Publié le 21/04/2008 à 12:00 par schangels
Il fut une époque, lointaine, où les traités politiques et philosophiques servaient à imaginer des mondes futurs bien gouvernés et régis par quelques idées bien agencées ... de Thomas More à Cabet en passant par Campanella, pour les utopistes; de Babeuf à Proudhon en passant par Marx, pour les communistes ... à gauche, toute. Sans faire injure aux théoriciens de droite, cela dit, parce que les idées ne sont pas l'apanage de la gauche, loin de là. Retranchez les affirmations lapidaires de toute prétention à l'universalité, et vous obtenez des jugements plus nuancés que l'ambiance kantienne des universaux analytico-transcendantalistes laisse de marbre. Et c'est tant mieux, nonobstant un contenu moins facile à décrypter mais moins simpliste à faire mener par le bout du nez ... mais je m'égare une fois encore, tel le vieux cowboy admirateur du Duc et qui ne peut s'empêcher de pérorer à chaque fin de ligne qui n'arrive pas.
Ceci pour en venir à un
chiasme de bon ton, qui semble être la marque de fabrique de ce boboïde faussement gentillet: le maire kiss cool d'une capitale qui plie et finira par rompre, Bertrand Delanoë. Hier, Joseph Proudhon avait rédigé une "Philosophie de la Misère" à laquelle Marx avait vertement répondu par une "Misère de la Philosophie". Aujourd'hui, Mister Bobo J'ai Pas Mal à la Tetê (à force de tout miser sur le
pathos, pour sûr) propose un nouveau
Symbolisme de la Misère dans notre monde pas gentil: le Tibet et ses dissidents armés de courage comme incarnation de la liberté d'expression face à la machine de guerre chinoise. A quoi j'oserai répondre par une non moins verte (tendance Benamias, à la non-rigueur)
Misère du Symbolisme. Mélanchon lui-même doute de la manoeuvre, mais pour des raisons de vieux laïcard poussiéreux qui reviennent à assimiler le bonze à l'imam. Ou l'art de mettre toute religion dans un seul et même sac, ce qui discrédite l'ensemble.
L'événement en question, qui n'est autre qu'un véritable non-événement pailleté: aujourd'hui, lundi 21 avril 2008, sa majestueuse sommité parisienne (tendance Paris Dernière, rapport à la pluie dont il est visiblement l'engence) a déclaré le Dalaï-Lama et Hu Jia citoyens d'honneur de la ville de Paris. S'il est une mission que le premier se devrait de remplir pour faire honneur à son tout frais titre d'honneur, c'est celle de sauver le PSG et jouer le même rôle de dynamiseur de vestiaire que Yannick Noah avant la finale de Coupe de l'UEFA remportée en 1996 ... autre temps, autre moeurs.
Misère du symbolisme, et plutôt trois fois qu'une:
- six ans jour pour jour après un pseudo-cataclysme du 1er tour des érections pestilentielles et son attendue marée noire dans une France déclarée pétainiste par quelques intellos en mal de concepts rigides,
- quatre mois avant de futurs Jeux Olympiques tout à la gloire d'un Empire oriental sur son 31 et trois ans après une défaite amère de la candidature de la ville de Paris aux JO de 2012 (aucun rapport, dira-t-on sans trop de mal, encore que),
- le même jour que celui où le comité national du Parti Socialiste (le sien, pour rappel) lance un grand
aggiornamento ayant pour but de délester le programme commun de ses dernières scories marxistes du Congrès d'Epinay de 1971,
B.D. (à colorier de rire) déclare la guerre à la guerre et voue son amour pour la Paix Universelle ... amen.
C'est à une sorte de [pé] phonétique que je pense lorsque je constate ce genre de mascarades médiatiques ... quel intérêt dans ce genre de processions irénistes, et quelle est la valeur d'un acte dont les conséquences sont strictement sans aucun danger pour son protagoniste? Sinon celui de briller sous les feux de la rampe (à laquelle il pourra toujours se frotter pour (se) faire du bien à sa côte personnelle), je ne vois pas.
Il fut une époque où la fraîche République de France avait déclaré l'Américain Thomas Paine citoyen français par excellence en raison de sa lutte pour la cause du nouveau régime à vocation universelle. Il fut une époque où Hugo parlait de corps que l'on pouvait emprisonner mais de consciences malgré tout inviolables, alors que toute opposition au pouvoir en place entraînait quelques séjours de plusieurs années en prison. L'Auguste Blanqui en sait quelque chose, et je ne pense évidemment pas que les geôles chinoises diffusent Paris Première derrière leurs barreaux. Mais peu importe à notre Bertrand si gentil et si propret, qui ne risque pas de les fréquenter après un tel coup d'éclat façon Ultra Brite.
La morale de cet ensemble n'est pas de condamner aux oubliettes toute action prétendûment politique dès lors qu'elle n'est pas provocatrice ou risquée. La morale est simplement de remettre l'église au milieu du village, pardon: la mairie au milieu de la place ou le cerveau au milieu des affaires publiques, laïcisme oblige. Il y a les causes perdues, souvent nobles pour ce qu'elles ont de tragique mais de digne; puis il y a les causes d'autant plus indignes qu'elles sont imperdables et reviennent à lancer un référendum sur la paix dans le monde. Un peu de questions plus pesantes, je vous prie, crottes sous la semelle du monde oblige ... car que sommes-nous, nous les Français, sinon des coqs sans odorat et qui nous égosillons sur le purain de notre propre condition? Faut-il le rappeler pour y gagner en humilité.
Questions quizz, donc ... Qui sait quoi du Dalaï Lama? Qui a entendu parler de la sédition persistante des Ouïggours et des aspirations autonomistes globales des populations de confession musulmane à l'Ouest de la Chine? Qui se soucie de l'unité du pays et de son importance pour le Parti Communiste Chinois, pris entre trois eaux séditieuses des musulmans, des Tibétains et des Taïwanais? Qui s'est demandé le temps qu'il a fallu pour que l'Europe actuelle fasse sienne l'
habeas corpus des Anglais, la philosophie des Lumières et le libéralisme politique, alors même que les discours behavioristes du clan Bush en territoire irakien (= "les Irakiens deviendront des démocrates si on les fait voter") sont réduits à l'absurde ici même?
Pas Bertrand, ou du moins fait-il tout son possible pour faire oublier ces détails qui constituent malgré lui le lot quotidien de l'Histoire du Monde. Ratzel est moins connu qu'Ingrid Bétancourt, certes. Et d'ailleurs, pourquoi faire du cas de cette dernière un cas d'ampleur désormais internationale, sans que jamais aucun commentaire ne soit fait dans nos journaux de nos deux sur la cause centrale du mouvement FARC? A croire que, décidément, le manichéisme béat a la dent dure. Tout l'art est de ne pas tomber pour autant dans le cynisme le plus indifférent en retour.
Aux socialistes de coeur (et surtout de raison) qui lisent ce billet: lisez Pascal Boniface, géopolitologue officiel directeur de l'IRIS et qui fut membre du PS avant d'en démissionner pour ses complaisances communautaristes; ou encore Hubert Védrine, bien plutôt que d'écouter ou, pire, de lire Delanoë et Royal: les uns pensent avec leur tête lorsque les autres pètent par leur cul, faute de mieux sans doute. N'a pas réfléchi sur l'
alter avant d'ambitionner pour son seul
ego qui veut, certes.
Laissons-nous aller à cette danse commune des lendemains qui chanteront, lorsque des fleurs pousseront sur le canon des chars et que la démocratie d'opinion finira par l'emporter pour de bon sur le vieil idéal des opinions démocratiques.
Rien de tel qu'une telle humeur moqueuse pour rappeler au souvenir d'une bien bonne chanson pop-ulaire: "Sowing the Seeds of Love" des Tears for Fears (1990), sortie quelques mois avant le début de la Guerre du Golfe et la fin des illusions de fin de l'Histoire à la Fukuyama.
Et pour finir sur le même ton et la même époque, un non moins excellent souvenir utopiste de REM avec un "Shiny Happy People" aussi peu prophétique que le précédent:
Peu importe l'issue, tant que le bon goût musical est là. Quant au bon goût politique des éclats médiatiques, c'est l'apanage de la Nouvelle Vague post-marxiste que de surfer sur sa vague. Delanoë à l'Elysée en 2012? Chouette, Metz aura droit à sa plage improvisée et ses artistes techno-branchouillards déversés tous les week-ends via le TGV Est.
Un dernier détail, qui sera le mien: lisez Badiou et son discours de l'avenir communiste dans "De quoi Sarkozy est-il le nom?" Il rappelle au souvenir des idées qui déterminent les actions, lorsque les caméras s'éteignent et que l'on remballe les sachets à cotillons et paillettes. Delanoë ou l'emblème moderne de la Florence décadente.
Panem et Circenses ... et mon trident de gladiateur dans ton derrière, tu le sens? Patience ...
F&H
Publié le 05/04/2008 à 12:00 par schangels
... ou presque, tout juste assez pour faire un "bon" jeu de mots et noter la parenté frappante entre Tarantino et ce qui suit.
AVIS à tous ceux qui n'ont pas encore vu le film "J'ai toujours rêvé d'être un gangster" et souhaitent le voir bientôt: sautez ce billet, allez voir ailleurs.
Pour les autres: je profite d'une bouffée d'air pour tenter une sorte d'appel d'air pur, vers un "autre" cinéma français. Pour peu que j'en connaisse en amateur superprofane, j'ai eu ce plaisir de mater mercredi dernier le dernier film de Benchetrit et ne le regrette pas. En gros: un mélange de paumés au milieu d'un univers de bitume triste à mourir, le long d'autoroutes insignifiantes et de chantiers toujours en construction. Des âmes errantes au milieu de ce désert gris, qui tentent de braquer ce qu'ils peuvent avec la volonté neurasthénique qui leur reste. Une atmosphère lunaire, donc étouffante et jouée par des martiens. Ambiance ...
Des histoires, un filmage, des acteurs, des pieds de nez.
L'histoire, ou plutôt les histoires: un chassé-croisé à distance entre plusieurs histoires de braqueurs ratés pour qui la vie est l'occasion de se remuer un tant soit peu, mais sans violence ni méchanceté aucune. Edouard Baer se prend un poteau introductif, les kidnappeurs se gavent de cornflakes devant le spectacle amusant de patineurs casse-gueule, Bashung et Arno règlent leur contentieux en diplomates fatigués, puis la bande à Rochefort constate avec effroi le temps qui passe (à noter la présence de l'italien Venantino Venantini, l'homme de main de Lino Ventura dans les
Tontons Flingueurs) et tentent un dernier braquage qui termine en eau de boudin hilarante. Hilarante mais triste et tendre, comme l'ensemble de ce film à sketch dont le clin d'oeil au Pulp Fiction de Tarantino est évident.
Autant je m'étais emmerdé comme un rat mort devant ce grand film yankee dont on me promettait tant ... autant je me suis régalé devant ces fictions franciliennes qui remuent la pulpe tout en douceur. Pas de violence gratuite dans ce film, malgré le titre annonciateur du contraire; pas de leçon de morale ou de mission humanitaire, contrairement à une quasi-tradition française qui assume le rôle messianique que d'aucuns attribuent encore à notre pays.
Enfin: un film français qui produit des acteurs attachants et sans déchirures psycho-dramatiques dégoulinantes à tout bout de champ, le tout agrémenté de quelques scènes savoureuses ou le réalisateur s'amuse entre du cinéma muet (cf. la scène du braquage de la future serveuse, dans la scène 2) et des images fixes dans le style du documentaire policier (cf. la scène de la barrière d'autoroute, dans l'Epilogue).
Enfin des gueules qui ne l'ouvrent pas pour rien dire ou presque rien, le tout enrobé d'un dialogue minimaliste mais qui sait tirer le jus maximal des acteurs à chacune de leur intervention. Comme si la parole de la serveuse Mouglalis avait du poids bien senti, comme si l'annonce de Baer qui va pisser en attendant que la même serveuse lui prête attention avait des airs de paradoxe abyssal.
A croire que ce réalisateur cultive l'art de faire simple, ce qui est sans doute très compliqué derrière une caméra.
Et puis: ce choix sublimant du noir et blanc. Pour rappeler aux vieilles heures glorieuses des titis braqueurs parisiens du père Audiard? Ou plus simplement, pour donner à ces histoires des allures historiques qui rappellent les films des temps de guerre mondiale et leur donnent un air magnifié, plus sollennel? J'ai toujours cette même impression, que les images en noir et blanc présentent un autre monde plus valeureux que celui banal de notre monde moderne trop plein de couleurs ... impression mi-tragique mi-dramatique donnée par ces "couleurs" binaires et tristes, sans doute.
Pour les détails techniques de ce film: demandez à la spécialiste du genre, Sijavéssu (cf. Mes Blog Préférés). Juste un coup de coeur, ici, parmi tant d'autres qui ont déjà vu et apprécié ce morceau de choix.
Les acteurs ont du style, de la présence, des dialogues au compte-goutte, des voix de mi-écorchés mi-fatigués ... un régal sur pellicules. Autant s'en remettre une tranche, avant de revenir au quotidien multichrome:
Qui a dit que Drew Barrymore n'était pas le nom idéal pour un cheese burger? Ca ne veut rien dire, et ça en dit beaucoup pour cette raison précise.
Bref, du bon cinéma très suggestif. Merci Samuel (si je puis me permettre). Pour un réalisteur dont le père était serrurier, on peut dire qu'il a trouvé la clef ...
Et tant que l'on parle cinéma, je profite de l'occasion pour faire un double hommage: un premier à Edouard Baer, de bon ton puisqu'il est un des gangsters majeurs (donc très mineurs) du film que je cause ici bas et dont l'apparition furtive dans un autre monument a fait mouche (sur ma face, tout au moins). Extrait choisi et de choix:
Extrait du film "Les Clefs de Bagnole" de Laurent Baffie, gigantesque bide du cinéma français mais qui reste à mes yeux une jolie déclaration d'amour au cinéma et à ses techniques drôlatiques. La preuve? Ce début de film où Baffie tente de convaincre les meilleurs réalisateurs français pour subventionner son projet. Un régal, telle la mousse de Capuccino autour des lèvres:
Moralité: allez donc voir Mouglalis, Baer & Cie, sans oublier un petit détour par la première location de vidéos venue. Une pizza + un Baffie et un Russo: la tête à Toto. Promis, juré ... Car "le cinéma est une grande famille", hé hé ...
F & (bonne) H
Publié le 24/03/2008 à 12:00 par schangels
On peut se demander ce qui excite à ce point les hormones mâles (et femelles, désormais) et produit autant d'adrénaline dans le football. Tout dépend de la façon dont les choses sont présentées, comme toujours: de même qu'une femme peut n'être jamais qu'un corps recouvert de tissus adipo-musculaires et de peau épidermique à protubérance mammaire, de même le football peut être réduit à un jeu dont le but consiste à pousser une balle derrière une ligne blanche ... autant dire très peu de choses, si on la présente sous ce descriptif ridicule.
Mais il va de soi que la femme est beaucoup plus qu'une apparence anatomique, et le foot beaucoup plus qu'un jeu de ballon. Le mérite essentiel dans les deux cas réside dans ce que l'"objet" produit comme fantasmes, rêveries et bonheurs fugaces. Celui qui pratique le football sait le plaisir que suscite un puissant tir qui fait trembler les fillets du but adverse ... une institution locale faite de supporters de base, de rivalités brutales et de savoir-faire artistique. Impossible de comprendre ce ressenti, tout comme l'eunuque ne pourra jamais comprendre le plaisir de faire l'amour faute d'instrument minimal et de sécrétions cérébrales possibles.
Qui saura expliquer combien il faut d'intelligence spatiale et de sens du jeu pour décocher une passe millimétrée au milieu d'une défense aux abois? Combien il faut de prévoyance pour trouver la profondeur idéale afin de passer le ballon selon la trajectoire idéale du receveur? Combien l'art d'organiser un système de jeu demande une connaissance de l'adversaire et donne à la victoire une valeur souvent ignorée du béotien spécialiste dans le sarcasme anti-beaufs ...
Deux façons de voir ce sport dont je reste fasciné, aussi bien pour les pulsions qu'il provoque que pour la science du jeu qu'il contient en gestation. Pour les critiques, régalez-vous de ceci:
Pour les amateurs de foot et de spéculations, régalez-vous de cela:
Pour les autres: passez votre chemin et trouvez les auteurs de mes citations, elles attendent encore pour la plupart d'entre elles ...
F&H
Publié le 24/03/2008 à 12:00 par schangels
A se demander à quoi sert un parti politique ... pour ceux intéressés par la politologie, ou science politique, quelques auteurs ont tenté de définir la chose et montrer qu'il n'est pas inutile de glisser le billet dans la fente le temps de soirées paillettes. Selon Julien Freund ou Raymond Aron, les partis politiques sont des groupements d'intérêt commun dont le but déclaré est de proposer un système d'organisation global de la vie en société. Les sujets traités sont à l'échelle du territoire à gérer, bien sûr, et la façon de gérer une voirie municipale n'est pas l'apanage de la droite ou de la gauche. Quelques trivialités de bon aloi, ici, avant de passer à d'autres trivialités pourtant passées sous silence. Et même pire: quelques trivialités érigées en nouveau mode de gouvernance. Ou lorsque mon cul devient un poulet fermier élevé au grain qui enraye la mécanique.
J'ai voté Bayrou lors du premier tour des élections 2007; non pas pour le personnage ou son programme, faute d'en avoir vraiment un. Simplement par impure stratégie de blocage des deux gros partis en place, PS et UMP en face-à-face de culs bénis réunis. Mon idée de base, à l'époque: voter pour Bayrou permettrait de perturber les résultats des deux partis principaux en présence, et d'éviter à la fois l'adoubement d'une pitoyable Jeanne d'Arc pleine de faux bons sentiments maternels ou le sacre d'un petit excité plus soucieux de son nombril que de l'avenir de son pays. Pas de jugements de facilité, s'il me plaît: il est d'autant plus aisé de railler le Petit parvenu aujourd'hui que son projet de relancer le pouvoir d'achat est un échec.
Mais là n'est pas mon problème, ni l'objet de ce billet: l'objet est plutôt celui de comprendre ce qui anime ce fieffé Modem sans fief. Que veut Bayrou et ses potes, à la fin, et comment veut-il y parvenir si tant est qu'il veuille autre chose que la chute de ses ex-amis de la droite républicarde?
La présence de Fifi les Grandes Oreilles au second tour aurait eu le moindre avantage d'éviter la dérive de la surenchère et le clivage des tendances qui droitières qui gauchères au final. Installer le centre pour la finale aurait ainsi permis de trouver un autre créneau principal que la sécurité dans les banlieues ou le SMIC à 1500 euros (mêmes bruts), c'est-à-dire: aurait évité de tomber dans les solutions de facilité démagogiques sans garantie et sans lendemains qui chantent. Sauf pour les croyants et militants de tous bords, ce qui revient au même.
Conclusion: j'ai voté blanc au second tour, incapable de choisir entre la Poitevine trop bonne pour être franche et le Neuilléen trop hyperactif pour être réfléchi. A quoi bon? A rien, sinon un geste de civisme gratuit pour les autres puisqu'il revient à pisser dans un violon. Peut-être finira-t-on par admettre que voter pour personne ne signifie pas voter pour rien. La chose aurait aidé pas mal d'électeurs du second tour de 2002, lorsqu'il s'agissait de simuler la pince à linges sur le nez afin d'éviter le retour de la dictature fasciste. Comme quoi les personnalités de la politique et du show-bizz ne prennent pas leurs électeurs pour des adultes responsables, sans quoi ce genre d'excès rhétorique n'aurait pas lieu d'être.
Que se passerait-il si le vote blanc devenait candidat fictif mais à part entière? Le FN n'aurait sans doute jamais rassemblé autant de votes contestataires sur son dos; un moindre soulagement pour tous ceux plus soucieux de l'image de la France dans le monde que de l'état d'âme d'un prolétariat laissé à l'abandon par la gauche socialiste boboïsée. La solution: le Modem? Ni gauche, ni droite, sans être nostalgique de l'OAS et tout en louant pour certains le souvenir d'un MRP oecuménique? Tu causes bas, François ... bas des pâquerettes et ras la moquette, lorsque tu prétends révolutionner les pratiques politiques par un discours du vide dysentérique. Union avec la gauche par-ci, alliance avec la droite par-là. Acceptable pour des élections municipales, lorsqu'un maire est élu et s'occupe de la gestion de la piscine du coin plus que de la question stratégique du Kosovo ou du Tibet. Mais après, je veux dire: plus loin que les villes et au niveau de l'Etat? Une gestion prudente, une réunion de personnes compétentes, dit-il sans préciser ce qu'il entend par ce terme on ne peut plus flou.
Flou: la marque de fabrique d'un parti orange aussi clair dans ses intentions que les oranges ukrainiennes il y a peu de cela. Rappelons au plus grand nombre que la politique consiste avant tout à proposer un système de gestion général d'une cité sur la base de principes moraux et économiques communs. La mondialisation et la fin des idéologies aidant, le discours se recentre toujours plus et le paysage politique français ressemble toujours plus à celui du Bundestag allemand. Certes: autant éviter la démagogie des solutions radicales et miser sur la prudence décisionnaire. Mais jusqu'à quel point: oublier les principes qui justifient la relance du pouvoir d'achat ou le soutien des capitaux des petites entreprises; oublier le rôle de l'immigration dans le monde du travail et la question de l'identité française, si tant est qu'elle soit autre chose qu'une sorte d'inconscient quotidien; oublier la mission que la France s'attribue dans le monde actuel et les relations qu'elle veut entretenir avec les principaux acteurs du monde actuel, des Yankees à la Chine en passant par le Proche-Orient? Rien de tous ces détails apparemment mineurs n'ont jamais été abordés par ce gentil suiveur giscardien et dépositaire de l'Europe unie de Schumann. Celui dont la maison-musée se trouve à quelques kilomètres de ma chère ville de Metz (Scy-Chazelles, pour être précis), passée à gauche depuis une huitaine de jours mais dont le séisme politique ne se justifie que par la désillusion générale des porte-feuilles et manigances politicardes ...
Tout ceci pour rappeler que quelques spéculateurs plus ou moins oubliés tels que Julien Freund ou Raymond Aron avaient fait de la politique une science dirigée vers un but bien défini; à croire que la fin du bloc soviétique et l'écroulement de la classe ouvrière en France a mis fin aux discours tranchés pour laisser place à un milieu mou timoré, plus lâche que prudent et plus indécis que jamais sur ses orientations premières.
A choisir entre rien et quelque chose de désagréable, j'avais fait mon choix au premier tour. Puis le choix du vote blanc au second, faute de trouver autre chose de plus crédible. Ce pays n'a pas de projet, pas d'envie, pas de courage. Sinon celui de renier 1968 dans les quartiers de rupin et de faire de la gauche une grosse guimauve pour bobos amateurs de peinture néo-cubiste. Il ne suffit pas d'être prétendûment compétent, sieur Bayrou: il s'agit de savoir quelle route prendre lorsqu'on est agile du volant. La compétence n'évite pas d'aller dans le mur lorsqu'aucun itinéraire bis n'existe à proximité. La raclée de la semaine dernière a montré tout au moins qu'il ne suffit plus de proposer "autre chose" et de prôner la troisième voie pour être entendu.
Troisième voie? De garage, certes, mais sans doute pas une troisième façon de penser l'économie, les institutions ou la géostratégie d'un pays. La véritable victoire d'un Modem mi-figue mi-raisin signerait la véritable victoire d'une pensée unique définitivement soumise au marché unique et à la loi du plus offrant sur le marché mondial. L'option d'un juste milieu social-démocrate ou, mieux, social-libéral est trop simple pour être vraie si elle veut concilier la compétition mercatique à la charité chrétienne. Pas évident que l'on trouve mieux d'ici loin, mais pas sûr non plus que se soumettre à un principe d'économie politique sans plus jamais le remettre en doute soit un signe de vitalité.
Et le vote blanc, dans tout ça? Il ne sert à rien, n'a rien de très respectable mais sert tout au moins de réponse claire et nette pour tous ceux soucieux de faire le geste électoral sans en attendre rien en retour. Pas certain que la prise en compte de ce vote lors des suffrages ait d'autre intérêt que celui d'éviter le vote des extrêmes, pour tous ceux gênés par la chose: le danger de ne voter pour personne risque d'avoir pour effet une relance du discours démagogique dans les partis majeurs et un jeu de la surenchère qui n'aura pas d'autre conséquence que celle que le compte du vote blanc devrait servir à éliminer: la déception, la colère, le dégoût.
Vote blanc ou pas, le vote sera nul tant que l'électeur n'aura pas ce qu'il obtient et, surtout, ne saura pas au fond pour quel résultat il vote Tartampion plutôt que Chepraleu.
Quand le gros comique disait entre deux sketchs gouailleurs que la démocratie revient à "causer toujours", il avait raison et la majorité le savait bien sans trop le prendre au sérieux. Quand Malraux disait que le véritable homme politique est celui qui sait prendre des décisions contre la volonté de son peuple et dans l'intérêt général, il avait raison et tous les gaullistes l'ont d'autant plus applaudi que c'était un temps où les Français faisaient encore confiance à leur chef incarné. Et maintenant? Qui aime le poker aime sans doute la politique actuelle, le discours pragmatique et la nouvelle gouvernance: une sorte de bluff dont le principe consiste à ne jamais trop promettre tout en caressant le sens du poil d'un électeur moyen prêt à suivre le premier G.O. venu. Gentil Organisateur de futurs lendemains qui chantent mais pas trop fort, si tant est qu'il existe. Tant que ça ne saignera pas et que le frigo ne sera pas totalement vide, tout ira pas trop mal. Merci pour nous.
Au final, pour quel parti se prononcer? Le parti d'en rire, en attendant mieux:
Solution de facilité, celle de critiquer tout et de faire rien? Certes, mais je n'ai pas mieux à proposer que de constater mon indécision totale en matière de décision à prendre. Sinon celle d'oublier le principe de la gestion de la vie en commun et d'en venir à un libertarisme pour le meilleur et le pire. Mais responsable, tout au moins.
F&H
Publié le 15/03/2008 à 12:00 par schangels
Les psychanalystes auront leur réponse au fond de nos souvenirs de frustrés ou dans un germe oedipien mal fermenté ...
... quoi qu'il en sera, voilà un "isme" auquel je souscris bon an mal an, loin de toutes ces autres doctrines à tiroir philosophiques parfois gonflantes et souvent ronflantes.
Rien de ronflant ici, puisque je veux parler du
fétichisme et de cette tendance dite inconsciente à ressentir du plaisir pour certains instruments, ustensiles ou vêtements féminins. Y a-t-il des femmes fétichistes? Je n'en sais rien, et me contenterai de citer mon propre cas avant de trouver et lire d'autres convives de la génération SM.
Rien de bien violent dans mes chatouillements, cela dit: j'ai un faible prononcé pour les jupes en velours ou tweed gris, bas nylons brun-noir (pas noir, hein?!!), porte-jarretelles (un grand classique, certes), mais aussi et surtout: les talons aiguilles. Pourquoi faire état de ces instruments catalyseurs qui éveillent des pulsions bien agréables? Pour mettre un tant soit peu au clair ce qui suscite autant d'intérêt dans ces détails vestimentaires ... et pour relancer aussi ce blog, laissé en jachère depuis plus d'une semaine à force de tafferies accumulées.
L'illustration, avant une once d'explication: "These Things" du groupe de darkwave californien (quasi-oxymore?!) She Wants Revenge, très inspirant et très inspiré mais plutôt méconnu de notre côté de la France. Réparation d'une injustice somme toute triviale, où Shirley Manson joue de tout son sex-appeal pour maltraiter un "pauvre" Justin Warfield pris en otage par une bombe agressive:
Je ne parlerais pas de beauté pour évoquer Shirley Manson, dont les yeux plutôt globuleux absorbent le reste du visage mais dont la sacrée présence (voire la présence sacrée) sur scène et la voix enchanteresse feraient d'elle une sorte de Lorelei version techno-pop.
Injustice réparée, donc; toute aussi "triviale" que ces détails accidentels dont les femmes savent user mais qui font souvent l'essentiel de leur charme un certain durant. Un détail, dit-on; le péteur de soie dira que Baudelaire voyait dans le maquillage et autres décoratifs superficiels le propre de la beauté féminine. Ne peut-on être belle sans jouer avec les artifices et faire primer le paraître sur l'être. Ouuuhh ... que des mots, derrière lesquels on trouvera peut-être le souci de la mise en forme et du déguisement censé magnifier un être somme toute normal et ordinaire. Vous avouerez que les seins en gants de toilette d'une nudiste filmée pendant ses courses à la recherche d'un beau poireau pour le déjeuner n'ont pas de quoi faire rêver ou fantasmer l'homme de base.
Un regard furtif, un sourire ou une voix peuvent faire chavirer, pas de doute à ce sujet; mais comment pourrais-je nier que le bruit résonnant d'un talon sur le sol me fait vibrer et trésaillir de plaisir, comme une chaire de poule provoquée par la présence et la prestence du personnage féminin. Rien que des détails, mais des détails qui comptent dans l'imaginaire exacerbé des rêveurs solitaires. Puis vient l'apprentissage de la vraie personne, celle qui se déchausse le soir puis redevient cet être somme toute normal mais dont l'un ou l'une ne saura se passer, talons aiguilles ou pas. Sans doute cet air d'inaccessible femme fatale dont l'imaginaire a besoin pour fonctionner; avant de revenir sur Terre et troquer le glamour pour une ère de compromissions plus civiles.
Le glamour, un privilège de femmes? Pas si l'on reconnaît à chaque individu une part double de masculinité et de féminité. Ce fut vrai pour Jimmy Sommerville, ce fut vrai pour Brett Anderson de Suede ... c'est vrai pour Pete Burns et son "You Spin Me Round" (1985), dont le jeu de coquetterie et d'androgynie amusante (notez le joli déhanchement avant le premier tour de refrain) mérite mon détour:
Les bruits de botte pour les uns, les talons pour les autres ... et vous?
F&H
Publié le 06/03/2008 à 12:00 par schangels
A la vie, donc à la mort. Pour un flirt avec la fin mais sans jamais dépasser la frontière inévitable (le suicide) ... Ambiance:
Fight Club. Un "simple" film à consommer comme une future clope consumée ... une simple vidéo louée anonymement entre "Mon curé chez les nudistes" et "Les Bronzés 3", un samedi soir parmi tant d'autres soirées pizza-soda qui font roter puis digérer le tout dans une transe béate de futur padré gestionnaire ... non, c'est bien plus; mais on fait comme si c'était autant que le reste. L'habitude de niveler la valeur des bijoux parmi la masse de contrefaçons interchangeables.
Petit coup de saignée pour rappeler à l'ordre ... ou au désordre vertueux, bien plutôt.
Le décor du film, inspiré du roman de Charles Michael "Chuck" Palahniuk et produit par le réalisateur David Fincher: Jack (Edward Norton), employé pour une boîte d'assurance-accident, souffre d'insomnie chronique et ne supporte que moyennement sa petite vie rangée comme un caleçon savamment plié entre deux paires de chaussettes. Pourquoi ranger, et pourquoi se le demander? Le tort d'avoir pris conscience de ce jeu de dupes permanent et de chercher une issue salutaire à son rythme de vie machinal. Capitonné dans un studio hi-tech post-moderne de type IKEA, pour commencer; jusqu'au jour où son appartement flambe et le laisse seul face à lui-même. La cause de l'incendie? Tyler Durden, comme on l'apprendra dans la suite du déroulement. Vendeur de savons et spécialiste du dynamitage artisanal, la philosophie (au sens noble, non frelaté du terme) de celui qu'incarne Brad Pitt et qui incarne la voix intérieure de Jack se résume par ces concentrés de mise en condition nihiliste; pour ainsi dire:
Tyler Durden, la "petite" conscience très intérieure faite chef de meute au fur et à mesure de la chute brutale et du retour à la vérité vraie: nous baignons dans des illusions et des produits factices qui nous enveloppent d'une dignité apparente.
"Les choses que tu possèdes finissent par te posséder": plus facile à dire qu'à croire, à comprendre ou à tolérer. On peut croire sans comprendre, on peut comprendre sans tolérer, mais on ne peut tolérer sans les deux premiers. La scène de la soude fera basculer le personnage principal de l'autre côté du miroir aux alouettes.
Autre version du même message puriste: "j'ai, donc je suis", ou la fausse affirmation ironique d'un Goldman mercantile non pas mais humaniste tout de même. Ou l'art de croire à la dignité de l'homme même lorsqu'il n'a plus rien parce qu'il estime être encore et toujours quelque chose. Dit-on. Au-delà de l'être et l'avoir? L'
anti-humanisme, ou la dignité morbide et active de l'homme qui sait qu'il n'est rien et s'abandonne en conséquence à condition de toucher le fond. Le cynisme du courageux qui assume sa déchéance et dit merde à celui qui le condamne. Respecter qui, protéger quoi et au nom de quoi? Bonne question qui peut faire mouche et surtout mal, mais pas d'inquiétude: billet sans conséquence et qui ne s'autodétruira pas dans les cinq prochaines secondes de votre lecture.
Nihilisme, primitivisme, fascisme, anti-consumérisme, cynisme, machisme ... les qualificatifs en "isme" de mes deux oreilles sourdes ne manqueront pas pour tenter de circonscrire la portée du roman et du film qui en a été tiré; et dont on oubliera la scène punk-romantique finale, où Marla la déjantée lubrique retrouvera son marquis de Sade refoulé moderne pour assister à la destruction des Tours Jumelles. Prémonitoire? Très peu importe, puisque le cinéma a ce défaut d'enjoliver pour ne pas trop effrayer qui les spectateurs qui les maisons de production dépendantes des investisseurs adeptes de la consommation. Retenons du moins la bande son finale et la bonne question sans réponse attendue des Pixies: "Where is my Mind":
Quand la hyène se mord la queue, elle continue d'avancer en spirale. Mais elle avance, encore et toujours. Debord l'avait dit, parmi d'autres pisseurs de violons: le Léviathan absorbe tout jusqu'à ses propres contradictions internes. Fight Club l'a illustré, aussi bien par le scénario enflammé que par les pompes à incendie qui l'ont accompagné et qui s'appelle l'industrie du cinéma. L'art de transformer la dynamite en savon, pour le coup.
Comme si l'homme descendait du singe sans savoir où aller une fois les pieds posés à terre; nettoyer le terrain au napalm avant de retomber parmi les lianes. Fight Club, ou la transition du singe apprivoisé et descendu de son arbre aux "singes de l'espace".
Quatre passages pris au hasard, éloquents parce qu'ils incarnent ce que j'ai tenté de comprendre dans cette pierre grisâtre:
- la scène de la rencontre entre Jack et sa conscience refoulée, Tyler Durden; un numéro de cynisme exemplaire sur l'ami à usage unique des relations de travail et le conditionnement des citoyens policés, jusqu'au détail près de visages apaisés dans les brochures d'avertissement en cas d'incendie.
- la scène de l'ex-étudiant en biologie, réduit à un sous-appartement misérable et que Tyler va menacer de mort s'il ne reprend pas ses ambitions de vétérinaire en main. Le plus beau jour d'une vie est sans doute celui où l'on frôle la mort. Parole de samouraï déchu. Apprendre à apprécier ce qui devient banal sous le poids des habitudes
- la scène chimique de la soude sur la main: exercice d'application par Tyler avec son moi de surface, Jack, qui doit apprendre à toucher le fond et assumer tout comme Marla sa condition d'être perdu pour mesurer à quel point il est libre; libre de faire quoi, et pour quoi ... pas de réponse, pas même dans la recherche d'une dignité confisquée. Anti-humanisme, un terme qui sonne bien et résumerait assez bien ce besoin d'action désorientée sans but mais sans fard
- le projet K.O. (Chaos?): provoquer les bagarres, libérer les autres de leur retenue civilisée; des exercices d'entraînement pratique à la provocation, à la violence gratuite (pas de but, donc pourquoi se le reprocher) et à la destruction des deux illusions régulatrices de l'homme civilisé: commisération, empathie.
La violence comme expression de la liberté illimitée de faire et défaire ce qui nous entoure, et nous-mêmes par la même occasion. Pas de sens, juste des directions prises au hasard. Se fixer un but, peu importe lequel ... n'importe lequel? Le goût de la vie, à condition de la risquer. A condition, aussi et surtout, d'être persuadé que les déguisements quotidiens n'ont strictement aucune valeur et constituent une perte de temps irréparable.
La bonne cause: celle de servir l'absence de cause, ou celle de détruire les causes illusoires quotidiennes. Servir La cause: la cause perdue, en connaissance de cause. Le nihilisme. Quitte à se lancer dans un gang paramilitaire destructeur, anti-social, voire auto-destructeur? Les limites d'un film sont de transformer en caricature dérisoire ce qui renie d'abord la facilité et ose affronter des questions angoissantes. Mais un film a ses limites, toujours.
Qui osera souffrir pour ressentir la vie, qui osera abandonner ses biens pour trouver son propre salut? Pas encore.
Mais plutôt que de saisir par soi-même ce que des dialogues apporteront bien mieux et sur un plateau, observons le contenu du plateau et faites-vous votre propre idée sur la saveur du produit. J'ai déjà la mienne, et je reviendrai plus tard sur la leçon de ce document sur pellicule. Citons à tout va, donc ...
"Il y a un adage qui dit qu'on fait toujours du mal à ce qu'on aime; mais il oublie de dire qu'on aime ceux qui nous font du mal."
On fait aux autres ce que l'on aime qu'ils nous fassent, malgré les apparences impérieuses du contraire.
"Marla: la petite écorchure qu'on a sur le palais et qui ne peut cicatriser que si on cesse de la lécher; mais on ne peut pas."
"- Quand les gens croient qu'on est mourrant, ils écoutent vraiment ce qu'on leur dit au lieu de ...
- ... t'attendre que ce soit leur tour de parler."
"Si on se réveille à une heure différente dans un endroit différent, pourrait-on se réveiller dans la peau d'une personne différente?"
"La capote, c'est le soulier de ver de notre génération: on l'enfile quand on rencontre une inconnue, on danse toute la nuit, et puis on la balance; la capote, j'veux dire, pas l'inconnue ..."
"Il suffit pas de se mettre une plume au cul pour avoir l'air d'un coq."
"Nos pères étaient nos images de Dieu; si nos pères nous ont abandonnés, qu'est-ce que tu en déduis à propos de Dieu? Tu dois admettre qu'il est possible que Dieu ne t'aime pas du tout. Il ne t'a jamais voulu; en toute probabilité, Il te déteste, et ce n'est pas ce qui peut t'arriver de pire. On n'a pas besoin de Lui; on n'en a rien à foutre de la damnation et de sa foutue rédemption. On est les enfants non désirés de Dieu, très bien."
"C'est seulement quand on a tout perdu qu'on est libre de faire tout ce qu'on veut."
"Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essence, qui fait le service dans des restos, esclave d'un petit chef d'un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues; on fait des boulots qu'on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l'Histoire, mes amis: on n'a pas de but ni de vraie place; on n'a pas de Grande Guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle; notre Grande Dépression, c'est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu'un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars; mais c'est faux. Et nous apprenons lentement cette vérité: on en a vraiment, vraiment plein le cul."
"Faculté d'ignorer totalement ce qui est sans importance"
"Vous n'êtes pas votre travail; vous n'êtes pas votre compte en banque, vous n'êtes pas votre voiture; vous n'êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis; vous êtes la merde de ce monde prête à servir à tout."
"J'avais envie de loger une balle entre les deux yeux de tous les pandas qui n'étaient pas foutus de baiser pour sauver leur espèce; j'avais envie d'ouvrir les vannes de dégazage de tous les pétroliers et de polluer toutes ces plages françaises que je ne verrai jamais; j'avais envie de tout salir d'une fumée bien noire."
"Je suis le sentiment de rejet exacerbé de Jack."
"- T'étais où, là, Schizoboy?
- J'avais envie de détruire quelque chose de beau."
"Oublie ce que tu crois savoir. Arrête de tout chercher à contrôler, lâche-toi."
(Après l'accident de voiture volontaire) "Nom de Dieu! On a frôlé la vie, là!"
"Dans le monde tel que je le vois, on chassera des élans dans les forêts humides et rocailleuses qui entoureront les ruines des Rockfeller Center;
On portera des vêtements de cuir qui dureront la vie entière; on escaladera les immenses lianes qui envelopperont la Tour Sears;
Et quand on baissera les yeux, on verra de minuscules silhouettes en train de piler du maïs ou de faire sécher de fines tranches de gibier sur l'aire de repos déserte d'une superbe autoroute abandonnée."
Pétons ensemble, ô mes frères: le propre de l'homme civil est de fixer des limites à son libre-arbitre, quitte à les inventer de toute pièce. Kant parler de contradiction interne pour distinguer la bonne action de l'ivresse ... il y a des arguments logiques qui, parfois, pourraient ressembler à des prétextes savants maquillés de cohérence. Mais patience dans l'urgence des réponses existentielles: le Prussien a su développer, ne cherchons pas non plus l'autodafé sous le seul prétexte que Tyler sait se montrer convaincant sans rédiger une Critique de la Raison Pure. Technique de la Déraison Pratique, en échange et sans démonstration de cohérence à l'appui. D'où la plus grande respectabilité du philosophe réel allemand sur le personnage de fiction américain. Certes.
La philosophie: ou l'art de n'admettre que ce qui est démontré, quitte à inventer les prémisses.
Sinon? Quitte à assumer les coups salutaires, reste à supporter la douleur. Une affaire de pratique, en partie, mais ne sera pas philosophe qui veut en ce sens bien saignant du terme.
F&H
Publié le 01/03/2008 à 12:00 par schangels
Qui a dit:
"Vouloir être dans le vent, c'est une ambition de feuille morte"
Indice: oeuf à la ... tard
J'ai entendu cette formule parlante lors d'une cérémonie de mariage, un jour où un vieux camarade pongiste passait bague au doigt à sa si douce, charmante et patiente complice d'infirmière. Qu'il doit être doux de se faire changer, à l'aube des 3e et 4e âge. Pas de chance, messieurs, elle s'occupe des baveux mais tendance nourrisson. Il restera le fantasme pour vous émoustiller ...
Que ne ferait-on pas pour enrober un rituel social de quelques formules spirituelles qui feront cogiter deux-trois secondes un ou deux enfants de choeur en retard. N'empêche: la formule vaut d'être retenue pour ce qu'elle dit sur les soucieux de leur image et du qu'en dira-t-on: ils sont déjà morts à vouloir être les plus beaux vivants, toujours dans les yeux des autres. Pas simple de rester vivace et de ne pas céder à la tentation des odeurs d'automne, non plus.
Question: comment gagner en profondeur ce que l'on perdra peut-être ou n'a jamais obtenu en longueur, comprenez: en apparence agréablement longiligne?
Réponse: les livres, la curiosité, le courage, la peur (pas l'un sans l'autre), le doute ...
Chacun cherchera midi à sa porte. Un réconfort pour les coquets et coquettes adeptes de la mortitude: midi peut arriver plus vite ou plus tard si l'on joue avec le temps institué et que l'on manipule les aiguilles de l'horloge. Mais qui joue avec les aiguilles fait donc dans la contrefaçon et néglige la véritable cadence du Grand Horloger. S'il y a.
Un peu de douceur, en attendant d'y voir plus clair et de régler le compte au tas de feuilles de mortes par un grand coup de pelle.
Si nous sommes des billes qui dévalons une grande piste grisâtre sans savoir ni d'où, ni vers où, ni comment, il reste le plaisir des couleurs et l'euphorie du mouvement. Comme toujours, et c'est tant mieux:
Les rêveurs sont bénis. Sans oublier toutefois que la beauté n'est pas tant dans la bille que dans l'oeil du spectateur bileux qui sait apprécier pour sa peine la trêve des balles de confiseurs. Nous voilà sauvés.
F&H
Publié le 28/02/2008 à 12:00 par schangels
Une histoire si simple parce qu'elle est celle de tout le monde, au su ou à leur insu.
La rencontre d'une indomptée et d'un serviteur volontaire. L'une appelle l'autre et l'autre trouve toujours des raisons pour rester chez lui, bien ''à sa place''. Saura-t-elle le convaincre, et pourquoi? Ou plutôt: pour quoi, à supposer que la question ait son sens, une direction.
Une histoire qui remonte à Mathusalem, un cadre classique et un style d'écriture très classique. Une issue classique?
Il y a des jours où les mots arrêtent de jouer et prennent les choses au sérieux. Les choses: la vie, le jour, pourquoi, comment ... des questions que l'on apprendra à dire insolubles pour se conforter du manque de réponse.
Puis l'on repart dans nos affaires quotidiennes, concentré sur nos sujets et conscients de la place prise. "Des maillons dans une grande chaîne", diront les esprits chagrins ou pas rassurés pour autant. "Et alors?", répondront les mailles du filet dont ils ont accepté l'emprise. A défaut de faire mieux, faute de savoir ce qui le sera, pourquoi ne pas accepter cette place dans laquelle on trouvera ses aises, ses propres plis et sa place bientôt propre. Trop propre pour certain(e)s.
Le titre: "La fille aux semelles de vent".
Le
pitch: un cordonnier, Job, producteur des meilleures semelles de son quartier et très apprécié pour son travail. Tout le monde apprécie sa contribution à la cité, et le petit quotidien paraît plus vivable avec lui. Il change sa vie, au rythme des autres et qu'il a fait sien:
Quelle vie? La sienne, ou celle des autres? Les autres en seront-ils sauvés?
Le réconfort quotidien du travail bien accompli se voit perturbé lorsque Job reçoit la visite de Ezéchiel, la "fille aux semelles de vent" dont les requêtes font toujours sourire les autres marchands de chaussure parce qu'ils savent sa demande impossible. "Mais voyons, les semelles de vent n'existent pas ... tu es folle, ou tu te moques?" Aucun des deux, elle en est certaine mais ils ne savent pas ou ne veulent pas le savoir. Les certitudes ont la vie publique plus dure que toutes ces connaissances bien construites, quoique très faillibles. Trop bien à l'aise dans leurs carnets de commande et leurs catégories en vente pour ne pas devoir se soucier de ce que leur savoir-faire ne pourra jamais atteindre. Job a compris, mais il ne sait pas se décider car il cherche la raison, l'ultime et la bonne. Doit-il renvoyer Ezéchiel à ses quinze mètres et fermer boutique avant chacun de ses passages perturbateurs? Ou au contraire, doit-il satisfaire sa demande et trouver un moyen de fabriquer ces fameuses semelles de vent, quitte à dépenser fortune pour la combler et perdre son affaire? Le jeu en vaudra la chandelle ou pas. Une histoire qui est celle de tous.
Les formules ne manqueront pas pour croquer cette histoire si commune et si peu banale à la fois: "Chacun cherche son chat", "chaque pot a son couvercle". Car tout le monde cherche quelque chose ("everybody's looking for something"), mais c'est ce quelque chose qui reste à trouver ... à supposer que l'on trouve autre chose que son ombre ... la vie se fait de déconvenues passagères, ces odeurs fortes et presque insoutenables que les abstractions auront tôt fait de dissiper dans un coton de chloroforme verbal. Eurythmics en a fait état, je crois:
Il y a des pays et des continents que l'on traverse comme sa propre chambre; sans rien y trouver de plus, sans se trouver soi-même. La quête du Graal pour qui osera boire le calice en parabole et jusqu'à la lie. Pas donné à tout le monde, mais tout le monde peut s'y adonner. Une question de courage?
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Ezéchiel
Te voilà bien concentré sur ton bel ouvrage, mon gentil Job. J'ai apprécié le confort de tes dernières ballerines, j'ai couru dans tous les sens et mes petons n'ont jamais trouvé à y redire. Je dois te remercier pour ce que tu m'as donné. Accepteras-tu mes mots doux?
Job
Comme tu y vas en grandes formules! Ce n'est que mon travail, après tout, tu m'as payé pour ça et j'ai aimé le faire. J'y ai autant gagné que tu y as pris du plaisir, sais-tu. Alors ne me remercie pas, c'est un cadeau bien trop précieux et je ne mérite pas tant d'égard.
Ezéchiel
Pourquoi refuses-tu la main que je t'offre? Je te suis reconnaissant, et je suis prêt à revenir pour profiter de ton art. Car tu m'as offert ce que peu de gens ont su m'apporter dans ta ville: de beaux ouvrages, et utiles qui plus est puisqu'ils ont couvert mes pieds et suivi mes périples.
Ecoute-moi. Voilà plusieurs années que ta vie se déroule ici, dans notre ville du Monde où tu as retrouvé le goût des choses et l'affection de tes proches. Et je les comprends, car tu les sers et j'y ai trouvé moi-même mon compte. Mais je sais que tu veux plus et que tu perds ton temps, ici.
Job
Perdre mon temps? Je gagne petitement, mais sûrement, et je n'ai pas le goût des aventures sans lendemain. Comment peux-tu affirmer de telles choses, que sais-tu au juste de moi? Ne prends pas ombrage à mes questions abruptes: je ne suis qu'un potier, et l'on me paye pour donne autre choses que des caresses verbales. Dis-moi au juste ce que tu lis dans mes yeux, et je te répondrai avec autant de sincérité que me le permettent et ma place et mes affaires.
Ezéchiel
Tu te mens à toi-même, mon gentil potier. Tu parles d'affaires florissantes et de richesses retrouvées, toi dont les affaires du passé avaient tant promis avant de s'écrouler par la faute d'un mauvais entourage. Mais l'histoire ancienne appartient au passé, et je n'y reviendrai pas. Tu crois avoir pris une revanche sur la vie, mais c'est de cette vie que tu te détournes désormais. Puisses-tu seulement me comprendre, mon petit Job.
Job
Je crains que non, car tu parles en énigmes et c'est à des oreilles de simple artisan que tu t'adresses. Dis-moi ce que tu as sur le coeur, et je te dirai ce qu'il m'est permis de te dire sans te décevoir. Car je n'ai pas le droit de te décevoir, et tout commerçant n'en dirait pas moins que moi à cet instant. Parle, je t'écoute.
Ezéchiel
Je vais parler, consciente aussi que tu m'as déjà comprise sans que ma bouche ait besoin d'en prononcer les mots. Le fond de ma pensée, il est celui-ci: je t'aperçois depuis quelques jours, l'air concentré sur tes ouvrages et le geste précis dans tes détails. J'ai aimé te regarder, et j'ai tiré profit de ton savoir. Mais ton savoir te retient ici, alors que le vrai monde t'attend derrière nos frontières. Tu vis dans le Monde, car le hasard a voulu que notre cité s'appelle ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais. Toutes les estampilles que tu marques pour signer tes ouvrages ne seront jamais qu'une pâle imitation de la réalité: écrire "Le Monde" au bas de tes souliers ne t'apportera jamais le vrai monde sur un plateau, et je t'en prie: n'écris plus mais cours, quitte tes affaires et va-t-en avec moi. Derrière ces limites qui nous retiennent sans raison véritable, hormis les mauvaises que l'on fonde sur le prétexte de l'habitude. Tu me comprends, je le sais et l'ai vu.
Job
Qu'as-tu à offrir qui puisse me détourner de mon travail, ma bonne Ezéchiel? Je ne sais pas de quoi tu parles et ne sait qu'une chose: j'aime mon travail et j'apprécie à le faire, chaque jour qui passe et que je passe à créer pour moi, pour les autres. Je n'ai pas d'autre projet que de donner des choses belles et bonnes à qui m'en rendra quelques pièces en échange pour entretenir mon échoppe, remplir mon estomac et satisfaire celle qui voudra me rejoindre pour le reste de la vie. Pourquoi ne pas admettre que la grandeur de mes jours est à la mesure de ce que j'y vois? Car mes yeux seuls jugent de ce que je vois, et c'est pour avoir ouvert trop grand mes prunelles autrefois que je me les suis brûlées au point d'en souffrir. Tu me reproches de stagner là et de ne pas sentir la vie ailleurs. Toujours ailleurs, car ton métier est d'être aventurière et de ne jamais t'arrêter quelque part. Je suis un sédentaire, tu es une nomade. Tu as tes raisons pour partir, j'ai mes raisons pour rester. Puisses-tu me comprendre pour que je ne te déçoive pas, puisses-tu m'écouter pour que tu ne m'en veuilles pas.
Ezéchiel
Je m'en voudrais de ne pas te parler après t'avoir entendu, Job. Car je sais ce que tu es et j'en ai tant vu avant toi. Des commerçants, secrétaires de service et avocats concentrés à ce point sur leurs tâches qu'ils en oublient d'être des hommes. Car tu sais ce qu'est l'homme, et ce n'est pas cette boutique superbe qui saura te contenter. Tu as les yeux levés plus loin que ces esclaves involontaires, tellement sûrs de leur sort qu'il ne leur viendra pas même à l'esprit le souvenir des limites leur cité. Et ce n'est pas tout: tu sais ce que j'attends de toi, et je réitère ma requête.
Job
Les semelles de vent, une fois encore? Mais que pourrais-je vraiment te dire que les autres cordonniers, et que pourrais-je t'apporter de plus qu'un refus bien malheureux? C'est que je n'ai aucune idée de ce que peut être une semelle de vent, et tu ne peux me demander de fabriquer du vide. Ecoute-moi, car je te prends au mot et ne ferai pas comme ces autres qui se moquent. Sûrs que ta question n'a pas de sens et que tu es soit simple folle, soit simple provocatrice. Je comprends le sens de ta demande, mais j'en connais pas l'issue. As-tu déjà vu ou entendu la trajectoire d'une flèche sans direction et vide de sens? Je crois que tes semelles n'existent pas plus loin qu'en toi, ma chère visiteuse insatisfaite. Tu en as assez dit, et j'ai déjà de quoi te répondre.
Ezéchiel
Tu auras toujours des réponses à toutes mes avances, je n'en doute pas mais doute de ce que tu gagnes à répondre ainsi. Attends donc avant de parler, je t'en prie. C'est que ma visite n'est pas gratuite et je demande toute ton attention. Je crois que tu n'es pas comme ces autres commerçants, et je veux t'offrir le bien le plus précieux qu'il soit donné à un habitant de notre cité: celui de la quitter. Tu sais que ton avenir est au loin, mais tu te forces à prétexter toutes les raisons du contraire. Mes semelles ont du vent, c'est pour mieux emmener vers ce que tu seras, là haut et plus loin qu'entre tes quatre murs de brique. Isolants, certes; trop.
Job
Je ne prétexte pas, je trouve et j'aurai bien à t'en dire. Mais je ne veux pas t'interrompre.
Ezéchiel
Je serai toujours ta préposée, et jamais je ne te forcerai contre ta volonté. Mais je parle en ton nom, parce que tu n'oses pas le faire toi-même et que je me sens prête à le faire pour toi. J'ai vu une chose, mon Job, à chacun de tes regards portés sur la minutie de tes gestes: tu laisses glisser des regards vers l'horizon, toi qui habites au bout de la ville et habites si près des limites dont tu te défies. Regarderais-tu au-delà si tu ne voulais pas t'y rendre?
Job
Simple curiosité, mais n'y vois pas malice. J'aime ma cité et ne tiens pas à la quitter. J'y ai mes amis, mes clients et ma famille. Mes ambitions et mon passé, mes plaisirs et mes souvenirs. Pourquoi quitter ce qui m'a fait pour un horizon dont je ne sais rien? Je dois finir mon ouvrage, Ezéchiel. Tes semelles de vent ne te quittent pas, et t'elles appellent encore vers d'autres lieux inconnus.
Ezéchiel
C'est vrai, et je te demande d'y aller avec moi. Je t'ai choisi, Job.
Job
Moi? Mais je ne veux pas cesser mon affaire, ma boutique, ma vie! Je t'ai déjà expliqué ce qu'il y avait à dire. Le reste n'est que poésie de fainéants, alors ne me force pas à répéter ce que j'ai dit. Je ne veux pas te décevoir avec de fausses réponses nouvelles. Je crois avoir tout dit.
Ezéchiel
Tu as dit ce que ta peur te commande de prononcer. Mais j'ai d'autres projets pour toi, d'autres ambitions pour nous. Viens avec moi, je t'en conjure. Oublie cette affaire dont tous sauront vite se passer et que chacun aura oublié bien assez vite. Des choses superflues ne doivent pas te cacher l'essentiel, Job. Je viens te les rappeler.
Job
Ces choses superflues dont tu parles avec autant de légèreté, Ezéchiel, c'est ma vie. Elle vaut ce qu'elle est, une collection de détails insignifiants pour les uns et utiles les autres. Mais je n'ai pas de réponses à ton désir d'absolu, alors ne m'en veux pas si mes ambitions n'ont pas les dimensions des tiennes. Tu veux courir le monde, je ne demande qu'un parterre où m'asseoir et travailler. Nous n'avons pas les mêmes idées, je ne suis pas les mêmes ordres. Tu es le cheval, je suis la bride. Tu veux toujours plus, je veux juste un peu. Faut-il toujours changer pour se sentir vivre, faut-il ne jamais s'arrêter pour profiter du voyage? Mon paysage me plaît, j'y resterai tant que les couleurs me plaîront et m'apporteront ces petites douceurs qui font mon bonheur. Tu veux le paradis, je réclame juste un petit jardin, de quoi nourrir ma famille et maintenir ma subsistance. Ne me prends pas pour un mesquin: j'ai appris à me contenter de peu pour ne pas regretter les excès. Le peu que j'ai construis, j'essaie d'en tracer les plans et j'aime à croire que je serai toujours mon propre architecte.
Ezéchiel
Tu parles de regrets, toi qui n'essaies jamais de peur de perdre. Tu ne gagneras pas si tu ne joues pas.
Job
J'ai appris à me passer de ces jeux dangereux, dont l'issue n'est même pas certaine et le gain peut-être dérisoire. Qu'y a-t-il derrière notre cité, le sais-tu? As-tu seulement une idée de ce que tu peux perdre, toi qui ne penses qu'à ce que tu espères gagner? L'espérance est bonne pour les riches et les chanceux. J'ai consrtruit une affaire, je me suis refait une santé et j'ai dû apprendre à préserver mes efforts pour être où je suis désormais. Je ne perdrai pas tout pour un pari insensé, celui que tu appelles ''liberté''.
Ezéchiel
Insensé, dis-tu. Je te parle de liberté, tu réponds en raisons. Je te parle de nouvelles portes à dépasser, tu me réponds en heures de fermeture de ton minuscule magasin. Sois ambitieux pour toi-même, mon agneau, car personne ne le sera pour toi. Tu parles de proches auxquels tu tiens et qui tiennent à toi. N'est-ce pas eux qui te tiennent et te font rester ici de peur qu'ils ne te regrettent? Ils t'aimeraient s'ils acceptaient ton destin, ils ne t'aiment pas s'ils s'en tiennent au leur.
Job
De quel ''destin'' me parles-tu: en ai-je un, en as-tu la moindre notion? Ecoute: je n'ai pas de plan tout tracé qu'un être m'aurait imposé, seulement des prévisions très modestes mais dont les effets contribuent à ma santé. Je sais bien qu'elle te paraît chétive et scrutée au compte-gouttes, mais c'est la mienne et je la conserve dans des proportions qui me regardent. Pas de grandeur? Non, mais pas de décadence non plus et le temps fut assez long à reconstruire pour ne pas tout détruire au premier caprice venu. Ma première faillite m'avait fait mal, tu sais.
Ezéchiel
Certainement, mais qui ne souffre pas n'a jamais affronté le danger qu'on appelle la vie. Tu me trouves sotte, moi et ma soif de liberté? Je te trouve sot, toi et tes peurs de phobique introverti au point d'en oublier le monde qui t'entoure. Tu pleures comme on crie lorsqu'il y a plus de peur que de mal, mais tu le sais. Tu es comme le nourrisson, tout juste sorti du ventre et qui hurle sous les effets d'une lumière du jour aveuglante et nouvelle. Tu te plains d'un inconnu que tu ne connais pas. Allons, Job, combien de temps tourneras-tu le dos à ce qui te tend les bras? A celle qui t'offre l'occasion? Viens avec moi, et oublie ces affaires qui te retiennent comme les fers retiennent le pied.
Job
J'ai pris goût à ces fers, vois-tu; car on s'habitue à ce que l'on nous force de porter, et la nature a été suffisamment bien faite pour que nous cessions de nous plaindre à ce qui nous suit selon l'ordre des choses. Je sais que ces ordres te semblent ridicules et qu'ils ne tiennent en rien de la nécessité. Mais tout le monde n'est pas toi, Ezéchiel, et les hasards du quotidien ont bien tôt fait de paraître nécessaires lorsqu'on les vit en permanence. Comme une seconde peau qui fait de vous un homme civil, plutôt qu'un homme libre. Tu y trouveras matière à partir; alors pars. J'y trouverais matière à rester, car j'ai appris à me satisfaire du peu que l'on me donne.
Ezéchiel
Tu ne peux pas croire à ces mots, tu ne peux croire à ce que tu sais faux.
Job
Ne parle pas de vérité et de fausseté lorsque la liberté est en jeu. Rien de plus fou que cette course vers l'inconnu dont tu me vantes les mérites d'une existence entière. Je t'ai pris en affection, toi et tes affres dont les habitants du coin ont pris l'habitude de se gausser. Ne leur en veux, pas, Ezéchiel: ils n'ont pas ton champ de vision, et j'ai le regard assez oblique pour comprendre et leurs courtes vues et tes grandes visions d'avenir. Je n'accuserai pas et comprendrai tout le monde, car telles seront les choses s'il faut des passionnés vers le bref départ et des tempérés pour le long séjour. Tu ne sais rien de ce que j'attends, et j'ai trop à perdre pour te suivre. Ne m'en veux, chacun fait sa route et pour peu que l'on décide sûrement de nos itinéraires. Sais-tu seulement pourquoi tu cries, sais-je seulement pourquoi je murmure? Les choses se font ainsi et nous croyons en être les auteurs. Je le crois très peu et m'en tiens au peu qui me reste, Ezéchiel: ce magasin, ces affaires, ces ouvrages que j'ai du plaisir à concevoir et dont les sourires qu'ils apportent font mon bonheur.
Ezéchiel
Le chat de gouttière trouve son bonheur dans la moindre écuelle qu'il lape. Tu te prends pour l'animal de la ferme, mon pauvre Job? Je sais que tu es plus, mais prends garde à ne pas finir par prendre tes discours pour des réalités. Car tu te sers de tes prétextes civils comme de boucliers ou d'une armure. Enlève cet attirail et suis-moi, nous verrons où les chemins nous amèneront mais nous irons, et c'est là le plus doux des projets que je puisse t'offrir. Lâche cet ouvrage, pose ce pinceau et arrête ta machine, Job. Il est temps de vivre, maintenant.
Job
Je ne suis pas tes formules, je ne comprends pas ton empressement. Je ne sais plus quoi te répondre pour te convaincre, car j'ai déjà tout dit. Le peu que j'ai est à moi, et ce que je perdrai ne sera plus à moi. Que serai-je si je n'ai de nouveau plus rien? Sais-tu pourquoi nous sommes dans cette cité, et pas dans une autre? Sais-tu pourquoi les vents ont décidé de ne pas nous en éloigner et de nous maintenir dans ses limites? Nous ne savons rien, ma pauvre, et je le suis autant que toi. J'aurai plus à perdre qu'à gagner à te suivre, et ta liberté ne me dit rien qui vaille. Te servira-t-elle, où te conduira-t-elle? Que feras-tu d'elle lorsque de nouveaux chemins seront découverts par tes soins, que de nouvelles cités pousseront et que tes amis observeront ta réussite aventureuse, jaloux de ton sort et bien enferrés dans leurs propres limites? Je serai heureux pour toi, Ezéchiel, mais je te laisse ce privilège des riches à venir, ma belle; c'est que mon gain de départ fut trop durement acquis pour être dilapidé si vite. Tu me répondras que je ne vois que pertes là où tu ne vois que des profits? Je vois la partie vide d'un verre dont seul la plénitude t'obsède. C'est tout ce que nous savons, et je ne peux pas aller contre ce qui décide pour moi.
Ezéchiel
Lâche. Tu es un lâche.
Job
J'attendais ce coup de ta part, mais je ne l'esquiverai pas. Je ne crois pas que la lâcheté me retienne ici, Ezéchiel. Car le lâche refuse ce qu'il sait être bien, et j'aurais bien du mal à refuser un bien dont j'ignore tout faute d'être quoi que ce soit. Tu ne sais rien de ce qui t'attends, et je devrais te louer pour ton départ vers un lieu peut-être sans le sol? Je ne suis pas lâche, tu es téméraire. On ne gagne rien à traverser les routes sans craindre les brigands. J'ai appris à protéger ma petite existence, parce que je trouve du confort à y préserver mes instant privilégiés. Ils sont ce qu'ils sont, mais je les aime et j'ai oublié les fruits trop sucrés qu'on me promettait autrefois.
Ezéchiel
Tu as oublié ce qui faisait de toi un vivant, et le commerce a fait de toi un esclave. Tu crois gagner avec les autres lorsque ce sont les autres qui gagnent de toi. Mais j'en ai assez de dire ce que tu sais déjà. Je ne peux plus attendre, Job, car la route m'appelle et le souffle est là. Viens, je t'en prie.
Job
Je ne peux pas renier ce que je t'ai concédé moi-même. J'accepte les fers car je n'en souffre plus, j'oublie ton idée de liberté pour ne plus en souffrir. Veux-tu de moi pour contempler, veux-tu de moi pour endurer? Tes grands yeux pleins de promesse ne semblent requérir l'attention de personne d'autre que toi-même, Ezéchiel, car le chemin sera le même avec ou sans moi. Est-ce un protecteur qu'il te faut en cas de danger? Est-ce une couverture que tu réclameras en cas de tempête? Je n'ose affirmer ces mauvaises intentions qui feraient de toi un bien triste complice. Car tu as le coeur pur, je le vois bien à tes yeux et l'entend à ta voix.
Ezéchiel
Ne jette pas sur moi ces reproches imbéciles, ceux qui viennent salir les rêves que je te propose. Je n'ai que de belles intentions pour toii, Job, et je ne t'appelle pas pour partager ma perte qui en deviendrait moins douloureuse. Je t'appelle pour partager ce grand bond avec toi.
Job
A quoi bon ce grand bon, et pourquoi partir san motif à l'appel? Car de motif tu n'as pas et n'en aura jamais, voilà une moindre chose que tu sais. Pourquoi déguerpir sans vouloir s'arrêter, pourquoi ces courses folles sans raison de ne pas t'arrêter? J'ai des raisons à garder mes fers que tu n'as pal à vouloir être libre. Ta liberté a l'air d'une coquille vide, et je préfère la saveur mon pain dur à la douceur de tes nuages vides. Tu n'as rien à me proposer, sinon une aventure qui puisse me changer. Je ne veux pas changer ce qui en moi me suffit. Je ne souffrirai pas de rester ce que je suis sans regrets. Car on ne souffre pas de ce que l'on ne ne regrette pas, et l'on ne regrette pas ce que l'on ne veut pas. Tu n'a pas ma carrière, je n'ai pas tes pulsions. J'ai appris à brider l'animal que tu fouettes.
Ezéchiel
Tu n'auras jamais les réponses si tu restes ici, tu le sais. Je t'appelle pour aller ailleurs, voir ce que tu seras encore. C'est toi que tu découvriras hors de notre cité. Je te parle d'un autre lieu, mais l'endroit ne sera que prétexte. Peut-être n'y aura-t-il rien, me dis-tu? Il y aura toi et moi, ce qui fera toute l'affaire. Mais je n'ai pas à creuser plus loin ce que tu as déjà compris et refuses simplement de rappeler à ta mémoire vive. Ou ce qu'il en reste, si tu poursuis ta carrière corsetée et qui finira par t'étouffer.
Job
J'ai vu d'autres cités, j'ai produit bien des chaussures et, c'est vrai, je n'ai vu que des murs et des mines satisfaites. J'ai conscience que ton offre n'est pas courante, et que les plus grands voyages ne sont pas toujours les plus salutaires. On peut faire le tour du monde pour échapper à son ombre, c'est entendu. Tu cherches des réponses, et tu me crois en mesure de te les donner. Mes semelles et ton vent feraient-ils l'affaire? Mais sache cette chose dont je n'aurais jamais à me vanter: il y a des questions que j'ai appris à ne plus me poser. Car c'est peut-être là que nos voies se séparent, Ezéchiel: tu cherches des réponses, je ne fais que poser des questions; tu ne penses qu'agir, je ne sais que le dire. Ainsi en sera-t-il jusqu'à la fin, peut-être: j'entretiens ma petite vertu lorsque tu cherches le bien suprême. Je ne sais pas de quoi tu parles, et je ne suivrai pas des voies illusoires lorsque ma douce voix m'appelle pourtant à les suivre. Tu suis tes propres peurs, je le crois; et c'est pour avoir peur de ne pas en faire assez que tu feras toujours trop, Ezéchiel. Je ne te retiens donc pas, mais te demande de songer à ce que tu fais. Car tu n'es pas une simple cliente, et tu dis que je ne suis pas ton simple cordonnier de passage. Je n'en sais rien, je ne suis qu'un fabricant de courses perdues et ne sait rien faire rien d'autre. Tu me parles de chevauchées éperdues? Ce n'est pas dans mon registre, je ne fais que ce que je sais.
Ezéchiel
Je ne peux pas rester plus longtemps à te voir te retenir contre toi-même. Tu parles de petites vertus, je te promets le plus grand bien. Tu ne veux pas entendre, ou tu as mal à tes tendres oreilles. Je m'arrête. Car il se fait tard et la nuit va tomber. Tu vas rentrer dans ta chaumière et retourner à tes lumières artificielles. Je te promets l'éclat naturel, et tu me dis qu'il n'existe sans doute pas. Tes doutes te retiennent ici, Job, et tu regretteras toujours les choix que tu n'auras pas fait. L'oubli comme remède, est-ce bien ce que tu me dis? Pas à moi, mon artisan, j'ai vu ton regard bien conscient partir au loin. Aurais-tu la mémoire si courte que tu oublierais ce que tu viens même d'apercevoir lors de tes ouvrages? Ces regards furtifs que tu portes bien, ils t'empêchent d'oublier ce que tu persistes à décliner. Mais il se fait tard, je l'ai dit. Alors viens avec moi, sans la peur ni l'oubli.
(Elle poursuivit son chemin vers les frontières du Monde, espérant qu'il la suivrait pour la vraie vie)
Ezéchiel
Si seulement il savait ce que nous pourrions faire et voir, l'un et l'autre ... s'il savait vraiment ce que sont mes semelles de vent. Il le sait, mais se force à ne pas le croire. Je le convaincrai.
(Il reprit son travail, espérant qu'elle reviendrait acheter plus tard ses ouvrages)
Job
Si seulement elle savait combien je désire la suivre, mais ne trouve pas la force de tout quitter ... elle marchera, et marchera encore. Et peut-être aura-t-elle besoin de mes services lorsque ses dernières ballerines auront trop servi? Produire pour elle, sans quitter ma boutique ou la maintenir à distance. Oui! Mais non. Mais je veux là ce que jamais elle n'acceptera. Ele se fiche de mon étalage, je l'ai lu dans son regard distant lorsque tous les passants s'arrêtent et font lèche-vitrine. Mais elle? Rien. Juste ses semelles de vent, jamais rien d'autre. Mauvaise idée ...
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Elle avait parlé pour se faire écouter, il avait parlé pour mieux s'écouter ... deux histoires qui se croisent sans avoir une claire idée de la suite.
Qui choisit sa place, ici-bàs? Qui a raison de la choisir ou de s'y tenir, une fois trouvée? Il y a des destins qui s'inventent et n'existent pas sans la mauvaise volonté de leurs auteurs fatalistes. Il y a des histoires fortuites qui illuminent le jour mais dont on ne saura peut-être jamais ce qu'elles valent sans les yeux de spectateurs pour les contempler.
Je ne sais rien faire d'autre à l'histoire du potier et de l'aventurière; je n'en connais pas non plus la fin. Donc je n'y changerai rien. Juré, signé? Signes du temps, l'avis est lancé à l'adresse des visiteurs de ce blog:
- si vous souhaitez que Job ferme sa boutique et parte découvrir le bout du Monde, tapez ''décision''
- si vous souhaitez que chacun suive sa propre histoire et ne garde de l'histoire qu'un joli rendez-vous manqué, tapez ''indécision''
- si vous n'avez rien à dire qui change le cours des choses à qui que ce soit, posez votre combiné et tapez plutôt sur votre propre tête pour que la pulpe ne reste pas trop en bas.
Que trouvera Ezéchiel derrière les limites de la cité, et que doit comprendre Job par ces "limites" tantôt réelles tantôt symboliques? Un ravin ou le paradis, la mort ou la grande vie.
"Tu y trouveras ce que tu oseras voir": réponse probable d'une fille unique aux semelles de vent. Apprendre à voler dans le vide, sans véritable air pur sinon celui du coeur. Pour qui aura l'envergure et les bons poumons:
Une histoire comme tant d'autres, mais qui résume toutes les autres.
Vous y trouverez votre compte ou pas, selon la nourriture que vous attendrez de voir tomber dans vos gamelles.
Je vois trois sortes de nourritures:
- les nourritures terrestres, bonnes pour tout le monde
- les nourritures intellectuelles, bonnes pour tout le monde et pour moi
- les nourritures spirituelles, bonnes pour tout le monde, pour moi, et pour elle
Qui saura ouvrir la bouche assez grand pour goûter jusqu'à la troisième sorte? Pas une question de savoir, sans doute.
NiF,NiH (une fois n'est pas coutume)
Publié le 26/02/2008 à 12:00 par schangels
Laissons ma chère Lorraine mosellane en paix (cf. le billet ''Et-pis-phénomènes''), et revenons à des affaires plus parisiennes (têtes d'antiennes).
Parmi les quelques émissions dont l'ambition serait de traiter des "grands" faits d'actualité, la Cinq se distingue à l'accoutumée même si elle ne fera jamais mieux qu'un bon livre bien argumenté, loin des obligations d'horaires et de gesticulation minimale pour ne pas endormir le téléspectateur le plus souvent affalé sur son canapé d'après-déjeuner, pas tout à fait repu et la gorge encore pâteuse du dernier munster englouti avec bobonne et les deux mioches.
Tout ce blabla pour en venir à mon sujet phénoménal, au sens premier et donc mineur du terme: les
sectes, traitées de quelques noms dans l'émission dominicale de Paul Amar, "Revu et Corrigé", mais avec suffisamment de tempérance pour ne pas être ceux d'oiseaux habituels.
J'en viendrai à cette ambiguïté souvent rebattue pour faire dans le subversif petit bras mais toujours bonne à rappeler, concernant la distinction entre une condition
nécessaire et une condition
suffisante. Y a-t-il des conditions suffisantes pour définir une secte, et comment riposter en cas de condamnation du genre?
Rappel de base:
- si A est une condition
nécessaire pour B, c'est que B ne peut pas être vraie sans que A le soit également. A est donc vraie chaque fois que B est vrai, ce qui donne la forme conditionnelle de forme B => A;
- si A est une condition
suffisante pour B, c'est que B sera vraie chaque fois que A l'est également mais que B peut aussi être vraie sans que A le soit. On a donc la forme conditionnelle inverse de la précédente, soit A => B.
- si A est une condition nécessaire et suffisante pour B, cela équivaut à la conjonction des deux formes conditionnelles ci-dessus et représente une équivalence de type A = B: A et B sont vrais tous les deux et faux tous les deux.
Toute cette mayonnaise symbolique afin d'en venir au cas des sectes. Pourquoi ces critères A et B et de telles relations en particulier; jusqu'où les appliquer? :
Application: l'une des baudruches de principe de l'émission (diversité ou parité oblige, peut-être) a proposé deux critères élémentaires pour la définition d'une secte, la première étant l'activité spirituelle à but lucratif et la seconde la tendance à troubler l'ordre public. Non seulement le consensus est encore à démontrer sur ces deux points, mais on peut déjà constater le flou artistique qui enveloppe ces deux critères de définition.
Primo, le but lucratif suppose une intention préalable des accusés et doit être établi sur des évidences dans lesquelles le spéculatif prime sur le spirituel. Pas si évident.
Secundo, on parle de disposition, tendance ou propension à troubler l'ordre public et non de troubles avérés. D'où une seconde couche de procès d'intention en puissance derrière l'imputation du mot "secte" à toute association d'aspiration spirituelle. Pas clair, donc et quel que soit le compte du banque du gourou attitré.
Mais admettons un moment que l'argent et le trouble suffisent à définir le jeu d'une secte. Une autre implication plus intéressante des critères concerne l'extension du domaine de la lutte et de la chasse aux sorcières à d'autres institutions censées plus respectables mais pas moins spéculatives (financièrement parlant) et troublantes: la télévision, les jeux vidéos, le sport de masse, le cinéma ... Star Academy ne crée-t-il pas des colonnes de djeun's plus soucieux de passer sous une caméra et de thésaurisations rapides sans effort que d'épanouissement par le travail quel qu'il soit? Playstation, XBox & Compagnie ne produisent-ils pas des cohortes de troglodytes livides détachés du corps social et incapables d'aligner deux phrases bien construites à force de concentrer tous leurs efforts sur un joypad et un écran hypnotiseur? Et je sais de quoi je cause, pour avoir dépensé tous mes subsides d'adolescent dans des cassettes de plates-formes et autres kill'em up pour bileux congénitaux.
Procès extensif, sans doute trop extensif lorsque les institutions et le commerce décident eux-même de ce qui est susceptible de troubler l'ordre ou de le laisser en paix. Sûr qu'un adorateur de Second Life ne risque pas de jeter le pavé sur le CRS par temps de manifs dont il ne sera pas. Les uns tentent de transformer le monde extérieur lorsque les autres ont assez à faire déjà avec leur intérieur.
Mais la télévision? L'ambiance de psychose, la peur du lendemain qui déchante, l'abrutissement des petites têtes à longueur d'émissions givrantes ... pas de risque d'atomisation des gentils citoyens en vue, pas de perte d'esprit civique à court terme, sinon dès maintenant? Troubler l'ordre public = causer des actions pas salutaires pour le groupe, plutôt que de ne pas causer des actions salutaires pour les autres. Simple différence dans la place de la négation, mais grandes conséquences quant à ce qu'il faut réprimander ou laisser en paix dans notre ontologie sociale fait maison.
On supposera que ces questions trouvent des réponses sans preuves véritables à l'appui, même si le principe veut que tout canard boîteux ait droit à une démonstration argumentée de ce qui l'incrimine. Comment accuser les sectes par les deux critères ci-dessus sans provoquer ainsi un vaste procès en règle de tout ce qui peut abrutir, lobotomiser et, donc, affaiblir les "esprits" raisonneurs? Wittgenstein aurait parlé de "ressemblances familiales" pour expliquer le vice dans la procédure, lorsqu'il s'agit de définir un concept flou et de ne pas tomber dans la piège de l'énumération précise de critères explicites.
De deux choses l'une: soit l'on suit cette voie pour les sectes, et il y aura davantage à nettoyer du côté des institutions laïques que religieuses; soit l'on maintient que seules quelques associations bien visées posent problème, auquel cas personne n'est vraiment capable d'en saisir la raison mais peut le faire comprendre aux administrés.
Bien, pas bien? Pas clair, surtout. Question de méthode qui reste à trouver. Debray a bien proposé la
médiologie, comme méthode d'interprétation analytique des images au sein des médias et de certaines procédures récurrentes pour appâter le citoyen-modèle. La cause est noble, le procédé sociologique plus contestable mais la tentative vaut d'être rappelée ici (cf. les
Cahiers de Médiologie, notamment).
Je n'aurais pas de grand conseil à donner à toutes les âmes perdues que le hasard amènera sur ce blog sinon les trois suivants.
Et de 1: apprécier ce qui suit comme un moyen de s'épanouir sans prétention mais avec délectation. Kasabian, bis, et le fier ''Lost Soul Forever'' à qui de droit:
Et de 2: celui de lire, écrire et compter par eux-mêmes et se méfier un tant soit peu des modèles théoriques trop efficaces pour être réfutables. Les solutions les plus puissantes ne sont pas toujours les meilleures, loin s'en faut et faute de méthode acceptable pour obtenir réponse à tout. C'est après avoir vu des camarades se faire tuer lors de manifestations politiques qu'un philosophe des sciences (Karl Popper) a décidé de ne jamais accepter la vérité d'une affirmation sans l'avoir bien soupesée au départ et garanti ses applications contrôlées et limitées sur notre "raison" (= sur toutes les procédures susceptibles de créer et de la croyance et de la vérité).
En bref: moins une théorie peut être fausse dans ses affirmations, plus elle doit suscier la méfiance et la bienveillance de la part d'une communauté scientifique en place. On sait que la censure n'est jamais très loin des arguments d'autorité, mais que les sectarisés doutent des solutions irréfutables et leur quête de sens ne s'en portera pas plus mal.
Au moins une chose que la philosophie universitaire m'a donné l'occasion d'infuser avec le temps: démontrer en procédant du simple vers le complexe et, surtout, discuter des modèles d'arrière-plan que l'on utilise à chaque explication de la moindre phrase quotidienne. Deux modèles théoriques peuvent être incompatibles et expliquer la même chose; au choix. Un modèle peut être unique et tout expliquer. A la poubelle.
A se demander si ce n'est pas plus l'explication ou le chemin parcouru qui compte plus que la solution et l'arrivée. Morphéus n'en doute pas, et moi non plus.
Et de 3: se fendre une fois la gueule avec ce sketch mémorable des Inconnus, sorte de reportage régional façon FR3 d'époque avec des commentaires aussi maladroits que copiés-collés. Pas facile de singer nos travers quotidiens, d'où le grand mérite qui leur revient. Rien que pour vous, la promesse d'un ''Nouvel Age réminiscient''!
En bref (si je puis dire): il y a des accusations que l'on justifie par des cache-misère mais dont personne ne se plaindra de la sentence. Une bonne conclusion mal démontrée est-elle préférable à une mauvaise conclusion bien démontrée? Peut-on défendre des certitudes sans preuve et, si non, mais que fait au juste la justice? Je ne sais ni, mais je m'en passe.
Amen, qui ne porte pas à conséquence et laisse donc ma société en paix. Il y a des silences, passivités ou incivilités souvent plus troublants et plus dangereuses à long terme que des paroles, activités et civilités bien concrètes. Là est peut-être le couac, et j'en connais une qui ne me contredira pas sur ce sujet du silence complice.
F&H (surtout H)
Publié le 25/02/2008 à 12:00 par schangels
La braise est passée pas loin de mon cuir chevelu, la semaine dernière. La "faute" à Sijavéssu, savant compromis des Alpes Maritimes entre Amélie Poulain et Tombraider.
Voilà ce qu'il en coûte de toucher au sacré sans vergogne ... une destruction massive de l'aiglonne en cas de force majeure, ou du moins l'a-t-elle pensé sur l'instant.
Parce que ce blog n'est pas seulement un sac à patates conceptuelles mais aussi un lieu de vie pour tous, la MJC ouvre ses portes à l'une des visiteuses majeures de l'endroit et courbe l'échine. Et plutôt deux fois qu'une devant la violence du coup porté.
La cible: moi, qui ai osé croquer la ville de Nice en termes de gériatrie et Sijavéssu en termes de gentille fille. Double erreur compte triple, et ça pique encore ...
La réaction ne s'est pas faite attendre de la part de l'être visé et qui vise bien. C'est que la chère bloggeuse en question avait parlé sur son site des tramways bondés de la ville du 06, des cartes Vermeille et de l'obligation catégorique de céder la place aux cheveux blancs sous peine d'oeil de la mort. Et tutti quanti, mais sous couvert d'un hymne complice aux travers d'une cité qu'elle aime par-dessus tout. Pas compris la nuance. "Et là, c'est le drame; à partir de là, tout s'enchaîne".
On ne touche donc pas le coeur meurtri d'une bloggeuse sans s'en prendre plein la face en retour. Sous le prétexte d'une ambiguïté sémantique, j'avais fait remarqué à l'aiglonne qu'elle était trop "gentille" pour que du fiel bien gluant ou de la méchanceté gratuite puisse transparaître dans ses commentaires.
Cruelle erreur d'user d'un terme éminemment confondant et souvent condescendant: gentille = brave fille sympathique mais limitée? Pas mon intention, mais la suite de la confusion donna cette sanction sans appel. Je vous laisse lire le message on ne peut plus explicite, d'autant méritoire qu'il me remet à ma place comme je ne saurais jamais le faire moi-même. Qui était tout petit tout chétif, à la dernière ligne de ce brûlot ultra-incendiaire? Devinez ... mais lisez d'abord cette scorie encore brûlante; le style d'écorché et l'intensité d'arrière-plan qui s'en dégagent valent bien plus que tout mon amour-propre:
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Pourquoi je devrais être "violente & méchante"? Parce que si on secoue pas, la pulpe elle reste en bas? No pb de ce côté tout va mais merci... Pas besoin de passer en mode enfoiré pour se faire comprendre et/ou entendre... C'est du grand n'importe quoi là... T'as rien capté... Mes p'tits vieux, j'les kiffe !! Ils me gavent parfois, mais c'est les miens et ils me font marrer, et quand ils viennent m'apostropher ça me plait ok... ça ne me viendrait pas à l’idée de partir en live dans une critique offensante totalement gratos à l’égard d’un être humain quel qu’il soit… tu m’as pris pour qui toi? Sache que j’ai un tel respect de l’Homme que si tu en avais connaissance t’aurais une petite idée de l’infini… à partir de là, ta logorrhée "leçon" d’esthétisme verbal relookée Tarantino razmoket’, n'est que pur délire qui ne rassure que toi… je ne t’ai pas attendu pour dire ce que j’ai à dire quand ça doit l’être de manière franche, et rien dans mon post ne t’autorise à balancer que c’est convenu…
En plus, tu ramènes ta fraise sans même savoir de quoi tu parles… Nice ville gériatrique avec un pôle universitaire et 75 établissements scolaires (Metz 23 Nancy 33)… logique… des clubs sportifs de mieux en mieux classés dans les championnats… logique aussi… sans parler des autres structures ni des chiffres concernant la population… ah mais c’est vrai que tout ça ne faisait pas partie de ta visite guidée Place Masséna, jusqu’à l’hôtel où tu as du pioncer, mais bien sur le personnel se déplaçait en déambulateur doré à l’or fin 24 carats… c’est bien connu voyons… mes films, au lieu d’en dire nawak t’aurais mieux fait de les regarder attentivement, au moins tu aurais le minimum requis pour pas trop passer pour un idiot sur un sujet que tu maitrises carrément pas…
Tu la joues quoi? Pseudo fielleux et cyanuré au miel? C’est dans l’air du tps ça… la nouvelle mode des pseudo penseurs qui se la pètent rebelles à 2 cts soit disant corrosifs et bien sentis… quedal !! Tu me fais gentiment sourire… T’es total à l’ouest là… pas besoin ni envie de sortir des saloperies pour satisfaire je ne sais quelle frustration névrotique ou pseudo-spirituelle… Je SAIS, PEUX et TIENS à m’exprimer dans la considération de l’autre, et si pour ça je dois rester une "gentille fille" soit !! Mais, t’es mignon t’en fais pas un élément négatif… parce que ton procès de moralité de derrière les fagots, il est carrément contre-productif, gratos, sans intérêt et mal venu… bref, à part te masturber le bulbe avec un coton d’éther, là t’as pas fait grand yok… tâches donc de faire passer tes humeurs de façon humoristique au lieu de déglutir ton p’tit lait mal digérer et on verra si l’exercice est si aisé…
Enfin pour terminer, parce que celle là je ne pouvais pas la rater, le coup du crachat pas très concurrentiel ça me rappelle furieusement un concours exclusivement masculin (et pour cause) qui consiste à se mettre en rang et à pisser le plus loin possible… tu étais toujours le dernier c’est ça ? Mais c’est pas grave tu sais… tu as surement d’autres qualités…
A présent, si tu tiens vraiment à me voir désagréable, no pb, prochaine fois que suis nrv, j'viens dans ta bal... Et on en reparle... Parce que là suis calme, si si promis, et donc surement trop gentille…
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Une ratatouille grenat qui dégouline sous les coups de bec de l'aiglonne, etc. ... mauvaise prose sans inspiration honnête, ce post; preuve que ma rhétorique mielleuse me colle encore aux basques et qu'il y a moins de sincérité dans mon discours ampoulé que dans son cri de rage vif et précis. Je m'incline, elle fut de loin la plus forte sur ce coup de torchon.
Comme quoi il y a des distorsions de sens et des erreurs d'intention qui peuvent aller loin et faire mouche. Je fus la mouche écrasée, pour l'occase. Elle fut la tapette géante, pour le moins.
Quelle musique assortir à cette destruction de ma pomme encore écrabouillée sous talon aiguille ... j'en vois bien une, qui ne fera pas rêver plus loin que le bout du nez mais aura au moins le mérite d'être de circonstance. Pas besoin de préciser qui est qui, dans les noms d'oiseaux à suivre:
Plutôt vieilli, bien trop léger face au sirocco niçois et pas en phase avec l'objet de ma discorde; mais l'idée principale est là, partie tout droit dans ma face réduite en miettes ... pour qui aurait suivi "Les Poupées Russes" sur France 2 hier soir: rappelez-vous la scène où Audrey Tautou (Martine l'altermondialiste) découpe en fines tranches de carpaccio le pauvre Romain Duris (Xavier) coupable d'avoir raillé les intentions pures de la jeune idéaliste. Du petit bois, des lamelles grillées, de la ventilation façon puzzle. J'en souris maintenant et j'en bredouillai sur le coup, perdu devant la confusion des mots et le quiproquo aux allures de 3e guerre mondiale messino-niçoise.
L'addition, s'il vous plaît ... pitié, quelqu'un. Chat ébouillanté craint l'acide, et c'est moi qui vous le dit.
Et dire que la tempête n'ose pas diffuser son souffle en public ... qui m'a fait le "plaisir" de me narrer ses quatre vérités en privé. Voilà qui méritait d'être diffusé et apprécié pour sa sincérité brûlante. Le ton et la musique. J'ai besoin de vacances, moi. Peut-être pas sur la Côte d'Azur; paraît que le Nord est joli ces derniers temps ... ne change rien, il y a des coups qui se méritent et qui feront du bien.
F&H