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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
A la demande de Cédric qui avait deviné avant-hier l'auteur de la première citation, concernant la contestation et le capital, je me suis plié à sa requête et vous propose donc ces quelques vers en décasyllabes (deux pentasyllabes pour chaque vers), tout à l'honneur de la logique modale et d'une de ses lettres fétiches, j'ai nommé: la lettre K. "K" comme Kripke, KT45, KK-thesis ... les habitués du genre savent de quoi je parle ici.
Pour les autres, tentez de saisir le sens dissimulé tant que bien mal derrière ces lignes composées par un Petit Körper Sain.
Puisque les vers sont assez courts, je n'ai pas su faire dans la pertinence intégrale: bien qu'écrit à l'adresse de Kripke, sorte de Tortue Géniale autiste perdue dans un monde possible dont lui seul doit connaître les conditions d'accessibilité, vous ne trouverez pas d'expressions telles que "nécessaire a priori", "transitivité", "désignation rigide" ou "essentialisme" dans le poème ci-dessous. C'est que je ne suis en rien un poète, alors: merci d'avance pour votre indulgence face à une production on ne peut plus ... contingente.
Quoi de plus normal que de rappeler au souvenir du vieux Saül par un exercice de métrique: n'est-ce pas à lui que l'on doit l'idée selon laquelle la longueur d'un bâton d'un mètre donnerait une affirmation nécessaire a posteriori? Cf. sa "Logique des Noms Propres", pour les intéressés.
Boîte-boîte-diamant-nabla en force!!!
Et puisque notre logicien modal baigne allègrement entre deux rêves éveillés, je glisse entre deux strophes ce morceau mémorable des Tears for Fears, "Mad World", arrangé au piano par Gary Jules pour un film qui mérite le détour: "Donnie Darko".
Autiste, ô Possible Kripke parti loin, sur Krypton au moins, Kinés impuissants, face au vieux dément, Kierkegaard en miettes, loin de nos emplettes, Kantien clopinant, apodictiquant.
KT4 en lice, opérateurs bis, Kaputt dans les fêtes, bouillon dans la tête, Kilos de structures, itérations pures, Königsberg en berne, respect vieille baderne.
KK-thesis règne, dans les mondes je baigne, Kaléïdoscope, perdu dans les scopes, Knowledge dans le box, info ou intox, Kennedy au temple, Nixon sert d'exemple.
Kino pris en cible, fictions accessibles, Karl Marx à l'appel, contrefactuel, Kun à leur insu, ah s'ils avaient su, Keitel chez un dieu, j'ai nommé Kripke.
Le principe du gage en échange de bonnes réponses aux citations tient toujours.
Merci à Cédric de ne pas avoir fait dans le graveleux et de m'avoir mis au défi d'un poème plutôt que de délicats exercices olympiques de dessous la ceinture. Avis aux autres, je suis d'attaque!
Pour la comparaison avec la reprise ci-dessus de Gary Jules, les Tears for Fears méritent bien leur pré carré ci-dessous.
Laquelle des deux versions préférez-vous? Je craque littéralement devant la danse si conceptuelle de Roland Orzabal. Avis aux camarades nancéiens: qui saura reproduire un si beau rituel rythmique pour notre prochaine soirée à thème (après "vins&fromages", quid de "minimalisme artistique&Bayley's")?!!!
Ceux qui ont eu l'occasion de jeter le coup d'oeil sur ma thèse connaissent la réponse, puisque j'ai utilisé cette citation en guise de mot de Remerciements au pluriel ("je remercie toute l'équipe, sans laquelle je ne serais rien, etc...")
Ca ne se dit pas, non, sous-entendu que les déclarations d'amitié cachent souvent, sinon toujours, des intentions mal avisées de la part de leur auteur. Pourquoi le dire, si la personne aimée constate suffisamment vos témoignages d'amitié à chaque occasion de la manifester? Sans être aussi radical, l'auteur de cette formule à laquelle je souscris pleinement voulait sans doute dire que la meilleure preuve d'amitié (et pas la seule, donc) est celle qui se montre dans les actes et ne s'étale pas dans le but calculé de faire tomber la larmichette.
Serait-on ici en présence d'un aveu d'anti-performatif (cf. Problème de philosophie n°5)? Ou ne s'agit-il ici que d'une simple question de pudeur dans notre comportement social? Les deux, mon général: la signification d'un acte performatif n'est pas indépendante de ses effets perlocutoires, donc qui déclare son amitié n'ignore pas les conséquences qu'une telle déclaration peut avoir sur son interlocuteur et sur lui-même.
J'ai déjà eu l'occasion d'échauffer sur ce sujet la bile de l'ex- d'un ami, laquelle m'avait reproché de ne pas lui faire de compliments sur sa cuisine après une bonne soirée. Il est vrai que j'avais plus insisté sur son état bien imbibé de fin de soirée, ce qui n'est pas toujours très délicat à l'égard d'une femme ... mais de là à la complimenter sur commande ou, tout au moins, à recevoir une leçon de savoir-vivre mondain: je dis "fuck", et en toute an-amitié.
Parenthèse: (y a-t-il un juste milieu entre l'amitié et l'inimitié, hormis l'indifférence? Ne ressentir ni l'une ni l'autre pour une personne = ? Si quelqu'un me trouve ce milieu neutre, tel le gris entre le noir et le blanc, j'exécuterai un voeu en son nom. C'est dit, donc ce sera fait.)
Pour revenir à la citation ci-dessus, je reconnais que nous ne sommes pas ici en face d'un anti-performatif au sens strict (s'il y a): la plupart de nos actes de discours s'accompagnent d'une condition minimale de sincérité pour être réussis, fort heureusement et sans quoi toute communication serait synonyme de piège à cons; disons plutôt que nombre des déclarations d'amitié, d'amour, de gentillesse et autre paix dans le monde sont rarement, voire jamais accomplies sans quelque arrière-pensée initiale.
Et puisque l'on parle d'amitié, cela me donne une occasion idéale pour glisser un petit Rammstein de derrière les fagots: "Du hast", dont le clip évoque l'amitié virile toujours plus forte que les sourds complots de la vile femelle fiéleuse. Tout un programme; mais on ne brise pas le Stahl aussi facilement, Fraulein ... NNNEEEIIINNN!!!
Pour ceux qui n'aiment pas les riffs germaniques bien lourds, vous pourrez toujours passer votre chemin; c'était ça où ''Les copains d'abord'' de Brassens, mais ce dernier ne risque pas de trouver place dans ce blog sinon après quelques retouches façon Perusse (cf. Blagounettes).
Tout ceci me fait penser à une autre citation plus générale, concernant la relation entre les mots et les actes ...
"Celui qui n’est pas socialiste à vingt ans n’a pas de cœur ; celui qui est socialiste à quarante n’a pas de tête"
Indice: Remarquable, Talentueux
Mine de rien, cette formule m'a servi de note de bas de page dans le cadre de ma thèse sur les modalités épistémiques, en rapport avec le paradoxe de Moore. Le problème est celui de savoir s'il est possible de prononcer ce genre de sentence à l'âge de 20 ans ...
Qui n'a pas entendu ses parents lui sermonner durant son enfance: ''Tu ne le sais pas encore, mais on fait ça pour ton bien". Un enfant peut-il admettre la vérité d'une telle affirmation, c'est-à-dire, la vérité de ce que son âge lui empêche de comprendre?
C'est exactement le problème auxquels sont confrontés les gnomes de chaque génération:
- soit l'on suit les conseils des plus anciens pour ne pas se tromper, auquel cas on ne fait rien et l'on accumule les frustrations;
- soit l'on agit selon sa propre volonté, quitte à en payer le prix, et l'on fait ce qui constituera plus tard une "erreur de jeunesse".
La rationalité est présente derrière ce cas de conscience que nous avons tous traversé un jour, une semaine, des mois durant: pourquoi ne pas commettre une erreur si celle-ci ne peut pas être considérée comme telle à une certaine époque de notre existence?
Un article a été écrit il n'y a pas si longtemps, sur ce problème des contraintes diachroniques de la rationalité (à chaque époque ses propres critères, pour faire vite)
Référence:
Luc Bovens'' 'P and I will believe that not-P' '': diachronic constraints on rational belief”, Mind 104, pp. 737-60.
Le rapport avec le paradoxe de Moore consiste à se demander si un énoncé tel que ''Je partirai bientôt en Chine, mais je ne le sais pas encore'' est cohérent ou absurde. Hintikka, Searle, Wittgenstein, Heal & Cie se sont tous échauffés les méninges face à ce paradoxe lancé par G. E. Moore, et dont un intérêt logique était de montrer qu'un énoncé peut être absurde sans être contradictoire.
L'analyse en termes d'actes illocutoires est utile ici, puisqu'elle montre bien le caractère ''self-defeating'' (= "contraire au but recherché", je n'ai pas de meilleure traduction) de certains énoncés tels que ''Il pleut, mais je ne le crois pas'', ''Pyongyang est la capitale de la Corée du Nord, mais je ne le sais pas'', etc.): la négation de la croyance ou du savoir est contraire à une composante essentielle de l'acte d'affirmation qui est un assertif, à savoir: la condition de sincérité, qui exige que le locuteur croie à ce qu'il dit.
Pour montrer la complexité de nos tournures de langage quotidiennes face à cette explication abrupte, le texte de Bovens a voulu tenir compte de la temporalité dans l'analyse là où d'autres ont insisté davantage sur le type de pronom personnel employé (l'absurdé des énoncés disparaît si l'on remplace la 1ère personne par la 3e, par exemple).
Pour finir par le commencement, Bovens cherche ainsi à montrer qu'un jeune idéaliste de 20 ans peut affirmer qu'un socialiste de 40 ans n'a pas de tête sans réduire ses propres opinions à l'absurde: tant qu'il a 20 ans, il est en droit de se bercer d'illusions et d'en avoir conscience. Comme quoi l'analyse logique du langage peut contribuer à adoucir la colère des adultes face aux revendications souvent naïves des jeunes irénistes en culotte déchirée.
Etonnant, non? Je n'ai jamais suivi cette approche tolérante de la rationalité, personnellement, puisqu'il m'a toujours paru stupide de suivre une voie qui me paraîssait vouée à devenir tôt ou tard simpliste voire infantile. "Pourquoi ne pas gagner du temps en pensant dès l'âge de 20 ans ce qui sera crédité à 40?" Réponse: parce qu'il faut que jeunesse se fasse, diantre! Ne pas chercher à grandir trop vite? Mauvaise pioche ...
Serait-il encore temps de rattraper le temps perdu? Et comment! Dont acte, avec ce superbe hymne au n'importe quoi des Electric Six. Attention ... DANNNGGEERR DAANNNGGEERRRR
"J'adore les cacahuètes. Tu bois une bière et tu en as marre du goût. Alors tu manges des cacahuètes. Les cacahuètes c'est doux et salé, fort et tendre, comme une femme. Manger des cacahuètes, it's a really strong feeling. Et après tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuètes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme"
Indice: un nietzschéen sauce marinière
Difficile de ne pas trouver, avec un style aussi inimitable. La dernière phrase entrera dans la grande histoire des petites idées qui font avec les moyens du bord.
"La contestation est née du capital, elle est engendrée par le capital; le capital est donc plus fort que la contestation. Car la contestation ne vit pas de ce qu'elle conteste alors que le capital vit de sa contestation"
Indice: la suite dit, entre autres,
"Ca fait plaisir de savoir qu'on est compris par des mecs qui comprennent des trucs qu'on comprend pas ..."
Celui qui trouve le nom de l'auteur de cette formule aura le droit de me poser un gage ... et je le tiendrai, parbleu!!!
A vous de jouer.