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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
17.05.2008
Petite revue détaillée d'un moment passé hier soir aux côté de deux amis masculins, conclu au fond d'une salle branchée obscure dans un des cafés-boîtes de Nancy. "La Place", pour ne pas la nommer ni donner le nom de sa rue Stanislas où la trouver. Un phénomène classique chez moi et qui me donne l'impression de jouer l'extraterrestre effacé au milieu des humains émoustillés. Une impression de transparence et de néant existentiel pour qui sent ne rien pouvoir apporter à personne à cet instant, et surtout pas à lui-même. Un mauvais rôle inaccepté, vidé de toute substance et sans consistance à l'appui. Mais pourquoi me suis-je retrouvé dans cette boîte électro-house aux allures de boîte de sardine pailletée, sorte de lieu chébran où la jeunesse fêtarde se donne rendez-vous pour se gigoter sur des airs à qui on ne la fait pas et font balancer la tête d'arrière en avant comme une poule sur son pied à bascule mécanique? La musique: des mixtures indigestes ou pudding rythmiques où l'on mélange le Nutella aux cornichons. L'ambiance: une soirée célibataires ce mercredi soir, où les bras numérotés des volontaires servent à créer sur place des couples sur mesure. Bon Dieu que l'endroit me semble mal approprié pour ce que j'attendais de cette soirée joviale et rigolarde. Mais on ne discute pas des goûts et des couleurs lorsque l'on laisse les autres décider pour soi: on suit, et vogue la galère. Une putain de galère une heure et quelques durant, où le bar m'a servi d'accoudoir en attendant que je trouve une raison de rester sur place plus longtemps. Un genre de soirées où le son est si braillard et perçant qu'il est impossible de se parler sans se déchirer le larynx et nécessaire de raccourcir les phrases au point de ne plus rien dire.
Pourquoi parler, aussi et surtout? Un genre de soirée pour prédateurs où il ne s'agit pas de parler, mais de chasser le gibier en terre giboyante. Un gibier dans les deux sens du sexe officiel, puisque les filles lorgnent aussi bien et tout autant que les "mecs" à qui on ne la fait décidément pas. Une mascarade sacrée où chacun doit afficher sa coolitude et ne surtout pas faire grise mine pour espérer attraper un morceau de jambon sous un quelconque bas de cocagne. Un jeu de dupes où personne ne l'est d'emblée. Bizarre, trop bizarre.
Une bonne soirée pour bon nombre des protagonistes en place, à n'en pas douter; une atmosphère pas pesante mais un tantinet artificielle pour quiconque se sent comme un éléphant dans un magasin de porcelines ou un prolétaire chez des fins de race.
Une vodka orange; un regard par-ci par-là, pour passer le temps qui ne passe pas; une jeune proie à la chemise blanche décolletée ... puis me casse et moins vite fait qu'attendu, comme toujours dans les soirées où l'on finit par attendre une bonne surprise qui ne vient pas.
Toujours cette gêne lors des processions nocturnes où luxe, boucan et volupté s'emmêlent les pinceaux pour faire tomber les biffetons, descendre les braguettes pour les plus chanceux enivrés (ou pas) et jouer des apparences entre deux poulettes entreprenantes (mais jamais trop, stratégie oblige).
Se trémousser ou jouer la transe mystique devant les autres, ces inconnus avec lesquels je n'ai aucune envie de faire acte de connivence? Trop dur, trop fatigant de penser à rien au point d'entrer en communion avec toutes ces ouailles suintant la chaleur moîte, perlant la vapeur d'alcool fort surtaxé et secouant les billets de vingt euros devant le serveur-machine. Comme l'impression de se déshabiller en pleine salle de réunion ou de se tripoter le noeud en place publique. Encore qu'il y ait moins à perdre pour le tripoteur cynique et désengagé dans tout que pour le salarié stressé des bureaux encravatés.
Mais cela n'enlève rien à mes propres processions électroniques dont je raffole tant du côté des VNV Nation, Covenant ou Front 242 plus mécaniques que rythmiques et, surtout, tellement moins sensuels et décontractés dans leurs apparences de guerriers du son concentrés sur leur tâche rituelle. Le son, rien que le son et un retour de chacun sur soi-même.
En l'honneur de ce son déshumanisé dont je ne me lasse pas, un passage par le terrible "Standing" de VNV Nation (chair de poule à la 34e seconde):
suivi de leur propre effet d'"Illusion", bien plus calme et tendre mais surtout emblématique de la femme qui court après une image qui la fait courir à sa perte personnelle. Une métaphore magnifique telle que j'interprète ce clip, de suite:
Au nom de toutes ces filles magnifiques qui nous envoûtent de leurs parfums sucrés, maquillages aguichants et talons clinquants que les soirées comme celles d'hier soir me donnent à voir, le temps d'un passage furtif au pays des vivants qui s'oublient sans oublier de paraître pour d'autant mieux en jouir.
Trop dur pour moi, ce jeu des émotions calculées. Une mauvaise distribution des rôles, ou un rôle de bigot insupportable pour qui considère les boîtes comme un lieu de retrouvailles pour dragueurs et gueulards invétérés. Comme s'il était impossible de faire le bien sans être le bigot d'une église ou de faire le bon sans être le kéké d'une boîte. Impossible d'accepter ces jeux de rôles à valeur d'institutions étouffantes. Je passe. Un problème de ton sur un autre ton, rien de plus. Un épiphénomène: le poids d'une institution de la joie au contre-effet paralysant et dont nos vies sont pleines. Un moment de contrariété, un goût d'inachevé au milieu d'une fin de soirée insipide. Une erreur dans le programme, comique sinon pathétique. Je passe.
Note à benêt: C'était là le dernier de mes billets avant une interruption prolongée d'une dizaine de jours. La raison, très bonne au demeuré: déplacement au Canada pour cause de conférence à Québec sur le tryptique fatidique Langage, Pensée, Action. Puis une petite virée sur Montréal et un retour au bercail avec des souvenirs et photos sans photos-souvenirs pleins la besace. Traduction: à la revoyure!
Hommage soit fait aujourd'hui, en ce jour de 1er mai où l'on éteint les machines et pose le marteau-piqueur pour se reposer en famille. Pour ma part: je prépare une conférence à venir pour le Canada, plus précisément Québec, avec Greg Restall, da Costa & Cie en guise de lectures sur la question de la négation et des actes d'acceptation et de rejet au sein des inférences logiques.
Serais-je donc en train de travailler en ce jour de farniente symbolique? Non, je ne travaille pas, pas du moins au sens où le mot "travail" devrait être pris pour restituer la symbolique première de ce jour férié couleur rouge métallique.
Le terme "travail" vient du latin "tripalium", qui signifie "trois pieux" et désignait un instrument de torture caractéristique d'un bon nombre de tâches laborieuses et harrassantes. C'est à ces victimes du travail à la chaîne, des labeurs interminables et de l'exploitation d'un temps jamais libre que je consacre ce billet modeste et associe ce jour de la Fête du Travail considéré comme libération provisoire des bras au service du reste: l'amour des siens, la cogitation synonyme de dignité à trouver ou retrouver loin du casse-tête quotidien des regroupements grégaires ... j'ai cette chance de ne pas avoir à m'user la paume des mains et à ne pas user ma santé à petit feu; j'ai cette chance d'être payé pour des tâches 'tectuelles qui n'ont pas vocation à me détruire mais, tout au contraire, à embellir et parfaire quelques-unes de mes préoccupations personnelles. Du gagnant-gagnant dont les victimes du travail au sens propre, roboratif et lobotomisant n'ont pas la chance de profiter, et j'en ai encore conscience.
Hommage aux gueules cassées, aux morts des grisous et des suicidés du stress, à tous ceux qu'une activité sans fin précise et synonyme de leur propre fin a finie par prendre pour de bon et retirée du domaine de l'humanité. Avec ou sans majuscule, peu importe.
Je n'aurai pas l'audace high-post-moderniste de marquer le coup par un tube envoûtant des Charlots ou de Henri Salvador; pas de "Merci, patron" ou de "Le travail, c'est la santé" pour consacrer la partie musicale de ce billet symbolique. D'autant moins que la seconde de ces évocations du travail comme labeur aliénant ne sut y répondre que par une lézardise typique du sudiste ventripotent, spécialiste du Ricard posé sur la bidoche entre deux parties de belote ou de pétanque et pour lesquels je cultive l'indifférence la plus manifeste. Les pêcheurs de l'Antiquité avaient su trouver d'autres passe-temps entre deux voyages en mer, loin de ces paresses débilitantes synonymes de "temps de cerveau humain disponible" proche de celui du spectateur moyen de "Attention à la Marche". J'opterai donc bien plutôt pour un tout autre souvenir sonore, celui de Killing Joke et d'un "Love like Blood" porté sur le mythe néo-réaliste du travailleur besogneux d'un temps révolu. De par chez nous, en tout cas:
Quand certains partent spéculer sur la paraconsistance au Canada, d'autres n'ont d'autre recours que de passer des yaourts sur un tapis automatique ou de serrer des boulons dans des usines à la chaîne. J'ai conscience de cet écart, et cela ne changera rien à l'affaire.
Bonne fête à ceux qui en ont besoin. Point, sans faucille ni marteau reposés et remplacés depuis belle lurette par le clavier et la synapse.
Les psychanalystes auront leur réponse au fond de nos souvenirs de frustrés ou dans un germe oedipien mal fermenté ...
... quoi qu'il en sera, voilà un "isme" auquel je souscris bon an mal an, loin de toutes ces autres doctrines à tiroir philosophiques parfois gonflantes et souvent ronflantes.
Rien de ronflant ici, puisque je veux parler du fétichisme et de cette tendance dite inconsciente à ressentir du plaisir pour certains instruments, ustensiles ou vêtements féminins. Y a-t-il des femmes fétichistes? Je n'en sais rien, et me contenterai de citer mon propre cas avant de trouver et lire d'autres convives de la génération SM.
Rien de bien violent dans mes chatouillements, cela dit: j'ai un faible prononcé pour les jupes en velours ou tweed gris, bas nylons brun-noir (pas noir, hein?!!), porte-jarretelles (un grand classique, certes), mais aussi et surtout: les talons aiguilles. Pourquoi faire état de ces instruments catalyseurs qui éveillent des pulsions bien agréables? Pour mettre un tant soit peu au clair ce qui suscite autant d'intérêt dans ces détails vestimentaires ... et pour relancer aussi ce blog, laissé en jachère depuis plus d'une semaine à force de tafferies accumulées.
L'illustration, avant une once d'explication: "These Things" du groupe de darkwave californien (quasi-oxymore?!) She Wants Revenge, très inspirant et très inspiré mais plutôt méconnu de notre côté de la France. Réparation d'une injustice somme toute triviale, où Shirley Manson joue de tout son sex-appeal pour maltraiter un "pauvre" Justin Warfield pris en otage par une bombe agressive:
Je ne parlerais pas de beauté pour évoquer Shirley Manson, dont les yeux plutôt globuleux absorbent le reste du visage mais dont la sacrée présence (voire la présence sacrée) sur scène et la voix enchanteresse feraient d'elle une sorte de Lorelei version techno-pop.
Injustice réparée, donc; toute aussi "triviale" que ces détails accidentels dont les femmes savent user mais qui font souvent l'essentiel de leur charme un certain durant. Un détail, dit-on; le péteur de soie dira que Baudelaire voyait dans le maquillage et autres décoratifs superficiels le propre de la beauté féminine. Ne peut-on être belle sans jouer avec les artifices et faire primer le paraître sur l'être. Ouuuhh ... que des mots, derrière lesquels on trouvera peut-être le souci de la mise en forme et du déguisement censé magnifier un être somme toute normal et ordinaire. Vous avouerez que les seins en gants de toilette d'une nudiste filmée pendant ses courses à la recherche d'un beau poireau pour le déjeuner n'ont pas de quoi faire rêver ou fantasmer l'homme de base.
Un regard furtif, un sourire ou une voix peuvent faire chavirer, pas de doute à ce sujet; mais comment pourrais-je nier que le bruit résonnant d'un talon sur le sol me fait vibrer et trésaillir de plaisir, comme une chaire de poule provoquée par la présence et la prestence du personnage féminin. Rien que des détails, mais des détails qui comptent dans l'imaginaire exacerbé des rêveurs solitaires. Puis vient l'apprentissage de la vraie personne, celle qui se déchausse le soir puis redevient cet être somme toute normal mais dont l'un ou l'une ne saura se passer, talons aiguilles ou pas. Sans doute cet air d'inaccessible femme fatale dont l'imaginaire a besoin pour fonctionner; avant de revenir sur Terre et troquer le glamour pour une ère de compromissions plus civiles.
Le glamour, un privilège de femmes? Pas si l'on reconnaît à chaque individu une part double de masculinité et de féminité. Ce fut vrai pour Jimmy Sommerville, ce fut vrai pour Brett Anderson de Suede ... c'est vrai pour Pete Burns et son "You Spin Me Round" (1985), dont le jeu de coquetterie et d'androgynie amusante (notez le joli déhanchement avant le premier tour de refrain) mérite mon détour:
Les bruits de botte pour les uns, les talons pour les autres ... et vous?
Une histoire si simple parce qu'elle est celle de tout le monde, au su ou à leur insu.
La rencontre d'une indomptée et d'un serviteur volontaire. L'une appelle l'autre et l'autre trouve toujours des raisons pour rester chez lui, bien ''à sa place''. Saura-t-elle le convaincre, et pourquoi? Ou plutôt: pour quoi, à supposer que la question ait son sens, une direction.
Une histoire qui remonte à Mathusalem, un cadre classique et un style d'écriture très classique. Une issue classique?
Il y a des jours où les mots arrêtent de jouer et prennent les choses au sérieux. Les choses: la vie, le jour, pourquoi, comment ... des questions que l'on apprendra à dire insolubles pour se conforter du manque de réponse.
Puis l'on repart dans nos affaires quotidiennes, concentré sur nos sujets et conscients de la place prise. "Des maillons dans une grande chaîne", diront les esprits chagrins ou pas rassurés pour autant. "Et alors?", répondront les mailles du filet dont ils ont accepté l'emprise. A défaut de faire mieux, faute de savoir ce qui le sera, pourquoi ne pas accepter cette place dans laquelle on trouvera ses aises, ses propres plis et sa place bientôt propre. Trop propre pour certain(e)s.
Le titre: "La fille aux semelles de vent".
Le pitch: un cordonnier, Job, producteur des meilleures semelles de son quartier et très apprécié pour son travail. Tout le monde apprécie sa contribution à la cité, et le petit quotidien paraît plus vivable avec lui. Il change sa vie, au rythme des autres et qu'il a fait sien:
Quelle vie? La sienne, ou celle des autres? Les autres en seront-ils sauvés?
Le réconfort quotidien du travail bien accompli se voit perturbé lorsque Job reçoit la visite de Ezéchiel, la "fille aux semelles de vent" dont les requêtes font toujours sourire les autres marchands de chaussure parce qu'ils savent sa demande impossible. "Mais voyons, les semelles de vent n'existent pas ... tu es folle, ou tu te moques?" Aucun des deux, elle en est certaine mais ils ne savent pas ou ne veulent pas le savoir. Les certitudes ont la vie publique plus dure que toutes ces connaissances bien construites, quoique très faillibles. Trop bien à l'aise dans leurs carnets de commande et leurs catégories en vente pour ne pas devoir se soucier de ce que leur savoir-faire ne pourra jamais atteindre. Job a compris, mais il ne sait pas se décider car il cherche la raison, l'ultime et la bonne. Doit-il renvoyer Ezéchiel à ses quinze mètres et fermer boutique avant chacun de ses passages perturbateurs? Ou au contraire, doit-il satisfaire sa demande et trouver un moyen de fabriquer ces fameuses semelles de vent, quitte à dépenser fortune pour la combler et perdre son affaire? Le jeu en vaudra la chandelle ou pas. Une histoire qui est celle de tous.
Les formules ne manqueront pas pour croquer cette histoire si commune et si peu banale à la fois: "Chacun cherche son chat", "chaque pot a son couvercle". Car tout le monde cherche quelque chose ("everybody's looking for something"), mais c'est ce quelque chose qui reste à trouver ... à supposer que l'on trouve autre chose que son ombre ... la vie se fait de déconvenues passagères, ces odeurs fortes et presque insoutenables que les abstractions auront tôt fait de dissiper dans un coton de chloroforme verbal. Eurythmics en a fait état, je crois:
Il y a des pays et des continents que l'on traverse comme sa propre chambre; sans rien y trouver de plus, sans se trouver soi-même. La quête du Graal pour qui osera boire le calice en parabole et jusqu'à la lie. Pas donné à tout le monde, mais tout le monde peut s'y adonner. Une question de courage?
Ezéchiel
Te voilà bien concentré sur ton bel ouvrage, mon gentil Job. J'ai apprécié le confort de tes dernières ballerines, j'ai couru dans tous les sens et mes petons n'ont jamais trouvé à y redire. Je dois te remercier pour ce que tu m'as donné. Accepteras-tu mes mots doux?
Job
Comme tu y vas en grandes formules! Ce n'est que mon travail, après tout, tu m'as payé pour ça et j'ai aimé le faire. J'y ai autant gagné que tu y as pris du plaisir, sais-tu. Alors ne me remercie pas, c'est un cadeau bien trop précieux et je ne mérite pas tant d'égard.
Ezéchiel
Pourquoi refuses-tu la main que je t'offre? Je te suis reconnaissant, et je suis prêt à revenir pour profiter de ton art. Car tu m'as offert ce que peu de gens ont su m'apporter dans ta ville: de beaux ouvrages, et utiles qui plus est puisqu'ils ont couvert mes pieds et suivi mes périples.
Ecoute-moi. Voilà plusieurs années que ta vie se déroule ici, dans notre ville du Monde où tu as retrouvé le goût des choses et l'affection de tes proches. Et je les comprends, car tu les sers et j'y ai trouvé moi-même mon compte. Mais je sais que tu veux plus et que tu perds ton temps, ici.
Job
Perdre mon temps? Je gagne petitement, mais sûrement, et je n'ai pas le goût des aventures sans lendemain. Comment peux-tu affirmer de telles choses, que sais-tu au juste de moi? Ne prends pas ombrage à mes questions abruptes: je ne suis qu'un potier, et l'on me paye pour donne autre choses que des caresses verbales. Dis-moi au juste ce que tu lis dans mes yeux, et je te répondrai avec autant de sincérité que me le permettent et ma place et mes affaires.
Ezéchiel
Tu te mens à toi-même, mon gentil potier. Tu parles d'affaires florissantes et de richesses retrouvées, toi dont les affaires du passé avaient tant promis avant de s'écrouler par la faute d'un mauvais entourage. Mais l'histoire ancienne appartient au passé, et je n'y reviendrai pas. Tu crois avoir pris une revanche sur la vie, mais c'est de cette vie que tu te détournes désormais. Puisses-tu seulement me comprendre, mon petit Job.
Job
Je crains que non, car tu parles en énigmes et c'est à des oreilles de simple artisan que tu t'adresses. Dis-moi ce que tu as sur le coeur, et je te dirai ce qu'il m'est permis de te dire sans te décevoir. Car je n'ai pas le droit de te décevoir, et tout commerçant n'en dirait pas moins que moi à cet instant. Parle, je t'écoute.
Ezéchiel
Je vais parler, consciente aussi que tu m'as déjà comprise sans que ma bouche ait besoin d'en prononcer les mots. Le fond de ma pensée, il est celui-ci: je t'aperçois depuis quelques jours, l'air concentré sur tes ouvrages et le geste précis dans tes détails. J'ai aimé te regarder, et j'ai tiré profit de ton savoir. Mais ton savoir te retient ici, alors que le vrai monde t'attend derrière nos frontières. Tu vis dans le Monde, car le hasard a voulu que notre cité s'appelle ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais. Toutes les estampilles que tu marques pour signer tes ouvrages ne seront jamais qu'une pâle imitation de la réalité: écrire "Le Monde" au bas de tes souliers ne t'apportera jamais le vrai monde sur un plateau, et je t'en prie: n'écris plus mais cours, quitte tes affaires et va-t-en avec moi. Derrière ces limites qui nous retiennent sans raison véritable, hormis les mauvaises que l'on fonde sur le prétexte de l'habitude. Tu me comprends, je le sais et l'ai vu.
Job
Qu'as-tu à offrir qui puisse me détourner de mon travail, ma bonne Ezéchiel? Je ne sais pas de quoi tu parles et ne sait qu'une chose: j'aime mon travail et j'apprécie à le faire, chaque jour qui passe et que je passe à créer pour moi, pour les autres. Je n'ai pas d'autre projet que de donner des choses belles et bonnes à qui m'en rendra quelques pièces en échange pour entretenir mon échoppe, remplir mon estomac et satisfaire celle qui voudra me rejoindre pour le reste de la vie. Pourquoi ne pas admettre que la grandeur de mes jours est à la mesure de ce que j'y vois? Car mes yeux seuls jugent de ce que je vois, et c'est pour avoir ouvert trop grand mes prunelles autrefois que je me les suis brûlées au point d'en souffrir. Tu me reproches de stagner là et de ne pas sentir la vie ailleurs. Toujours ailleurs, car ton métier est d'être aventurière et de ne jamais t'arrêter quelque part. Je suis un sédentaire, tu es une nomade. Tu as tes raisons pour partir, j'ai mes raisons pour rester. Puisses-tu me comprendre pour que je ne te déçoive pas, puisses-tu m'écouter pour que tu ne m'en veuilles pas.
Ezéchiel
Je m'en voudrais de ne pas te parler après t'avoir entendu, Job. Car je sais ce que tu es et j'en ai tant vu avant toi. Des commerçants, secrétaires de service et avocats concentrés à ce point sur leurs tâches qu'ils en oublient d'être des hommes. Car tu sais ce qu'est l'homme, et ce n'est pas cette boutique superbe qui saura te contenter. Tu as les yeux levés plus loin que ces esclaves involontaires, tellement sûrs de leur sort qu'il ne leur viendra pas même à l'esprit le souvenir des limites leur cité. Et ce n'est pas tout: tu sais ce que j'attends de toi, et je réitère ma requête.
Job
Les semelles de vent, une fois encore? Mais que pourrais-je vraiment te dire que les autres cordonniers, et que pourrais-je t'apporter de plus qu'un refus bien malheureux? C'est que je n'ai aucune idée de ce que peut être une semelle de vent, et tu ne peux me demander de fabriquer du vide. Ecoute-moi, car je te prends au mot et ne ferai pas comme ces autres qui se moquent. Sûrs que ta question n'a pas de sens et que tu es soit simple folle, soit simple provocatrice. Je comprends le sens de ta demande, mais j'en connais pas l'issue. As-tu déjà vu ou entendu la trajectoire d'une flèche sans direction et vide de sens? Je crois que tes semelles n'existent pas plus loin qu'en toi, ma chère visiteuse insatisfaite. Tu en as assez dit, et j'ai déjà de quoi te répondre.
Ezéchiel
Tu auras toujours des réponses à toutes mes avances, je n'en doute pas mais doute de ce que tu gagnes à répondre ainsi. Attends donc avant de parler, je t'en prie. C'est que ma visite n'est pas gratuite et je demande toute ton attention. Je crois que tu n'es pas comme ces autres commerçants, et je veux t'offrir le bien le plus précieux qu'il soit donné à un habitant de notre cité: celui de la quitter. Tu sais que ton avenir est au loin, mais tu te forces à prétexter toutes les raisons du contraire. Mes semelles ont du vent, c'est pour mieux emmener vers ce que tu seras, là haut et plus loin qu'entre tes quatre murs de brique. Isolants, certes; trop.
Job
Je ne prétexte pas, je trouve et j'aurai bien à t'en dire. Mais je ne veux pas t'interrompre.
Ezéchiel
Je serai toujours ta préposée, et jamais je ne te forcerai contre ta volonté. Mais je parle en ton nom, parce que tu n'oses pas le faire toi-même et que je me sens prête à le faire pour toi. J'ai vu une chose, mon Job, à chacun de tes regards portés sur la minutie de tes gestes: tu laisses glisser des regards vers l'horizon, toi qui habites au bout de la ville et habites si près des limites dont tu te défies. Regarderais-tu au-delà si tu ne voulais pas t'y rendre?
Job
Simple curiosité, mais n'y vois pas malice. J'aime ma cité et ne tiens pas à la quitter. J'y ai mes amis, mes clients et ma famille. Mes ambitions et mon passé, mes plaisirs et mes souvenirs. Pourquoi quitter ce qui m'a fait pour un horizon dont je ne sais rien? Je dois finir mon ouvrage, Ezéchiel. Tes semelles de vent ne te quittent pas, et t'elles appellent encore vers d'autres lieux inconnus.
Ezéchiel
C'est vrai, et je te demande d'y aller avec moi. Je t'ai choisi, Job.
Job
Moi? Mais je ne veux pas cesser mon affaire, ma boutique, ma vie! Je t'ai déjà expliqué ce qu'il y avait à dire. Le reste n'est que poésie de fainéants, alors ne me force pas à répéter ce que j'ai dit. Je ne veux pas te décevoir avec de fausses réponses nouvelles. Je crois avoir tout dit.
Ezéchiel
Tu as dit ce que ta peur te commande de prononcer. Mais j'ai d'autres projets pour toi, d'autres ambitions pour nous. Viens avec moi, je t'en conjure. Oublie cette affaire dont tous sauront vite se passer et que chacun aura oublié bien assez vite. Des choses superflues ne doivent pas te cacher l'essentiel, Job. Je viens te les rappeler.
Job
Ces choses superflues dont tu parles avec autant de légèreté, Ezéchiel, c'est ma vie. Elle vaut ce qu'elle est, une collection de détails insignifiants pour les uns et utiles les autres. Mais je n'ai pas de réponses à ton désir d'absolu, alors ne m'en veux pas si mes ambitions n'ont pas les dimensions des tiennes. Tu veux courir le monde, je ne demande qu'un parterre où m'asseoir et travailler. Nous n'avons pas les mêmes idées, je ne suis pas les mêmes ordres. Tu es le cheval, je suis la bride. Tu veux toujours plus, je veux juste un peu. Faut-il toujours changer pour se sentir vivre, faut-il ne jamais s'arrêter pour profiter du voyage? Mon paysage me plaît, j'y resterai tant que les couleurs me plaîront et m'apporteront ces petites douceurs qui font mon bonheur. Tu veux le paradis, je réclame juste un petit jardin, de quoi nourrir ma famille et maintenir ma subsistance. Ne me prends pas pour un mesquin: j'ai appris à me contenter de peu pour ne pas regretter les excès. Le peu que j'ai construis, j'essaie d'en tracer les plans et j'aime à croire que je serai toujours mon propre architecte.
Ezéchiel
Tu parles de regrets, toi qui n'essaies jamais de peur de perdre. Tu ne gagneras pas si tu ne joues pas.
Job
J'ai appris à me passer de ces jeux dangereux, dont l'issue n'est même pas certaine et le gain peut-être dérisoire. Qu'y a-t-il derrière notre cité, le sais-tu? As-tu seulement une idée de ce que tu peux perdre, toi qui ne penses qu'à ce que tu espères gagner? L'espérance est bonne pour les riches et les chanceux. J'ai consrtruit une affaire, je me suis refait une santé et j'ai dû apprendre à préserver mes efforts pour être où je suis désormais. Je ne perdrai pas tout pour un pari insensé, celui que tu appelles ''liberté''.
Ezéchiel
Insensé, dis-tu. Je te parle de liberté, tu réponds en raisons. Je te parle de nouvelles portes à dépasser, tu me réponds en heures de fermeture de ton minuscule magasin. Sois ambitieux pour toi-même, mon agneau, car personne ne le sera pour toi. Tu parles de proches auxquels tu tiens et qui tiennent à toi. N'est-ce pas eux qui te tiennent et te font rester ici de peur qu'ils ne te regrettent? Ils t'aimeraient s'ils acceptaient ton destin, ils ne t'aiment pas s'ils s'en tiennent au leur.
Job
De quel ''destin'' me parles-tu: en ai-je un, en as-tu la moindre notion? Ecoute: je n'ai pas de plan tout tracé qu'un être m'aurait imposé, seulement des prévisions très modestes mais dont les effets contribuent à ma santé. Je sais bien qu'elle te paraît chétive et scrutée au compte-gouttes, mais c'est la mienne et je la conserve dans des proportions qui me regardent. Pas de grandeur? Non, mais pas de décadence non plus et le temps fut assez long à reconstruire pour ne pas tout détruire au premier caprice venu. Ma première faillite m'avait fait mal, tu sais.
Ezéchiel
Certainement, mais qui ne souffre pas n'a jamais affronté le danger qu'on appelle la vie. Tu me trouves sotte, moi et ma soif de liberté? Je te trouve sot, toi et tes peurs de phobique introverti au point d'en oublier le monde qui t'entoure. Tu pleures comme on crie lorsqu'il y a plus de peur que de mal, mais tu le sais. Tu es comme le nourrisson, tout juste sorti du ventre et qui hurle sous les effets d'une lumière du jour aveuglante et nouvelle. Tu te plains d'un inconnu que tu ne connais pas. Allons, Job, combien de temps tourneras-tu le dos à ce qui te tend les bras? A celle qui t'offre l'occasion? Viens avec moi, et oublie ces affaires qui te retiennent comme les fers retiennent le pied.
Job
J'ai pris goût à ces fers, vois-tu; car on s'habitue à ce que l'on nous force de porter, et la nature a été suffisamment bien faite pour que nous cessions de nous plaindre à ce qui nous suit selon l'ordre des choses. Je sais que ces ordres te semblent ridicules et qu'ils ne tiennent en rien de la nécessité. Mais tout le monde n'est pas toi, Ezéchiel, et les hasards du quotidien ont bien tôt fait de paraître nécessaires lorsqu'on les vit en permanence. Comme une seconde peau qui fait de vous un homme civil, plutôt qu'un homme libre. Tu y trouveras matière à partir; alors pars. J'y trouverais matière à rester, car j'ai appris à me satisfaire du peu que l'on me donne.
Ezéchiel
Tu ne peux pas croire à ces mots, tu ne peux croire à ce que tu sais faux.
Job
Ne parle pas de vérité et de fausseté lorsque la liberté est en jeu. Rien de plus fou que cette course vers l'inconnu dont tu me vantes les mérites d'une existence entière. Je t'ai pris en affection, toi et tes affres dont les habitants du coin ont pris l'habitude de se gausser. Ne leur en veux, pas, Ezéchiel: ils n'ont pas ton champ de vision, et j'ai le regard assez oblique pour comprendre et leurs courtes vues et tes grandes visions d'avenir. Je n'accuserai pas et comprendrai tout le monde, car telles seront les choses s'il faut des passionnés vers le bref départ et des tempérés pour le long séjour. Tu ne sais rien de ce que j'attends, et j'ai trop à perdre pour te suivre. Ne m'en veux, chacun fait sa route et pour peu que l'on décide sûrement de nos itinéraires. Sais-tu seulement pourquoi tu cries, sais-je seulement pourquoi je murmure? Les choses se font ainsi et nous croyons en être les auteurs. Je le crois très peu et m'en tiens au peu qui me reste, Ezéchiel: ce magasin, ces affaires, ces ouvrages que j'ai du plaisir à concevoir et dont les sourires qu'ils apportent font mon bonheur.
Ezéchiel
Le chat de gouttière trouve son bonheur dans la moindre écuelle qu'il lape. Tu te prends pour l'animal de la ferme, mon pauvre Job? Je sais que tu es plus, mais prends garde à ne pas finir par prendre tes discours pour des réalités. Car tu te sers de tes prétextes civils comme de boucliers ou d'une armure. Enlève cet attirail et suis-moi, nous verrons où les chemins nous amèneront mais nous irons, et c'est là le plus doux des projets que je puisse t'offrir. Lâche cet ouvrage, pose ce pinceau et arrête ta machine, Job. Il est temps de vivre, maintenant.
Job
Je ne suis pas tes formules, je ne comprends pas ton empressement. Je ne sais plus quoi te répondre pour te convaincre, car j'ai déjà tout dit. Le peu que j'ai est à moi, et ce que je perdrai ne sera plus à moi. Que serai-je si je n'ai de nouveau plus rien? Sais-tu pourquoi nous sommes dans cette cité, et pas dans une autre? Sais-tu pourquoi les vents ont décidé de ne pas nous en éloigner et de nous maintenir dans ses limites? Nous ne savons rien, ma pauvre, et je le suis autant que toi. J'aurai plus à perdre qu'à gagner à te suivre, et ta liberté ne me dit rien qui vaille. Te servira-t-elle, où te conduira-t-elle? Que feras-tu d'elle lorsque de nouveaux chemins seront découverts par tes soins, que de nouvelles cités pousseront et que tes amis observeront ta réussite aventureuse, jaloux de ton sort et bien enferrés dans leurs propres limites? Je serai heureux pour toi, Ezéchiel, mais je te laisse ce privilège des riches à venir, ma belle; c'est que mon gain de départ fut trop durement acquis pour être dilapidé si vite. Tu me répondras que je ne vois que pertes là où tu ne vois que des profits? Je vois la partie vide d'un verre dont seul la plénitude t'obsède. C'est tout ce que nous savons, et je ne peux pas aller contre ce qui décide pour moi.
Ezéchiel
Lâche. Tu es un lâche.
Job
J'attendais ce coup de ta part, mais je ne l'esquiverai pas. Je ne crois pas que la lâcheté me retienne ici, Ezéchiel. Car le lâche refuse ce qu'il sait être bien, et j'aurais bien du mal à refuser un bien dont j'ignore tout faute d'être quoi que ce soit. Tu ne sais rien de ce qui t'attends, et je devrais te louer pour ton départ vers un lieu peut-être sans le sol? Je ne suis pas lâche, tu es téméraire. On ne gagne rien à traverser les routes sans craindre les brigands. J'ai appris à protéger ma petite existence, parce que je trouve du confort à y préserver mes instant privilégiés. Ils sont ce qu'ils sont, mais je les aime et j'ai oublié les fruits trop sucrés qu'on me promettait autrefois.
Ezéchiel
Tu as oublié ce qui faisait de toi un vivant, et le commerce a fait de toi un esclave. Tu crois gagner avec les autres lorsque ce sont les autres qui gagnent de toi. Mais j'en ai assez de dire ce que tu sais déjà. Je ne peux plus attendre, Job, car la route m'appelle et le souffle est là. Viens, je t'en prie.
Job
Je ne peux pas renier ce que je t'ai concédé moi-même. J'accepte les fers car je n'en souffre plus, j'oublie ton idée de liberté pour ne plus en souffrir. Veux-tu de moi pour contempler, veux-tu de moi pour endurer? Tes grands yeux pleins de promesse ne semblent requérir l'attention de personne d'autre que toi-même, Ezéchiel, car le chemin sera le même avec ou sans moi. Est-ce un protecteur qu'il te faut en cas de danger? Est-ce une couverture que tu réclameras en cas de tempête? Je n'ose affirmer ces mauvaises intentions qui feraient de toi un bien triste complice. Car tu as le coeur pur, je le vois bien à tes yeux et l'entend à ta voix.
Ezéchiel
Ne jette pas sur moi ces reproches imbéciles, ceux qui viennent salir les rêves que je te propose. Je n'ai que de belles intentions pour toii, Job, et je ne t'appelle pas pour partager ma perte qui en deviendrait moins douloureuse. Je t'appelle pour partager ce grand bond avec toi.
Job
A quoi bon ce grand bon, et pourquoi partir san motif à l'appel? Car de motif tu n'as pas et n'en aura jamais, voilà une moindre chose que tu sais. Pourquoi déguerpir sans vouloir s'arrêter, pourquoi ces courses folles sans raison de ne pas t'arrêter? J'ai des raisons à garder mes fers que tu n'as pal à vouloir être libre. Ta liberté a l'air d'une coquille vide, et je préfère la saveur mon pain dur à la douceur de tes nuages vides. Tu n'as rien à me proposer, sinon une aventure qui puisse me changer. Je ne veux pas changer ce qui en moi me suffit. Je ne souffrirai pas de rester ce que je suis sans regrets. Car on ne souffre pas de ce que l'on ne ne regrette pas, et l'on ne regrette pas ce que l'on ne veut pas. Tu n'a pas ma carrière, je n'ai pas tes pulsions. J'ai appris à brider l'animal que tu fouettes.
Ezéchiel
Tu n'auras jamais les réponses si tu restes ici, tu le sais. Je t'appelle pour aller ailleurs, voir ce que tu seras encore. C'est toi que tu découvriras hors de notre cité. Je te parle d'un autre lieu, mais l'endroit ne sera que prétexte. Peut-être n'y aura-t-il rien, me dis-tu? Il y aura toi et moi, ce qui fera toute l'affaire. Mais je n'ai pas à creuser plus loin ce que tu as déjà compris et refuses simplement de rappeler à ta mémoire vive. Ou ce qu'il en reste, si tu poursuis ta carrière corsetée et qui finira par t'étouffer.
Job
J'ai vu d'autres cités, j'ai produit bien des chaussures et, c'est vrai, je n'ai vu que des murs et des mines satisfaites. J'ai conscience que ton offre n'est pas courante, et que les plus grands voyages ne sont pas toujours les plus salutaires. On peut faire le tour du monde pour échapper à son ombre, c'est entendu. Tu cherches des réponses, et tu me crois en mesure de te les donner. Mes semelles et ton vent feraient-ils l'affaire? Mais sache cette chose dont je n'aurais jamais à me vanter: il y a des questions que j'ai appris à ne plus me poser. Car c'est peut-être là que nos voies se séparent, Ezéchiel: tu cherches des réponses, je ne fais que poser des questions; tu ne penses qu'agir, je ne sais que le dire. Ainsi en sera-t-il jusqu'à la fin, peut-être: j'entretiens ma petite vertu lorsque tu cherches le bien suprême. Je ne sais pas de quoi tu parles, et je ne suivrai pas des voies illusoires lorsque ma douce voix m'appelle pourtant à les suivre. Tu suis tes propres peurs, je le crois; et c'est pour avoir peur de ne pas en faire assez que tu feras toujours trop, Ezéchiel. Je ne te retiens donc pas, mais te demande de songer à ce que tu fais. Car tu n'es pas une simple cliente, et tu dis que je ne suis pas ton simple cordonnier de passage. Je n'en sais rien, je ne suis qu'un fabricant de courses perdues et ne sait rien faire rien d'autre. Tu me parles de chevauchées éperdues? Ce n'est pas dans mon registre, je ne fais que ce que je sais.
Ezéchiel
Je ne peux pas rester plus longtemps à te voir te retenir contre toi-même. Tu parles de petites vertus, je te promets le plus grand bien. Tu ne veux pas entendre, ou tu as mal à tes tendres oreilles. Je m'arrête. Car il se fait tard et la nuit va tomber. Tu vas rentrer dans ta chaumière et retourner à tes lumières artificielles. Je te promets l'éclat naturel, et tu me dis qu'il n'existe sans doute pas. Tes doutes te retiennent ici, Job, et tu regretteras toujours les choix que tu n'auras pas fait. L'oubli comme remède, est-ce bien ce que tu me dis? Pas à moi, mon artisan, j'ai vu ton regard bien conscient partir au loin. Aurais-tu la mémoire si courte que tu oublierais ce que tu viens même d'apercevoir lors de tes ouvrages? Ces regards furtifs que tu portes bien, ils t'empêchent d'oublier ce que tu persistes à décliner. Mais il se fait tard, je l'ai dit. Alors viens avec moi, sans la peur ni l'oubli.
(Elle poursuivit son chemin vers les frontières du Monde, espérant qu'il la suivrait pour la vraie vie)
Ezéchiel
Si seulement il savait ce que nous pourrions faire et voir, l'un et l'autre ... s'il savait vraiment ce que sont mes semelles de vent. Il le sait, mais se force à ne pas le croire. Je le convaincrai.
(Il reprit son travail, espérant qu'elle reviendrait acheter plus tard ses ouvrages) Job
Si seulement elle savait combien je désire la suivre, mais ne trouve pas la force de tout quitter ... elle marchera, et marchera encore. Et peut-être aura-t-elle besoin de mes services lorsque ses dernières ballerines auront trop servi? Produire pour elle, sans quitter ma boutique ou la maintenir à distance. Oui! Mais non. Mais je veux là ce que jamais elle n'acceptera. Ele se fiche de mon étalage, je l'ai lu dans son regard distant lorsque tous les passants s'arrêtent et font lèche-vitrine. Mais elle? Rien. Juste ses semelles de vent, jamais rien d'autre. Mauvaise idée ...
Elle avait parlé pour se faire écouter, il avait parlé pour mieux s'écouter ... deux histoires qui se croisent sans avoir une claire idée de la suite.
Qui choisit sa place, ici-bàs? Qui a raison de la choisir ou de s'y tenir, une fois trouvée? Il y a des destins qui s'inventent et n'existent pas sans la mauvaise volonté de leurs auteurs fatalistes. Il y a des histoires fortuites qui illuminent le jour mais dont on ne saura peut-être jamais ce qu'elles valent sans les yeux de spectateurs pour les contempler.
Je ne sais rien faire d'autre à l'histoire du potier et de l'aventurière; je n'en connais pas non plus la fin. Donc je n'y changerai rien. Juré, signé? Signes du temps, l'avis est lancé à l'adresse des visiteurs de ce blog:
- si vous souhaitez que Job ferme sa boutique et parte découvrir le bout du Monde, tapez ''décision''
- si vous souhaitez que chacun suive sa propre histoire et ne garde de l'histoire qu'un joli rendez-vous manqué, tapez ''indécision''
- si vous n'avez rien à dire qui change le cours des choses à qui que ce soit, posez votre combiné et tapez plutôt sur votre propre tête pour que la pulpe ne reste pas trop en bas.
Que trouvera Ezéchiel derrière les limites de la cité, et que doit comprendre Job par ces "limites" tantôt réelles tantôt symboliques? Un ravin ou le paradis, la mort ou la grande vie.
"Tu y trouveras ce que tu oseras voir": réponse probable d'une fille unique aux semelles de vent. Apprendre à voler dans le vide, sans véritable air pur sinon celui du coeur. Pour qui aura l'envergure et les bons poumons:
Une histoire comme tant d'autres, mais qui résume toutes les autres.
Vous y trouverez votre compte ou pas, selon la nourriture que vous attendrez de voir tomber dans vos gamelles.
Je vois trois sortes de nourritures:
- les nourritures terrestres, bonnes pour tout le monde
- les nourritures intellectuelles, bonnes pour tout le monde et pour moi
- les nourritures spirituelles, bonnes pour tout le monde, pour moi, et pour elle
Qui saura ouvrir la bouche assez grand pour goûter jusqu'à la troisième sorte? Pas une question de savoir, sans doute.
Laissons ma chère Lorraine mosellane en paix (cf. le billet ''Et-pis-phénomènes''), et revenons à des affaires plus parisiennes (têtes d'antiennes).
Parmi les quelques émissions dont l'ambition serait de traiter des "grands" faits d'actualité, la Cinq se distingue à l'accoutumée même si elle ne fera jamais mieux qu'un bon livre bien argumenté, loin des obligations d'horaires et de gesticulation minimale pour ne pas endormir le téléspectateur le plus souvent affalé sur son canapé d'après-déjeuner, pas tout à fait repu et la gorge encore pâteuse du dernier munster englouti avec bobonne et les deux mioches.
Tout ce blabla pour en venir à mon sujet phénoménal, au sens premier et donc mineur du terme: les sectes, traitées de quelques noms dans l'émission dominicale de Paul Amar, "Revu et Corrigé", mais avec suffisamment de tempérance pour ne pas être ceux d'oiseaux habituels.
J'en viendrai à cette ambiguïté souvent rebattue pour faire dans le subversif petit bras mais toujours bonne à rappeler, concernant la distinction entre une condition nécessaire et une condition suffisante. Y a-t-il des conditions suffisantes pour définir une secte, et comment riposter en cas de condamnation du genre?
Rappel de base:
- si A est une condition nécessaire pour B, c'est que B ne peut pas être vraie sans que A le soit également. A est donc vraie chaque fois que B est vrai, ce qui donne la forme conditionnelle de forme B => A;
- si A est une condition suffisante pour B, c'est que B sera vraie chaque fois que A l'est également mais que B peut aussi être vraie sans que A le soit. On a donc la forme conditionnelle inverse de la précédente, soit A => B.
- si A est une condition nécessaire et suffisante pour B, cela équivaut à la conjonction des deux formes conditionnelles ci-dessus et représente une équivalence de type A = B: A et B sont vrais tous les deux et faux tous les deux.
Toute cette mayonnaise symbolique afin d'en venir au cas des sectes. Pourquoi ces critères A et B et de telles relations en particulier; jusqu'où les appliquer? :
Application: l'une des baudruches de principe de l'émission (diversité ou parité oblige, peut-être) a proposé deux critères élémentaires pour la définition d'une secte, la première étant l'activité spirituelle à but lucratif et la seconde la tendance à troubler l'ordre public. Non seulement le consensus est encore à démontrer sur ces deux points, mais on peut déjà constater le flou artistique qui enveloppe ces deux critères de définition.
Primo, le but lucratif suppose une intention préalable des accusés et doit être établi sur des évidences dans lesquelles le spéculatif prime sur le spirituel. Pas si évident.
Secundo, on parle de disposition, tendance ou propension à troubler l'ordre public et non de troubles avérés. D'où une seconde couche de procès d'intention en puissance derrière l'imputation du mot "secte" à toute association d'aspiration spirituelle. Pas clair, donc et quel que soit le compte du banque du gourou attitré.
Mais admettons un moment que l'argent et le trouble suffisent à définir le jeu d'une secte. Une autre implication plus intéressante des critères concerne l'extension du domaine de la lutte et de la chasse aux sorcières à d'autres institutions censées plus respectables mais pas moins spéculatives (financièrement parlant) et troublantes: la télévision, les jeux vidéos, le sport de masse, le cinéma ... Star Academy ne crée-t-il pas des colonnes de djeun's plus soucieux de passer sous une caméra et de thésaurisations rapides sans effort que d'épanouissement par le travail quel qu'il soit? Playstation, XBox & Compagnie ne produisent-ils pas des cohortes de troglodytes livides détachés du corps social et incapables d'aligner deux phrases bien construites à force de concentrer tous leurs efforts sur un joypad et un écran hypnotiseur? Et je sais de quoi je cause, pour avoir dépensé tous mes subsides d'adolescent dans des cassettes de plates-formes et autres kill'em up pour bileux congénitaux.
Procès extensif, sans doute trop extensif lorsque les institutions et le commerce décident eux-même de ce qui est susceptible de troubler l'ordre ou de le laisser en paix. Sûr qu'un adorateur de Second Life ne risque pas de jeter le pavé sur le CRS par temps de manifs dont il ne sera pas. Les uns tentent de transformer le monde extérieur lorsque les autres ont assez à faire déjà avec leur intérieur.
Mais la télévision? L'ambiance de psychose, la peur du lendemain qui déchante, l'abrutissement des petites têtes à longueur d'émissions givrantes ... pas de risque d'atomisation des gentils citoyens en vue, pas de perte d'esprit civique à court terme, sinon dès maintenant? Troubler l'ordre public = causer des actions pas salutaires pour le groupe, plutôt que de ne pas causer des actions salutaires pour les autres. Simple différence dans la place de la négation, mais grandes conséquences quant à ce qu'il faut réprimander ou laisser en paix dans notre ontologie sociale fait maison.
On supposera que ces questions trouvent des réponses sans preuves véritables à l'appui, même si le principe veut que tout canard boîteux ait droit à une démonstration argumentée de ce qui l'incrimine. Comment accuser les sectes par les deux critères ci-dessus sans provoquer ainsi un vaste procès en règle de tout ce qui peut abrutir, lobotomiser et, donc, affaiblir les "esprits" raisonneurs? Wittgenstein aurait parlé de "ressemblances familiales" pour expliquer le vice dans la procédure, lorsqu'il s'agit de définir un concept flou et de ne pas tomber dans la piège de l'énumération précise de critères explicites.
De deux choses l'une: soit l'on suit cette voie pour les sectes, et il y aura davantage à nettoyer du côté des institutions laïques que religieuses; soit l'on maintient que seules quelques associations bien visées posent problème, auquel cas personne n'est vraiment capable d'en saisir la raison mais peut le faire comprendre aux administrés.
Bien, pas bien? Pas clair, surtout. Question de méthode qui reste à trouver. Debray a bien proposé la médiologie, comme méthode d'interprétation analytique des images au sein des médias et de certaines procédures récurrentes pour appâter le citoyen-modèle. La cause est noble, le procédé sociologique plus contestable mais la tentative vaut d'être rappelée ici (cf. les Cahiers de Médiologie, notamment).
Je n'aurais pas de grand conseil à donner à toutes les âmes perdues que le hasard amènera sur ce blog sinon les trois suivants.
Et de 1: apprécier ce qui suit comme un moyen de s'épanouir sans prétention mais avec délectation. Kasabian, bis, et le fier ''Lost Soul Forever'' à qui de droit:
Et de 2: celui de lire, écrire et compter par eux-mêmes et se méfier un tant soit peu des modèles théoriques trop efficaces pour être réfutables. Les solutions les plus puissantes ne sont pas toujours les meilleures, loin s'en faut et faute de méthode acceptable pour obtenir réponse à tout. C'est après avoir vu des camarades se faire tuer lors de manifestations politiques qu'un philosophe des sciences (Karl Popper) a décidé de ne jamais accepter la vérité d'une affirmation sans l'avoir bien soupesée au départ et garanti ses applications contrôlées et limitées sur notre "raison" (= sur toutes les procédures susceptibles de créer et de la croyance et de la vérité).
En bref: moins une théorie peut être fausse dans ses affirmations, plus elle doit suscier la méfiance et la bienveillance de la part d'une communauté scientifique en place. On sait que la censure n'est jamais très loin des arguments d'autorité, mais que les sectarisés doutent des solutions irréfutables et leur quête de sens ne s'en portera pas plus mal.
Au moins une chose que la philosophie universitaire m'a donné l'occasion d'infuser avec le temps: démontrer en procédant du simple vers le complexe et, surtout, discuter des modèles d'arrière-plan que l'on utilise à chaque explication de la moindre phrase quotidienne. Deux modèles théoriques peuvent être incompatibles et expliquer la même chose; au choix. Un modèle peut être unique et tout expliquer. A la poubelle.
A se demander si ce n'est pas plus l'explication ou le chemin parcouru qui compte plus que la solution et l'arrivée. Morphéus n'en doute pas, et moi non plus.
Et de 3: se fendre une fois la gueule avec ce sketch mémorable des Inconnus, sorte de reportage régional façon FR3 d'époque avec des commentaires aussi maladroits que copiés-collés. Pas facile de singer nos travers quotidiens, d'où le grand mérite qui leur revient. Rien que pour vous, la promesse d'un ''Nouvel Age réminiscient''!
En bref (si je puis dire): il y a des accusations que l'on justifie par des cache-misère mais dont personne ne se plaindra de la sentence. Une bonne conclusion mal démontrée est-elle préférable à une mauvaise conclusion bien démontrée? Peut-on défendre des certitudes sans preuve et, si non, mais que fait au juste la justice? Je ne sais ni, mais je m'en passe.
Amen, qui ne porte pas à conséquence et laisse donc ma société en paix. Il y a des silences, passivités ou incivilités souvent plus troublants et plus dangereuses à long terme que des paroles, activités et civilités bien concrètes. Là est peut-être le couac, et j'en connais une qui ne me contredira pas sur ce sujet du silence complice.
La braise est passée pas loin de mon cuir chevelu, la semaine dernière. La "faute" à Sijavéssu, savant compromis des Alpes Maritimes entre Amélie Poulain et Tombraider.
Voilà ce qu'il en coûte de toucher au sacré sans vergogne ... une destruction massive de l'aiglonne en cas de force majeure, ou du moins l'a-t-elle pensé sur l'instant.
Parce que ce blog n'est pas seulement un sac à patates conceptuelles mais aussi un lieu de vie pour tous, la MJC ouvre ses portes à l'une des visiteuses majeures de l'endroit et courbe l'échine. Et plutôt deux fois qu'une devant la violence du coup porté.
La cible: moi, qui ai osé croquer la ville de Nice en termes de gériatrie et Sijavéssu en termes de gentille fille. Double erreur compte triple, et ça pique encore ...
La réaction ne s'est pas faite attendre de la part de l'être visé et qui vise bien. C'est que la chère bloggeuse en question avait parlé sur son site des tramways bondés de la ville du 06, des cartes Vermeille et de l'obligation catégorique de céder la place aux cheveux blancs sous peine d'oeil de la mort. Et tutti quanti, mais sous couvert d'un hymne complice aux travers d'une cité qu'elle aime par-dessus tout. Pas compris la nuance. "Et là, c'est le drame; à partir de là, tout s'enchaîne".
On ne touche donc pas le coeur meurtri d'une bloggeuse sans s'en prendre plein la face en retour. Sous le prétexte d'une ambiguïté sémantique, j'avais fait remarqué à l'aiglonne qu'elle était trop "gentille" pour que du fiel bien gluant ou de la méchanceté gratuite puisse transparaître dans ses commentaires.
Cruelle erreur d'user d'un terme éminemment confondant et souvent condescendant: gentille = brave fille sympathique mais limitée? Pas mon intention, mais la suite de la confusion donna cette sanction sans appel. Je vous laisse lire le message on ne peut plus explicite, d'autant méritoire qu'il me remet à ma place comme je ne saurais jamais le faire moi-même. Qui était tout petit tout chétif, à la dernière ligne de ce brûlot ultra-incendiaire? Devinez ... mais lisez d'abord cette scorie encore brûlante; le style d'écorché et l'intensité d'arrière-plan qui s'en dégagent valent bien plus que tout mon amour-propre:
Pourquoi je devrais être "violente & méchante"? Parce que si on secoue pas, la pulpe elle reste en bas? No pb de ce côté tout va mais merci... Pas besoin de passer en mode enfoiré pour se faire comprendre et/ou entendre... C'est du grand n'importe quoi là... T'as rien capté... Mes p'tits vieux, j'les kiffe !! Ils me gavent parfois, mais c'est les miens et ils me font marrer, et quand ils viennent m'apostropher ça me plait ok... ça ne me viendrait pas à l’idée de partir en live dans une critique offensante totalement gratos à l’égard d’un être humain quel qu’il soit… tu m’as pris pour qui toi? Sache que j’ai un tel respect de l’Homme que si tu en avais connaissance t’aurais une petite idée de l’infini… à partir de là, ta logorrhée "leçon" d’esthétisme verbal relookée Tarantino razmoket’, n'est que pur délire qui ne rassure que toi… je ne t’ai pas attendu pour dire ce que j’ai à dire quand ça doit l’être de manière franche, et rien dans mon post ne t’autorise à balancer que c’est convenu…
En plus, tu ramènes ta fraise sans même savoir de quoi tu parles… Nice ville gériatrique avec un pôle universitaire et 75 établissements scolaires (Metz 23 Nancy 33)… logique… des clubs sportifs de mieux en mieux classés dans les championnats… logique aussi… sans parler des autres structures ni des chiffres concernant la population… ah mais c’est vrai que tout ça ne faisait pas partie de ta visite guidée Place Masséna, jusqu’à l’hôtel où tu as du pioncer, mais bien sur le personnel se déplaçait en déambulateur doré à l’or fin 24 carats… c’est bien connu voyons… mes films, au lieu d’en dire nawak t’aurais mieux fait de les regarder attentivement, au moins tu aurais le minimum requis pour pas trop passer pour un idiot sur un sujet que tu maitrises carrément pas…
Tu la joues quoi? Pseudo fielleux et cyanuré au miel? C’est dans l’air du tps ça… la nouvelle mode des pseudo penseurs qui se la pètent rebelles à 2 cts soit disant corrosifs et bien sentis… quedal !! Tu me fais gentiment sourire… T’es total à l’ouest là… pas besoin ni envie de sortir des saloperies pour satisfaire je ne sais quelle frustration névrotique ou pseudo-spirituelle… Je SAIS, PEUX et TIENS à m’exprimer dans la considération de l’autre, et si pour ça je dois rester une "gentille fille" soit !! Mais, t’es mignon t’en fais pas un élément négatif… parce que ton procès de moralité de derrière les fagots, il est carrément contre-productif, gratos, sans intérêt et mal venu… bref, à part te masturber le bulbe avec un coton d’éther, là t’as pas fait grand yok… tâches donc de faire passer tes humeurs de façon humoristique au lieu de déglutir ton p’tit lait mal digérer et on verra si l’exercice est si aisé…
Enfin pour terminer, parce que celle là je ne pouvais pas la rater, le coup du crachat pas très concurrentiel ça me rappelle furieusement un concours exclusivement masculin (et pour cause) qui consiste à se mettre en rang et à pisser le plus loin possible… tu étais toujours le dernier c’est ça ? Mais c’est pas grave tu sais… tu as surement d’autres qualités…
A présent, si tu tiens vraiment à me voir désagréable, no pb, prochaine fois que suis nrv, j'viens dans ta bal... Et on en reparle... Parce que là suis calme, si si promis, et donc surement trop gentille…
Une ratatouille grenat qui dégouline sous les coups de bec de l'aiglonne, etc. ... mauvaise prose sans inspiration honnête, ce post; preuve que ma rhétorique mielleuse me colle encore aux basques et qu'il y a moins de sincérité dans mon discours ampoulé que dans son cri de rage vif et précis. Je m'incline, elle fut de loin la plus forte sur ce coup de torchon.
Comme quoi il y a des distorsions de sens et des erreurs d'intention qui peuvent aller loin et faire mouche. Je fus la mouche écrasée, pour l'occase. Elle fut la tapette géante, pour le moins.
Quelle musique assortir à cette destruction de ma pomme encore écrabouillée sous talon aiguille ... j'en vois bien une, qui ne fera pas rêver plus loin que le bout du nez mais aura au moins le mérite d'être de circonstance. Pas besoin de préciser qui est qui, dans les noms d'oiseaux à suivre:
Plutôt vieilli, bien trop léger face au sirocco niçois et pas en phase avec l'objet de ma discorde; mais l'idée principale est là, partie tout droit dans ma face réduite en miettes ... pour qui aurait suivi "Les Poupées Russes" sur France 2 hier soir: rappelez-vous la scène où Audrey Tautou (Martine l'altermondialiste) découpe en fines tranches de carpaccio le pauvre Romain Duris (Xavier) coupable d'avoir raillé les intentions pures de la jeune idéaliste. Du petit bois, des lamelles grillées, de la ventilation façon puzzle. J'en souris maintenant et j'en bredouillai sur le coup, perdu devant la confusion des mots et le quiproquo aux allures de 3e guerre mondiale messino-niçoise.
L'addition, s'il vous plaît ... pitié, quelqu'un. Chat ébouillanté craint l'acide, et c'est moi qui vous le dit.
Et dire que la tempête n'ose pas diffuser son souffle en public ... qui m'a fait le "plaisir" de me narrer ses quatre vérités en privé. Voilà qui méritait d'être diffusé et apprécié pour sa sincérité brûlante. Le ton et la musique. J'ai besoin de vacances, moi. Peut-être pas sur la Côte d'Azur; paraît que le Nord est joli ces derniers temps ... ne change rien, il y a des coups qui se méritent et qui feront du bien.
(Description de la bulle ci-dessus, pour les myopes ou fatigués de la veille: "Fogiel, l'incroyable talent ... t'en connais beaucoup qui arrivent à couper la parole de ceux qui l'ont pas encore prise?")
Un de mes amis philosophards et globe trotter patenté, Alexandre Costa-Leite (do Brasil; cf. le billet de l'année dernière: "Coups de Pub: ça continue"), a pour habitude de mélanger ses expériences quotidiennes au vocabulaire logique dans lequel il baigne pour sa future carrière modale. Un exemple: "collapse", anglicisme technique synonyme de réduction triviale d'un concept à un autre.
Il y a ainsi un phénomène possible de "collapse" en logique épistémique, lorsque les propriétés du concept de savoir propositionnel (symbole: Kp, où "p" est une proposition quelconque de type "x est y") sont telles qu'il devient logiquement équivalent au concept normalement plus faible de croyance (symbole: Bp). On écrira alors que Kp = Bp, ce qui veut dire que l'un équivaut logiquement à l'autre et que la différence de signification entre les deux n'a plus lieu d'être. Pas gravissime pour autant, lorsque les logiciens-philosophes prétendent que la connaissance ou savoir ("knowledge" uniforme dans la langue de Shakespeare) n'est rien de plus qu'une croyance justifiée. Plus de critère de vérité pour faire passerelle entre B et K, par conséquent. Pourquoi pas.
Il y a d'autres cas de "collapses" plus sérieux en logique philosophique lorsque, autre exemple, le concept de nécessité (symbole: Np) se retrouve assimilé au concept d'actualité ou simple réalité (symbole: p) sous le coup d'une approche déterministe des événements futurs. Il en ressort une équivalence due à la relation d'inférence déjà établie Np => p (si p est nécessairement vraie, alors p est vraie tout court) et à sa converse déterministe nouvellement établie, p => Np (si p est vraie, alors elle l'est nécessairement). Donc Np = p. Collapse plus grave, mais aussi plus simple à surmonter pour qui n'admet pas la position déterministe de départ. Aristote s'y opposa fameusement; la série des truthmakers n'est pas finie et attend son prochain épisode, par ailleurs ...
Je propose ici une autre forme de collapse potentiel, plus informelle mais aussi et surtout plus d'actualité: la réduction équivalente de l'impertinence à la non-pertinence, relativement au concept central et tant revendiqué de pertinence. Cet exemple d'assimilation réductrice m'intéresse d'autant plus qu'elle concerne la théorie des oppositions de l'ami niçois Alessio et qu'elle me semble au goût du jour médiatique.
Quelle chaîne, quelle radio actuelle ne tente pas d'appâter le spectateur et auditeur potentiel en termes de "talks" impertinents, décapants, croustifondants et autres hyperboles censées apporter un souffle nouveau dans le PAF et sur les pifs?
J't'en fous! Souffle issu tout droit de leur bombe à étron, lorsque les animateurs se la jouent détendu et lucide au point de mélanger information de rigueur et sarcasme très bon ton. Un exemple? Au moins: "L'Edition Spéciale", tous les jours à partir de 12h40 sur Canal+. Que j'ai arrêté d'entr'apercevoir le jour où j'ai compris que cynisme BCBG et sarcasmes médiatiques seraient le lot commun des quatre animateurs en place. Entre un Wizman à la mine aussi endormie que le présentateur attitré des mags de nazes, mais pas moins censés représenter le journalisme informatif et "décalé" (ben voyons), seul Samuel Etienne surnage à mon goût, qui présente déjà "N'ayons pas peur des mots" sur I-Télé depuis plusieurs années. Un principe de débat présumé sans concession mais qui s'épuise avec l'usure du temps, d'autant plus lorsque l'Orléanais de service et omniprésent Philippe Tesson monopolise la parole pour accumuler ses proférations aussi tremblantes que très souvent insignifiantes. Un dernier exemple d'impertinence de mes fesses aurait été le talk-show proposé (ou plutôt déposé, comme une crotte de chien au pied d'un bouleau de trottoir municipal) bien autrefois, il y a plus de dix ans par Florence Belkacem sur TF1. Une tentative pitoyable d'interview provocante de politiciens qui a transformé les débats en gesticulations vides de sens et préfiguré les coupes-gorges actuels comme Olivier Fogiel. Ou l'art de ne pas laisser en placer une sous prétexte qu'il faille rompre avec la langue de bois. Langue de bois, langue de vipère: même combat perdu d'avance, mais qui a tout au moins pour mérite illusoire d'inciter à éteindre le poste pour rouvrir davantage nos livres de bibliothèque. Un instant de supputation, tout juste.
Bilan: il n'y a qu'une distance si mince entre impertinence et non-pertinence que je tendrais à assimiler ici le contraire au contradictoire. Explication: si le concept de "pertinence" est pris pour point de départ, alors la théorie des oppositions issue d'Aristote (puis figurée par Boèce au 5e siècle après Jean-Claude) nous dira que l'"impertinence" est son contraire et la "non-pertinence" sa contradictoire. Pourquoi? Parce que: deux propositions mutuellement contraires ne peuvent pas être vraies toutes les deux mais peuvent être fausses ensemble. Pas possible d'être pertinent et impertinent? Tu m'étonnes, et je m'en suis expliqué ci-dessus. Puis parce que: deux propositions sont mutuellement contradictoires lorsque la vérité de l'une implique la fausseté de l'autre et inversement. Pas de distinction ici, me semble-t-il: on est pertinent ou on ne l'est pas, malgré les fausses prétentions du ... contraire.
Un billet entier sera consacré sous peu à ce magnifique instrument logique qu'est la théorie des oppositions. Pour qui s'y intéresse, n'hésitez pas à parcourir la page personnelle de l'ami philosophard Alessio Moretti (déjà indiquée dans un billet précédent: "Coups de Pub: suite et non-fin").
L'impertinence est à l'information ce que la merde est au savon. Requisit d'autant plus détestable que les premiers à se plaindre de la peoplisation actuelle de la scène politique sont aussi les premiers à enfoncer leurs mains dans le caca pour se plaindre ensuite de l'odeur. Fond de commerce puant dont ils se dédisent. Mauvais travail!
"Mauvais travail": hé-hé ... dédicace spéciale au titi rappeur parisien MC Jean Gab'1, rapport à son compte-rendu salé suite à son agression de "chelâ" par sept gugusses de la MafiaK1 (je découvre l'appellation avec vous, notez bien):
Un exemple de pertinence impertinente, pour le coup et qui surmonte l'opposition logique de départ. "Continue l'impro"! Impayable compositeur mitrailleur que cet Audiard moderne ...
Un seul animateur surnage d'après moi par sa pertinence et au milieu de tous ces requins edentés: Yves Calvi, animateur de cet excellent "C dans l'Air" sur France 5 où des spécialistes de tous poils argumentent posément et sans se soucier de l'audience qui en découlera. Un luxe que je me paie autant que possible, quitte à jouer sur le décalage anti-Reichmann et le discours convenu pro-chaînes d'intellos. Mais il faut savoir ce que l'on veut, aussi et quand même. Ce gentil Reichmann et son abominable émission quotidienne pour adhérents parvenus du Lumpenproletariat: "Pour 5000 euros: Combien de Français en caleçon n'ont qu'une couille?", etc. Je t'en pose, des questions sur ton tarin tordu? "Attention à la Marche"? Attention à la Une, et plutôt dix fois qu'une.
Peur de qui? Peur de quoi?
Des représailles, peut-être. Objet du billet: "Les Français boudent la bière".
En effet: d'après une source locale issue d'instituts de sondages plus ou moins fiables (par définition), la consommation de bière en France aurait diminué de 3,5% l'an dernier, soit une diminution équivalente à 20 millions d'hectolitres.
Non content de baisser le coude, notre pays devrait poursuivre cet assèchement général des gosiers pour 2008 avec une baisse estimée entre 4 et 5% de la consommation actuelle.
Mais que se passe-t-il? La faute sans doute aux mesures anti-tabac appliquées depuis janvier 2008, disent les autorités compétentes presque sûres de leur fait et que l'on ne serait pas moins. Il est vrai que l'interdiction de bouffées de tabac après un verre qui vous excite les papilles a de quoi dissuader les coudes les plus solidement vissés aux comptoirs.
Un seule solution: locale, et cela vaut pour tous les lecteurs de ce billet. Non pas que je sois un grand spécialiste buveur devant l'éternel, d'autant qu'un de mes amis fameux d'entre tous: le Baron von Hupt Lui-même, s'est légèrement détourné du houblon qui tache pas pour se tourner vers des affaires oenologiques plus délicates mais qui tachent plus. L'affaire ne le concerne pas au premier titre, cela dit, puisque nul besoin de comptoir pour poser son coude; la table de son domicile lui suffit largement, aux côtés de sa complice de femme chérie néo-maternelle.
Que fera le p'tit Louis face à cette situation négative du houblon en France? Je ne sais ni; mais j'en connais un qui devra reprendre son rythme des cinq Picons par soirée au "Point Bar". Petit interlude publicitaire de rigueur, au nom de ce bar sympathique installé au coeur de la vieille ville nancéienne et où j'ai pris pour habitude relative de me remplir la petite panse d'Amer-Bière délicieusement sucré et corsé.
Bilan du sondage: une diminution due à la diminution des clients, ou à la diminution de leur consommation individuelle? Qu'importe, le pays est en danger et doit se relever ... quitte à tomber d'ivresse à l'heure de fermeture.
"Le Picon, c'est bon". Pas terrible, mais tellement vrai.
Et c'est pourquoi j'intime l'ordre à tous les adorateurs de houblon de passer par ce délicat instant de lyrisme malté ci-dessous:
La joie passe souvent par l'ivresse, afin d'oublier les difficultés d'un quotidien d'autant plus difficile lorsqu'il se nappe d'angoisses incontrôlables. La bière au service de l'inhibition provisoire. Une mission de salut public, donc et malgré les déboires qu'il peut provoquer après coups.
Aux armes, collègues laborantins: prochaine virée nocturne de rigueur. Au nom de la France, tout de même, et parce que nous saurons agir en patriotes lorsque la cause se veut commune.
Tourtel? No pasaran!!!
Par cette belle journée dominicale pleine de bleu dans le ciel, d'oisillons béquetant les boules de graisse après une disette glaçante et de familles vététisées, le casque de tortue ninja customisé et vissé sur la tetê, je ne peux que vous souhaiter la paix intérieure et l'harmonie non-préétablie parmi les vôtres ...
... c'est que les dernières heures de ce blog ont été chaudes, voire cramoisies en termes de réponses et contre-réponses proches de l'incendie cérébral, bon gré et surtout mal gré. Pacifions les débats, je vous prie, quittons les qu'en dira-t-on terre-à-terre et la recherche très intéressée d'humiliation verbale à distance. Le jour du Saigneur n'est-il pas tout indiqué pour ce fer? Alors ja, je vous le dis avec la sincérité la plus haute de mon mètre 78 dont l'équilibre dépend avant tout et surtout de la solidité du sol: aimons-nous dans le mouvement, l'action et la dynamique des fluides vidés de leurs substances moralines trop lourdes à porter pour vivre en bon voisinage, i.e. décomplexé.
Quittons le terre-à-terre pour mon terre-à-ciel, à défaut de faire mieux et par temps de ciel bleu (bis). Dédicace à toutes celles et ceux qui, comme moi, se retrouveront dans ces images baignant de soleil rouge et de saine folie faussement meurtrière. Le manga, ou l'art d'exhiber ses pulsions refoulées le temps d'un cartoon clownesque. Ein bisschen Frieden (= un peu de paix) ne fera de mal à personne, encore moins lorsqu'elle nous berce de riffs aux airs confondants de rafales à toute berzingue. Vorwärts, Rammstein:
Le principe du carnaval s'étiole et, d'un règlement de compte annuel entre dominants et dominés, se transforme en tristounette Fest à Opa digne des iodleries bavaroises pour retraités trop tranquillement conservés dans la bière ignifugeante; les moeurs s'indiffèrent, les actes perdent de leur sens (à l'Innosense les mains pleines, certes, mais de quoi) ... pourquoi donc se priver pour compenser l'ennui et, pire, pactiser en sous-main avec les méchants écriveurs pleins de fiel à retordre?
Luttons avec les Rammeurs de Stein, pour un Welt plus pétaradant de balles à blanc et désopilant de billets francs.
En bref: bon dimanche, jungs!!!
Le 14 février est effectivement jour de fête: la fête pour l'une, si l'autre ne l'oublie pas; une sacrée fête pour l'autre, si par malheur il l'oublie ou, pire, la dénie. Je m'explique, même si vous avez déjà compris l'essentiel de la suite.
J'ai déjà écrit plus tôt sur le sujet: cf. mon billet "Aimez-vous les uns (dans) les autres" ... mais je ne peux m'empêcher de consacrer un billet en ce jour de Saint Valentin. Pas tant pour consacrer mon temps à l'amour qu'à ce que l'on peut en faire en termes de fleuristeries et d'intentions altruistes.
Quel individu mâle peut décemment ne pas inviter ce soir sa dulcinée à un restaurant dont l'entrée ne descendra pas au dessous de la vingtaine d'euros? Car il s'agit bien d'euros et plutôt deux fois qu'une, lorsque le calin se paie une fois par an au prix fort et pour des raisons mixtes: fête des fleuristes, fête des bijoutiers, fête des serveurs (en termes de pourliches). Quel mal à cela? "Détournement commercial d'un principe sacré", diront les pisse-vinaigres et autres radins moralistes. Non pas qu'ils aient tout à fait tort, mais il y a certaines vérités qu'il vaut mieux glisser discrètement sous le tapis et c'est précisément là que je veux arriver: la signification non-littérale d'un grand nombre de nos actes de discours, parmi lesquels ceux proférés en période valentinoise.
Qui peut sereinement dire ce soir "pas de restaurant, chéri, ce n'est qu'une fête commerciale et notre amour ne peut être rabaissé à cette mascarade" sans être condamné à une semaine minimale de bouderie de la part de sa conjointe qui n'en pensera pas moins? C'est que des intentions sont souvent (euphémisme de bon aloi, ici) prêtées aux locuteurs derrière leurs discours, et pas parmi les meilleures: quiconque profère ce genre de morale anti-commerciale ne peut pas être disculpé de radinerie. Et pour cause: une même action peut être produite à partir d'intentions différentes et pour plusieurs raisons. Je n'entrerai pas dans ces subtiles distinctions analytiques entre action, raison et intention, et me contenterai de remarquer que l'intention de ne pas aller au restaurant ce soir n'est pas logiquement incompatible avec la raison de garder tous ses sousous dans la popoche.
Or, et je finirai par ceci, la femme attend de son homme qu'aucun de ses actions valentinoises ne soit logiquement compatible avec quelque mauvaise raison parmi lesquelles elle trouvera la radinerie, voire le désamour ...
En somme: les fleuristes ont tout à gagner ce soir, sans oublier les bijoutiers, parce que les raisons d'une saint Valentin, aussi douteuses soient-elles quant à leur pureté, condamnent le mâle à les accepter pour faire montre de bonnes intentions. Un acte sacrificiel, somme toute. Autrement dit, l'homme est obligé ce soir et de collaborer à cette parade commerciale pour montrer ses bonnes intentions envers sa dulcinée, et quiconque refuse de participer à cet attrape-nigaud annuel ne pourra pas nier de mauvaises intentions. Saint Valentin, Toussaint et Noël: même combat dont on ne peut se dispenser sans être deux fois plus suspect, et à raison. Le coq peut toujours prétendre le contraire, en vain: le sacrifice du porte-feuille au nom de l'amour plus fort que toutes les fins de mois difficiles aura raison (bonne ou mauvaise) de lui, qu'il le veuille ou non.
La rose aura beau sentir le billet de banque, ce soir, elle sera présente partout et au nom d'un rituel qui vaut toujours mieux somme toute que l'obligation de se couper un doigt par an au nom de sa mie ... Les roses seront souvent de pierre, ce soir, et c'est tant mieux: l'occasion pour moi de placer enfin un de mes morceaux préférés des Stone Roses, "Driving South" (je préfère la version non-live; mais autant choisir un clip animé plutôt que son contraire). Action!
Il y a des choses qu'on pense, souvent à raison, mais qu'il vaut mieux ne pas dire afin de ne pas éveiller de mauvais soupçons. Nous voilà sortis grandis de cet exemple d'attribution d'intentions douteuses en terrain illocutoire, rapport au jeu des significations non-littérales dans nos actes de discours quotidiens. Amoureux ou pas, gare à vos mots ...