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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
17.05.2008
Résumé de l'épisode précédent:
Après avoir imposé la non-contradiction dans la Métaphysique et vaincu en apparence la coalition mégarique des dangereux Héraclite&Protagoras, l'honorable Aristote a broyé du noir et terni son étoile avec le tiers exclu: un grain de sable se serait introduit dans la superbe machinerie organonique, par la faute des événements futurs contingents. Pour défendre les Forces Exclusives, Craig Bourne (=Luke Skywalker) a proposé une parade et rétabli le tiers exclu en sévissant au coeur même de l'étoile noire, i.e. en terre multivalente.
L'histoire est-elle scellée pour de bon? Loin de là; l'étoile noire est coriace, qui se renforce à chaque nouveau coup de boutoir des forces non-classiques. Malgré un appui aux intentions moins claires du pape de la supervaluation van Fraassen (=Han Solo), ou encore du réaliste logique et non moins non-vérifonctionnel M. Tooley (=Chewbacca), l'armée noire s'est reconstituée et l'Empire multivalent contre-attaque par un de ses sbires singuliers. En l'occurrence: moi-même, dont la mission consista dans l'article ci-dessous à bouter Bourne-Skywalker hors du chemin de la vérité. J'ai dit "sbire singulier", et pour la bonne raison que mon personnage tiens plus du mercenaireque de la machine implacable. Il ne s'agit pas pour moi de lutter sans relâche pour ou contre les Forces Exclusives, mais d'éliminer tout argument susceptible d'emprunter des voies douteuses dans sa quête, quelle que soit son issue. Par le biais d'une attaque moins directe que la sulfateuse multivalente des Forces Anti-Exclusives (toujours + de valeurs de vérité = toujours - de crédit pour le tiers exclu), il s'est agi pour ma pomme de montrer que Bourne-Skywalker a joué indûment sur les apparences des formes logiques. Fausse victoire pour le tiers exclu, en quelque sorte, dès lors que l'analyse logique distingue à ce (juste?) titre les propositions de leur assertion. L'Empire n'est donc pas vaincu, ce que j'ai tenté de montrer ci-dessous.
Référence:
Fabien Schang, "Truth and Truthmakers. A Reply to Bourne's Negation", The Reasoner 1(8), 2007, pp. 5-6
Vérité et Vérifacteurs. Réponse à la Négation de Bourne
par Fabien Schang
Dans un article récent, Craig Bourne (2004: “Future contingents, non-contradiction, and the law of excluded middle muddle”, Analysis 64(2):122-128) a tenté de rendre justice à la position prétendue d'Aristote concernant les future contingents: préserver la loi du tiers exclu (symbolisé: LEM): pV~p, tout en rejetant la bivalence: tout énoncé n'est pas soit vrai, soit faux. Łukasiewicz (1920: "O logice trójwartościowej", Ruch Filozoficzny 5: 170-171) a voulu faire ainsi par le biais de sa logique non-bivalente Ł3 = {1, 1/2, 0}; mais le comportement normal de la négation, ici: ~(1/2) = 1/2, impliquait de nouveau que le tiers exclu n'est pas valide: LEM n'est pas vrai lorsque p n'est vrai ni faux.
Comment préserver une telle "loi" sans la bivalence? Bourne prétend que
"La solution repose sur l’observation suivante : c’est la définition de "~" qui crée la difficulté. Nous devrions donc arrêter de rafistoler les déficiences manifestes du système de Łukasiewicz (comme le fait Tooley) et traiter le problème directement à la racine. Non seulement la définition par Łukasiewicz de "~" crée la difficulté, mais je ne vois aucune raison de penser qu’elle est correcte, et la modifier ne la sauve donc pas des eaux." (Bourne (2004): 124)
La position de Bourne s'avère à la fois séduisante et formellement efficace: l'hypothèse que ~(1/2)=1 permet d'obtenir le résultat attendu pour le tiers exclu: (pV~p) = (1/2V~(1/2)) = (1/2V1) = 1, associant ainsi une négation non-normale à la position supposée d'Aristote. Bourne présente sa solution comme plausible et commode à la fois:
"La justification pour l’entrée ~(1/2)=1 est la suivante: étant donné que p est indéterminé, alors ce n’est pas le cas que p; dire que ce n’est pas le cas que p revient donc clairement à dire quelque chose de vrai. Ainsi, il n’y a pas de justification au fait de soutenir que la négation d’une proposition ne peut être vraie que si cette proposition est fausse, comme dans le système de Łukasiewicz." (ibid.)
De justification j'en vois une, aussi séduisante et commode que puisse être la matrice de Bourne: le fait est que Bourne semble commettre une confusion entre deux sens distincts de la "vérité", selon ce qui est ou ce que l'on dit qui est; le premier concerne les vérifacteurs, c'est-à-dire ce qui rend un énoncé vrai, tandis que le second concerne les porteurs de vérité, c'est-à-dire l'énoncé lui-même.
En partant de l'hypothèse selon laquelle un énoncé (ou contenu propositionnel) exprime un fait et son énonciation particulière par un locuteur donne une déclaration, nous dirons que:
– un vérifacteur est un fait ou "état de choses" (que la bataille navale aura lieu demain, par exemple) exprimé par un énoncé,
tandis que
– un porteur de vérité est un énoncé (un locuteur dit: "la bataille navale aura lieu demain", par exemple) prononcé par le biais d'une déclaration.
Bien que "vérité" puisse être diversement associée à des énoncés ou déclarations, il est seulement lié à des vérifacteurs chez Aristote, au sens où tout énoncé est "vrai" seulement s'il coïncide avec un cas avéré. Certes, les valeurs de vérité peuvent être utilisée de manière itérative, comme lorsque nous disons qu'un énoncé donné que c'est "le cas" que quelque chose est ainsi ou ne l'est pas. Si quelqu'un asserte qu'un énoncé donné exprime une fausseté, alors on peut dire du fait d'asserter sa fausseté qu'il est "le cas" au moyen d'une subordonnée complétive: "C'est le cas que p est fausse". C'est là une différence bien marquée entre deux sens distincts des valeurs de vérité, selon qu'elles portent sur des états de choses ou des énoncés qui les expriment.
Or lorsque Bourne suppose ~(1/2)=1 dans le but de déclarer de manière itérative que c'est le cas que p n'est pas le cas, ce qui est "vrai" c'est le fait de déclarer que l'énoncé n'est pas vrai, et non p lui-même. Conformément à Bochvar (1938: "On a three-valued calculus and its application to analysis of paradoxes of classical extended functional calculus", Matématičéskij Sbornik 4: 287-308), Bourne semble avoir confondu deux sens distincts de la négation dans son hypothèse: un sens interne et un sens externe, où la négation interne est un opérateur formateur d'énoncés appliqué à des énoncés alors que la négation externe est un opérateur formateur de déclarations appliqué à des énoncés; ce dernier peut être marqué par un opérateur d'assertion A, où A symbolise le fait d'asserter (la vérité de) p et ~Ap le fait de ne pas asserter p. Alors que Bourne a noté que sa matrice était la même que la logique d'assertion de Bourne, il n'a pas noté par la même occasion que la forme logique de "son" LEM donne (pV~Ap) plutôt que (pV~p) ou (ApV~Ap). (pV~Ap) est-elle encore LEM, étant donnée sa forme logique?
Une divergence est marquée syntaxiquement par Bourne entre deux portées distinctes de la négation, par rapport à un opérateur de temps futur F: "Ce sera le cas que le Dr Foster ne va pas à Gloucester (F~p), par opposition à "Ce ne sera pas le cas que le Dr Foster va à Gloucester" (~Fp) (126). La différence de portée peut être retranscrite dans un carré temporel des oppositions, où F~p et ~Fp sont respectivement les contraires et contradictoires de Fp. Bourne a voulu montrer que toute formulation adéquate de LEM pour les futurs contingents aurait pour résultat (FpV~Fp) = (1/2V~(1/2)) = 1, où la formule niée n'est pas un énoncé mais sa déclaration. Le fait que Bourne assimile ~(1/2) à 1 a pour but de signifier que quiconque incite à ne pas croire quelque chose qui n'est pas vrai dit la vérité. Mais si tel est le cas, sa matrice produit une confusion entre deux sortes de "vérité", c'est-à-dire entre être vrai et dire la vérité.
Une dernière condition préalable serait d'avoir un sens univoque de la "vérité" au sein d'une seule et même matrice, de telle sorte que: soit 1 et 0 concernent uniquement les énoncés et ~(1/2) ne donne pas 1 but 1/2, parce que le fait d'être "vrai" dépend de vérifacteurs et vise à exprimer un état de choses avéré; soit 1 et 0 concernent uniquement les déclarations et la valeur 1/2 de départ perd son sens, si bien que la bivalence est restaurée. En somme, la matrice multivalente Bourne est soit trompeuse soit inutile.
Contre-attaque décisive de l'asthmatique à cape noire, j'ai nommé Bochvar (= Dark Vador, ou "Darth Vader")?
En attendant de voir qui se cache derrière la contrepartie logique de l'Empereur, notons en aparté que le fameux Suszko (inclassable dans la grille des personnages de "Star Wars") a su dépasser les débats simplistes de "Star Wars": bien ou mal, tiers exclu ou tiers inclus, via sa "thèse de réduction" des valeurs algébriques à deux valeurs logiques fondamentales. Le débat court encore sur la létigimité de cette réduction amorale ... pardon, algébrique et donc a-philosophique.
Il y a plus d'intérêt à méditer sur le grisâtre "Dune" que sur l'antienne noir vs. blanc = manichéisme gnan-gnan de "Star Wars". Cf. Problème Philosophique n°2, concernant Suszko et sa thèse de réduction.
Prochain épisode: "Truthmakers III: le Retour du Jedai".
En attendant la contre-attaque des Forces Exclusives, poursuivons avec notre sosie de supermarché et ses aventures à code-barre:
Qui n'a pas eu sa madeleine ne peut savourer la nostalgie.
Loin de moi l'idée d'assimiler nostalgie et mélancolie, ou de ressasser de vieux souvenirs sous prétexte que c'eut été mieux avant ...
Juste l'occasion de glisser quelques impressions aigres-douces entre un billet de philo et un délire à la Pérusse: aigres, pour l'impression gênante que laisse toujours le souvenir de ce que nous avons été et ne serons plus jamais (ou un truc dans le genre); douces, parce que ces moments de musique associés pour toujours à un événement de notre jeunesse expliquent sans doute bien des choses sur notre caractère d'adulte.
"Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai que tu es"...
Soit. Alors partons dans une sorte de psychanalyse larvée, avec pour première banderille un clip qui ne m'avait pas laissé indifférent. Vraiment pas ...
J'associe toujours et encore ce froid et efficace morceau à la visite en famille du Struthoff. Rien de plus gai que l'ambiance musicale ci-dessus, à laquelle j'associe encore ces quelques images gravées dans la mémoire: un gigantesque mur blanc (rapport à ma taille de l'époque) où figure la représentation noire et schématique d'une sorte d'homme universel; à l'intérieur du bâtiment, des tableaux où sont illustrés les conditions de "vie" des prisonniers; des toilettes colorées au milieu d'une salle sombre et humide ... pas de traumatisme à la sortie puisque, prime jeunesse aidant, je croyais visiter une caserne. "Les scènes de fouet sur les tableaux? Punition de rigueur pour bidasses désobéissants" ... L'ignorance a du bon, dans ces circonstances.
Tout ceci expliquant cela? M'en plains pas.
Les visiteurs peuvent me laisser volontiers leurs suggestions de bandes sons nostalgiques, avec en prime une description des souvenirs personnels qu'ils associent aux morceaux. Pas pour faire concurrence à la radio du même nom, dont le fond de commerce repose tous les soirs de 20h à 24h sur la catégorie des trentenaires de mon espèce; mais pour donner l'occasion de partager des souvenirs communs. Un patrimoine musical est à construire, donc, et je vous invite à en poser les premières pierres.
Pour les non-Lorrains: passer à l'occasion du côté de Commercy ou Liverdun, goûter aux succulentes madeleines dont ces deux villes se sont fait(s) les spécialistes.
"Fait", ou "faits", ci-dessus? Un billet s'impose sur les règles d'accord du participe passé pour les verbes réfléchis, sans parler des accords au pluriel pour les mots composés (cf. "aigres-douces", plus haut). Cultivons-nous dans la joie! Amen.
Les paroles du morceau repris avec succès par Gary Jules, puis utilisé pour la scène croisée finale de "Donnie Darko" (un bijou de douceur fantastique, répétons-le).
Paroles originales:
All around me are familiar faces
Worn out places, worn out faces
Bright and early for their daily races
Going nowhere, going nowhere
And their tears are filling up their glasses
No expression, no expression
Hide my head I want to drown my sorrow
No tommorow, no tommorow
And I find it kind of funny
I find it kind of sad
The dreams in which I'm dying
Are the best I've ever had
I find it hard to tell you
'cos I find it hard to take
When people run in circles
It's a very, very
Mad world
Children waiting for the day they feel good
Happy birthday, happy birthday
Made to feel the way that every child should
Sit and listen, sit and listen
Went to school and I was very nervous
No one knew me, no one knew me
Hello teacher tell me what's my lesson
Look right through me, look right through me.
And I find it kinda funny
I find it kinda sad
The dreams in which I'm dying
Are the best I've ever had
I find it hard to tell you
I find it hard to take
When people run in circles
It's a very, very mad world ... mad world
Enlarging your world
Mad world
Traduction:
Des visages tout autour de moi me sont familiers
Des endroits usés - des visages épuisés
Lumineux et matinal pour leurs courses quotidiennes
Allant nulle part - allant nulle part
Leurs larmes remplissent leurs lunettes
Aucune expression - aucune expression
Je me cache la tête pour étouffer mon chagrin
Aucun lendemain - aucun lendemain
Et je trouve ça un peu étrange, je trouve ça un peu triste que
Les rêves dans lesquels je meurs soient les meilleurs rêves que j'ai jamais fait
Je trouve que c'est dur à te dire, je trouve ça dur à supporter
Lorsque les gens tournent en rond c'est vraiment
Un monde de fou, monde de fou
Les enfants attendent le jour où ils seront heureux
Joyeux anniversaire - joyeux anniversaire
Fait pour qu'ils ressentent le bonheur que chaque enfant devrait ressentir
S'assoir et écouter - s'assoir et écouter
Quand j'allais à l'école et j'étais très nerveux
Personne ne me connaissait - personne ne me connaissait
Bonjour maîtresse dites-moi quelle est ma leçon
Elle me regarde sans me voir - me regarde sans me voir
Et je trouve ça un peu étrange, je trouve ça un peu triste que
Les rêves dans lesquels je meurs soient les meilleurs rêves que j'ai jamais fait
Je trouve que c'est dur à te dire, je trouve ça dur à supporter
Lorsque les gens courent en rond c'est vraiment
Un monde de fou, monde de fou
Agrandis ton monde
Monde de fou
Pour qui ne serait pas encore passé par le billet en question ("Ode à la logique modale"): ne ratez rien de la danse si conceptuelle et créative de Roland Orzabal ...
Quand ''expérimentation chimique'' rime avec ''pathétique'': j'ai appris par une triste inadvertance et sur la toile que l'addition de Coca Cola au Bayley's (''Baileys''? 'Bailey's''?) produit une réaction chimique inattendue: une solidification du liquide divin. De l'avis d'experts en herbe, l'acidité du laxatif yankee aurait pour effet de cailler la crème du Bayley's; ceci expliquant cela ...
Mais quel cerveau détraqué a pu avoir l'idée sombre de gâcher un alcool aussi précieux? Un chimiste inconscient? Te mettrait du Biactol dans son Pschitt Fanta, moi ... Un Américain, sans doute, lesquels vont parfois jusqu'à mélanger de grands vins à des jus de fruit dans leurs restaurants. Une bande de barbares, pis c'est tout.
Je dirai même plus: hérétiques ...
... malheureux perpétreurs (?!) du péché de bouche:
Voila qui m'aura permis de placer à la fois un billet de mauvaise humeur et deux de mes banderilles préférées made in Nine Inch Nails: ''Heresy'', et ''Sin''.
Il fallait qu'un tel désastre soit dit, et entendu.
Pour plus de renseignements sur ce brevage infâme et réputé dangereux: http://www.spacetim.com/cocktails/liste_eviter.html
mais que des étudiants chimistes dédramatisent par ailleurs: http://forums.futura-sciences.com/thread130840.html
Parenthèse
(Il y a de quoi se perdre au milieu des divers épisodes de Star Wars, entre les anciens épisodes ultérieurs et les nouveaux épisodes antérieurs; je suivrai ici l'ordre chronologique dans lequel Lucas a produit l'ensemble, d'autant que nous entrerons toujours plus en détail dans la logique métaphysique, au point de revenir à l'origine des textes sur les notions ambivalentes de vérité et de fausseté. Mais ne remontons pas si loin de suite, et suivons plutôt un ordre pégagogique des choses.)
Voici l'origine de l'article dont j'ai parlé le 30 du mois dernier (cf. "'Truthmakers': expliquons, avant de répliquer"), paru en décembre dans The Reasoner et qui m'a permis d'aborder plusieurs thèmes croisés: vérité, truthmaker, modalités épistémiques, assertion, négation.
L'histoire commence longtemps avec Jean-Claude, lorsque Aristote constata que certaines de ses propres lois logiques seraient menacées par un problème d'indéterminisme des événements futurs. Lorsque contingence et liberté se mêlent à la recherche des vérités premières ... un problème toujours d'actualité, la preuve. Comment évacuer le vieux problème du vieux fantôme Stagirite?
Dernière tentative à ma connaissance: un article écrit par Craig Bourne au sujet de l'argument de la bataille navale Problème: comment maintenir la validité du tiers exclu dans un contexte non-bivalent? Traduction: comment démontrer qu'il y a aura ou non une bataille navale sans s'engager sur aucun des deux termes de l'alternative. Un vieux problème de vérifonctionnalité que van Fraassen avait "résolu" (ou plutôt: dissout) en termes de supervaluation. Mais voilà que je m'égare, comme dirait le cow boy amateur de salsepareille dans ''The Big Lebowski" ...
J'arrête les commentaires et vous laisse loisir de lire l'article suivant de Bourne (traduction de moi).
Référence:
Craig Bourne, "Future contingents, non-contradiction, and the law of excluded middle muddle", Analysis 64(2), 2004, pp. 122–8
Les futurs contingents, la non-contradiction et la loi du tiers exclu sans dessus dessous
par Craig Bourne
Pour quelque raison que ce soit, nous pourrions penser que les affirmations contingentes au sujet du futur n’ont pas de valeur de vérité déterminée. Dans De Interpretatione IX, par exemple, Aristote a soutenu que seules les propositions portant sur le futur qui sont nécessairement vraies, nécessairement fausses ou "prédéterminées" d’une certaine manière ont une valeur de vérité déterminée. Ceci a conduit Łukasiewicz à concevoir en 1920 une logique trivalente dans une tentative de formaliser la position d’Aristote, en donnant la valeur de vérité 1/2 = indéterminé aux futurs contingents et en définissant "~", "&" et "V", où 1 = vrai et 0 = faux
Nous pouvons constater que les entrées purement déterminées s’accordent avec les tables du système bivalent classique; ainsi, ce sont les autres entrées qui exigent une justification. Prenons la négation à titre d’exemple. Nous pouvons traiter l’indétermination comme une chose résolue d’une manière ou d’une autre: on aura au final soit le vrai, soit le faux. La valeur de vérité de la négation d’une proposition indéterminée doit être elle-même indéterminée puisque, si la proposition initiale peut être résolue d’une manière ou d’une autre, il doit en aller de même pour sa négation. Ce raisonnement justifie de façon similaire les entrées "1/2" dans les autres tables.
Or ce système fonctionne sans peine pour la plupart des cas d’affirmations contingentes futures. Supposons par exemple que je dise :
(1) Je noierai mon chagrin ou j’achèterai une Ducati 916.
Nous aurions tendance à penser intuitivement que si les deux membres de la disjonction sont indéterminés, alors la disjonction d’ensemble doit être indéterminée. C’est précisément la réponse donnée par les tables de vérité de Łukasiewicz. Les difficultés commencent toutefois lorsque nous envisageons les cas où un membre de la disjonction est la négation de l’autre. Supposons en effet que je dise
(2) J’achèterai une Ducati ou je n’achèterai pas une Ducati.
Parce que l’on n’y trouve aucune position intermédiaire – soit j’achèterai soit je n’achèterai pas une Ducati– nous devons admettre que (2) est vraie de façon déterminée. Le problème est que les deux membres de la disjonction sont des propositions contingents futures, donc indéterminées; mais en vertu des tables de Łukasiewicz, la disjonction d’ensemble doit donc être indéterminée. Le système de Łukasiewicz nous donne la mauvaise réponse.
Or non seulement la loi du tiers exclu pV~p n’est plus une vérité logique dans ce système, mais la loi de non-contradiction ~(p&~p) ne l’est plus également, car elle prend elle aussi la valeur 1/2 lorsque p = 1/2. Par ailleurs, ce système ne peut pas être non plus la formalisation correcte d’Aristote puisque, comme on l’a remarqué, les vérités nécessaires telles que pV~p ont pour Aristote la valeur déterminée = vrai.
Aristote avait-il produit une si horrible confusion, pensant qu’il serait possible d’avoir une logique non-bivalente tout en maintenant les lois du tiers exclu et de la non-contradiction à titre de vérités logiques? W. et M. Kneale (1962: 47ff.) le pensent, et Quine qualifie de "fantaisie" le souhait d’Aristote. Je ne suis pas d’accord: adopter une logique non-bivalente ne doit pas avoir pour résultat l’abandon des lois du tiers exclu et de la non-contradiction. A la lumière de notre discussion menée jusqu’ici, il y a deux options en vue d’une solution à ce problème: soit nous adoptons le système de Łukasiewicz et nous abandonnons une autre hypothèse, soit nous concevons un nouveau système.
Tooley (1997) opte pour la première. Il adopte le système de Łukasiewicz, mais l’hypothèse qu’il abandonne est celle voulant que les connecteurs de la logique trivalente soient vérifonctionnels. Ceci parce que, par exemple, certaines disjonctions pVq composées de membres indéterminés sont indéterminés, tandis que d’autres pV~p sont vraies de façon déterminés. La valeur de vérité de l’énoncé d’ensemble n’est donc pas une fonction de ses parties composantes en logique trivalente. C’est là une réaction assez normale: certains énoncés sont différents des autres, pensons-nous, précisément parce qu’ils sont vrais simplement en vertu de leur forme (ce que Tooley appelle des "vérités logiques" (139)), alors que d’autres exigent des vérifacteurs extérieurs à la proposition pour les rendre vraies (ce que Tooley appelle des "vérités factuelles" (139)).
Mais bien que cette solution puisse paraître séduisante au départ, elle n’est pas satisfaisante. Car il reste à nous demander pourquoi de tels énoncés ont un statut privilégié en logique trivalente. Qu’y a-t-il de si particulier dans ces énoncés pour que Tooley se sente justifié de les considérer comme vrais de façon déterminée, afin d’en tirer la conclusion que les connecteurs de la logique trivalente doivent donc être non-vérifonctionnels? Nul doute qu’il y a des vérités logiques en logique bivalente; elles sont vraies pour toute assignation de valeurs de vérité aux parties composantes, et c’est ce qui justifie que nous les privilégiions. Mais au vu des tables de vérité pour les connecteurs de la logique trivalente, les énoncés "pV~p" et "~(p&~p)" ne sont pas vrais pour toutes les interprétations possibles ; elles ne sont pas "vraies en vertu de leur forme", donc en quel sens sont-elles des vérités logiques ? En d’autres termes, pourquoi Tooley pense-t-il que ce sont des vérités nécessaires, étant donné qu’il pense que le monde est gouverné par la logique trivalente? Je ne me l’explique pas.
Nous devrions donc prendre la seconde option: concevoir un système différent de celui de Łukasiewicz. Les systèmes qui suivent nous permettent de maintenir les connecteurs vérifonctionnels, nous permettent de maintenir les lois du tiers exclu et de la non-contradiction au titre de vérités logiques, ils n’introduisent pas de distinction entre les vérités logiques et les vérités factuelles, et ils nous permettent de maintenir la notion de vérité logique pour toute interprétation, à la fois pour la logique bivalente et la logique trivalente. Cela avec la non-bivalence! C’est donc là quelque chose dans l’esprit de ce que nous cherchions.
La solution repose sur l’observation suivante : c’est la définition de "~" qui crée la difficulté. Nous devrions donc arrêter de rafistoler les déficiences manifestes du système de Łukasiewicz (comme le fait Tooley) et traiter le problème directement à la racine. Non seulement la définition par Łukasiewicz de "~" crée la difficulté, mais je ne vois aucune raison de penser qu’elle est correcte, et la modifier ne la sauve donc pas des eaux. J’affirme que la table de vérité qui suit est plus appropriée:
v(~1)=0; v(~1/2)=1; v(~0)=1
La justification pour l’entrée ~(1/2)=1 est la suivante: étant donné que p est indéterminé, alors ce n’est pas le cas que p; dire que ce n’est pas le cas que p revient donc clairement à dire quelque chose de vrai. Ainsi, il n’y a pas de justification au fait de soutenir que la négation d’une proposition ne peut être vraie que si cette proposition est fausse, comme dans le système de Łukasiewicz.
Une telle définition de "~" est employée dans le système ‘externe’ de Bochvar (1938), qui définit également "&" et "V" par:
Bochvar utilisa celui-ci dans le but de résoudre certains paradoxes de la logique classique et de la théorie des ensembles, et Halldén (1949) utilise ces tables pour développer des systèmes en vue de traiter le vague et la logique du non-sens; c’est donc un système qui est bien compris. De plus, c’est un système trivalent où les lois classiques demeurent valides. Cela étant, il y a dans les tables de vérité de Bochvar de sérieux inconvénients pour ce que nous voulons faire. Car en effet, si nous adoptons ces tables de vérité, pourquoi est-ce que, sous la composition, nous perdons les valeurs de vérité indéterminées? Il y a de bonnes raisons pour que cela se produise en vue de ce que Bochvar veut faire, mais ses préoccupations ne sont pas les nôtres. Dans le but de concevoir un système plausible pour les futurs contingents, ainsi que nous l’avons vu dans (1) ci-dessus, nous voulons que certains énoncés composés avec des membres indéterminés demeurent indéterminés. Ce n’est pas le système qu’il nous faut.
La solution est toutefois claire, désormais. Ainsi qu’on l’a noté, c’était la définition de "~" qui a créé la difficulté dans le système de Łukasiewicz. Mais comme nous l’avons vu avec (1), le reste du système de Łukasiewicz fonctionne bien. Donc si nous concevons un système basé sur ces deux caractéristiques souhaitables, alors les lois de non-contradiction et du tiers exclu demeurent des vérités logiques – et s’en sortent qui plus est avec l’apparence de conséquences naturelles d’un raisonnement indépendant intuitif, à la différence du raisonnement de Tooley – et les valeurs de vérité des propositions moléculaires demeurent intuitives. Ainsi, ceux qui souhaitent conserver une logique non-bivalente pour les futurs contingents peuvent le faire de façon probante sans devoir abandonner ces lois logiques, en procédant avec les tables de vérité suivantes :
Un commentaire s’impose, toutefois. Soit F (interprété "Ce sera le cas que") un opérateur de temps futur appliqué à des propositions de temps présent. Prenons la proposition
(3) Le docteur Foster ira à Gloucester
et la proposition
(4) Le docteur Foster n’ira pas à Gloucester.
On peut penser que si l’on assigne 1/2 à (3), alors la valeur 1 doit être assignée à (4) – même si Le docteur Foster finit par aller à Gloucester! Qu’est-ce qui ne va pas, alors? Je dis que rien; et cela va de soi tant que nous comprenons ces propositions comme il faut. A l’évidence, la proposition (3) doit être analysée comme suit :
(3*) F(le docteur Foster va à Gloucester)
La prudence est de mise dans l’analyse de (4), si nous exigeons qu’elle soit la négation de (3). L’analyse incorrecte est celle où l’opérateur de temps futur a une portée large sur la proposition de temps présent :
(4×) F~(le docteur Foster va à Gloucester).
La raison pour laquelle celle-ci doit être l’analyse incorrecte de la négation de (3) est claire: la proposition de temps présent disant que Le docteur Foster va à Gloucester a une valeur de vérité déterminée – elle est soit vraie soit fausse, selon qu’il y a ou non un fait présent dans lequel le docteur Foster va à Gloucester et qui la rend vraie. La négation de cette proposition – Le docteur Foster ne va pas à Gloucester – est soit vraie soit fausse de manière déterminée, également. Mais parce que ces propositions tombent dans la portée de l’opérateur de temps futur, (3*) et (4×) ont globalement la valeur ‘indéterminé’. Or cela ne détruit pas la loi du tiers exclu, parce que la proposition de temps futur (4×), i.e. (4×) pris globalement, n’est pas la négation de la proposition de temps futur (3*), i.e. (3*) pris globalement,– cela n’a pas la moindre importance que la proposition de temps présent enchâssée dans (4×) est la négation de la proposition de temps présent enchâssée dans (3*). Nous pouvons également représenter (3*) par p et (4×) par q pour souligner le fait que la paire (3*) et (4×) n’est pas un contre-exemple à pV~p. L’analyse correcte de la négation de (3) est :
(4*) ~F(Le docteur Foster va à Gloucester)
qui est de forme ~p, comme voulu. Il me semble que (4*) dit clairement quelque chose de vrai, dans la mesure où ce n’est pas le cas que p. Mais bien entendu, dire que (4*) est vrai n’est pas dire que le docteur Foster n’ira pas à Gloucester. Cela reviendrait à confondre (4*) et (4×), ce qui serait une bévue : dire que ce n’est pas le cas que p n’est pas dire que q! Ainsi, même s’il s’avère que le docteur Foster va bel et bien à Gloucester, nous devrions être cependant en droit d’assigner la vérité à (4*). (Il pourrait toutefois être trompeur d’assigner la vérité à (4*), en raison de l’ambiguïté de portée et du reste (voir par ex. Grice 1989: Partie I; Jackson 1987), mais cela n’invalide en rien mon raisonnement.)
Cela nous permet de traiter un problème légèrement différent. Considérons:
(5) F(pV~p)
Puisque pV~p tombe dans la portée de l’opérateur de temps, cela signifie-t-il que nous devrions assigner à (5) une valeur de vérité indéterminée ? Heureusement que non, puisque (5) est clairement vraie. La raison à cela est que l’opérateur de temps futur ne rend les affirmations indéterminées que lorsqu’il opère sur des propositions contingentes; puisque les vérités logiques sont une espèce de vérité nécessaire, (5) est donc vraie.
Et mes raisons de dire que pV~p est une vérité logique sont les mêmes raisons que celles données ci-dessus. Ce que cela signifie, c’est que nous ne pouvons pas accepter l’équivalence :
(6) F(pVq) = FpVFq
que nous devrions être en droit de rejeter, puisque si nous prenons q = ~p nous pouvons constater que (6) assimile à tort (4×) à (4*).
Ce système a des caractéristiques notoirement classiques : à partir de simples tests de valeur de vérité nous pouvons constater que "&" et "V" sont à la fois commutatifs et associatifs ; "P=>P" est vraie (à la différence des systèmes entiers de Łukasiewicz et de Bochvar !) ; "P=>Q" équivaut à "~Q=>~P"; les lois distributives [(PV(Q&R)) = ((PVQ) & (PVR)) et (P & (QVR)) = ((P&Q) V (P&R))] sont valables; et les lois de de Morgan sont valables sous une forme [(~(P&Q) = (~PV~Q)) et ~(PVQ) = (~P & ~Q)], bien que, en raison de la définition de la négation, nous perdrions l’équivalence entre "&" et "V" de forme "P&Q = ~(~PV~Q)" et "~(~P&~Q) = (PVQ)", ainsi que l’équivalence "(~P&Q) = (P=>Q)", en raison du cas où P = 1 et Q = 1/2. Il faut dire également que, comme c’est si souvent le cas avec les systèmes multivalents (dont ceux de Łukasiewicz antérieurs aux travaux de Słupecki (1936)), ce système n’est pas fonctionnellement complet. Mais les sortes de fonctions de vérité qui ne peuvent pas être engendrées par les connecteurs de ce système n’ont aucune application, et peuvent donc être ignorées.
Ainsi, tant que le docteur Foster ne tombe pas dans la confusion avec la loi du tiers exclu, il est possible d’avoir ce qu’Aristote souhaitait, à savoir une logique non-bivalente où les lois classiques demeurent intactes. C’est donc en vérité ce système que l’on doive connaître comme le "système classique de la logique trivalente", et non celui de Łukasiewicz tel que présenté par Prior (1953: 317)1.
Références
Aristotle. De Interpretatione. Translated by E. M. Edghill from The Works of Aristotle, ed. W. D. Ross.
1952. Chicago: Encyclopædia Britannica, Inc.
Bochvar, D. A. 1938. "Ob odnom tréhznacnom iscislénii i égo priménénii k analizu paradosov klassiéskogo ras irennogo funkcjonalnoga is islénia" ("On a three-valued calculus and its application to analysis of paradoxes of classical extended functional calculus"). Matématicéskij Sbornik 4: 287–308.
Grice, H. P. 1989. Studies in the Way of Words. Cambridge, Mass.; London: Harvard University Press.
Halldén, S. 1949. The Logic of Nonsense. Uppsala: Uppsala Universitets Arsskrift.
Jackson, F. 1987. Conditionals. Oxford: Blackwell.
Kneale, W. and M. 1962. The Development of Logic. Oxford: Clarendon Press.
Łukasiewicz’s, J. 1920. "On three-valued logic". In Polish Logic 1920–1939, ed. S. McCall, 1967: 16-18. Oxford: Clarendon Press; and in Selected Works, ed. L. Borkowski, 1970: 87–88. Amsterdam: North Holland.
Prior, A. N. 1953. "Three-valued logic and future contingents". Philosophical Quarterly 3: 317–26.
Słupecki, J. 1936. "Der volle dreiwertige Aussagenkalkül". Comptes Rendus des Séances de la Société des Sciences et des Lettres de Varsovie Cl. III 29: 9–11; English tr. The full many-valued propositional calculus. In Polish Logic 1920–1939, ed. S. McCall, 335–37. Oxford: Clarendon Press.
Tooley, M. 1997. Time, Tense, and Causation. Oxford: Oxford University Press.
La mauvaise étoile (noire, s'entend) du vieil Aristote a-t-elle été définitivement détruite par le vaillant Bourne? Risque-t-elle au contraire de se reconstituer par une nouvelle objection au tiers exclu? Les aristotéliciens sauront-ils vaincre leur peur de la non-vérifonctionnalité en terre trivalente?
Réponse dans le prochain billet ("Truthmakers II: l'Attaque du Clone"). Et que la force soit avec vous ...
Pactisons en attendant avec la Force qui va Mal ... Chad Vador au rayon charcuterie:
Un nouveau problème philosophique; d'actualité celui-ci, vu la frénésie qui accompagne actuellement le jeu du poker:
Y a-t-il une logique du menteur?
J'avais cru comprendre qu'une logique du mensonge avait été construite il n'y a pas si longtemps, à l'occasion d'un colloque international ESSLLI réunissant logiciens, linguistes et informaticiens. En 2005 mais, depuis, je n'ai rien revu de tel et ne suis même pas sûr que le mensonge puisse être traité comme une constante logique. Si tel était le cas, le bluffeur ne pourrait-il pas être mis à découvert par une sorte d'algorithme, un ensemble d'opérations récursives capables de réduire sa stratégie à un ensemble d'opérations ou règles de conséquence élémentaires?
Petite précision: le mensonge s'oppose à la sincérité, une des caractéristiques principales de l'assertion. Or ce genre d'acte de discours accompagne l'état psychologique de croyance, mais on ne trouvera rien dans une logique illocutoire qui risque d'apporter de l'eau au moulin. Hormis les quelques normes comportementales qui président à la réussite d'un acte de discours, peut-on caractériser le comportement du menteur, ou est-il possible de deviner ses intentions dans une situation de jeu?
Prenez le cas de Napoléon à Austerlitz: malin comme un singe, son bluff a consisté a faire croire qu'il ne pouvait pas prendre de risques étant donné la supposée infériorité numérique de ses troupes. Koutouzov en a inféré que ses troupes passeraient par les flancs et n'oseraient jamais attaquer la coalition anglo-austro-russe de face. Mauvais choix ... le plus grand bluff de l'Empereur a donc été de prendre un risque énorme tout en laissant ses adversaires suivre à tort une sorte de maxime d'utilité espérée: moins de risques, moins de pertes. Napoléon n'a-t-il pas "joué son tapis" (all in, franglais oblige) ce 2 décembre 1805?
Plus généralement, le problème de la logique du menteur est que le protagoniste peut pousser jusqu'au vice de mentir parce qu'il ne ment pas: il peut surprendre l'adversaire en violant la règle tacite selon laquelle l'objectif est de duper son ennemi. Il ne suffit évidemment pas d'inférer la vérité du contraire de ce que le bluffeur dit pour comprendre sa logique: interprétation par trop simpliste, car le bluff est bien plus complexe qu'une simple règle de conséquence de type: B*p |- ~p (où "B*" symboliserait le bluff et "~" la négation).
Mais si ne pas duper est une autre façon subtile de duper, peut-on encore tirer des règles de conséquences claires et distinctes pour caractériser le principe du bluff?
"La plus grande ruse du diable, c'est d'avoir fait croire au monde qu'il n'existe pas" (citation de Verbal Kint dans "Usual Suspects") ... Quelles conditions de succès peut-on associer à un possible opérateur de bluff, qui apparaît comme une sorte de dual de l'opérateur d'assertion?
Des indices peuvent et sont sans doute déjà présents chez les Bataves: dans la théorie des jeux, les opérateurs d'annonce et la sémantique des mondes multi-agents de l'école de logique de Van Benthem. Cela dit, la perversité du bluffeur tient en ceci que l'annonce n'est jamais récursivement réductible à un ensemble de règles d'énonciation ou annonce publique. L'annonce est plus utile pour construire une logique du tarot, semble-t-il, puisqu'il ne s'agit pas de duper l'adversaire mais de combiner des actions entre plusieurs agents au sein d'un ensemble d'informations partielles.
Moralité: la logique du bluffeur ne consiste-t-elle pas précisément à déjouer toute réduction logique que ce soit, sans quoi son art pourrait être mis à mal par le premier programmateur venu? Le problème posé ne m'est pas peu familier, puisqu'il met aux prises deux façons de faire et comprendre la discipline logique en général: comme un ensemble prescriptif de règles à suivre, ou comme un ensemble descriptif de règles susceptibles d'être enfreintes. Si A |- B est l'archétype du schéma logique, que représentent A et B dans une hypothétique logique du menteur, et dans quelle mesure B s'ensuit de A dans toute situation?
A tous ceux susceptibles de m'éclairer sur ce point, qu'ils soient les bienvenus et n'hésitent pas à laisser leurs commentaires! Il serait sans doute intéressant de mélanger logique d'assertion, logique épistémique, théorie des jeux et/ou sémantique multi-agents pour ce faire, mais je n'ai pas suffisamment d'expérience en matière de poker pour préciser davantage.
En attendant vos réponses et précisions, je profite de l'occasion pour rappeler au bon souvenir de quelques morceaux sur le thème des couleurs des cartes à jouer:
Pour commencer, le morceau d'anthologie de Lenny la Grossklasse et sa troupe de sangliers sudistes: "Ace of Spades" (= l'as de pique)
Pour continuer, une boîte en forme de coeur des Nirvana ("Heart Shaped Box"):
Pour finir, et en beauté, un passage magistral des "Joueurs" ("Rounders" pour la version originale) où Mike (Matt Damon) affronte Teddy KGB (John Malkovich). En VO, pour profiter de l'accent spoutnik de Malkovich machouillant ses biscuits:
A la demande de Cédric qui avait deviné avant-hier l'auteur de la première citation, concernant la contestation et le capital, je me suis plié à sa requête et vous propose donc ces quelques vers en décasyllabes (deux pentasyllabes pour chaque vers), tout à l'honneur de la logique modale et d'une de ses lettres fétiches, j'ai nommé: la lettre K. "K" comme Kripke, KT45, KK-thesis ... les habitués du genre savent de quoi je parle ici.
Pour les autres, tentez de saisir le sens dissimulé tant que bien mal derrière ces lignes composées par un Petit Körper Sain.
Puisque les vers sont assez courts, je n'ai pas su faire dans la pertinence intégrale: bien qu'écrit à l'adresse de Kripke, sorte de Tortue Géniale autiste perdue dans un monde possible dont lui seul doit connaître les conditions d'accessibilité, vous ne trouverez pas d'expressions telles que "nécessaire a priori", "transitivité", "désignation rigide" ou "essentialisme" dans le poème ci-dessous. C'est que je ne suis en rien un poète, alors: merci d'avance pour votre indulgence face à une production on ne peut plus ... contingente.
Quoi de plus normal que de rappeler au souvenir du vieux Saül par un exercice de métrique: n'est-ce pas à lui que l'on doit l'idée selon laquelle la longueur d'un bâton d'un mètre donnerait une affirmation nécessaire a posteriori? Cf. sa "Logique des Noms Propres", pour les intéressés.
Boîte-boîte-diamant-nabla en force!!!
Et puisque notre logicien modal baigne allègrement entre deux rêves éveillés, je glisse entre deux strophes ce morceau mémorable des Tears for Fears, "Mad World", arrangé au piano par Gary Jules pour un film qui mérite le détour: "Donnie Darko".
Autiste, ô Possible Kripke parti loin, sur Krypton au moins, Kinés impuissants, face au vieux dément, Kierkegaard en miettes, loin de nos emplettes, Kantien clopinant, apodictiquant.
KT4 en lice, opérateurs bis, Kaputt dans les fêtes, bouillon dans la tête, Kilos de structures, itérations pures, Königsberg en berne, respect vieille baderne.
KK-thesis règne, dans les mondes je baigne, Kaléïdoscope, perdu dans les scopes, Knowledge dans le box, info ou intox, Kennedy au temple, Nixon sert d'exemple.
Kino pris en cible, fictions accessibles, Karl Marx à l'appel, contrefactuel, Kun à leur insu, ah s'ils avaient su, Keitel chez un dieu, j'ai nommé Kripke.
Le principe du gage en échange de bonnes réponses aux citations tient toujours.
Merci à Cédric de ne pas avoir fait dans le graveleux et de m'avoir mis au défi d'un poème plutôt que de délicats exercices olympiques de dessous la ceinture. Avis aux autres, je suis d'attaque!
Pour la comparaison avec la reprise ci-dessus de Gary Jules, les Tears for Fears méritent bien leur pré carré ci-dessous.
Laquelle des deux versions préférez-vous? Je craque littéralement devant la danse si conceptuelle de Roland Orzabal. Avis aux camarades nancéiens: qui saura reproduire un si beau rituel rythmique pour notre prochaine soirée à thème (après "vins&fromages", quid de "minimalisme artistique&Bayley's")?!!!
Dans la foulée du premier Béru: les paroles du second sur ma liste.
Deux Clowns
Ricco était un clown qui vivait dans un cirque
Sa tête de fripouille faisait rire les enfants
Son sourire maquillé de gugusse ambulante
De tournée en tournée il pleuvait les applaudissements
Il jouait avec ses mains comme un petit magicien
Pourquoi donc un matin il a joué un peu trop loin ?
Oui, il s'est pendu sous le grand chapiteau
Un concombre dans le cul, son corps nu flottant très haut
Le visage peint en rouge et les godasses au pied
Ricco était un clown maintenant pour l'éternité
Sous le grand chapiteau tous pleuraient en silence
Et le soir les marmots rigolaient bien en cadence !
Ouais!!!!
Zeppo l'autre clown qui vivait dans le même cirque
Sa tête de grand fou faisait rire les enfants
Ricco était le gugusse et Zeppo le clown blanc
Mais depuis qu'il n'était plus ce n'était plus comme avant
Et Ricco était mort et Zeppo devint grave
Bientôt son visage blanc n'amusait plus les enfants!
Et Zippo devint fou sous le grand chapiteau
Il plongea dans la foule avec ses yeux en couteau
Il tua son premier gosse et s'enfuit dans la forêt
Il mangeait des écorces, tous les gosse le cherchaient
De Ricco la fripouille à Zeppo le clown blanc
Combien y-a-t'il de clowns qui sont devenus déments ?
Pour qui souhaiterait en savoir plus sur les morceaux distillés au compte-(grosses)gouttes dans ce blog: il ne me semble pas inutile d'ajouter les paroles à la musique.
A réciter les soirs où l'inspiration vous manque et qu'il s'agit de réanimer l'ambiance ... les paroles des autres morceaux ne tarderont pas (Cure, Electric Six, etc). Le service après-vente n'ira pas jusqu'à vous proposer une traduction des textes anglais. Pas pour l'instant, en tout cas.
Et bonnes récitations à venir!
Salut à toi
Salut à toi ô mon frère
Salut à toi peuple khmer
Salut à toi l'Algérien
Salut à toi le Tunisien
Salut à toi Bangladesh
Salut à toi peuple grec
Salut à toi petit Indien
Salut à toi punk iranien
Salut à toi rebelle afghan
Salut à toi le dissident
Salut à toi le Chilien
Salut à toi le p'tit Malien
Salut à toi le Mohican
Salut à toi peuple gitan
Salut à toi l'Ethiopien
Salut à toi le tchadien
Salut à vous les Partisans
Salut à toi "cholie all'mante"
Salut à toi le Vietnamien
Salut à toi le Cambodgien
Salut à toi le Japonais
Salut à toi l'Thaïlandais
Salut à toi le Laotien
Salut à toi le Coréen
Salut à toi le Polonais
Salut à toi l'Irlandais
Salut à toi l'Européen
Salut à toi le Mongolien
Salut à toi le Hollandais
Salut à toi le Portugais
Salut à toi le Mexicain
Salut à toi le marocain
Salut à toi le Libanais
Salut à toi l'Pakistanais
Salut à toi le Philippin
Salut à toi l'Jamaïcain
Salut à toi le Guyanais
Salut à toi le Togolais
Salut à toi le Guinéen
Salut à toi le Guadeloupéen
Salut à toi le Congolais
Salut à toi le Sénégalais
Salut à toi l'Afro-cubain
Salut à toi l'Porto-ricain
Salut à toi la Haute Volta
Salut à toi le Nigéria
Salut à toi le Gaboni
Salut à toi le vieux chtimi
Salut à toi Che Guevara
Salut aux comités d'soldats
Salut à tous les hommes libres
Salut à tous les apatrides
Salut à toi la Bertaga
Salut aussi à la Banda
Salut à toi punk anarchiste
Salut à toi skin communiste
Salut à toi le Libéria
Salut à toi le Sri Lanka
Salut à toi le sandiniste
Salut à toi l'unijambiste
Salut l'mouv'ment des Jeunes Arabes
Salut à toi Guatemala
Salut l'P4 du contingent
Salut à toi le Shotokan
Salut à toi peuple Kanak
Salut à toi l'tchécoslovaque
Salut à tous les p'tits dragons
Salut à toi qui est keupon
Salut à toi jeune Malgache
Salut à toi le peuple basque
Salut à toi qu'est au violon
Salut à toi et mort aux cons
Salut à toi le Yougoslave
Salut à toi le voyou slave
Salut à toi le Salvador
Salut à toi le Molodoï
Salut à toi le Chinois
Salut à toi le Zaïrois
Salut à toi l'Espagnol
Salut à toi le Ravachol
Salut à toi le Hongrois
Salut à toi l'iroquois
Salut aussi à tous les gosses
Des îles Maudites jusqu'à l'Ecosse
Salut à vous tous les zazous
Salut à la jeune garde rouge
Salut à toi le peuple corse
Salut aux filles du Crazy Horse
Salut à toi la vache qui rit
Salut à Laurel et Hardy
Salut à toi peuple nomade
Salut à tous les "camawades"
Salut à toutes les mères qui gueulent
Salut aussi à Yul Brunner
Salut à toi l'handicapé
Salut Jeunesse du monde entier
Salut à toi le dromadaire
Salut à toi Tonton Albert
Salut à toi qu'est à la masse
Salut aussi à Fantomas
Salut à toi Roger des près
Salut à toi l'endimanché
Salut à tous les paysans
Salut aussi à Rantanplan
A tous ceux pour qui le réveillon n'est qu'une gigantesque mascarade synonyme de dictature de la bonne humeur, de déclarations de voeux insignifiants, de petits fours indigestes et de champagne acidifié qui reste sur l'estomac tout le mois de janvier: je dirais qu'ils sont pris du syndrôme Collier de Barbe, extrêmement dangereux parce que fourbe et souvent dissimulé derrière de bons sentiments mortifères. Je m'explique par quelques symptômes susceptibles de révéler ce mal, lequel a largement rongé l'hexagone et depuis longtemps déjà. Si tu es prof de français altermondialiste du secondaire, militant du SGEN-PUF, amateur de Gitanes maïs tous les 8 heures moins 10 du matin avant le premier cours des 4e techno et opposant absolu de la "télévision-boîte à cons" (hormis Arte et la Cinq entre 15 et 18h le dimanche), prends garde à toi ... et va te raser plutôt que de raser les autres de ta moraline à l'odeur de sueur de dessous de bras. C'est l'ancien pion de collège qui parle, ici. Et si par malheur tu avais une bonne raison de nous imposer ta tristesse de circonstance, alors viens parler peu mais bien sur ce blog ou tais-toi à jamais, parce que le temps presse pour tout le monde ...
Message à tous ceux qui se cachent derrière ces arguments de rabat-joie castrateur, les soirs de réjouissances officielles: arrêtez donc de bouder le plaisir des autres et de prendre le parti inverse d'une fête dont vous rêveriez de jouir au tréfonds de vous-mêmes. Sans quoi vous ne prendriez pas autant de soin à en déconstruire le caractère mercantile à tout bout de champ. En vérité je vous le dis: trop coincés vous êtes et trop peu vous assumez votre pauvre condition bien en dessous de vos aspirations débordantes de perfectibilité et d'amour du prochain qui ne se pointe toujours pas tel que vous le voudriez ... toutes ces frustrations qui vous bouffent de l'intérieur, vous vous ingéniez à le cacher par une mauvaise foi d'élitiste bouché du sphincter. J'en ai fini avec mon analyse phénoménologique. Parenthèse: (Je conseille à ce propos l'analyse par Sartre de la logique de l'antisémitisme français, dans ses "Réflexions sur la question juive" qui stupéfient par leur subtilité et précision dans les répliques et contre-répliques de l'anti-déiciste. Parenthèse fermée)
Pour tous les autres qui aiment l'impro et savent faire preuve de suffisamment d'humilité pour dévoiler leur côté paillard les soirs de ripaille: n'oubliez pas pour autant que la Saint Sylvestre est avant tout la fête des commerçants, et que chaque jour que le Logos fait peut être le prétexte à une grosse mascarade improvisée. Pour que chaque jour soit une fête en puissance, haut les coeurs! Et bons éclatements de la rate à vous tous, pour cette nouvelle année haute en tensions géostragétiques. Pas grave, Israël a appris à se protéger. Pas vrai, les rabbins?!
Allez, musique: COIN COIIIIIINNNNN!!!!
C'est lourd? Certes, mais c'est bon lorsque pris avec modération et 13e degré. Avertissement: aucun animal n'a été maltraité dans ce clip, sinon quelque peu bousculé par un faux amateur du Talmud
Pour ceux que les sons électroniques house attirent davantage, rien de mieux que de fêter une nouvelle boucherie de 365 jours par ce morceau dynamisant de Vitalic: