifie pour de bon la relation entre existence et essence, entre classe féminine et classe masculine, entre nature et culture ... entre intension et extension, entre épluchage et patates à éplucher. Peut-on faire son choix autrement qu'en termes d'intérêt socio-économique strictement contingent?
Une stricte égalité paritaire entre hommes et femmes n'est peut-être qu'une affaire de fair-play ou d'équilibre arithmétique magnifié en termes de sens de l'existence ou de liberté à conquérir. Je ne sais pas si la place de la femme est davantage au fourneau ou dans un conseil d'administration, si le monde peut être autre qu'il n'est ou s'il n'est qu'un incessant droit du plus fort modéré pour des raisons stratégiques de temporisation des humeurs. Je sais que Simone a aboyé pour se faire son territoire et, avec elle, celle de ses congénères femelles pas toujours femmes malgré les apparences contraires. Il reste à savoir ce que peut être une femme si elle ne se réduit pas à la femme, et de même pour la distinction entre homme et mâle.
Il y a des classes que l'on invente pour dissimuler ou, pire, faire oublier d'autres bien plus robustes: le sociologue Alain Soral ne cesse de crier que la guerre des sexes n'est qu'une invention de capitalistes destinée à remplacer la lutte des classes économiques prolétaires-patrons par une lutte des sexes hommes-femmes. Battez-vous entre genres biologiques au nom d'une nature qui reste à construire: il y a des châteaux que l'on construit sur du sable; il y a des classes que l'on cite sans source. La femme de Simone existe-t-elle? Il y a un genre humain, biologique celui-là et qui mettrait bien tout le monde d'accord si le débat n'était pas tant à orienter du côté des mondes pratiques que des mondes possibles.

C'est sur ce point que j'aimerais finir mon assiette de choucroute: on ne cesse de vouloir reléguer aux oubliettes les affaires de racisme, de sexisme et de toute discrimination que ce soit à coups de possibles inactualisés ou de dominateurs bas du front incapables de penser les choses autrement qu'elles ne sont par ce qu'ils les font. Un autre monde serait possible, donc celui-ci n'est pas le seul concevable. Affaire classée, amen. Et après? Et si le modèle femme au fourneau et homme au travail était le meilleur des mondes possibles, à défaut d'être le seul possible? On dit des mondes possibles qu'ils sont accessibles à la réalité; encore faut-il qu'on s'y résolve et que l'accession vaille la peine d'être essayée. Autant dire que l'existentialiste humaniste comme célébration du possible sur le réel n'apporte pas beaucoup d'eau à notre moulin, celui de justifier la parité homme-femme et à supposer que l'on ai compris la distinction entre les deux concepts asexués. Il y a des jeux conceptuels qui feraient peut-être mieux de se perdre tant qu'ils ne sont pas capables d'assumer pas les conséquences de leur discours. Ou alors, bas les masques et que ces jeux de femmes en devenir finissent par avouer leurs véritables intentions socio-économiques: égalité des salaires et droit de jouir de la vie comme tout le monde des couillus, ce qui sonne moins philosophique mais apparaît d'autant plus honnête à dire. Simone déclarait que l'indépendance salariale était la condition minimale, c'est-à-dire le début d'une possible lutte pour la libération de l'être vaginal; elle en constituerait la fin, peut-être aussi.
Pour faire bref sans l'avoir été ici: le débat vivifié par Simone est plus une affaire de valeurs possibles que de possible tout court. Il y a des états de choses que l'on imagine révocables mais que l'on ne souhaite pas voir révoqués; le racisme n'est pas qu'une affaire de réduction du droit au fait, argument si facile macéré par les bonnes consciences aux panses bien remplies. Que tout soit possible ne signifie pas que l'altérité prévaut sur l'immutabilité, pour qui veut faire dans le discours fumeux et néanmoins synthétique. Mouvement, ou repos? Altérité, ou identité? Un problème de valeurs morales plus que de valeurs de vérité ou de goûts et de couleurs ...
C'est pourquoi je préfère me taire et m'enfoncer de nouveau dans mon scepticisme justifié: je ne sais pas si de Beauvoir eut raison d'aboyer avant que ses chiennes de garde ne prennent le relais; je crois du moins que « les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit », l'oeil méprisant tourné vers la plus chevaline des chiennes de garde Isabelle Alonzi-Alonzo (au fourneau?). Laquelle n'a pas ignoré le fond de commerce que peut représenter une posture féministe en période d'humeur paritaire. Cause toujours et vide tes poches, car le compteur tourne et tu n'es pas immortelle ici-bàs.
Citation de mâle dominateur, qui plus est frustré? Si tu le dis, Simone ...
Et puisque tout ferait mieux de toujours finir en musique, retour tout d'abord aux années 80 et l'annonce d'un "Troisième Sexe" par Indochine (1985-6):

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Je poursuivrai par un choix plus personnel mais tout aussi lié au thème du brouillage des classes: un bien bon "Pure Morning" de Placebo (1998) et son très androgyne Brian Molko, quoique moins que le bien plus sexy Brett Anderson des anciens suaves de Suede.

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Et parce que jamais deux sans trois, je conclurai par un choix encore plus personnel et contemporain: "The Men" de Covenant, dont je me suis gavé tout l'été durant pendant la préparation de mes conférences chinoises et dont le discours fait quelque peu tâche ici mais n'est pas à prendre au premier degré. Les protagonistes sont scandinaves (Suédois), secteur pour le moins paritaire et qui les exempte donc de toute accusation d'essentialisme identitaire.

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On peut utiliser le verbe "être" sans tomber dans la prédication nécessaire. Un peu de calme, mesdames; prenez du recul et continuez donc votre lutte pour la liberté créatrice. Car peu me chaut, tant que le son prévaut. Les ondes n'ont pas de sexe, "elles".


F&H

Extensionalisons la musique gay (je vous prie)

Posté le 10.01.2008 par schangels
Spinoza a dit que "la nature a horreur du vide", sans vraiment que je sache pourquoi; j'ajouterais que les habitudes sont comme les claques: certains feraient bien de se perdre pour éviter quelques abus de langage dont les conséquences ne sont pas minces en politique, anthropologie, économie ... en bref, tout ce qui peut être caractérisé en termes d'ensembles et d'éléments. A savoir: tout.
Au commencement était la patate. "T'sy aimes les psatates?" Tant qu'à parler de pommes de terre, autant passer de suite mon épisode favori des Têtes à Claque avant de passer à des choses plus sérieuses, j'ai nommé le "Willy Waller Two Thousand Six":

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"C'est pas beautiful, lôôô?!!!"
Les patates plus sérieuses concernent la théorie des ensembles et ce que j'appellerai la philosophie du tiroir, c'est-à-dire cette manie de vouloir arranger les idées et concepts en catégories générales plus ou moins heureuses. Souvent moins, lorsque la boîte à outils se transforme discrètement en cage à lapins ... mais je vais m'expliquer.
Reprenons depuis le début: prenons un sac de billes. Le sac est l'ensemble, les billes sont les éléments. Pourquoi tel objet se trouve dans tel ensemble plutôt que dans un autre? La philosophie analytique ne cesse de venir et revenir à cette fameuse distinction de circonstance, celle entre "extension" et "intension". Question de charrues et de boeufs ou d'ordre dans la définition des deux notions ensemblistes: un ensemble se définit par extension lorsqu'il est défini par la somme des éléments qui le composent; un élément se définit par intension lorsqu'il est défini par l'attribut de l'ensemble auquel il appartient. Le sens choisi n'est pas conséquence sur l'interprétation des faits quotidiens, puisque certains parleront de propriétés essentielles lorsque d'autres se contenteront de voir des relations contingentes dans les événements du monde, les choses qui le composent et les propriétés qu'elles manifestent.
Il n'y a donc pas de vide dans le monde, au contraire: la chambre d'un adolescent est tout sauf une classe, où l'on trouvera souvent un slip usé sur le rebord de la chaise et des magazines douteux sous le lit. Mais toutes les mères, je veux dire, tous les spéculateurs ne sont pas les mêmes lorsqu'il s'agit de mettre de l'ordre dansla chambre et de ranger les objets dans des tiroirs. Il y a de bonnes raisons de ranger telle chose ici plutôt que là: sa couleur, sa fonction, son odeur ... une boîte à outil classe les objets selon leurs fonction utilitaire, une boîte de peinture selon la couleur de la gouache, etc. Mais la raison de mettre tel élément dans telle classe devient parfois plus ambiguë. Les philosophes à tendance matheuse ont trouvé quelques astuces pour éclairer les débats, ou plutôt pour montrer pourquoi il ne peut pas toujours être simple. Il y a des classes co-extensionnelles, c'est-à-dire des ensembles distincts qui ont exactement les mêmes éléments. Ces classes ne sont pas légion dans la vie courante, et le philosophe choisit d'habitude l'exemple un peu tiré par les nattes des créatures dotées d'un rein et dotées d'un coeur: dans les deux ensembles figurent les mêmes éléments, que l'on appelle les "humains". Pourquoi tout ce qui a un coeur a un rein? "Pourquoi pas?!", dira le sceptique nihiliste qui s'en bat l'oeil ... "comment le savoir?!", dédramatisera l'extensionaliste pour qui l'identité de deux classes ne s'explique mais se constate seulement.
"Mais où veut-il en venir avec ses patates", se diront peut-être les quelques lecteurs de ce billet? A ceci:
L'abus des classifications apparaît lorsque certains croient sciemment ou non à l'existence de classes nécessairement co-extensionnelles, autrement qualifiées de co-intensionnelles. Le logicien modal nous sort souvent les "mondes possibles" de son chapeau à lapins actualisés: si deux classes ou, synonyme ici, deux ensembles sont co-intensionnels, ce n'est pas seulement qu'ils contiennent les mêmes éléments dans ce monde, je veux dire le nôtre aujourd'hui; c'est aussi et surtout qu'ils contiennent les mêmes éléments aujourd'hui comme à l'époque de Spinoza et de n'importe quel tartampion amateur de patates douces. Co-intensionnel = co-extensionnel dans tous les mondes possibles quels qu'ils soient. Je me dis souvent que l'on n'a pas beaucoup avancé dans l'explication avec ce genre de manipulations mathématiques. Mais on ne gagne pas en explication ce que l'on gagne au moins en description: la définition d'un ensemble par intension en dit plus qu'une définition par extension parce qu'elle prétend qu'il n'est pas possible ou concevable pour certains éléments de ne pas appartenir à un certain ensemble. Pourquoi donc? Sais pas, mais c'est ainsi que fonctionnent une grande partie de nos "raisonnements" ou associations d'idées (= intersections de patates) sur les fonctionnaires, les juifs et les profs.
J'ai mes préjugés sur les profs, sans aller jusqu'à prétendre pour autant qu'il est dans la nature ou l'"essence" du prof de péter plus haut que son centre de gravité ou de dégouliner de fausse moraline vraiment égotiste en tant que tel ... un prof a statistiquement plus de probabilité d'être triste et chiant que gai et pertinent, et je m'arrête là pour la justification de mon préjugé en termes de propriétés contingentes quoique déterminées par des paramètres socio-économiques, voire socio-politiques.
Quant aux amateurs d'essentialisme ou de caractérisation des individus en termes d'attributs ou de propriétés intrinsèques, ils acquièscent à leur insu ou pas à une approche intensionnelle des ensembles, dont les éléments ne sont pas tels par hasard mais en vertu d'une relation qui causale, qui naturelle, qui connexe avec l'ensembles qui les contient. Transition ...
... et la musique gay, dans tout cela?! Je veux dire: y a-t-il carrément une musique gay, ou simplement une musique de gays? Une simple préposition entre les deux termes, mais une grande différence sur la signification des deux expressions. Deux classes peuvent s'intersecter sans raison précise: il y a des boulangers portugais comme il y a des poissons volants, "même si les derniers ne constituent pas la majorité du genre" (des poissons, s'entend). Deux classes peuvent aussi être disjointes par hasard et sans qu'il doive en être toujours ainsi: il n'y a pas de cyclistes noirs sur le Tour de France ni de grandes blondes platinées au Cameroun, mais on explique pas davantage par des raisons culturelles ou géo-climatiques qu'en termes d'essence ou de nature spécifique. Des petites beurs et de jolies noires entrent bien dans les gouvernements, preuve que certains ensembles se définissent foncièrement en termes extensionnels et sans plus.
Mais il y en a d'autres pour qui les intersections sont nécessaires et ne peuvent devenir disjoints: les juifs sont banquiers, les noirs aiment le blues, les communistes aiment Jean Ferrat ... sans quoi ils ne seraient pas ce qu'ils sont. Vraiment? Je ne tirerai pas sur les ambulances xénophobes parce que d'autres s'y sont employés bien avant moi et sans finesse ni pédagogie. Je dirais simplement que certaines classifications ensemblistes paraissent plus légères ou moins justifiées que d'autres, parmi lesquelles la supposée "musique gay". Car l'on met souvent davantage qu'une simple intersection contingente de musiciens et de gays derrière cette appellation: on suppose une classe spécifique et déterminée qui se distinguerait de toutes les autres pour certaines raisons, et pas par simple hasard de croisements de patates. Quelle différence entre la musique gay et la musique faite par des gays? On peut prévoir dans la première expression ceux qui pourront y entrer à l'avenir, parce qu'ils seront reconnaissables comme producteurs de sons ou d'un style qui spécifie la musique gay. Pure fiction arbitraire? Je le crois.

La maladie des "ismes" a contaminé depuis longtemps la philosophie et ses amateurs de tiroirs: il est plus facile de compartimenter des auteurs sous un concept de semi-libertarianisme modéré ou de panvitalisme anti-réaliste tendance nihiliste que de réfléchir posément sur l'auteur initial. Petite pique lancée ici contre cette foutue tendance de la philo analytique à faire entrer de force des auteurs dans des catégories comme on range chaussettes et calsons dans des tiroirs, entre autres. On m'objectera la vertu pédagogique de cette tendance en termes de schématisation commode, tout de même ... il y a des raccourcis qui peuvent être dangereux ou gâcher le paysage. Mais passons et revenons à des affaires plus musicales.

On parle souvent d'une musique gay comme on parle de la musique britpop, de la génération disco ou du death metal. Mais y a-t-il une musique gay? Une musique faite par des gays, homos, pédés, grandes folles ou tantouses ... choisissez le terme que vous voudrez et selon vos affinités.
Je doute qu'elle existe, et ce n'est pour être politiquement correct: on voudrait être condescendant avec ces victimes d'homophobes qu'on ne pourrait pas faire mieux, lorsque l'on affiche son progressisme par une appellation censée les protéger. Les protéger comme on protège les pandas en Chine ou les ours en Slovénie?
Puisque l'heure est à la cérémonie pompeuse du centenaire virtuel de Simone, je rappellerai qu'aucun scientifique n'a encore prouvé qu'il existe une essence, c'est-à-dire une mentalité spécifiquement gay et que les propriétés essentielles permettraient de distinguer des autres types musicaux, voire des autres individus d'une société. Parler d'une musique gay, c'est entrer dans une logique d'inférences ou être gay implique un style, un ensemble d'instruments, un message ou un rythme particulier.
Question: quelle identité artistique se dégage de personnages tels que Brett Anderson, Yukio Mishima, Henri de Montherlant et Freddy Mercury?
Aucune, apparemment, sinon qu'ils ont tenté d'affirmer une personnalité à travers la musique et l'écriture.

Conclusion: parler de musique gay revient à créer des ensembles apparemment factices dont l'identité des membres ne tient qu'à ceux qui veulent voir un homosexuel derrière (sans mauvais jeu de mots aucun) l'artiste en question. Mais de là à trouver à une relation de conséquence ou de cause à effet entre la tendance sexuelle et la créativité artistique comme une raison de faire intersecter les deux ensembles ... tout le monde a besoin de repères ou de modèles théoriques pour expliquer son environnement, ne serait-ce que pour se rassurer ou guider son action. Kuhn et ses fameux paradigmes ne me contrediront pas. Mais encore faut-il s'entendre sur les concepts à choisir pour expliquer les choses et justifier les croisements de patates ...
... quel rapport entre être noir et avoir le feu au corps sur la piste de danse; quel rapport entre être arabe et voler des mobylettes? Dans ce monde possible qui est le nôtre, certains ont la vue courte et refusent l'accessibilité à d'autres mondes. Schématisons: la droite réduit le monde réel au seul monde possible, tandis que la gauche néglige souvent le monde de référence pour se réfugier dans ses idéalités d'autres mondes possibles. Le raciste croit au destin des Patates et à la nécessaire connexion entre certaines intersections souvent dictées par des contingences sociales. Arabe = voleur menteur? Horreur du modèle à monde unique et pour le moins restreint. Peu sont ceux qui s'engageront encore sur ce terrain de l'essentialisme xénophobe voirer raciste, aujourd'hui miné par une large campagne pro-main jaune durant les années Mitterrand. Mais beaucoup le pensent certainement encore au fond d'eux, en toute rumination prudente.
Entre nature et culture, entre déterminisme ethnique et contingence sociale, faites vos jeux mais songez aux conséquences de vos classifications à l'emporte-pièce lorsqu'elles risquent de choquer ou caricaturer leurs cibles en termes de patates nécessairement croisées ou non.

Peu importe; quelle que soit l'intention, la raison ou intérêt de créer des communautés factices ou révisables selon les modes et modèles, parler d'une musique gay m'aura au moins donné l'occasion de lâcher quelques perles (métaphore, ici) de dessous mes fagots.

Tout d'abord, un souvenir de ma prime jeunesse avec le célèbre "Sometimes" (1986) de Erasure:

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Puis un nouvel appel à Jimmy Sommerville, avant qu'il ne passe aux "Communards" et lorsqu'il officiait sous le titre de "Bronsky Beat" (dédicace à Léonid, je suppose). Pour ce tube qui me rappelle tant une époque verdunoise, un gentil cocker bien âgé et une tentative d'enrôlement sous les couleurs rouge et noir de la SA Verdun. Mais je suis le seul à me comprendre ici, tandis que vous reconnaîtrez tous ce si triste, mélancolique et bon "Smalltown Boy" de 1984:

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Et pour finir, un crochet par Feu un groupe splitté en 2003 et dont le leader est à ce point féminin qu'il en serait presque sexy. Je parle de Suede et de son "Animal Nitrate" (1993), que je chantais à tue-tête sous mon casque de mobylette Peugeot 51SU non-kitté en pleine période de Première lycéenne:

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Une propriété commune à ces trois artistes: l'exhibition (au sens d'être désinhibé), la féminité des mouvements peut-être ... mais cela n'a rien à voir avec le style musical ou l'esprit qui accompagne leur musique, et cela devait être dit.
Fiers ou pas fiers, les gays nous font de bons airs et il n'est pas besoin de sortir des drapeaux arcs-en-ciel pour en profiter.
Le barbare est celui croit à la barbarie, a dit Lévi-Strauss (pas un fabricant de jeans, mais je me répète ici) ... Lilian Thuram a dit un jour une chose plutôt sensée (comme quoi tout arrive, même en football): "Le racisme disparaîtra le jour où les gens ne me verront plus comme un noir", sous-entendu que l'on n'est pas ce que l'on est pour une question de taux de mélanine. Pas bête, non, mais pas pour demain ni aussi simple que cela. Pour plagier l'anthropologue, je dirai tout au moins que l'ensembliste est celui qui croit aux ensembles. Cela vaut pour le mathématicien comme pour le logicien intensionnel, le raciste, le xénophobe ou le botaniste. On a besoin de patates, tout le monde l'accordera. Reste à s'entendre sur la façon de les éplucher.


F&H

Démocrate: toi-même!

Posté le 09.01.2008 par schangels
Pour résumer le billet à venir:
"Toute société a la démocratie qu'elle mérite", sous-entendu qu'il ne faut pas se plaindre de l'image que l'on reflète dans l'eau.

Pourquoi faut-il faire du qualificatif ''démocrate'' un terme mélioratif en soi, à supposer qu'il n'y ait pas notion plus vertueuse en politique? Je suis né et mourrai sans doute dans une démocratie, ce qui ne me donne donc pas les moyens d'en juger en connaissance de cause.
Et malgré tout, je laisse à votre réflexion deux citations trop connues pour figurer en première place parmi les autres de ce blog.

La première:
La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres

Avantage de cette formule: elle joue sur la contradiction en prétendant qu'on peut à la fois le pire et le meilleur, ce qui nous ramène deux billets en arrière au sujet des oppositions contraires; et me donne l'occasion de préciser en quoi cette formule fait sens tout en jouant sur les interdits logiques: la démocratie n'est le pire des régimes, ou elle l'est à rigueur lorsque l'on omet les méfaits de tous les autres. Donc elle n'est pas le pire des régimes lorsque l'on tient compte de tous les autres. Donc elle est le pire et n'est pas le pire des régimes sous deux rapports différents, selon que l'on ignore les autres ou non. Donc il n'y pas de contradiction simultanée et sous le même rapport. Donc sophisme.

La seconde:
La dictature, c'est ''ferme ta gueule''; la démocratie, c'est ''cause toujours''.

Je ne ferai pas l'injure de rappeler l'auteur de cette citation toujours aussi digne d'un Guy Debord; je m'arrêterai au moins sur le sens qu'elle dissimule en termes de relation d'offre et de demande.
Explication: la démocratie est le résultat de l'expression du peuple qui décide de ses gouvernants et au nom de sa volonté générale. Voire, et plutôt deux fois qu'une. Qu'est-ce qu'une volonté "générale", sinon le primat de certaines volontés particulières sur les autres? Rousseau avait noté que la démocratie est d'autant mieux appliquée que le ratio représentants/représentés se rapproche de 1. Sûr qu'il est plus simple d'accorder les électeurs entre eux s'ils sont peu nombreux: l'agora antique et la Suisse actuelle ne nous feront pas dire le contraire. A bas le jacobinisme centralisateur, vive le fédéralisme des régions pour la Nouvelle Europe? Voire aussi, pour des raisons non plus politiques mais économiques. Solidarité ... nous y reviendrons.
Entre l'élitisme déprimé d'un Tocqueville (''tous des glands en acte'') et l'élitarisme déprimant d'un Jack Lang (''tous des génies en puissance''), je préférerai sans dandysme post-moderne aucun le cynisme des primeurs de Pierre Desproges. Loin de vouloir dépasser les apparences, baignant au contraire dans les jugements bien sentis parce que de surface, je n'ai pas trouvé mieux pour résumer la perennité de la démocratie depuis l'anneau de Gygès de Platon ou les hommes-loups de Hobbes.

Schématisons quelque peu:
- la droite punit ce que les gens font et feraient mieux de ne pas faire;
- la gauche bénit ce que les gens pourraient faire mais ne font pas;
- Desproges se moque de ce que les gens ne font pas et n'auraient pas les couilles de faire, lui le premier et peut-être moi le second.

Coluche + Desproges = un mélange de cynisme lucide sur l'offre et la demande économique appliquée en politique. Sans oublier toutefois que d'autres penseurs moins médiatiques se cachent derrière leurs formules passées elles à postérité, pour la bonne raison qu'elles sont vite éclipsées par les autres sketchs bien moins subversifs des deux comiques maîtrisés dans la lucarne.
La démocratie ou l'expression politique de la demande qui crée l'offre, témoins les élections récurrentes et les institutions qui veillent à la bonne application de leur fonctionnement? Et peut-être mon cul est-il du poulet: à en croire le sens inverse, force est de constater que médias, opinion publique de Monsieur Tout le Monde et sondages de questions préméditées sont à l'élection libre ce que la confiture Bonne Maman est au cochon qui rit. Il y en a qui croient agir sciemment lorsque la main invisible manipule leurs membres, des cerveaux jusqu'aux boules à papa. Le propre du malade mental est de se croire en bonne santé, sans quoi il ne serait pas malade. Géniale alternative que je laisse à disposition dans ce billet, entre ceux qui veulent changer les choses par inconscience et ceux qui ne font plus rien ou laissent tout passer par trop de conscience.
Mais il existe toujours des esprits critiques parce que polémiques avant tout; or le Léviathan étant si bien huilé et préparé à sa propre remise en cause, il a cet avantage de pouvoir ingérer jusqu'à ses propres contradictions: le comble de la démocratie est d'être le seul des régimes à laisser parier sur sa propre perte pour être d'autant mieux jugée par tous. Et vogue la galère s'il s'agit de parler sans entraves, quitte à pisser dans des violons ...
''Kékidi, p'tit con? Tu te plains de vivoter en démocratie, mais qu'aurais-tu espéré sous la guerre?!'', réplique typique de l'ancien combattant et qui ne mérite pas le mépris qu'on lui inflige de nos jours. Car j'y arrive, grand-père: loin de prétendre prôner la république enfin totale des esprits intégralement éclairés, je n'ai aucune idée précise de ce que peut être une lumière naturelle et m'en tiendrai à cette conclusion provisoire sur le régime de ma vie:
Entre la démocratie et la dictature, la tyrannie ou un quelconque totalitarisme dont les médias de nos jeunesses ont su nous écoeurer avant même que nous en ayons à en faire l'expérience, je choisis la démocratie comme presque tout le monde et toujours par défaut; tout en rappelant, j'insiste, que raisonnement par défaut et raisonnement défectueux ne sont pas synonymes.

Tout ce billet pour en arriver là: "je suis démocrate, j'aime la démocratie"? Question de nuances ou degrés dans les termes d'affection.
C'est juste que, entre le mépris souvent justifié des élites démocrates et la schlag toujours douloureuse des polices politiques, entre l'odeur de rance et l'odeur de mort, la raison se fait vite discrète, les courbatures se font vite sentir et le choix se fait donc d'autant plus vite parmi les (vieilles) peaux douces dont je suis. Je n'ai pas encore trouvé ''meilleure'' explication de ce qui perpétue la tradition démocratique en France, frigos remplis et force d'inertie à l'appui.
Que l'on rappelle le mérite des morts pour le droit à l'expression et le devoir de défendre un patrimoine politique, certes; encore faut-il entendre ce qui sort des clapets pour signer des deux mains en connaissance de cause. Progrès des temps modernes: on n'a plus tant envie de sortir de revolver en entendant le mot ''culture'' qu'en constatant notre état d'inculture. La faute à qui, sinon nous-mêmes et tout un chacun? Pas grave, tant qu'il est possible de faire du débat et donner écho pulic à nos expressions privées. Cause toujours, je te dis. Et peut-être un jour jugera-t-on le droit d'expression en termes de ses conséquences manifestes sur notre environnement quotidien. Mais le violon à l'odeur de pisse devrait encore avoir de beaux jours liquoreux devant lui.

Je reviendrai bientôt sur un sketche de Desproges et sa façon de voir la démocratie, pas très différente de ce que j'ai écrit ici puisque m'inspirant dans une large mesure.
On finira cette note douce-amère par un morceau choisi pour la cause: une bonne dose de ''Democracy'' par les Killing Joke.

''You have the choice, we have your voice'' (traduisez: quel choix? quelles voix!)

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On regrettera peut-être le style ampoulé du chanteur et l'ambiance un peu trop "1984" de l'ensemble, puisque les démocraties modernes ont cela de confondant qu'elles savent s'imposer sans paraître en avoir besoin. Les dictatures finissent toujours par tourner en révoltes justifiées; pas les démocraties, faute de justification aussi évidente à l'appui ... mais je retiendrai des K.J. la force dégagée par l'ensemble des instruments de musique, comme toujours et bien avant les paroles ou le chant.
Autre témoignage de cette remarquable formule de la sagesse populaire (le retour), selon laquelle c'est le ton qui fait la musique. On l'a dit, entre bouffis.

Mais il est temps de me taire: sur l'écran de télévision (qui "rules the nation") passe devant moi un hommage posthume à Simone de Beauvoir, d'autant plus à tarir d'éloges qu'elle n'emmerde plus personne depuis longtemps. ''L'expression existentielle du droit à la parité moderne''; une formule toute faite pour nos Ministres de la Culture ou Premier, tant qu'à ajouter du pipi dans la grande bassine vide qui occupe chacun de nos salons. ''Noir, c'est noir ...'', au moins une vérité logique (quoique) à laquelle je souscris, qui ne casse pas trois pattes à un CRS et ne cherche pas à faire du bruit pour rien. J'y souscris donc, en bon apolitique.


F&H

C'est la pause ... mortem

Posté le 08.01.2008 par schangels
C'est l'heure de la pause, au sein de ce blog que j'ai lancé le soir du Padré et pour lequel un bilan s'impose:
- pas mal de travaux croisés et de musiques croisées pour l'avenir;
- peu, très peu de commentaires pour le présent.
Une pause mortelle à double titre, donc, le premier en raison de la bien faible quantité de réactions. Patience ... ou ennui?!

Traduction: mais qu'est-ce que vous foutez, vous les visiteurs?

Nous en sommes à cet instant à 245 internautes et même pas 10 pauvres commentaires; je citerai en exemple le blogué du mois, Cédric, puisqu'il est pour l'instant le seul à avoir découvert le nom d'un auteur de mes citations. Et les autres? On dort, on s'ennuie, on alterne avec un site porno et les mains vous manquent pour taper les bonnes réponses ... quoi donc?
Puisque l'heure du travail a repris après ces vacances d'engraissage intensif, les billets se feront moins nombreux et je compte donc sur vous pour animer la machine: plus de commentaires = plus d'échanges croisés entre nous tous, donc plus d'idées conséquentes et de sorties grandies.
Un petit effort, par pitié: je n'ai pas construit la "chose" pour satisfaire un égo surdimensionné que j'espère ne pas avoir mais pour lancer des pistes, partager des émotions musicales et créer des vocations cérébrales l'espace d'un billet pas trop dur à comprendre ni trop sérieux.

Alors au boulot, les gens!

C'est la pause, je l'ai dit. A double titre, ai-je dit, et le second est le meilleur puisque la "pause" est le nom d'un des sketches du provocateur, pertinent et insolent Albert Dupontel. Pour ceux qui ne retiennent de lui que la narration de Rambo par un dégénéré tôlard et le passage du bac de philo (encore elle), je conseille de jeter un bon coup d'oeil sur "La Maladie de Sachs", où Albert joue le rôle d'un docteur de campagne en plein doute sur la probité de son métier. Autre chose que "Camping", pour sûr.
La pause-bilan de ce billet ne passera toutefois pas par l'extrait de "La pause" mais, circonstance oblige, par un autre sketche plus poétique appelé "le Jugement Dernier". une pause définitivement mortelle, aux deux bons sens propre et hilarant du terme:

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Merci à vous de sortir ce blog de sa propre mortalité ambiante! Non pas que je ne me fende pas la gueule à moi tout seul; mais plus on sera de fous ...


F&H

Sagesse trop populaire pour être vraie?

Posté le 08.01.2008 par schangels
Il y a sagesse et sagesse: je ne parlerai pas des pitoyables pets de mouche du type "Pour vaincre, il faut apprendre à surmonter ta peur" (Christophe Lambert, "Mortal Kombat") ou "L'important, c'est les 3 points" (joueur de Ligue 1 standard), mais de ces étincelles qui donnent à cogiter pour qui veut bien s'en donner la peine. Mais à quoi bon, lanceront certains. C'est à un de ceux-là que j'aimerais répondre.

On a tendance à opposer le sens commun au savoir scientifique, comme si le premier faisait oeuvre d'obscurantisme face à l'éclairage auto-bronzant des spécialistes sûrs de leur fait.
Pas si sûr que cela, pour qui prend la peine de contester 5 secondes toute connaissance dernier cri. Un exemple de positivisme appliqué:
De retour de Fribourg et en direction de Neuchâtel, où je venais de visiter l'ami brésilien Alexandre (voir "Coup de pub: ça continue") et repartais en compagnie de Jean-Yves Béziau, ce dernier m'évoquait le cas d'une église (scientiste, celle-là) à mettre au milieu de tous les villages de bouseux: pour éduquer la masse laborieuse, en effet, le philosophe des sciences et néo-positiviste Hans Reichenbach avait eu dans l'idée de rectifier et vouer aux gémonies tout diction ou proverbe populaire susceptible d'envoyer le prolétariat dans les orties avec grand-mère. Laquelle grand-mère ne pourrait se détacher de ses vieilles habitudes populacières, mais il s'agissait avant tout de sauver la jeunesse populaire et l'habituer aux argumentations vertueuses, donc "vraies". En commençant par le débarrasser de cette fausse sagesse populaire qui n'aurait de populaire que le mauvais côté populacier de l'ignorance, donc "fausse".

Application: Hans nous dit que les proverbes sont pire qu'inutiles parce qu'ils nous induisent en erreur, dans la mesure où ils nous disent tout et son contraire. Formulation malheureuse, et je m'explique: Reichenbach donne l'exemple des deux proverbes antagonistes "Les contraires s'attirent" et "Qui se ressemble s'assemble". Il en tire la conclusion que le prétendu sens commun incarné par la sagesse populaire dit tout et n'importe quoi, ce que la logique formelle présente par l'inférence logique A,~A |- B: deux propositions contradictoires entraînent la vérité de n'importe quelle autre proposition B, quand bien même celle-ci n'aurait aucun rapport avec la précédente et sa négation. Précisons deux-trois choses avant de trouver l'issue dans une quelconque logique déviante (pas de charrue avant les boeufs, je veux dire: pas de formalismes de rigueur avant quelques formalités d'usage).
Il faut certes faire un choix entre les contraires qui s'attirent: A, et les ressemblants qui s'assemblent: ~A, mais en précisant bien que ces deux sortes de perdreaux ne concernent pas n'importe quel couple: B, puisque nombreux sont les partenaires qui ne sont ni semblables ni contraires l'un à l'autre. On peut n'être ni semblables: AA, ni contraires: A=>~B et B=>~A, mais simplement différents: ~(A B), et la différence n'est pas négligeable puisqu'elle rassemble l'immense majorité des roucouleurs. C'est d'ailleurs si évident que l'on se demande quelle Fliege a pu piquer Hans à l'époque où il prononça cette sentence présumée implacable.
Le défaut de Reichenbach: traiter les proverbes comme des assertions, c'est-à-dire des affirmations que leur locuteur devrait considérer comme vraies au sens propre du terme. Au point de devoir réfuter l'option inverse ou, pire selon moi, d'admettre la vérité des deux sous peine d'admettre les contradictions vraies. Je n'irai pas jusque là, et m'en suis expliqué dans un billet précédent (cf. "Priest et Chirac: même combat?"). Un moustachu inspiré a dit autrefois que "l'esprit de système est un manque de probité". Non pas que l'approche à la Spinoza tienne de la mesquinerie, mais plutôt qu'il faut savoir nuancer son jugement selon les cas d'étude. Aristote l'a si bien dit par une autre formule de son "Ethique à Nicomaque", formule dont je me suis d'ailleurs servi en guise d'avertissement prudent face aux multiplications de logiques déviantes (histoire de charrue et de boeufs entre interprétation et formalisation, encore une fois):
"Il est d’un homme cultivé de ne chercher la rigueur pour chaque genre de choses que dans la mesure où la nature du sujet l’admet." Rigueur: le mot est lâché contre un Reichenbach trop catégorique sur la mission du proverbe.


Première moralité:
Le sens commun ne dit pas n'importe quoi, au sens où l'on n'en tire pas n'importe quelle conséquence. Cela aurait été le cas si les deux expressions ci-dessus étaient mutuellement contradictoires, mais elles ne le sont pas: elles sont contraires. "La belle affaire", me dira le convaincu anti-obscurités de ma mère-grand: "si elles sont contraires, elles sont a fortiori contradictoires et, donc, admettre les deux expressions ci-dessus revient à admettre n'importe quoi!"
Il y a un pas entre défendre deux points de vue contradictoires et tout admettre comme vrai; c'est ce que les logiques paraconsistantes tentent de défendre en éliminant la règle d'inférence ci-dessus de leur vocabulaire formel, mais je préfère passer par l'esprit des prémisses avant de concasser par la lettre formelle: l'idée est davantage de ne pas considérer A et ~A comme des assertions ou croyances à part égale, plutôt que de bloquer la conclusion B qu'en tire d'habitude la logique classique. On peut certes le faire, et les logiques non-classiques le montrent en toute rigueur ... mais la rigueur ne fait pas tout et le problème de Reichenbach mérite une explication sur le sens de A et ~A avant de passer à l'action.
Deux choses en une:
- il ne s'agit pas d'admettre l'ensemble des proverbes comme vrais à proprement parler, mais de garder soit l'une soit l'autre dans l'ensemble de nos propres croyances ou guides d'action;
- Reichenbach s'est trompé s'il entendait par "tout et n'importe quoi" que ces deux proverbes incluent la totalité des cas de couple possibles, puisque les conjonctions de contraires ne sont pas exhaustifs à la différence des conjonctions de contradictoires.

Seconde moralité:
Reichenbach n'a peut-être pas saisi le rôle pédagogique des expressions populaires comme il se devrait: elles ne s'imposent pas chacune comme des affirmations catégoriquement vraies, mais comme des aphorismes typiques d'une circonstance ou d'un exemple de personnalité.
C'est peut-être ce dernier sens plus tolérant qu'il faudrait admettre pour donner un sens acceptable aux systèmes paraconsistants, ceux dans lesquels on inclut deux formules contradictoires sans faire exploser l'ensemble (comme l'ami Hans le prétendait plus haut). Affaiblir le sens dans lequel on admettrait à la fois que les contraires s'attirent et que qui se ressemble s'assemble, cela reviendrait à affaiblir la conviction que l'on attribue à chacune de ces affirmations; c'est cette conviction ou ce haut de degré de croyance que Reichenbach comme Aristote associaient à chacune de nos croyances, populaires comme scientifiques; mais Jaskowski ou Diderik Batens (logicien de Genk, membre de l'école dite "belge" et père de la logique "adaptive") ne virent ni ne voient les choses ainsi, lorsqu'il s'agit de construire des ensembles de croyances faillibles et non-catégoriques.
Un peu d'eau dans ton schnapps aurait peut-être ouvert à Hans les portes de la paraconsistance, qui sait. A supposer que l'on puisse concevoir des croyances mi-figure mi-raisin sans leur refuser le titre de "croyances". Je souscris encore à cette approche catégorique, n'en déplaise à la vogue paraconsistante, et j'y reviendrai pour illustrer quelques exemples de croyances supposées inconsistantes comme les préfaces de la préface ou de la loterie. Allez Hans, une petite dernière pour la route:
"A vieille mûle frein doré" = dédicace aux vieilles poules incapables d'assumer leur âge grandissant. Qui trouvera une version contraire de ce proverbe si doux à l'oreille?

Dernière moralité: "il y a loin de la coupe à lèvres", voire "nul n'est prophète en son pays". Cette dernière me permet de placer une bonne banderille d'électro-dance canadienne: Tiga, "Far from Home".

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Un peu de finesse dans ce monde de brutes: l'esprit avec la lettre, histoire de nuancer les oui-non catégoriques et mieux comprendre le sens de certaines logiques non-classiques par ailleurs.


F&H

Mirwais: Naive Song

Posté le 08.01.2008 par schangels
Les paroles d'un créatif touche-à-tout et plutôt globe-trotter dans son genre: né en 1960 d'un père italien et d'une mère afghane dans la ville suissesse de Lausanne, Mirwais Stass ou Ahmadzaï (de sa vraie identité) a tout d'abord composé puis joué de la gratte pour l'ex-fameux Taxi Girl de 1978 à 1986: "cher-cher le gar-çon ... trou-ver son nom ..."; impossible de ne pas connaître ce morceau typique de l'ambiance new wave synthé du tournant des années 80. A noter que le regretté Fred Chichin, guitariste et compagnon de la Catherine Ringer des Rita Mitsouko, fit partie de la même troupe décidément bien inspirée.
Puis notre clown de fortune (à double titre) a modifié ses jeux de sons électroniques au point de devenir le compositeur favori de Madonna. Ecoutez l'album où la chaude lapine prend la pose d'un Che à paillettes sur la couverture, et vous reconnaîtrez quelques sons typiques de l'italo-afghan.
On retrouve ces sons dans l'album rose de Mirwais: "Production", sorti en 2000 à une époque où j'étais bouffé de l'intérieur par l'ambiance mélancolique du clown pince-sans-rire. Tout un autre style que le lumpenprolétarien Ricco des Bérus, puisque l'on retrouve dans ce "Production" la voix de Madonna sur une des pistes. Grand écart entre "Deux Clowns" et "Naive Song", pour le moins. Mais la naïveté a du bon lorsqu'elle nous rappelle aux failles que l'on tente de cacher tous les jours, capital social à défendre oblige. Déjà entendu cette formule quelque part ailleurs; et vous?
Vous constaterez sur la référence Wikipédia que les groupes dits inspirés par Taxi Girl, et donc Mirwais lui-même, ne sont pas des moindres sur la scène électronique actuelle.
Mais revenons sur la chanson naïve que j'avais introduite plus tôt pour un billet sur nos faux amis les clowns (cf. "Heidegger et les Clowns"). J'ai découvert Mirwais grâce aux émissions nocturnes de musique alternative sur M6, tout d'abord en samouraï "torturé" au sein d'une orgie de geishas dans "Disco Science", puis avec le même morceau introductif de "Production" pour une scène d'anthologie de mon cultissime "Snatch", et enfin dans le clip à reculons de cette chanson pleine de tristesse légère. Oxymore, peut-être ... à vous de juger sur pièce.
Fin de la diction magistrale (au sens scolaire du terme, s'entend), début des paroles dont je vous épargnerai la traduction (ce serait offense):


"Naive Song":

A happy girl
A happy boy
A happy son
A happy friend

All living in a happy world
All living in a lonely world

A happy life
A happy love
A happy mind
A happy soul

We are living in a happy world
We are living in a lonely world

A happy girl
A happy boy
A happy son
A happy friend

All living in a happy world
All living in a lonely world

A happy life
A happy love
A happy mind
A happy soul

We are living in a happy world
We are living in a lonely world


Je conclurai sur Mirwais par la traduction d'une de ses citations retenues dans Wikipédia:

"Il y a deux sortes de personnes en lice dans la musique. Les personnes qui aiment un type de musique spécifique et font en sorte de l'améliorer, puis les personnes qui veulent faire des expérimentations. Chaque nouvelle scène est un système, et je ne veux pas faire partie d'une seule pièce. Je veux faire quelque chose de différent".

L'individu veut créer et rechercher de nouvelles sensations par d'autres sons, somme toute. Qu'il poursuive par des tentatives aussi fructueuses que "Production"; je serai de nouveau parmi ses clients, comme je le fus et le reste pour ces expérimentateurs de Pink Floyd, King Crimson, Beatles (cf. "White Album"), Sonic Youth ... la liste n'est ni ne sera jamais exhaustive. Et c'est tant mieux.


F&H

Un tube dans le flot

Posté le 07.01.2008 par schangels
J'ai eu le plaisir de recevoir il y a une heure de cela un message de la part d'un fieffé connaisseur en matière de truthmakers: Greg Restall, philosophe et logicien australien spécialisé dans les questions du pluralisme logique, de la logique de la pertinence (ou "relevante", pour les franglais du genre), des logiques substructurelles et de la logique philosophique en général.
Mes questions tournaient autour des conditions auxquelles une proposition peut être qualifiée de "vraie", rapport à la saga étoilée que je déroule depuis quelques jours déjà et dont le dernier épisode a vu mon objection de mercenaire noir contre-attaquée par Jago-Jedai.
J'ai donc fait appel aux lumières de Restall, dont vous pourrez constater les travaux longs comme un bras de mer à l'adresse suivante:

http://consequently.org/

Les détails de ses remarques seront consignés dans un futur billet, mais remarquez que l'ensemble constitue déjà un conséquent flot d'idées sur la négation, la vérité, les truthmakers ... beaucoup de grain à moudre et beaucoup d'argument à mettre en ordre.

Et puisqu'il s'agit de gérer un flot d'idées, je ne résiste pas à la tentation d'envoyer ce tube de "stoners". Vorwärts avec les Queens of the Stone Age, et fidélité à leur injonction :"Go With the Flow"!

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Je savoure ma madeleine à chaque écoute de ce tube personnel: il me rappelle l'été caniculaire de 2003, cette époque surchauffée où je profitai de l'impossibilité physique d'accéder à mon monde de référence pour préparer un exposé en vue du colloque SOPHA à Montréal. Première escapade de l'autre côté de l'océan, et surtout, première pierre de ma pomme dans l'édifice du principe de non-contradiction (chez Aristote, pour le coup). Un excellent souvenir, non moins que ce concentré de rock minimaliste. Toujours et encore, en attendant un billet spécial sur ce concept artistique bien à part.


F&H

Visage: "Fade to Grey"

Posté le 07.01.2008 par schangels
Dans la foulée des ligueurs humains, tellement humains, corrigeons le travail de tout à l'heure et précisons que les paroles suivantes de Visage ne datent pas de 1981, mais de 1980. Seul et unique tube de ce groupe londonien formé en 1978 par Steve Strange (allez sur Wikipédia: tout y est consigné comme toujours, malgré les critiques pleureuses de Pierre Assouline) ... de même que pour un certain Patrick Hernandez qui, lui, thésaurise quelques 1500 euros/jour depuis une trentaine d'années.
Mais à la différence du dandy disco à la canne magique, Visage a cet intérêt d'avoir navigué un temps entre plusieurs mouvements (de) marginaux de l'époque: punk, coldwave, puis new wave, pétrifiant finalement son nom dans la grisaille des sons électroniques, froids, douloureux.
Mélancolie et désolation qui n'oublient pas de désespérer avec allure et subversion sexuelle (ne mettait pas du noir à ongles qui voulait sa place au soleil, à l'époque; pas de mini-poufs pseudo-rebelles telles que Avril Laviticole, à l'époque).
Mais je m'égare, encore et toujours ... les paroles, vite:


"Fade to Grey"

One man on a lonely platform
One case sitting by his side
Two eyes staring cold and silent
Show fear as he turns to hide
We fade to grey (fade to grey)
We fade to grey (fade to grey)

Un homme dans une gare isolée
Une valise à ses côtés
Deux yeux fixes et froids
Montrent de la peur lorsqu'il se tourne pour se cacher

Sens la pluie comme un été anglais
Entends les notes d'une chanson lointaine
Sortant de derrière un poster
Espérant que la vie ne fût si longue.

Feel the rain like an English summer
Hear the notes from a distant song
Stepping out from a back drop poster
Wishing life wouldn't be so long

We fade to grey (fade to grey)
We fade to grey (fade to grey)


Pas mal arrangée, cette sorte d'entrecroisement de strophes anglaises et françaises. Voire même originale, après comparaison.
Petit pet dans la soie, bis: Cioran a écrit dans "Histoire et Utopie" que les pessimistes trouvent du bonheur à se complaire dans leur malheur (à quelques écarts de mots près). Ce morceau est l'incarnation même d'un tel aphorisme: on trouve du réconfort à mettre du style dans la tristesse, au point de s'en réjouir mais sans trop le dire. Le contradictoire a ses apparences et, donc, ses limites. Ce qui me rappelle au bon souvenir du problème philosophique n°1, sur lequel il faudra bientôt revenir. Beall attend toujours qu'on vienne le chercher ...


F&H

Human League: "Don't You Want Me Baby"

Posté le 06.01.2008 par schangels
Sorti fin 1981, dans les mêmes eaux que le glacial "Fade to Grey" de Visage, le morceau dont les paroles suivent est resté 13 semaines dans les charts et 5 semaines n°1.
Pas étonnant: la classe très glamour des protagonistes (Philip Oakey, Joanne Catherall, Susan Ann Sulley) n'a pas dû laisser indifférente à l'époque, sans parler de la jolie blondinette Susan en piste dès le second couplet du clip ...

Pour les amoureux de la new wave du début des années 80 (traduction des paroles en bleu) ... "toute une époque" à laquelle je n'ai pas pris part par les souvenirs. Trop jeune, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier quelques trente années plus tard cette histoire d'amour perdue par le succès facile. Presque une parabole annonciatrice des années paillettes et argent facile qui sévirent durant ma tendre et prime jeunesse ... tellement Human. Puis vint la moins gaie décennie 90 et son cortège de désillusions sarcastiques. Nous y reviendrons bien assez tôt; restons embués dans nos rêves de petits enfants insouciants, pour le moment.


Human League: Dont' You Want Me Baby

You were working as a waitress in a cocktail bar
Tu travaillais comme serveuse dans un bar à cocktails
When I met you
Lorsque je t'ai rencontrée
I picked you out, I shook you up and turned you around
Je t'ai repérée, je t'ai bouleversée et t'ai renversée
Turned you into someone new
Transformée en quelqu'un de nouveau
Now five years later on you've got the world at your feet
Cinq ans sont passés tu as désormais le monde à tes pieds
Success has been so easy for you
Le succès a été facile pour toi
But don't forget it's me who put you where you are now
Mais n'oublie pas que c'est moi qui t'ai mis là où tu es
And I can put you back down too
Et peux t'en retirer aussi

Don't, don't you want me
Quoi, tu ne veux pas de moi
You know I can't believe it when I hear that you won't see me
Tu sais que je ne peux pas le croire lorsque j'entends dire que tu ne me verras pas
Don't, don't you want me
Quoi, tu ne veux pas de moi
You know I don't believe you when you say that you don't need me
Tu sais que je ne te crois pas lorsque tu dis que tu n'a pas besoin de moi
It's much too late to find
Il est bien trop tard pour trouver
You think you've changed your mind
Tu penses avoir changé d'avis
You'd better change it back or we will both be sorry
Tu ferais mieux de te raviser ou nous serons deux à le regretter
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Ne veux-tu pas de moi, bébé, ne veux-tu pas de moi, oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Ne veux-tu pas de moi, bébé, ne veux-tu pas de moi, oh

I was working as a waitress in a cocktail bar
Je travaillais comme serveuse dans un bar à cocktails
That much is true
Jusque là c'est vrai
But even then I knew I'd find a much better place
Mais déjà alors je savais que je trouverais une meilleure place
Either with or without you
Que ce soit avec ou sans toi
The five years we have had have been such good times
Les cinq années que nous avons vécues ont été de bons moments
I still love you
Je t'aime encore
But now I think it's time I lived my life on my own
Mais je pense qu'il est temps désormais de vivre ma propre vie
I guess it's just what I must do
Je suppose que c'est juste ce que je dois faire

Don't, don't you want me
Quoi, tu ne veux pas de moi
You know I can't believe it when I hear that you won't see me
Tu sais que je ne peux pas de croire lorsque j'entends dire que tu ne me verras pas
Don't, don't you want me
Quoi, tu ne veux pas de moi
You know I don't believe you when you say that you don't need me
Tu sais que je ne te crois pas lorsque tu dis que tu n'as pas besoin de moi
It's much too late to find
Il est bien trop tard pour trouver
You think you've changed your mind
Tu penses avoir changé d'avis
You'd better change it back or we will both be sorry
Tu ferais mieux de te raviser ou nous serons deux à le regretter

Don't you want me baby, Don't you want me oh
Ne veux-tu pas de moi, bébé, ne veux pas de moi, oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Ne veux-tu pas de moi, bébé, ne veux pas de moi, oh
...............................................................................
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh
Don't you want me baby, Don't you want me oh


Quel message tirer de ce morceau de gloire? Que le succès monte trop vite à la tête des jeunes filles modestes et qu'il leur faut raison garder? Que l'amour est un bien précieux qu'il faut savoir protéger contre les tentations futiles? Ou au contraire, qu'il faut réaliser ses rêves par tous les moyens ne dépassant pas toutefois les limites de la bienséance, et que l'initiative est la première des vertus à l'aube de l'ère Reagan?
Rien de tout cela, sans doute: juste une tranche d'histoire d'amour perdue, comme les anglophones savent si bien les dépeindre sans chercher à imposer aucune morale officielle par devant. Suivez mon regard de "frog eater" ...

Pour en savoir plus sur l'origine de ce morceau, voir l'adresse suivante:
http://en.wikipedia.org/wiki/Don't_You_Want_Me


F&H
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