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schangels
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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne.
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25.12.2007
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philosophie

Compliqué? La preuve

Posté le 10.02.2008 par schangels
Puisque la foule en délire demande des détails sur le contenu de mon périple tout frais de Paname, je vais m'essayer à un résumé plus ou moins condensé des interventions de vendredi après-midi.

Le décor: l'Université Paris-Diderot, Paris 7 pour les intimes, par un temps bien ensoleillé et sec comme j'aime le sentir dans ma bonne Lorraine et ... mais je m'égare et la militante dissidente ne va pas aimer. Allons au fait, donc.

Première conférence: Dag Prawitz, de l'Université de Stockholm. Intitulé du sujet: "The validity of inference". Problème posé: comment garantir qu'une inférence est valide, c'est-à-dire qu'elle est menée correctement depuis sa ou ses prémisses jusqu'à sa conclusion et préserve la vérité de l'un à l'autre? Précision: Prawitz appartient à l'école de Stockholm ou suédoise, de tendance intuitionniste ou plutôt constructive et dont les réquisits pour décrire le processus d'une preuve sont plus contraignants que ceux des logiciens ou mathématiciens que l'on appelle "classiques".
Avant que tout le monde ne tombe dans le ravin de mes explications, je précise que le classique est à l'intuitionniste ce que le classicisme est à l'expressionnisme dans les beaux-arts. Ou à peu de choses près: les premiers recherchent la simplicité, l'harmonie et l'efficacité dans la conduite des travaux, tandis que les seconds veulent que la structure d'ensemble prenne en compte les conditions de travail de l'architecte, que celui-ci soit affairé à la construction d'une preuve ou d'un bâtiment.
"Et la vérité, dans tout ça?", me direz-vous naïvement et, donc, à juste titre? Prawitz ne conteste pas la validité de certaines inférences classiques, il admet à dire (vrai) la grande majorité d'entre elles. Alors pourquoi venir à Paris tailler le bout de gras sur des pécadilles ... c'est que la notion de vérité en jeu dépend plus ou moins du sujet constructeur, chez les partisans dont Prawitz est un membre attitré.
... prenons une inférence et sa forme générale, de type: A, donc B. Pour économiser le temps, l'encre ou les touches du clavier, on réduit ceci symboliquement sous la forme: A |- B, ou le "|-" s'appelle "turnstile" (ou "tourniquet") et représente la transformation d'une formule de départ en une formule d'arrivée qui est sa conclusion. Or classiques et intuitionnistes ne s'entendent pas tout à fait sur l'ensemble des valeurs de B partant de A. Exemples hyper-connu dans le milieu et sans cesse rebattus depuis le mathématicien pionnier de l'intuitionnisme, Luitzen Egbertus Jan Brouwer: le principe du tiers exclu, la réduction par l'absurde qui en découle, puis d'autres discussions fondamentales sur le rôle de l'axiome du choix dans le calcul des preuves dans un contexte d'informations de longueur indéfinie voire infinie. On en revient à Aristote et sa discussion centrale sur la nature de l'infini (réel? potentiel?) ...
... question de Prawitz: que doit-il se passer lorsque l'on passe de A à B, afin que la transformation lors de l'inférence soit considérée comme valable? Précision: l'inférence est l'ensemble de l'opération effectuée par celui qui prouve que B résulte de A, ou que de A il s'ensuit B. Retour à la case Lewis Carroll et son Paradoxe de la Tortue. Je parle bien ici du Carroll d'Alice au Pays des Merveilles car, pour ceux qui ne le savent pas, Charles Dodgson de son vrai nom était passionné de mathématiques et de logique. L'intéressé écrivit dans la revue "Mind" ce très fameux paradoxe dans lequel la tortue demande au lapin ce qui permet d'obtenir la conclusion dans un Modus Ponens. Référence: "What the Tortoise Said to Achilles, Mind 4, n°14 (April 1895), pp. 278-280. Désolé pour les barbarismes de circonstances ... Modus Ponens = si j'ai A, alors j'ai B; or j'ai A; donc j'ai B. Opération si simple qu'on se demande presque pour quelle raison la discuter. La tortue insiste: comment parviens-je de A à B, ici? Le lapin: si tu as A, et si tu sais que de A tu peux déduire B, alors tu sais que tu as B. La tortue: certes; mais comment sais-tu lorsque de A tu peux déduire B. Le lapin, légèrement gonflé par l'animal à carapace persistante: si tu sais que de A tu peux déduire B, alors si tu sais que tu as A et que de A tu peux déduire B, alors ... total: régression à l'infini, c'est-à-dire une chaîne sans fin d'étapes intermédiaires pour passer du simple A au simple B. Symboliquement, l'ensemble de la procédure apparemment si simple donne à peu près ceci:


A
--- (Inférence niveau 1)
B

A, A|-B (Inférence niveau 2)
----------
B

A, A|-B, (A,(A|-B))|- B (Inférence niveau 3)
--------------------------
B

............ ...............

A, A ... (A|-B)n (Inférence niveau n)
------------------
B


Pour des précisions sur Carroll et sa discussion sur l'inférence distincte du conditionnel, voir l'ami philosophard Amirouche Moktefi puisque celui-ci est devenu un spécialiste de l'oeuvre logique de Lewis Carroll (cf. billet précédent parmi mes "Coup de pub").

Conscient de la difficulté, Prawitz prétend qu'une reconstruction ou, plutôt, une reformulation symbolique du processus de la preuve doit être effectuée afin d'expliquer dans les détails les conditions dans lesquelles le passage de A à B est effectivement garanti. On obtient une logique dans laquelle le sujet qui opère a sa place au sein du symbolisme, contrairement à la logique classique ou non-constructive dans laquelle la construction ne se montre pas elle-même dans le symbolisme.
Clair? Un sujet assez subtil, qui demande plus de finesse et d'esprit que dans ce billet (désolé) et dont la problématique a été nettement traitée dans le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein. Pour celui-ci: certaines choses se montrent et ne se disent pas, parmi nos opérations permanentes de la pensée. Traduction: impossible pour lui de décrire ce qui se passe lors d'une opération déductive, preuve ou inférence. La chose se fait, et c'est la reproduction inlassable de la même dérivation qui donne à l'ensemble de l'inférence sa certitude et sa garantie.
Transition intéressante puisque c'est de la certitude de ce qui rend une inférence vraie que le second conférencier a parlé après Prawitz. Mon big boss du moment, sur lequel je revendrai avec son accord très tacite.

Mais revenons et terminons avec Prawitz: le Suédois propose donc une autre symbolisation, un autre langage logique plus fourni afin de "montrer" les étapes de construction d'une preuve. Une relation R de forme R(P,I) s'effectue entre une personne P qui prouve et une inférence I à prouver; plus précisément, l'inférence réalisée par P consiste à effectuer une opération "Phi" (pas de lettre grecque dispo ici, on fera avec les abréviations) qui fait passer d'une première étape de la preuve G1 à une n-ième étape Gn: l'opération d'une inférence correspond donc au schéma général de forme Phi(G1,Gn), et le rôle du constructiviste est de mettre à jour toutes les caractéristiques qui, dans cette opération, garantissent la validité de l'ensemble. Ne rien laisser au hasard et entrer dans les détails, donc. Complications supposées nécessaires pour expliquer la véritable nature d'une connaissance mathématique, à l'opposé des classiques plus soucieux de simplicité dans les formes. Dans les beaux-arts comme dans les preuves formelles, s'entend.

Pour conclure, Prawitz propose un ensemble de règles de déduction naturelle, c'est-à-dire des symbolismes formels dans lesquels une preuve est détaillée sous ses multiples facettes, selon le A de départ et le B attendu à l'arrivée. D'autres scandinaves le suivent sur cette voie, parmi lesquels Per Martin-Löf et Göran Sundholm.
Ma question, avant de retourner dans mes bulles internes: qu'apprend-on réellement de plus lorsque l'on passe par la méthode constructiviste, et a-t-on besoin de ces détails supplémentaires pour saisir l'essentiel d'une preuve logique ou mathématique (la différence m'échappe encore et toujours dans ses détails)? Les constructivistes proposent d'autres manières de définir le passage de A à (AouB), le passage de (AetB) à A ... mais y gagne-t-on réellement en compréhension du processus de preuve? C'est là que le bât blesse, selon que l'on répond oui ou non à cette question méthodologique. En gros: pourquoi se fouler et compliquer la tâche si seul le résultat compte, c'est-à-dire le passage d'un point à un autre quel que soit le chemin emprunté?
C'est un problème qu'on dira "philosophique": est-il plus important de connaître le chemin menant de A à B, ou d'arpenter ce chemin par soi-même et dans des conditions qu'il faut prendre en compte afin de comprendre B? Morphéus, quand tu nous tiens, le ciné n'est plus très loin des spéculos ... mieux: le choix dans le chemin traversé pour aller de A à B peut-il modifier la nature de B? On aurait tendance à dire que non, puisqu'il très possible d'arriver à un même endroit par deux chemins distincts. Mais l'analogie a des vertus limitées: peut-on comparer des lieux spatio-temporels A et B à des arguments de preuve?

Je m'arrête là, insuffisamment instruit que je suis sur les travaux de Prawitz mais suffisamment intéressé pour avoir troué la tête de la militante dissidente à ce stade du billet. Du moins le crois-je. J'ai mes propres réticences face à l'approche constructiviste, concernant l'intérêt véritable de ces complications symboliques ou le rôle épistémologique qu'il prétend tenir pour ce qui est de mieux expliquer la nature d'une preuve en termes d'inférence (une preuve faite par quelqu'un sans qui preuve il n'y a pas). Mais il y a réticence et résistance, et sans doute ma résistance n'est-elle rien de plus que ce que Bachelard appelait un "obstacle épistémologique": une incapacité à comprendre la façon dont un autre fonctionne dans son raisonnement en raison de présupposés divergents et inaperçus. J'ai tenté de les mettre à jour dans une section de ma thèse, mais j'y reviens en vitesse plus bas.
Frege a dit que ce n'est pas le promeneur qui fait le chemin, car celui-ci existerait encore et déjà si le promeneur était resté chez lui boire une bière et mater Téléfoot. C'est ce qu'il a voulu faire comprendre à peu de choses près. C'est là une intuition profondément enracinée en nous mais que tout un courant réduit à un jeu de tiroirs rejetter sous l'appellation d'antiréalisme: l'idée selon laquelle la réalité est dépendante de ceux qui l'appréhendent sous quelque manière que ce soit (l'observation pour les preuves informelles de la vérité d'un fait, la démonstration pour le versant formel de cette vérité).
Je n'ai rien à redire contre ce fossé réalisme vs. antiréalisme; j'ai eu plus à dire dans la seconde partie de ma thèse, concernant les moyens proposés par les constructivites afin de donner une meilleure explication de la preuve: qu'est-ce que ce "Phi" dont on a parlé tout à l'heure, sinon un autre symbole que l'opérateur K de Hintikka mais dont les effets seraient les mêmes? Je m'explique: K signifie "je sais", donc le rôle essentiel de l'agent dans la conduite de la preuve dépend d'un agent dont la présence était manifesté dans la logique épistémique de Hintikka, autre scandinave (mais finlandais et non constructiviste, pour sa part). Peut-on remplacer Phi par K, et même le tourniquet "|-" par ce même K? Dans ce cas, quelle différence substantielle entre le formalisme des constructivistes et la logique modale, cette extension de la logique classique dans laquelle sont introduits de nouveaux opérateurs? Je ne saisis pas bien la fécondité et l'apport essentiel du formalisme constructiviste, face à la logique modale et ses constructions de type Kripke plus simples ... affaire à suivre, et pour plusieurs années parce que le sujet est si profond qu'il vaut la peine de prendre le casque de spéléo et s'engouffrer dans ces problèmes vite complexifiés. J'en connais d'autres qui parlent de faisabilité ou de limitations des ressources déductives pour décrire le champ des preuves garanties ou pas. Mais ces partisans de l'affaiblissement des logiques en vue de leur meilleure explication étaient absents pour des raisons de principe, ou plutôt de concurrence universitaire. Pas convaincu du rôle explicatif des logiques substructurelles dans la description de la preuve et des procédures déductives, mais c'est une autre histoire trop longue pour être revue en détail ici.

Passons aux souvenirs plus personnels d'une fin de rédaction de thèse, au cours desquels j'achevai la journée stressante par des tours de Pépinière (parc nancéien) et m'endormai comme une masse essoufflée plein de Korn à l'oreille. Des bons moments de stress et d'incertitude enrobés par de gros riffs salvateurs et purificateurs. Car le métal me sert de catharsis par temps de pensées brumeuses. Pour la bonne peine, voici le morceau que j'écoutai en boucle afin de poursuivre mes pseudo-méditations modales et constructivistes mêleées. "Twisted Transistor", dont le clip sans intérêt m'a donné une raison valable de préférer une autre adaptation:

Image ou texte alternatif



Première piste d'un album qui, nouvelle coïncidence du genre, p
ortait comme titre "See You on the Other Side" et faisait référence au miroir à deux faces d'Alice au pays des merveilles. Comme quoi la tortue de Lewis Carroll et son Alice ont fait équipe bon grè mal gré durant ma fin de rédaction universitaire. Hasard? Avouez qu'il se passe des choses bizarres par ici.
Prochain billet possible: sur la controverse méthodologique entre Dedekind et Kronecker concernant la conduite d'une preuve. Même combat mais en termes différents et sur des thèmes plus mathématiques. J'hésite à m'aventurer sur ce terrain qui m'est très mal connu. Mais la dissidente niçoise en jugera ... heureuse?!!!


F&H

Crocodile dandy

Posté le 02.02.2008 par schangels
Bonne nouvelle pour ma pomme: je viens d'être accepté comme conférencier à une future conférence cosmoplanétaire sur la paraconsistance.
Version originale: "2008 World Congress of Paraconsistency", qui se tiendra en juillet à Melbourne. L'@dresse de l'événement:
http://www.philosophy.unimelb.edu.au/wcp4/index.html
Est-ce la saga des truthmakers qui aurait mis la bonne puce à l'oreille et appelé les muses formelles à ma rescousse ...
... l'occasion de fêter en passant le passage au millier de visiteurs de ce blog, que je remercie pour leurs coups d'oeil furtifs, multiples et parfois intéressés au point de lâcher un bon commentaire sur la partie droite. A tous: merci, et que la fête cérébro-laryngologique continue tant que l'ensemble fonctionne!!!

Pour qui s'intéresse aux affaires de vérifacteurs et d'implication de la théorie de la vérité correspondance sur la logique paraconsistante, voici tout au moins le résumé de ma future intervention chirurgicale en terre aride:


***********************************************************************
Peut-il y avoir des "Véri&Falsifacteurs''?

L'article qui suit concerne l'ontologie dialéthéiste. En opposition à Priest, lequel a déclaré dans [4] que les propositions excédentaires (vraies et fausses à la fois) devraient être admises mais pas les propositions lacunaires (ni vraies ni fausses), il semble que ce soit le contraire dans une perspective ontologique: il a été dit dans [1] que les états de choses excédentaires constituent une idée saugrenue (p.108).
Nous étudierons les présupposés métaphysiques en faveur ou en défaveur de l'idée de vérifacteurs pour les propositions contradictoires, autrement dit: des véri&falsifacteurs.
Après un premier débat sur la manière de maintenir le principe du tiers exclu tout en renonçant à la bivalence, il a été dit dans [4] qu'un seul et même facteur ne peut pas être considéré à la fois comme un vérifacteur et un falsifacteur en raison de la Loi d'Incompatibilité, ainsi que dans [2] et [7]. Or les dialéthéistes pourraient aisément répondre que de tels fondements ontologiques des lois logiques sont injustifiés, ce que fit Priest dans [3].
En résumé, nous étudierons l'ensemble des présuppositions métaphysiques qui sous-tendent le rejet des véri&falsifacteurs:
(1) la loi d'incompatibilité, et ses prétendus "faits impossibles";
(2) la relation entre possibilité métaphysique et possibilité logique, ainsi que son impact sur la logique de l'imagination;
(3) la signification des valeurs de vérité dans un modèle, ainsi que la prétendue incompatibilité entre le dialéthéisme et la théorie de l'action (assertion négative contre dénégation, dans [6])
Un facteur inconsistant de ce genre devrait être acceptable si une distinction est établie entre vérifacteurs, falsifacteurs, et véri&falsifacteurs. Mais si tel est le cas, les dialéthéistes devraient accepter les faits généraux et rejeter l'atomisme logique s'ils veulent imposer le tableau ontologique de leur paraconsistance forte.

Références citées:
[1] Armstrong, D.M.: Truth and Truthmakers, Cambridge Studies in Philosophy (2004).
[2] Demos, R.: "A Discussion of a Certain Type of Negative Proposition", Mind 26(102) (1917), 188-196.
[3] Priest, G.: In Contradiction, Dordrecht: Martinus Nijhoff (1987).
[4] Priest, G.: "To Be and Not to Be - That is the Answer. On Aristotle on the Law of Non-
Contradiction", Philosophiegeschichte und Logische Analyse 1(1998), 91-130.
[5] Schang, F.: "On how Truthmaking Negative Propositions", The Reasoner, soumis.
[6] Parsons, T.: ''On True Contradictions'', Canadian Journal of Philosophy 20(3) (1990), 335-354.
[7] Wittgenstein, L.: Tractatus Logico-Philosophicus (1921), en part. §6.3751

***********************************************************************

Comment finir un tel billet? Vous le savez aussi bien que moi: en musique, australienne de surcroît et de bon ton.
J'ai bien quelques noms de groupes australiens en tête, parmi les plus connus: ACDC, INXS, Midnight Oil, Silverchair ... je retiendrai deux morceaux parmi ceux-là.

ACDC, pour commencer: inévitable groupe branché sur un courant paradoxalement alternatif, parce que basé tel le bloc erratique sur un indémodable hard-blues criard. Ce fut, c'est, ce sera bon. Le morceau en question (un foutu choix en perspective, difficile de trancher sans sacrifier): mon préféré tout personnel, "Thunderstruck" (1990).

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INXS, pour terminer: moins transcendant et plus feutré que le précédent, ça va sans dire même si je viens de le dire ... un groupe qui a accompagné mes errements de lycéen pendant une courte période, mais suffisante pour avoir acheté plusieurs albums de leur pomme et dans lequel j'avais retenu le morceau suivant: "Just Keep Walking" (1980). Admirez le minois de jeunot punkie (tendance Punkie Brewster, s'entend) et les mouvements plutôt empruntés de Feu Michael Hutchence. Ca sent le rock de trop bon ton pour être vrai, mais le son passe bien et c'est bien là mon essentiel.

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C'est bon, le crocodile? L'occasion de rappeler une de ces formules bien senties du Coluche des sentiers non balisés:
"Quand je vois un chômeur voter, ça me fait penser à un crocodile qui va chez le maroquinier".

A nous deux, Australie terre d'inconsistance!!! Pas besoin de pull en juillet, donc je prendrai des pulls en juillet. Logique.


F&H

Problème philosophique n°7

Posté le 23.01.2008 par schangels
(Photo: un certain air de ressemblance avec Poutine, wahr nicht?)

Un problème d'aspect technique mais que tout le monde finit par cogiter au moins un jour dans sa vie:

Y a-t-il un impératif catégorique?

Attention, terrain glissant: le problème qui suit ne cesse de finir en dérapages incontrôlés et digressions en tous genres lorsque l'on parle d'une loi pure ou inconditionnelle: l'exemple de la dénonciation du Juif au nom de la loi vichyste est devenu une tarte à la crème, de même que les problèmes de casuistique suscités par le rejet kantien d'un prétendu droit de mentir. L'ambiguïté s'est répandue à ce point que le grand humaniste Heinrich Himmler encourageait ses serviteurs SS en termes de ''chevaliers kantiens'', lorsqu'il leur fallait appliquer la solution finale sans remords ni regrets. Agir au nom de rien revient-il à se prévaloir de tout (et donc de rien)? Il est vrai que la frontière entre le tout et le rien est souvent mince et les fait se rapprocher comme les deux extrémités d'une page pliée en deux. Ne dit-on pas souvent ''parler de tout et de rien'' au sens d'une conséquence logique, car parler de tout ne revient-il pas à ne rien exclure, donc à ne rien dire en particulier? Je saute ici de Kant à Wittgenstein, mais la comparaison n'est pas innocente parce qu'il s'agira de s'interroger dans ce qui suit sur la faisabilité d'une loi morale made in Kant. Je m'explique.
Kant a proposé deux sortes de lois dans sa philosophie morale: à la question ''que dois-je faire'' qui, selon lui, constitue l'une des quatre questions fondamentales de la philosophie, l'ami de Königsberg demande qu'une distinction soit faite entre l'impératif catégorique et l'impératif hypothétique. Comme son nom l'indique, ce dernier impératif est la conséquence d'une condition préalable de type "si A alors B": je dois faire B seulement si A s'impose. Quant à l'impératif catégorique, l'ordre ne dépend d'aucune condition qui le précède et je dois faire A parce que A s'impose de lui-même.
La question qui tue, celle que tout le monde a dû se poser au moins une fois dans sa vie mais pas en ces termes abstraits: l'impératif catégorique existe-t-il?
Plutôt que de s'interroger sur l'ambiguïté remarquable d'un impératif suivi à la lettre, on peut simplement se demander s'il est jamais possible pour un individu normalement constitué d'entreprendre une action pour elle-même, sans aucune raison et sans se demander en vue de quoi, en fonction de quoi, en vertu de quoi, etc. Pas d'antécédent ni de conséquent: un acte un et unique, point. Possible? Je me tâte.
Prenez le cas du philanthrope qui légue sa fortune à une oeuvre de charité: peut-on dire de son action qu'elle est pure ou inconditionnelle, ou devrait-on suspecter plutôt un moyen de soulager ou, pire, racheter sa conscience par une bonne action déguisée en charité pure mais dissimulée derrière un réel intérêt personnel? C'est que le bonheur éternel ou le rachat d'une âme souillée n'est pas un moindre objectif pour le banquier de confession catholique, notamment. Mais un seul contre-exemple ne revient pas encore à reléguer l'impératif catégorique dans des oubliettes définitives. Je ne fais que supposer pour l'instant qu'il n'existe rien de tel: pour toute action B, B est motivé par A et cela ne souffrirait d'aucune exception; le disciple kantien devra me montrer que, au contraire, il existe au moins une action B qui n'est la conséquence d'aucun motif A. Les exemples du suicide ou du masochisme ne seront pas plus convaincants, puisque l'action de se faire souffrir ou de se tuer consiste à apporter un moindre soulagement dans une existence ou, mieux, à prendre du plaisir dans la douleur et pour des raisons psychologiques plus ou moins morbides (cf. l'allusion à Cioran et son idée de bonheur à se complaire dans le malheur, dans le billet ''Visage: Fade to Grey'').
Prendre du plaisir dans le déplaisir: une de ces expressions faussement paradoxales que l'on pourrait reformuler par ailleurs en termes d'itération ou de second ordre de discours. Ainsi, quiconque a entendu parler de l'impératif catégorique et de son statut de loi morale suprême pourrait se décider à faire du zèle et chercher à commettre un acte entièrement gratuit, exempt de tout motif préalable. Cela ne change rien à l'affaire, car on pourra dire de lui qu'il trouve son intérêt à commettre une action désintéressée ou, mieux, qu'il commet une action sans antécédent aucun parce qu'il tient à commettre une action sans antécédent aucun. Mais si tel est le cas, alors il commet cette action en vertu d'une raison préalable et cela revient à reproduire la relation hypothétique entre une raison A et une action B, quoique à un niveau de discours supérieur (A n'est plus une loi en particulier, mais l'énoncé entier de la relation conditionnelle entre A et B).

Au total, une logique mêlant ensemble des opérateurs de volonté et d'obligation pourrait contribuer à passer ce débat au peigne fin du formalisme, sans le régler pour autant car ce n'est pas là le rôle de la logique.
Sans oublier l'introduction d'un opérateur éthique de bien et de mal, parce que le kantien ne saurait se passer de l'idée de bien afin de constituer une loi morale pure. Faire de l'impératif catégorique une loi pure ou vide de tout contenu ne signifie pas en effet qu'elle est amorale, ce qui rélèverait pour le coup d'un véritable paradoxe; disons plutôt qu'une action conforme à la loi morale sera conforme à la maxime conditionnelle de Kant: ''Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle''. Traduction: si ton action est morale, elle doit être bonne pour tous les sujets et pas seulement à certains au détriment des autres. Exemples? Pas très convaincants, pour le moins. ''Sois juste'', ''Ne fais pas de mal aux autres'' ... rien que des cas dans lesquels un terme mal défini repose sur d'autres pas plus clairs. On pourra demander de ne pas voler les pièces d'un mendiant ou ne pas tuer le voisin insupportable, mais on répondra que ces prescriptions sont trop matérielles ou liées à un contexte social pour valoir par delà nos tribus civilisées.
De deux choses l'une: soit la loi est imposée pour des raisons fondamentales, auquel cas ses fondements restent à élucider. A trouver dans une science morale ou psychologique, voire les neurosciences? Kant parlait de loi pure par opposition à des choses empiriques et étudiables en surface ... soit la loi est imposée en raison des conséquences inadmissibles de sa propre négation, et il ne s'agit plus de trouver un fond de moralité de pure mais de critiquer ce que serait un monde totalement assujetti à la règle de l'intérêt ou de la condition.
Je ne trouve personnellement ni de fondement a priori ou transcendantal pour la loi morale et son statut d'impératif catégorique (qui le pourrait?), ni de raison a posteriori pour rejeter l'idée d'une concorde sociale basée sur l'impératif strictement hypothétique. Il y a des conditions mesquines (ranger sa chambre à condition de palper davantage pour les sorties du week-end), d'autres plus ambitieuses (contribuer à la libération d'Ingrid de Betancourt pour des raisons stratégiques de popularité sur le continent sud-américain; dédicace au nouveau libertador Chavès) et jusqu'à des actions dont il est parfois difficile d'extraire une condition préalable même si, pourtant, elle existe.
Les moralistes anglo-saxons ont souvent préférer parler de moeurs et de coutumes, de préférences aux lois transcendantales et aux impératifs purs et durs. Plus de souplesse et de contexte historique dans leurs règles de conduite, point d'universalité et que des généralités à géométrie variable. On peut contester les conséquences douteuses de ce jeu d'humilité spéculative: primat du relativisme, quitte à justifier l'excision des enfants nigérianes sous couvert de moeurs ''autres'' que les nôtres. On peut prétendre également que nous ne sommes pas en mesure de découvrir le contenu d'une loi universelle que tout le monde serait enclin à suivre, mais que l'on n'en pense pas moins et qu'il vaut mieux imposer ses propres préjugés que de supporter ceux des autres que nous-mêmes ne supportons pas. Mais plus question alors de parler d'universalité de la loi morale au sens propre.
Moralité: très peu, précisément, sinon le philosophe pris en étau entre une loi universelle sans contenu et des lois particulières dont les contenus l'insupportent très souvent.
Faites vos jeux, et n'hésitez pas à apporter votre grain de sel à ce débat qui nous touche tous: l'art de bien se comporter en ignorance de cause, celle de la signification du mot ''bien'' et des implications de cette ignorance sur notre condition d'étants paumés.
Pour qui souhaiterait méditer ici en toute sérénité, je lui dédie ce morceau touchant que Moby nous a légué en guise de générique de fin du monstreux ''Heat'' de Michael Mann (1995): ''God Moving Over The Face Of The Waters".

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Il faudra s'arrêter plus tard sur ce modèle de confrontation entre deux âmes grises et qui ont oublié depuis longtemps les jeux de dichotomie. Sûr que Pacino et de Niro ne nous suivront dans notre quête de réponse au problème philosophique n°7. Ce n'est pas de leur ressort, ni peut-être du mien, mais eux ont quoi qu'il en soit le mérite d'agir avec talent. Le beau est-il l'avenir du bien? Pas certain non plus que la philosophie moderne me suive sur ce discours en forme de tryptique vrai-bien-beau. Car qu'est-ce que le beau? Et ce sera reparti pour un tour ...

Je laisserai cette piste toute provisoire: j'interprète l'impératif catégorique de Kant comme une règle conditionnelle sans condition. Traduction: une règle d'action dont la condition de succès préalable est précisément de n'avoir aucune condition préalable. C'est ce que j'ai appelé plus haut une règle d'itération: je veux ne pas vouloir, je désire ne pas désirer, je sais que j'ignore ... je pose comme condition de ne pas donner de condition à mon action. Il y a donc bien une condition à cette loi morale, mais une condition dont le contenu est vide parce qu'il ne peut être rempli par aucune raison particulière dans lesquels tout un chacun se retrouverait et trouverait un moindre intérêt. On obtiendrait ainsi une expression formelle de type A~A, où A servirait de modalité au sens variable.
Pas étonnant donc que Kant serve plus au grand monde lors des réceptions de l'ambassadeur qu'à grand-monde lors d'un naufrage en bateau ou d'un cas de conscience bien concret: si aucune raison concrète ou personnelle ne doit servir à mon action, et que telle est la condition de mon action (celle de ne pas en avoir, je répète), alors la loi morale de Kant s'apparente plus à une vue de l'esprit qu'à une règle pratique. Mais je me trompe peut-être sur toute la ligne. Démocratie du cause toujours, qui appelle d'ailleurs de ses voeux à ce que vous-mêmes preniez le relais. Dont acte?

F&H

Volontarisme doxastique

Posté le 23.01.2008 par schangels
Nos chers médias actuels se font les antennes chaudes autour du zèle religieux de notre Président: il n'a pas le droit de faire le signe de croix en tant que premier représentant d'un pays laïc, dit-on. Pour ou contre ces signes ostentatoires d'un républicain? Rien à battre en particulier, de ce débat dont l'ingénieux corollaire pourrait être de faire oublier bon gré mal gré des affaires plus pressantes de pouvoir d'achat. Mais passons sur les intentions de la chose. Plus intéressante est la raison dont on pourrait se prévaloir de témoigner d'une affection chrétienne sans être chrétien, par exemple. Je me sens concerné par cette attitude étrange, d'où mon envie d'y voir plus clair et de le concevoir plus clairement.
J'écoute en ce moment l'excellente émission de Taddei, ''Ce soir ou jamais'' (cf. le précédent billet ''Vive le Roi?"), où le bouffon Sollers singe le scandalisé et que Charrasse lui répond plus modérément par un droit à la défense du patrimoine historique français. Pas plus laïcard que l'ancien ministre mitterrandien des Finances, ce qui n'empêche pas l'intéressé de dire qu'il aime à rappeler le souvenir des chapelles et églises magnifiques de son pays sans renier quoi que ce soit à la loi des congrégations de 1905. Je suis admiratif moi-même devant la cathédrale Saint-Etienne de ma ville, Metz et sa place d'Armes qui l'entoure. Et je me crois plutôt laïc, à supposer que je puisse deviner les conséquences de ce mot (approche pragmatique: comprendre la signification d'un mot, c'est connaître les conséquences de sa réalisation).
Contradiction dans les termes? Je trouve, plutôt et malgré moi. Peut-on admirer rétrospectivement ce que l'on devrait ne pas avoir accepté en raison de ses propres convictions morales? En effet: le laïc n'accepterait pas de financer aujourd'hui la construction de sites religieux, sinon pour créer un sentiment de concorde comme c'est le cas avec la construction progressive de mosquées en territoire d'immigration. Notons qu'il faut bien distinguer le laïc du laïcard, ou le non-religieux de l'anti-religieux.

Mais là n'est toujours pas le fond du débat auquel je veux arriver. Considérez mes billets comme un épisode des Simpsons: une scène d'introduction anodine et qui n'a finalement de rapport qu'accidentel avec la suite de la poilade (mes respects à leurs dialoguistes, en passant; que de productivité et de créativité, tout de même!) Le fond de ce billet tient à la raison pour laquelle la religion a quelque intérêt de nos jours: concorde sociale, ou croyance au Créateur de l'univers? Il y a de quoi hésiter et ceci au sein même des clercs modernes, quand on sait les affinités de l'abbé Pierre avec le communisme de son temps et les penchants gauchistes de certains curés de paroisse. Il y a des poissons volants qui ne constituent (toujours) pas la majorité du genre, certes; mais j'en viens à la question centrale, ici: peut-on être croyant sans croire en Dieu, ou peut-on pratiquer une religion sans croire à l'existence d'aucun Créateur? Les bouddhistes le font très bien, mais je m'adresse plutôt aux monothéismes selon lesquels tout a été créé par Un seul.
L'exemple des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes et du Sillon de Marc Sangnier est un cas du genre où la parole religieuse a tenté de s'introduire dans les milieux prolétaires plus disposés à la suspicion marxiste. Mission impossible? Pas si l'on ''sécularise'' la parole en question et que le transcendantal se mue en savoir-vivre bien plus terre-à-terre. Est-ce là la mort de la religion, malgré l'intention de l'auteur dont le mouvement n'a certes pas fait long feu? Celui qui ne peut dissocier un Dieu d'une religion le pensera fermement. Je n'irai pas aussi loin. D'autres cas de principe fonctionnel existent en politique: le royalisme de raison de Charles Maurras, pour qui le régime d'un seul représentait le plus sûr moyen d'établir une autorité solide sur la population de France. Pas de croyance au pouvoir de droit divin ni au sang bleu des intéressés, chez le fondateur d'Action Française; seulement la conviction intime que certains principes ont intérêt à être pris pour vérité révélée afin d'être admis à la longue et évite l'anarchie du doute sceptique.

C'est là qu'intervient le fameux ''volontarisme doxastique'': de la notion grecque ''doxa'' à traduire par ''croyance'', cette expression lourdingue correspond à l'hypothèse bien plus intéressante selon laquelle il serait possible de croire à certaines choses parce qu'on le veut. On pourrait jouer au formalisme et définir la relation logique entre deux opérateurs de volonté et de croyance, pour les amateurs de logique modale. Mais d'autres l'ont déjà fait et en d'autres termes, et non parmi les moindres penseurs de la religion: je pense notamment à la logique de la croyance religieuse de Bochenski, philosophe, logicien et dominicain lui-même voué à la tâche épiscopale dans une Pologne indissociable des affaires sacrées (pour des raisons liées en partie à la création politique de l'Etat polonais, faut-il noter également). Contrairement à une logique doxastique de laïcs, telle celle constituée au départ par le créateur de la logique épistémique modale Jaakko Hintikka, Bochenski va plus loin que la relation entre volonté et croyance puisqu'il axiomatise la croyance comme condition de la vérité: celui qui croit à (ou en) Dieu agit de telle sorte qu'il implique l'existence de Dieu. Rien de tel dans notre monde temporel, où il ne suffit pas de croire à la hausse du pouvoir d'achat pour qu'elle passe d'objet intentionnel à réalité avérée. Mais tel est là un message à méditer de la croyance religieuse: l'inférence Bp => p laisse entendre que Dieu existe pour qui y croit, sans que la foi du pratiquant ne puisse être réductible à cette formule aux accents trop fonctionnels pour être crédible: il ne suffit pas de souhaiter les conséquences d'une croyance pour que celle-ci devienne réalité, il ne suffit pas de se répéter ''t'es un killer'' devant la glace d'une toilette de boîte pour devenir une bête de piste, etc. Combien de fois a-t-on entendu ''cela arrivera si tu y crois vraiment''?! Autant prendre ses désirs pour des réalités. Transition parfaite, puisqu'elle me donne le prétexte de placer enfin cette version semi-accoustique du ''Wish Fullfillment'' de Sonic Youth. De quoi vous faire pousser des ailes d'ange pas totalement déchu:

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Pour revenir à ces croyances qui devancent la réalité, je dois préciser à charge que je n'ai jamais croisé Cindy Crawford dans ma chambre d'adolescent, à mon grand désespoir d'alors; mais j'ai tiré de cette frustration toute relative une forme de profit que l'on appellera patience, humilité ou plaisir décuplé de savoir attendre pour obtenir le meilleur. Possible que l'inférence ci-dessus ne soit valable que pour certains objets de croyance particulier, tels l'existence de Dieu. Possible aussi que l'aspect absurde de la chose procède d'une distinction discutable entre moi et le monde, intérieur et extérieur, réalisme et antiréalisme. Le monde n'est-il pas le produit de ma pensée, donc des croyances qui s'y trouvent? Pas nécessaire d'aller aussi loin pour justifier l'axiome de Bochenski, quoi qu'il en soit. D'autres raisons inciteraient à ne pas suivre cette voie, tout du moins.
Exemple: peut-on finir par croire en Dieu à force de frustration, du fait de ses absences répétées lorsque nous aurions tant besoin de Lui? Voltaire n'a pas attendu, lui, et l'a bien fait comprendre à titre posthume contre le discours plus optimiste du ''meilleur des mondes possibles'' de Leibniz. Alors quoi? Si ce n'est pas la réalisation effective de voeux profitables qui suscitent la croyance à l'existence d'un bon génie, comment expliquer ce pouvoir mystérieux qu'a le croyant religieux de croire à l'existence de ce qu'il croit? Et a-t-on besoin de croire à cette existence pour justifier le discours religieux? Deux problèmes posés, en tout:
- pourquoi croire à Dieu?
- comment croire à Dieu?
Je ne sais ni ... sinon que les deux questions ne sont peut-être pas si séparées que leur expression verbale le laisse paraître. On peut croire à l'existence pour des raisons liées à son expérience personnel de Terrien, même s'il reste difficile de comprendre une situation que l'on n'est pas sûr de pouvoir jamais éprouver soi-même. Qui est religieux: le bigot du dimanche matin, soucieux de laver ses torts honteux de la semaine passée? l'amoureux des rituels synonymes de solennité et, donc, de dignité pour sa petite personne? quiconque s'interroge sur son existence et le sens à y donner?
Je ne crois pas avoir besoin de l'hpothèse d'un Dieu pour vivre en bonne concorde avec mon prochain, mais cela ne fait pas moi un laïcard plein de fiel contre le petit curé des paroisses que les chapelles décorent avec tant de goût. Je porte un regard ''fonctionnel'' sur la chose: la religion est utile pour ses effets de ciment social, même s'il y aurait à redire sur la composition du ciment ici ou là. Certains me sortiront les accords de Latran ou le silence de la papauté de 1942 à 1945. Je n'irais pas jusqu'à ces portes ouvertes défoncées; ''de deux maux le moindre'', a dû décréter Pie XII à cette époque, et je n'épiloguerai pas sur la portée de ce cas de conscience. Je me contenterais de penser plus généralement que l'on ne peut pas croire en Quelqu'un ou Quelque Chose comme un simple moyen ou comme une raison intermédiaire pour en tirer quelque profit pour soi et les autres. Il faut un petit quelque chose de plus que l'on appellera tantôt ''foi'', tantôt ''dimension spirituelle'' ... sans explication très claire à l'appui.

Le volontarisme doxastique a ceci de paradoxal qu'il semble admettre l'hypothèse d'une convention naturelle ou d'une règle nécessaire ... oxyomores? J'en profite pour signaler ce que Jacques Bouveresse a dit des règles grammaticales de Wittgenstein: l'effet d'une force de la règle qui nous fait croire à la nécessité d'une chose très contingente. Mais ce à l'insu des locuteurs, et c'est sur cette note que je conclurai en comparant le locuteur au pratiquant et la grammaire à la religion: une affaire intérieure que les intéressés ne peuvent extérioriser, c'est-à-dire exprimer explicitement sans annuler leur autorité législatrice. Une autorité que l'''on'' crée pour s'y soumettre ensuite en sujets dociles et inconscients de ''son'' statut de créateur, pour ainsi dire. Est-ce être une victime de ses illusions que d'avoir la foi? Allons plus loin: est-ce là une illusion dont on doit se dire ''victime'' ou qui nous est salutaire, tout au contraire? Ce qu'on ne peut dire, il faut le taire, a déclaré le mystique Wittgenstein à la dernière ligne de son Tractatus. Ou plutôt: il faut taire ce que l'on ne doit dire, sous peine d'en détruire l'effet. ''Peut'', ou ''doit''? Mystère du Créateurs et/ou de ses propres créateurs et heureux ignorants.
La religion n'interdit pas l'humour, du moins je l'espère: revenons à mon prophète du rire François Pérusse et une de ses meilleures minutes du peuple, à mon goût. Dans la paix du Christ, pour la peine:

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Je crois aussi et surtout que l'on obtient souvent ce que l'on souhaite pas après avoir renoncé à le souhaiter très fort: le charme naturel et la foi sont sans doute deux exemples typiques de cette loi de dénégation digne de Hegel, sur lequel je reviendrai plus tard. Amen.

F&H

Epistémisons l'ontologie en douceur

Posté le 18.01.2008 par schangels
Une autre personnalité du petit monde philosophique m'a fait le plaisir de répondre à chacune de mes sollicitations: George Englebretsen, professeur à l'Université McGill de Montréal (la même que celle de Mario Bunge, pour qui lit les commentaires) et spécialiste de la logique ancienne défendue par Fred Sommers.
Son cheval de bataille: montrer à rebours d'une histoire de la logique où seuls les vainqueurs ont raison (comme pour toute autre sorte d'histoire, bien sûr) que la logique moderne ne constitue pas la panacée. Contre l'approche fonctionnelle selon la tradition Frege-Russell, il serait bon de revenir à la logique des termes d'Aristote et de proposer un autre symbolisme, d'autres règles de formation des énoncés pour améliorer notre présentation formalisée des langues naturelles.
Je renvoie pour ceci à un ouvrage de M. Englebretsen: Logical Negation , éd. Van Gorcum (1981), 77 pp., dont je m'étais servi cet été afin de parfaire un cours sur la négation logique (ce qui tombait bien, vu le titre).
Mais c'est sur la proposition négative et son rapport aux vérifacteurs que je vous embarque à nouveau ici: c'est que le Professeur ne s'est pas contenté de titiller la logique mais a réfléchi également sur l'ontologie qui l'accompagnait chez Aristote. Voire chez d'autres, d'où quelques autres travaux de son crû sur les "faits bruts" et la constitution du monde en termes de relations d'objets et de faits constitutifs.

Ma saga, dans tout ça? Voici ce que G. Englebretsen pense de la question posée précédemment à Greg Restall:

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Quant à l'affirmation selon laquelle les propositions fausses sont simplement des propositions qui ne sont pas rendues vraies par un vérifacteur, j'éprouve une grande sympathie pour elle. Il n'y a évidemment pas de ''faits négatifs'' qui rendent vraies ces propositions. Je considère que lorsqu'une proposition (négative ou autre) est vraie, elle est rendue vraie par un fait (vérifacteur). Il s'ensuit que pour toute proposition vraie donnée, sa contradictoire sera fausse (n'est pas rendue vraie par un fait).

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Pas de quoi produire un dialogue, pour l'instant, car j'attends encore les commentaires de M. Englebretsen sur ma dernière réplique à Jago-Jedai. Et cela dit, un détail du passage ci-dessus mérite déjà un petit arrêt-pipi:

Une proposition p qui n'est pas rendue vraie par un vérifacteur est fausse. Symboliquement: ~Ea => F(a,p)

Ceux qui ont lu mon dernier article contre Jago sauront à quoi je m'en tiens: pas à cette inférence, en tout cas, puisque l'absence de fait pour p n'implique pas chez moi la vérité de ~p. La fausseté exige pour ma part l'existence d'un fait pour la vérité de ~p, et ce qui distingue Englebretsen de moi-même tient une fois encore aux conditions d'assignation de vérité et de fausseté d'une proposition. Il faut un fait pour moi, il n'en faut pas toujours pour Englebretsen, Jago et Bourne.
Notez toutefois que M. Englebretsen prend le problème dans un autre sens que celui de la vérité des propositions négatives: il parle de la fausseté de propositions affirmatives, et ce choix ne me semble pas accidentel.
Pour la raison suivante: Aristote admettait deux formes de négation, que Englebretsen a qualifiées de "contraffirmation" et "dénégation" (= denial, en anglais). Dans le premier cas, le locuteur affirme que "Chirac n'est pas un clown"; dans le second cas, il nie que Chirac le soit. La différence est parfois mince, mais pas toujours puisqu'il devient insensé d'affirmer une proposition négative lorsque le terme sujet n'existe tout simplement pas. Il est insensé ou dépourvu de sens d'affirmer aujourd'hui que "Le 342e Président de la République Française est un clown", alors qu'il est parfaitement vrai de nier qu'il le soit puisque ce 342e n'existe pas encore.
En bref: les conditions de vérité d'une contraffirmation et d'une dénégation diffèrent lorsque le terme sujet est vide, i.e. ne dénote rien d'existant. Or c'est précisément le cas pour les propositions portant sur un fait indéterminé: il n'y a rien sur quoi la proposition porte déjà, donc il est à la fois insensé d'affirmer la veille qu'une bataille navale aura lieu la veille (sauf si l'on est fataliste ou que l'on souscrit plus généralement au déterminisme des événements futurs) et vrai de le nier. Au sens d'Aristote, en tout cas.
Moralité: si nier que la bataille navale ait lieu donne quelque chose de vrai, l'affirmer devrait donner quelque chose de faux.
Englebretsen a-t-il finalement montré que j'ai tort et que les Jedais ont raison: que la négation d'une proposition p portant sur un fait indéterminée peut être qualifiée de vrai, dans la mesure où p peut être qualifiée de fausse?

NON!!! Je résiste toujours et encore à cette idée d'assimiler vérité et fausseté à toute proposition qui ne dénote rien et parle d'un fait encore inexistant, qu'il ait lieu ou qu'un autre fait incompatible lui barre la route de l'actualisation.
Il me semble que la dénégation dont parle Englebretsen est un acte de dfscours: il est juste ou correct de ne pas affirmer quelque chose sur un sujet qui n'existe pas. Je renvoie ici à l'approche de Strawson en termes de présupposition existentielle comme condition minimale de vérité ou fausseté d'un énoncé. Et puisqu'un dessin vaut souvent bien mieux que de longs discours (un peu tard pour le constater, ici), voici une comparaison des approches épistémique et ontologique de la vérité, dont Bourne m'avait reproché de faire un mélange confondant et de l'associer injustement à Bourne. Je placerai la dénégation d'Aristote dans la théorie épistémique, partie "incorrect" (valeur d'une déclaration, qu'il ne faut pas confondre avec la valeur de vérité d'une proposition).



Théorie épistémique CORRECT INCORRECT


Théorie ontologique
VRAI NI VRAI NI FAUX FAUX

NON-VRAI

Théorie modale
NECESSAIRE CONTINGENT IMPOSSIBLE

NON-NECESSAIRE

La répartition des valeurs se fait sur deux étages, et la théorie épistémique ne contient que deux valeurs possibles qui sont la correction et l'incorrection. Ce qui n'est pas sans rapport avec la thèse de réduction de Suszko (cf. "Problème Philosophique n°1", mais j'y reviendrai plus tard).

Une théorie formelle des valeurs de vérité permettrait d'apporter un peu d'éclairage et de distinction entre les différentes interprétations que nous avons des valeurs de vérité. Ce qui constitue précisément mon projet postdoctoral, avec l'appui de M. Englebretsen mais sans admettre ses règles de valuation pour autant.

Je m'en tiendrai une fois encore à ceci:
T(a,~p) = F(a,p)
E!a => F(a,p), où a est un fait incompatible avec ce qui permettrait de rendre p vraie.
Il me faut donc quoi qu'il en soit un fait sonnant et trébuchant pour attribuer qui la vérité, qui la fausseté à une proposition, qu'elle soit affirmative ou négative. Attribuer la vérité à une négation, c'est restaurer la distinction que j'avais faite contre Bourne entre "être vrai" et "dire la vérité".
Je m'en tiendrai là pour l'instant, parce qu'un match de ping m'attend dans une heure et que je vais être foutrement en retard. Comme toujours, mais ce ne sont là que des contingences devant l'essentiel qui suit. La musique, avec un bon Basement Jaxx qui déchire son espèce naturelle:

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F&H

Grégarisme

Posté le 18.01.2008 par schangels
Avec la permission expresse de son interlocuteur privilégié, voici l'extrait d'une petite discussion en ligne que j'ai eu le plaisir de mener avec Greg Restall. Comment vivait-on avant internet? Je ne sais ni ... l'avantage d'écrire à un professeur à la fois connaisseur et suffisamment sympathique pour daigner vous répondre le jour même de votre mail. Ce qui est loin d'être toujours le cas, et je connais certains lecteurs de ce billet qui confimeront en silence.
Le sujet: les vérifacteurs, toujours et encore au milieu de la saga métaphysique qui attend son prochain volet.
A la question de savoir ce que Greg entendait par un "vérifacteur" et s'il admettait les "faits négatifs", plusieurs distinctions conceptuelles on été faites qui m'ont permis d'y voir plus clair sur Jago-Jedai, notamment. Précision: ledit Jedai m'a répondu hier à un mail daté de Noël ... aucun signe de dédain dans son retard, seulement une paresse toute flegmatique dont il m'a fait part. Il faut savoir attendre pour apprécier.
Le dialogue, donc, puis quelques précisions qui s'ensuivront.


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Question de départ:
schangels l'absence d'un fait pour p entraîne-t-elle que ~p est vraie?
(Sujet central de la saga Bourne&Jago vs. schangels, pour rappel)

Greg Quant à ta question: à n'en pas douter, si tu penses que p est vraie ssi il y a un vérifacteur pour p, alors il est naturel d'en conclure à la fois que p n'est pas vraie ssi il n'y a pas de vérifacteur pour p et que ~p est vraie ssi il y a un vérifacteur pour ~p. Si tu penses que ~p est vraie ssi p n'est pas vraie, alors cela devrait être équivalent.

schangels Tu as raison sur ce point: si nous avons (E!a => p), alors nous avons (~p => ~E!a) par contraposition. Mais mon argument central porte sur la relation entre "~p", "ne pas être vrai", et "être faux".

Greg Certes. Je comprends bien.

schangels Si "le fait pour p de n'être pas vraie" est une conséquence logique du "fait de ne pas avoir de vérifacteur correspondant", cela implique-t-il que ~p est "vraie", comme le prétend l'article initial de Bourne? Je ne pense pas, en raison de mon peu de sympathie pour les faits négatifs. Donc le tiers exclu ne peut pas être maintenu lorsqu'il n'y a pas de vérifacteur à l'appui.

Greg C'est juste.

schangels L'essentiel de ma remarque concerne donc la relation logique entre le fait pour p de ne pas être vraie et le fait pour ~p d'être vraie: je refuse cette inférence, d'où la position de type intuitionniste que j'associe à Aristote dans son Ch. IX de De l'Interprétation. Chose assez ironique, peut-être, puisque le Stagirite voulait maintenir le tiers exclu. Mais si c'est le cas, son supposé refus des "faits négatifs" (qu'est-ce qu'un "fait", selon lui?) aurait dû l'amener à accepter la non-vérifonctionnalité ainsi que dans la supervaluation de van Fraassen.

Greg C'est juste – cela permet de comprendre position.

schangels Un autre détail qui a son importance: Patzig a prétendu que parler de la vérité d'une proposition complexe n'avait pas de sens pour Aristote.

Greg La difficulté, bien entendu, est de découvrir ce que pourrait être un vérifacteur pour des exemples de propositions de ce genre (telle la déclaration selon laquelle n'y a pas de licornes).

schangels Le problème apparaît en rapport aux vérifacteurs des propositions négatives, en effet! Et je suppose que tu es toi-même très familier de ce genre de sujet (depuis Russell&Demos jusqu'à Beall&Read ... et tes propres articles sur la question).

Greg Je pense que les théories robustes des vérifacteurs devraient prétendre qu'il y a des choses de ce genre, même si ce point de vue est plus radical que bon nombre de personnes veulent le dire, puisqu'elle t'engage soit dans sur des faits de totalité, ou sur d'autres entité étranges comme les absences.

schangels Un point de vue très métaphysique et exotique, en effet. Admets-tu personnellement les vérifacteurs pour ce que l'on appelle les "faits complexes", ce qui revient par exemple à faire une distinction entre les vérifacteurs de A et B et les vérifacteurs de A&B? Cela revient à discréditer la théorie de l'image du Tractatus de Wittgenstein et son ontologie composée de faits atomiques.

Greg Je ne défends de théorie en particulier, ici – je ne suis pas engagé sur une position concernant les vérifacteurs. Lorsque je réfléchis sur l'idée de vérifacteurs qui entraînent l'existence (x |= p iff E!x => p), je ne vois alors aucune raison de penser qu'il y a "un" vérifacteur ou un unique vérifacteur minimal pour les énoncés particuliers. Je ne pense pas qu'il y ait une distinction ou quoi que ce soit d'autre à faire entre le type de vérifacteur pour A&B et celui pour A ou pour B (ou pour ~A). Mais pour les conjonctions ou négations ''particulières'', ou les déclarations quantifiées universellement, il se peut que le vérifacteur exigé repose sur une position métaphysique particulièrement exotique. En revanche, si tu penses qu'il y a un seul vérifacteur minimal pour ''toute'' vérité –un objet w tel que pour tout p, si p alors (E!w => p) – alors celui-ci fonctionnera comme un vérifacteur pour "tout". Ce serait quelque chose qui existe dans le monde et en aucune autre circonstance. S'il y a une chose de ce genre, elle compte comme un vérifacteur pour tout ...

- Transition de Greg sur les entités appelées "absences" qui sont censées rendre vraies les propositions existentielles négatives, de type "Il n'y a pas de licornes" -

Greg Ces entités exotiques n'ont rien de très aguichant pour un humien, à tout le moins, lequel n'aime pas les connexions nécessaires entre des existences distinctes - cet objet que voici (qui rend vrai le fait qu'il n'y a pas de licornes) ne semble exister (par nécessité) que lorsque d'autres choses n'existent pas. Qu'est-ce donc? Certaines aiment à qualifier ces choses de "faits négatifs", bien que j'apprécie pas ce vocabulaire. Un fait ou vérifacteur "de totalité" (quelque chose qui rend vrai toute vérité) rendra vraies la totalité des vérités négatives, mais il ne semble pas particulièrement "négatif".

schangels Parler de "faits" a de quoi laisser perplexe, d'autant plus pour moi qui apprécie la vision du monde holistique de Quine et ne favorise pas une distinction claire et nette entre faits et théories.
Comment défininirais-tu un "fait", à la fois par rapport aux propositions et aux événements? Je serais enclin à présenter un fait comme un événement qui s'est déjà produit, de sorte qu'il n'y aurait pas de "fait" pour la bataille navale d'Aristote.

Greg Je ne sais pas ... je pense qu'il y a une véritable discontinuité sur la façon dont les gens pensent les faits. Il y a la conception linguistique (le double d'une proposition vraie) et il y a la conception ontologique, tel le vérifacteur (une ''chose'' dont l'existence entraîne la vérité d'une proposition). Je préfère le second portrait, mais dans ce portrait il n'est pas nécessaire d'avoir une chose telle que "le fait" que p. Après tout, il se peut qu'il y ait plus d'une chose dont l'existence entraîne p.
En ce qui concerne la bataille navale, ce que tu considères comme un fait s'il y en a un peut ne pas être quelque chose qui existe (ou existe pleinement) "à présent". Quant à savoir si tu entends par exister un sens différent (ou atemporel), cela dépend des positions métaphysiques en jeu...

schangels A moins de faire une distinction fondamentale entre énoncés ("une bataille navale aura lieu") et propositions (qu'une bataille navale a lieu, avec ce que l'on appelle un "présent spécieux"), comme l'ont fait Kneale&Kneale et Patzig, de sorte que l'introduction de faits positifs et négatifs paraîtrait hors de propos ou résulter d'une présentation faussée du problème.

Greg Ainsi, certains proposent une doctrine plus faible que l'affirmation selon laquelle chaque vérité a un vérifacteur – telle celle selon laquelle toute vérité a un vérifacteur ou n'a pas de falsifacteur, où un falsifacteur pour "il n'y pas de licornes" est un vérifacteur pour ''il y a une licorne''.
Ton exemple ci-dessus ressemble à quelque chose comme F~p = Tp
En résulte-t-il aussi qu'un falsifacteur pour "Il y a des licornes" est un vérifacteur pour "Il n'y a pas de licornes", c'est-à-dire: Fp = T~p?
Eh bien, disons que cela ''peut'' s'en suivre mais, comme tu le signales plus bas, cela ne ''doit pas'' s'en suivre.

schangels Ma propre position consiste à refuser l'inférence Fp = T~p et à admettre seulement Fp = ~Tp. En un mot, la question de savoir si un falsifacteur est équivalent à un non-vérifacteur n'est pas claire pour moi. Il ne l'est pour Aristotle, ce que j'ai prétendu contre la position de Bourne&Jago.

Greg Une doctrine plus faible encore (qui ne mérite guère l'appellation de théorie des "vérifacteurs", je pense) est l'affirmation selon laquelle la vérié survient sur l'être – il n'y a pas deux mondes qui s'accordent sur ce qui existe tant qu'ils ne s'accordent pas sur ce qui est vrai.

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Notez la prudence de Greg dans ses affirmations et ses prises de position: il ne s'agit pas tant de statuer sur le vérifacteur que de soupeser les implications de chaque position. Une posture toute conditionnelle de sa part et qui caractérise selon moi le travail du philosophe analytique.
On aimerait parfois que le travail d'inventaire méticuleux s'accompagne également d'une conviction personnelle de la part des auteurs. Mais comment et pourquoi s'engager sur la nature des vérifacteurs ou la théorie de la vérité-correspondance qui l'enveloppe? Difficile d'engager sa personne sur des questions aussi abstraites et détachées de nos intérêts quotidiens, certes.
Je reviendrai également sur la remarque d'un autre auteur connaisseur et pas moins sympathique, dans un billet à venir dès cet après-midi (si possible).

D'ici là, je profite de ces envolées métaphysique pour déposer quelques notes du plus conceptuel des compositeurs de rock symphonique: Alan Parsons. Et puisqu'un (psycho)trope peut toujours en cacher un autre en dehors de l'espace-temps, autant servir deux morceaux à la suite.
"Mammagamma" (1982), pour commencer avec le plus couronné des albums de l'ex-Alan Parsons Project: un morceau instrumental que j'ai entendu quelques centaines de fois pendant ma prime jeunesse verdunoise, à une époque où les visites familiales du dimanche midi s'accompagnaient de routes vallonnées aussi douloureuses pour l'estomac que l'odeur des Peter Stuyvesant fumées par mon conducteur de père. Mais je m'égare.

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"The Raven" (1976), pour terminer avec le tout premier album dédié à Edgar Alan Poe:

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F&H

Truthmakers IV: La Menace Fantôme

Posté le 13.01.2008 par schangels
L'Empire ne lâche rien. Ou plutôt: ses mercenaires ont la dent dure, même si leur présence du côté des Forces Anti-Exclusives doit plus à la faiblesse des arguments adverses qu'au mérite de l'Armée Trivalente. Du moins le pensent-ils ...
La Menace Fantôme est celle dont Jago s'est servie pour contrer ma dernière contre-attaque, au sein d'un enchevêtrement qui se fait compliqué mais tient ici à l'idée suivante: Jago-Jedai considère qu'une absence de vérifacteur pour p suffit pour prétendre à la vérité de sa négation ~p; je dis que non, en raison de la propriété relationnelle des notions de vérité et de fausseté et qui exigent la présence d'un fait avéré à l'appui. Pas de fait, pas de valeur déterminée. C'est simple, peut-être trop. Mais c'est mon argument et je m'y tiens comme à une raison de comprendre l'embarras de Yodaristote et de refuser l'astuce de la négation non-normale.
En avant vers le dernier épisode en date, que je soumettrai probablement en cours de semaine prochaine ...

Référence:
F. Schang, "On Truthmaking for Negative Propositions", à soumettre in The Reasoner


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Sur la vérifactorisation des propositions négatives

Excepté un malentendu sans incidence entre la vérité ''portant sur'' et ''concernant'' les propositions, j'ai tiré profit de la réponse de Jago à mon objection de départ contre la matrice non-normale de Bourne (2007: 'Bourne's Negation: No Equivocation', The Reasoner 2(1), 7) tout en essayant de défendre l'argumentation que voici:

(A) Jago a raison de dire que j'ai introduit (au risque de porter à confusion) une inteprétation épistémique de la vérité dans la matrice de Bourne, avec ma distinction entre ''être vrai'' et ''dire la vérité''.
Il a raison de prétendre que le fait de dénier la vérité d'une proposition a une signification ontologique pour Bourne, de sorte que mon explication en termes de déclarations ou d'assertions peut être laissée de côté. Bien que mon intention de départ fût de donner un sens charitable à la négation non-normale de Bourne, celle-ci n'a pas besoin de ma charité pour faire sens.

Et cependant, permettez-moi de croire que j'ai procédé ainsi (2007: ''Truth and Truthmakers. Reply to Bourne's Negation'', The Reasoner 1(8), 5-6) parce que quelque chose ne tournait pas rond dans les valuations de Bourne. En effet,

(B) Jago a tort de dire qu'il n'y a pas de confusion dans la matrice de Bourne, tout au moins en ce qui concerne ce que je considère comme une incohérence dans sa combinaison des valeurs indéterminée et déterminées.
Le meilleur moyen dont je dispose pour mettre tout ceci au clair est de répondre à quelques questions fermées portant sur mes présuppositions métaphysiques.

Q1. Est-ce que je considère la vérité comme une propriété monadique?
R1. Non.
Une proposition n'est pas vraie ou fausse comme une rose peut être rouge ou blanche, elle doit être reliée à quelque chose pour recevoir une valeur.

Q2. Est-ce que je considère la vérité comme une propriété relationnelle?
R2. Oui.
Moi et Jago considérons la vérité comme un métaprédicat à deux places entre un porteur de vérité (une proposition p dans un langage) et un vérifacteur (un fait a dans le monde).
Symboliquement: T(a,p).
Conformément à l'affirmation de Jago, cela signifie logiquement qu'une proposition p est vraie seulement si elle a un vérifacteur, c'est-à-dire un fait a qui la rend vraie.
Symboliquement, la définition de la vérifactorisation (abréviation: VF) est la suivante:
(VF) E!a => T(a,p)

Q3. Est-ce que j'accepte les faits négatifs?
R3. Non.
Il n'y a de négatif que des propositions telles que ~p; les faits sont bruts et ne peuvent être qualifiés de positifs ou négatifs, qualificatifs qui se rapportent uniquement à des propositions dans un langage.

Q4. Ai-je besoin de falsifacteurs, en plus de vérifacteurs?
R4. Non.
Falsifacteurs et vérifacteurs sont simplement duaux, au sens où ce qui rend p fausse rend dans le même temps ~p vraie.
Symboliquement:
(1) F(a,p) = T(a,~p)

Q5. Est-ce que j'assimile la non-vérité à la fausseté?
R5. Non.
C'est ce qui fait la différence entre moi et Jago, de même que Bourne qui inférait la vérité d'une proposition du fait que sa négation ne soit pas vraie.
Symboliquement, je rejette donc les équivalentes ci-dessous:
(2) ~T(a,p) = F(a,p)
(3) ~T(a,p) = T(a,~p) en vertu de (1)

A l'inverse, Jago les a entérinées de concert avec Bourne: "p est vraie (de façon déterminée) si et seulement si p n'est pas vraie (de façon déterminée), c'est-à-dire si et seulement si p n'a pas de vérifacteur (de façon déterminée). Donc si p est évaluée avec une valeur autre que 1, alors ce n'est pas le cas qu'elle a (de façon déterminée) un vérifacteur (il se peut qu'elle n'en ait pas une de façon déterminée, ou il se peut qu'il n'y ait pas de fait déterminé dans un sens ou dans l'autre), auquel cas ~p est évaluée avec 1".

Je répondrai par trois choses principales:
(C) être vrai de façon déterminée est une expression redondante, dans la mesure où être indéterminé revient à n'être ni vrai ni faux, c'est-à-dire n'avoir aucune valeur déterminée.
(D) ne pas avoir de vérifacteur pour p n'a pas pour conséquence logique le fait que ~p soit vraie, et ~p est indéterminée aussi longtemps que p n'a pas de fait déterminé qui la rende vraie ou fausse.
Nous avons ici que j'appelle la version faible de la vérifactorisation, à savoir:

(VF1) ~E!a => T(a,~p)

Contre cette condition faible pour rendre une proposition vraie en l'absence de fait falsificateur correspondant, je soutiens une version forte:

(VF2) E!b => T(b,~p)
où b est un fait qui rend p fausse et ~p vraie, donc. Mais en l'absence de a et b, p ne peut être qu'indéterminée.
Ce qui me conduit à la dernière question, en rapport avec Q3:

Q6. Suis-je tenu d'admettre des faits négatifs avec (VF2)?
R6. Non.
Un fait qui rend fausse une proposition n'est pas un fait négatif: un fact est un fait, c'est tout. Un fait qui rend p fausse doit plutôt être incompatible avec ce qui rend p vraie. Par exemple, que la bataille navale est remportée par les Grecs au final est incompatible avec sa victoire par les Perses. En revanche, parler de la "vérité" de sa non-réalisation est une chose incohérente. Cette règle présuppose une ontologie spécifique avec des combinaisons possibles et impossibles entre les faits, mais l'espace manque ici pour entrer dans les détails.

Permettez-moi de finir avec deux conclusions:
(E) Je pense qu'Aristote a soutenu (VF2) dans son Chapitre IX, d'où son refus de donner des valeurs de vérité déterminées à une proposition portant sur des événements indéterminés. Puisque mon (VF2) rappelle la négation intuitionniste ou négation forte, un moyen non-vérifonctionnel pour Aristote de l'appuyer tout en maintenant le tiers exclu peut consister à exiger un fait complexe pour la vérité de ''pv~p'' sans faits simples ni pour ''p'' ni pour ''~p''; mais c'est là une autre histoire qu'il faudrait développer par la suite.
(F) Je pense que Bourne a présenté une matrice incohérente, parce qu'il continue d'attribuer 1/2 aux propositions contingentes tout en prétendant que l'absence de falsifacteurs ou vérifacteurs pour ces propositions suffit à les rendre respectivement vraies ou fausses. Grâce au (VF1) explicite de Jago, je répète ainsi que la matrice correspondante de Bourne restaure de ce fait la bivalence et ne peut pas être maintenue sous une forme trivalente. ~1/2 = 1 n'y a pas de sens, ~0 = 1 en a un.

D'autres notions mériteraient d'être revues en détail, par exemple les faits incompatibles ou les faits généraux; mais cela devrait se faire plus tard. Mon objectif principal ici fut d'utiliser les précieux commentaires de Jago afin de dévoiler nos présuppositions métaphysiques divergentes sur la vérifactorisation.

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Dernière salve d'arguments en l'état. Rien de révolutionnaire ici, puisque ma version forte de la vérifactorisation passe à la fois par un rejet des faits négatifs et une loi d'incompatibilité des faits. Celle-ci avait été avancée en 1917 par un élève de Russell: Raphaël Demos, opposé à son professeur parce qu'il refusait l'existence de faits négatifs. Cf. "A Discussion of a Certain Type of Negative Proposition", in Mind 26(102), pp. 188-196. Je n'ai fait que marcher sur ses plates-bandes ici, et il reste à justifier cette règle ontologique d'incompatibilité des faits sans passer par la loi de non-contradiction. Auquel cas il y aurait un risque de pétition de principe pour expliquer le logique par l'ontologique ... un problème fondationnel, pour qui s'y intéresse encore.

La force blanche pourra-t-elle se remettre d'une attaque au sein même des présuppositions ontologiques sur les vérifacteurs? Je vois mal comment parler de vérité ou de fausseté sans un fait à l'appui, moyennant la définition relationnelle de ces valeurs de vérité. Pas de fait, pas de relation. Pas de relation, pas de valeurs déterminées. Pas de valeurs déterminées, pas de ~1/2 = 1 qui tienne. CQFD? Il y a trop de retournements, tenants et aboutissants, arguments à double-fond et lapins sortis des chapeaux analytiques pour être aussi présomptueux.

Et puisque tout doit toujours finir en musique, restons sur une note fantomatique et passons au moulinet du comigothique et amateur de nanars fantastiques Rob Zombie: "Dragula".

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Pas de blanc, pas de noir: tout est gris, même si la théorie a horreur des mélanges et constate les difficultés à force de jouer sur le binaire.
Je n'ai rien oublié? Que si: les aventures trépidantes de Ched le manager nocturne. Episode IV, comme il se doit ici.

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F&H



Petite cure de Stagirite

Posté le 12.01.2008 par schangels
Retour vers le passé: normal, me direz-vous si vous passez dans le coin. D'autant plus normal qu'Aristote de Stagire n'eut jamais admis de négation non-normale telle que Bourne l'a proposée plus tôt dans sa matrice. Revenons un moment là où tout a commencé: le doute de Yodaristote sur ses propres forces logiques, et sa réponse de fortune que d'autres Jedai en culotte plus courte tentent de préserver deux millénaires et quatre siècles plus tard.

La saga des truthmakers remonte loin avant Jean-Claude, puisqu'elle a été suscitée ici par le Chapitre IX d'Aristote dans son De l'Interpretation. J'ai déjà expliqué le pourquoi du comment plus tôt, mais je n'avais pas présenté le texte en question jusqu'ici.
Voilà qui sera fait désormais, avec en prime une traduction comparative français-anglais pour noter quelques ambiguïtés sur le sens de la négation.
Parce que la traduction Vrin de Jean Tricot n'est pas toujours fiable par endroits (le livre Gamma 3 de la Métaphysique parlait par exemple de "croyances contradictoires" là où il faudrait parler de croyances contraires dont les contenus propositionnels sont contradictoires), j'ai repris la version française de Jules Vuillemin parue dans son article "Le Chapitre IX du De Interpretatione d'Aristote. Vers une réhabilitation de l'opinion comme connaissance probable des choses contingentes", in Philosophiques 10(1) (avril 1983), pp. 15-52.

Vous pourrez constater notamment dans ce qui suit que "denial" est rendu tantôt par la négation locutoire (p est faux), tantôt par la négation illocutoire (je dis que p est faux). Bien que cette différence soit sans importance pour l'onto-logique du Stagirite, puisque les propositions n'étaient pour lui que "les symboles des états de l'âme" et que les choses sont comme on les dit, pour faire court, dire la vérité et être vrai, "being untrue" et "being false", "sentence" et "statement" revenaient au même pour lui. Mais pas pour moi, raison pour laquelle j'avais attaqué Bourne-Skylwaker dans un billet précédent (cf. "Truthmakers II: l'Empire Contre-Attaque").
Vous pourrez donc comparer et apprécier la nuance entre les versions française et anglaises ci-dessus. Là où tout a commencé ...


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De l'Interprétation, Chapitre IX

18a28.
S'appliquant à ce qui est et à ce qui fut, il est nécessaire que ou l'affirmation ou la négation soit vraie ou fausse.
In the case of that which is or which has taken place, propositions, whether positive or negative, must be true or false.
Et s'appliquant aux choses universelles en tant qu'universelles, toujours l'une est vraie, l'autre fausse et s'appliquant aux choses singulières, il en va de même comme on l'a dit.
Again, in the case of a pair of contradictories, either when the subject is universal and the propositions are of a universal character, or when it is individual, as has been said, one of the two must be true and the other false;
Mais, s'appliquant aux choses universelles qui ne sont pas dites en tant qu'universelles, cela n'est pas nécessaire ; on en a également parlé.
whereas when the subject is universal, but the propositions are not of a universal character, there is no such necessity. We have discussed this type also in a previous chapter.
Cependant, s'appliquant aux choses singulières et futures, il n'en va pas de même.
When the subject, however, is individual, and that which is predicated of it relates to the future, the case is altered.

18a34.
En effet si toute affirmation ou négation est ou vraie ou fausse, il est nécessaire aussi pour toute chose d'exister ou de ne pas exister.
For if all propositions whether positive or negative are either true or false, then any given predicate must either belong to the subject or not,
Car si quelqu'un dit que telle chose sera, tandis que quelqu'un d'autre dit que cette même chose ne sera pas, il est évident que nécessairement l'un des deux seulement dit la vérité, puisque toute affirmation est ou vraie ou fausse.
so that if one man affirms that an event of a given character will take place and another denies it, it is plain that the statement of the one will correspond with reality and that of the other will not.
En effet, s'appliquant à ce genre de choses, il n'arrivera pas que les deux disent simultanément la vérité.
For the predicate cannot both belong and not belong to the subject at one and the same time with regard to the future.

18a39.
Car s'il est vrai de dire que le blanc ou que le non blanc est, il est nécessaire pour le blanc ou pour le non blanc d'être, (18b) et si le blanc ou le non blanc est, il était vrai de l'affirmer ou de le nier.
Thus, if it is true to say that a thing is white, it must necessarily be white; if the reverse proposition is true, it will of necessity not be white. Again, if it is white, the proposition stating that it is white was true; if it is not white, the proposition to the opposite effect was true.
Et si le blanc n'est pas, on est dans l'erreur, et si on est dans l'erreur, le blanc n'est pas.
And if it is not white, the man who states that it is making a false statement; and if the man who states that it is white is making a false statement, it follows that it is not white.
Il en résulte qu'il est nécessaire que ou l'affirmation ou la négation soit vraie.
It may therefore be argued that it is necessary that affirmations or denials must be either true or false.

18b5.
Rien alors n'est ni ne devient soit par l'effet du hasard, soit d'une manière indéterminée, rien qui sera ou ne sera pas, mais tout arrive nécessairement et sans aucune indétermination.
Now if this be so, nothing is or takes place fortuitously, either in the present or in the future, and there are no real alternatives; everything takes place of necessity and is fixed.
En effet ou bien c'est celui qui affirme qui dit la vérité, ou bien c'est celui qui nie. Sinon c'est indifféremment qu'un événement arriverait ou n'arriverait pas.
For either he that affirms that it will take place or he that denies this is in correspondence with fact, whereas if things did not take place of necessity, an event might just as easily not happen as happen;
Car ce qui est indéterminé ne se produit ou ne produira pas plutôt de cette façon que de cette autre.
for the meaning of the word 'fortuitous' with regard to present or future events is that reality is so constituted that it may issue in either of two opposite directions.

18b9.
En outre, si le blanc est maintenant, il était vrai antérieurement de dire que le blanc sera, en sorte qu'il était toujours vrai de dire de n'importe quel événement qu'il sera.
Again, if a thing is white now, it was true before to say that it would be white, so that of anything that has taken place it was always true to say 'it is' or 'it will be'.
Mais s'il était toujours vrai de dire qu'il est ou qu'il sera, il n'est pas possible qu'il ne soit pas ou qu'il ne sera pas. Mais ce qui ne peut pas ne pas arriver, il est impossible qu'il n'arrive pas.
But if it was always true to say that a thing is or will be, it is not possible that it should not be or not be about to be, and when a thing cannot not come to be, it is impossible that it should not come to be,
Et ce qui est dans l'impossibilité de ne pas arriver arrivé nécessairement.
and when it is impossible that it should not come to be, it must come to be.
Donc tous les futurs arrivent nécessairement.
All, then, that is about to be must of necessity take place.

18b15.
En conséquence rien ne sera de façon indéterminée pu par l'effet du hasard ; car ce qui dépend du hasard n'est pas nécessairement.
It results from this that nothing is uncertain or fortuitous, for if it were fortuitous it would not be necessary.

18b17.
Il n'est pas non plus possible de dire que ni l'affirmation ni la négation ne sont vraies, par exemple de tel événement ni qu'il sera ni qu'il ne sera pas.
Again, to say that neither the affirmation nor the denial is true, maintaining, let us say, that an event neither will take place nor will not take place, is to take up a position impossible to defend.
D'abord, si l'affirmation est fausse, la négation alors n'est pas vraie et si la négation est fausse il arrive que la négation n'est pas vraie.
In the first place, though facts should prove the one proposition false, the opposite would still be untrue.
Et, de plus, s'il est vrai de dire qu'une chose est blanche et noire, il faut que les deux qualités lui appartiennent.
Secondly, if it was true to say that a thing was both white and large, both these qualities must necessarily belong to it;
Lui appartiendront-elles jusqu'à demain, alors elles lui appartiendront jusqu'à demain.
and if they will belong to it the next day, they must necessarily belong to it the next day.
Supposons, en revanche, que demain l'événement ni ne sera ni ne sera pas: rien d'indéterminé n'aurait alors lieu, telle une bataille navale.
But if an event is neither to take place nor not to take place the next day, the element of chance will be eliminated.
Car il faudrait à la bataille navale ni n'arriver, ni ne pas arriver.
For example, it would be necessary that a sea-fight should neither take place nor fail to take place on the next day.

18b26.
Telles sont donc, avec d'autres semblables, les absurdités qui se produisent, si, pour toute affirmation et négation, soit s'appliquant à des universels en tant qu'universels soit s'appliquant aux choses singulières, il est nécessaire que l'une des opposées soit vraie, l'autre fausse et s'il n'y a rien d'indéterminé dans les événements mais que tout soit et arrive par l'effet de la nécessité.
These awkward results and others of the same kind follow, if it is an irrefragable law that of every pair of contradictory propositions, whether they have regard to universals and are stated as universally applicable, or whether they have regard to individuals, one must be true and the other false, and that there are no real alternatives, but that all that is or takes place is the outcome of necessity.
En conséquence, il n'y aurait plus à délibérer ni à se donner de la peine, dans l'idée que, si nous accomplissons telle action, tel résultat suivra, tandis que si nous ne l'accomplissons pas, ce résultat ne suivra pas.
There would be no need to deliberate or to take trouble, on the supposition that if we should adopt a certain course, a certain result would follow, while, if we did not, the result would not follow.

18b34.
Rien n'empêche, en effet, que dix mille ans à l'avance, celui-ci dise que ceci sera, celui-là que ceci ne sera pas, en sorte que nécessairement sera celui des deux cas qu'il était vrai alors de prédire.
For a man may predict an event ten thousand years beforehand, and another may predict the reverse; that which was truly predicted at the moment in the past will of necessity take place in the fullness of time.
D'ailleurs peu importe qu'il y ait eu des gens à former l'affirmation ou la négation.
Further, it makes no difference whether people have or have not actually made the contradictory statements.
Car il est clair que la réalité est ce qu'elle est, même s'il n'y a eu personne à former l'affirmation et la négation.
For it is manifest that the circumstances are not influenced by the fact of an affirmation or denial on the part of anyone.
En effet ce n'est pas parce qu'il l'a affirmé, ou nié que l'événement sera ou ne sera pas, quand bien même on l'aurait annoncé dix mille ans à l'avance plutôt qu'à n'importe quel autre moment.
For events will not take place or fail to take place because it was stated that they would or would not take place, nor is this any more the case if the prediction dates back ten thousand years or any other space of time.
Il en résulte que si, de tout temps, il en allait de telle sorte (19a) que l'une des propositions contradictoires disait la vérité, il était nécessaire que cela arrive et chacun des événements s'est alors toujours déroulé de façon à arriver nécessairement.
Wherefore, if through all time the nature of things was so constituted that a prediction about an event was true, then through all time it was necessary that that should find fulfillment; and with regard to all events, circumstances have always been such that their occurrence is a matter of necessity.
Car ce dont on a dit avec vérité qu'il sera, il n'est pas possible qu'il n'arrive pas ; et quant à ce qui est arrivé, il était toujours vrai de dire qu'il sera.
For that of which someone has said truly that it will be, cannot fail to take place; and of that which takes place, it was always true to say that it would be.

19a6.
Si ces conséquences sont impossibles, — nous voyons en effet que le principe des futurs est à partir de la délibération comme de l'action et que la puissance d'être et de ne pas être est entièrement dans les choses qui n'existent pas toujours en acte, choses qui, puisqu'elles peuvent être ou ne pas être aussi bien l'une que l'autre, peuvent donc aussi arriver et ne pas arriver.
Yet this view leads to an impossible conclusion; for we see that both deliberation and action are causative with regard to the future, and that, to speak more generally, in those things which are not continuously actual there is potentiality in either direction.
De nombreux cas de ce genre nous sont visibles.
Such things may either be or not be; events also therefore may either take place or not take place. There are many obvious instances of this.
Par exemple, ce vêtement peut être coupé en deux et ne pas être coupé en deux, mais s'user auparavant.
It is possible that this coat may be cut in half, and yet it may not be cut in half, but wear out first.
De même, il peut ne pas être coupé, car il ne pourrait plus s'user auparavant, s'il n'avait pas la possibilité de ne pas être coupé en deux.
In the same way, it is possible that it should not be cut in half; unless this were so, it would not be possible that it should wear out first.
Aussi, il en va de même pour tous les autres événements qui sont dits selon le même genre de puissance,
So it is therefore with all other events which possess this kind of potentiality.
— il est alors évident que tout ni n'est ni n'arrive par l'effet de la nécessité, mais que pour certaines choses elles se produisent de façon indéterminée et qu'alors l'affirmation ou la négation ne sont pas plus vraies l'une que l'autre, alors que, pour certaines autres, l'une des deux est vraie le plus fréquemment, bien qu'il se produise que l'autre arrive et non pas elle.
It is therefore plain that it is not of necessity that everything is or takes place; but in some instances there are real alternatives, in which case the affirmation is no more true and no more false than the denial; while some exhibit a predisposition and general tendency in one direction or the other, and yet can issue in the opposite direction by exception.

19a23.
Il est nécessaire que ce qui est soit tant qu'il est et que ce qui n'est pas ne soit pas tant qu'il n'est pas.
Now that which is must needs be when it is, and that which is not must needs not be when it is not.
Mais ce n'est pas pour autant que ce soit nécessairement que tout ce qui est est ni que tout ce qui n'est pas n'est pas.
Yet it cannot be said without qualification that all existence and non-existence is the outcome of necessity.
Car c'est une chose que tout ce qui est est nécessairement quand il est, et c'en est une autre qu'il est nécessairement d'une façon simple. Il en est de même pour tout ce qui n'est pas.
For there is a difference between saying that that which is, when it is, must needs be, and simply saying that all that is must needs be, and similarly in the case of that which is not.

19a27.
Le même argument s'applique aussi à la contradiction. Tout nécessairement est ou n'est pas, sera ou ne sera pas, sans dire pour autant, si l'on divise, que l'un des deux est nécessaire.
In the case, also, of two contradictory propositions this holds good. Everything must either be or not be, whether in the present or in the future, but it is not always possible to distinguish and state determinately which of these alternatives must necessarily come about.

19a30.
Je prends un exemple. C'est nécessairement que demain il y aura ou il n'y aura pas bataille navale. Mais ce n'est pas pour autant ni qu'une bataille navale arrive nécessairement demain ni qu'elle n'arrive pas. Ce qui est nécessaire cependant, c'est qu'elle arrive ou n'arrive pas.
Let me illustrate. A sea-fight must either take place tomorrow or not, but it is not necessary that it should take place tomorrow, neither is it necessary that it should not take place, yet it is necessary that it either should or should not take place to-morrow.

19a32.
En conséquence, puisque les propositions sont vraies autant qu'elles se conforment aux choses mêmes, il est clair que chaque fois que celles-ci se comportent de façon indéterminée et sont en puissance de contraires, il est nécessaire qu'il en aille de même aussi pour la contradiction.
Since propositions correspond with facts, it is evident that when in future events there is a real alternative, and a potentiality in contrary directions, the corresponding affirmation and denial have the same character.
C'est ce qui se passe pour les êtres qui ne sont pas toujours existants ou qui ne sont pas toujours non existants. Car il est nécessaire alors que l'une des deux propositions contradictoires soit vraie ou fausse, mais ce n'est pas celle-ci ou celle-là, mais n'importe laquelle et quand l'une est plus vraie que l'autre, elle n'est pas cependant déjà vraie ou fausse.
This is the case with regard to that which is not always existent or not always nonexistent. One of the two propositions in such instances must be true and the other false, but we cannot say determinately that this or that is false, but must leave the alternative undecided.
En conséquence, il est clair qu'il n'est pas nécessaire que, pour toute affirmation ou négation prise parmi des propositions opposées l'une soit vraie, l'autre fausse.
One may indeed be more likely to be true than the other, but it cannot be either actually true or actually false. It is therefore plain that it is not necessary that of an affirmation and a denial one should be true and the other false.
Car ce n'est pas sur le modèle des choses qui sont que se comportent les choses qui, n'étant pas, sont en puissance d'être ou de ne pas être, mais c'est de la façon qu'on vient d'expliquer.
For in the case of that which exists potentially, but not actually, the rule which applies to that which exists actually does not hold good. The case is rather as we have indicated.

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C'est de ce texte qu'a donc jailli une gigantesque littérature pas encore achevée, depuis les réponses catégoriques des Stoïciens jusqu'à celles plus nuancées des probabilistes de type Carnéade, en passant par la lecture modale temporelle de von Wright et des constructions plus modernes en termes de temps ramifiés ... ce trésor d'ambiguïté a donné lieu à une toute profusion d'analyses à coups de nécessité relative et de Dominateurs nécessairement vrais dans le passé relatif à un temps narratif présent, et j'en passe et des meilleures.
La saga des truthmakers revient bientôt, très bientôt; avec un épisode IV consacré à la réplique du mercenaire schangels face à son assaillant vaillant, le très British Jago-Jedai.
Petite page à caractère commercial, en attendant.


F&H

Simone aurait-elle pu être bonne?

Posté le 11.01.2008 par schangels
"Tout est possible", a dit un autre il n'y a pas très longtemps.
Tout, à quel point? Une question que le subversif éphémère Karl Zéro aurait pu poser aux sémanticiens contrefactuels. Y a-t-il un monde possible dans lequel Simone est bonne? Autre question plus pressante et que Jean-Sol n'aurait pas eu l'idée de se poser: ce monde est-il un monde proche, donc pertinent, ou un monde éloigné, donc sans intérêt?
Bien que l'existentialiste laisse la porte ouverte à tous les possibles et ne soit pas très friand des discours de connexions ou de relations internes entre un objet et ses propriétés, le passage du possible à l'intérêt est ce qui va guider le billet à suivre; histoire de mettre la motte de beurre dans les épinards féministes. Je parlerai ici de Simone de Beauvoir, tout le petit monde l'aura compris. Certains disent que notre passé détermine le futur et j'y souscris, toute proportion gardée sur le degré de détermination et à condition d'y voir plutôt une question de propension ou disposition à agir selon des conditions vécues. Exemple: Jean-Paul n'aurait pas eu la Nausée s'il avait eu le minois d'Alain Delon durant sa jeunesse; Arlette Laguiller n'aurait pas levé le poing si la Nature lui avait donné les moyens de séduire son entourage ... tout ne serait qu'une question d'apparence physique derrière les engagements intellectuels? Gardons des proportions, encore une fois, mais ne négligeons pas le rôle des accidents de la vie dans ce qui constitue notre personnalité.

Mais revenons plutôt "sur" Simone, car l'on en parle partout: les ouvrages commenceront à pulluler sous peu, tandis que les chaînes de télévision font déjà leur hommage de principe et qui fait causer toujours. Qui fus-tu, Simone? Un(e) honorable écrivain(e) qui refusait de dépoussiérer balai en main: tu aurais pu être bonne, Simone, prête à reproduire le bonjour agréable de la concierge ou le souci humble du travail bien fait de la ménagère. Mais ton non-destin d'intellectuelle de gauche t'a guidé vers d'autres contingences absurdes, quoique toujours plus gratifiantes pour ta pomme périssable. Mais revenons en arrière pour aller plus avant.
Nous sortons des patates pour entrer dans les feuilles de chou, ce qui me convient en bon amateur de choucroute. Les patates pour la théorie des ensembles et sa vision extensionnelle des regroupements en catégories d'objets, trésor mathématique auquel j'ai réduit entièrement la formule plus pompeuse selon laquelle l'existence précèderait l'essence; les feuilles de chou pour un clon d'oeil de l'amuseur Desproges et son taillage en pointe des écrits de Sartre, toute proportion gardée sur le degré qu'il faille accorder aux railleries de Feu Monsieur Cyclopède. De Sartre et son existentialisme humaniste, nous passons désormais à sa concubine féministe Simone de Beauvoir. Impossible d'éclipser le centenaire honorifique de l'impérieuse castatrice, d'autant que je regarde à cet instant même une émission-débat sur le féminisme selon de Beauvoir. Alors allons-y gaiement, sans quitter notre champ de patates ...
L'existentialisme se résume à cette idée selon laquelle il n'y a ni essence, ni propriété naturelle des éléments au sein d'un ensemble et ni différence spécifique entre deux ensembles distincts, fussent-ils d'ailleurs co-extensionnels. Quitte à réduire l'ordre provisoire des choses à une affaire absurde de contingences intéressées, Simone a revendiqué le droit d'être femme sans faire la popotte au fourneau ni élever deux enfants et demi sans sortir de son rôle de fée du logis. La femme peut être autre que ne le dit, l'impose ou le présuppose une société à forte tendance patriarcale; mieux, elle n'est rien et ne fait que devenir et construire une fausse nature qui n'est qu'apparence permanente.
Pas de femme, pas d'homme: que des constructions historiques déguisées en classes éternelles? Un peu fort de café: tout ce qui a une biroute est un homme et tout ce qui a un minou est une femme; de Beauvoir ne peut pas le contester malgré sa soif exponentielle de brouiller les cartes (ou plutôt les classes). Un peu de nuance s'impose, bien sûr: les femelles ne naissent pas femmes mais le deviennent, sous-entendu que la féminité n'est pas une qualité impossible à soustraire mais qu'il est possible de conquérir. La femme n'est pas seulement un sexe femelle, donc, de même que l'homme n'est pas seulement un sexe mâle. On en sort grandi, sauf que l'on perd de vue ce qui fait que l'homme est homme et que la femme est femme. Ne faut-il pas simplement supprimer le verbe être de notre vocabulaire moderne? Dédicace au Socrate du Théétète, scandalisé par un tel scénario et qui vit dans cette éventualité une raison suffisante de rejeter le sensualisme de protagoras par l'absurde. Mais on s'éloigne de notre choucroute initiale, ici.
Deux points de vue:

- Simone la Péron:
Par son charisme et son goût pour l'indépendance, elle a libéré la femme de son carcan Kinder-Küche pour lui faire prendre conscience de sa condition contingente, quitte à en faire le témoin d'une liberté d'action infinie qui risque de donner le tournis ou filer l'angoisse. N'est pas Camus qui veut, alors sauve qui peut.
- Simone la péronnelle:
Aussi charismatique que Péron mais aussi, surtout, aussi vide que le sens de ses discours. Une chienne pour ce qu'elle avait d'aboyante et de violent, très disposée à casser les noix au sens propre ou castrer tout mâle susceptible de lui barrer la route. Une route qu'elle disait sans direction ni sens, existentialisme de l'absurde oblige, mais qui servait avant tout à satisfaire sa volonté de jouir de tout et de tout ce qui l'arrangeait sous couvert de spéculation philosophique made in Rive Gauche.

Subversion sincère, ou perversité malhonnête? Répondre à cette question supposerait que l'on justifie pour de bon la relation entre existence et essence, entre classe féminine et classe masculine, entre nature et culture ... entre intension et extension, entre épluchage et patates à éplucher. Peut-on faire son choix autrement qu'en termes d'intérêt socio-économique strictement contingent?
Une stricte égalité paritaire entre hommes et femmes n'est peut-être qu'une affaire de fair-play ou d'équilibre arithmétique magnifié en termes de sens de l'existence ou de liberté à conquérir. Je ne sais pas si la place de la femme est davantage au fourneau ou dans un conseil d'administration, si le monde peut être autre qu'il n'est ou s'il n'est qu'un incessant droit du plus fort modéré pour des raisons stratégiques de temporisation des humeurs. Je sais que Simone a aboyé pour se faire son territoire et, avec elle, celle de ses congénères femelles pas toujours femmes malgré les apparences contraires. Il reste à savoir ce que peut être une femme si elle ne se réduit pas à la femme, et de même pour la distinction entre homme et mâle.
Il y a des classes que l'on invente pour dissimuler ou, pire, faire oublier d'autres bien plus robustes: le sociologue Alain Soral ne cesse de crier que la guerre des sexes n'est qu'une invention de capitalistes destinée à remplacer la lutte des classes économiques prolétaires-patrons par une lutte des sexes hommes-femmes. Battez-vous entre genres biologiques au nom d'une nature qui reste à construire: il y a des châteaux que l'on construit sur du sable; il y a des classes que l'on cite sans source. La femme de Simone existe-t-elle? Il y a un genre humain, biologique celui-là et qui mettrait bien tout le monde d'accord si le débat n'était pas tant à orienter du côté des mondes pratiques que des mondes possibles.

C'est sur ce point que j'aimerais finir mon assiette de choucroute: on ne cesse de vouloir reléguer aux oubliettes les affaires de racisme, de sexisme et de toute discrimination que ce soit à coups de possibles inactualisés ou de dominateurs bas du front incapables de penser les choses autrement qu'elles ne sont par ce qu'ils les font. Un autre monde serait possible, donc celui-ci n'est pas le seul concevable. Affaire classée, amen. Et après? Et si le modèle femme au fourneau et homme au travail était le meilleur des mondes possibles, à défaut d'être le seul possible? On dit des mondes possibles qu'ils sont accessibles à la réalité; encore faut-il qu'on s'y résolve et que l'accession vaille la peine d'être essayée. Autant dire que l'existentialiste humaniste comme célébration du possible sur le réel n'apporte pas beaucoup d'eau à notre moulin, celui de justifier la parité homme-femme et à supposer que l'on ai compris la distinction entre les deux concepts asexués. Il y a des jeux conceptuels qui feraient peut-être mieux de se perdre tant qu'ils ne sont pas capables d'assumer pas les conséquences de leur discours. Ou alors, bas les masques et que ces jeux de femmes en devenir finissent par avouer leurs véritables intentions socio-économiques: égalité des salaires et droit de jouir de la vie comme tout le monde des couillus, ce qui sonne moins philosophique mais apparaît d'autant plus honnête à dire. Simone déclarait que l'indépendance salariale était la condition minimale, c'est-à-dire le début d'une possible lutte pour la libération de l'être vaginal; elle en constituerait la fin, peut-être aussi.
Pour faire bref sans l'avoir été ici: le débat vivifié par Simone est plus une affaire de valeurs possibles que de possible tout court. Il y a des états de choses que l'on imagine révocables mais que l'on ne souhaite pas voir révoqués; le racisme n'est pas qu'une affaire de réduction du droit au fait, argument si facile macéré par les bonnes consciences aux panses bien remplies. Que tout soit possible ne signifie pas que l'altérité prévaut sur l'immutabilité, pour qui veut faire dans le discours fumeux et néanmoins synthétique. Mouvement, ou repos? Altérité, ou identité? Un problème de valeurs morales plus que de valeurs de vérité ou de goûts et de couleurs ...
C'est pourquoi je préfère me taire et m'enfoncer de nouveau dans mon scepticisme justifié: je ne sais pas si de Beauvoir eut raison d'aboyer avant que ses chiennes de garde ne prennent le relais; je crois du moins que « les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit », l'oeil méprisant tourné vers la plus chevaline des chiennes de garde Isabelle Alonzi-Alonzo (au fourneau?). Laquelle n'a pas ignoré le fond de commerce que peut représenter une posture féministe en période d'humeur paritaire. Cause toujours et vide tes poches, car le compteur tourne et tu n'es pas immortelle ici-bàs.
Citation de mâle dominateur, qui plus est frustré? Si tu le dis, Simone ...
Et puisque tout ferait mieux de toujours finir en musique, retour tout d'abord aux années 80 et l'annonce d'un "Troisième Sexe" par Indochine (1985-6):

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Je poursuivrai par un choix plus personnel mais tout aussi lié au thème du brouillage des classes: un bien bon "Pure Morning" de Placebo (1998) et son très androgyne Brian Molko, quoique moins que le bien plus sexy Brett Anderson des anciens suaves de Suede.

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Et parce que jamais deux sans trois, je conclurai par un choix encore plus personnel et contemporain: "The Men" de Covenant, dont je me suis gavé tout l'été durant pendant la préparation de mes conférences chinoises et dont le discours fait quelque peu tâche ici mais n'est pas à prendre au premier degré. Les protagonistes sont scandinaves (Suédois), secteur pour le moins paritaire et qui les exempte donc de toute accusation d'essentialisme identitaire.

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On peut utiliser le verbe "être" sans tomber dans la prédication nécessaire. Un peu de calme, mesdames; prenez du recul et continuez donc votre lutte pour la liberté créatrice. Car peu me chaut, tant que le son prévaut. Les ondes n'ont pas de sexe, "elles".


F&H

Sagesse trop populaire pour être vraie?

Posté le 08.01.2008 par schangels
Il y a sagesse et sagesse: je ne parlerai pas des pitoyables pets de mouche du type "Pour vaincre, il faut apprendre à surmonter ta peur" (Christophe Lambert, "Mortal Kombat") ou "L'important, c'est les 3 points" (joueur de Ligue 1 standard), mais de ces étincelles qui donnent à cogiter pour qui veut bien s'en donner la peine. Mais à quoi bon, lanceront certains. C'est à un de ceux-là que j'aimerais répondre.

On a tendance à opposer le sens commun au savoir scientifique, comme si le premier faisait oeuvre d'obscurantisme face à l'éclairage auto-bronzant des spécialistes sûrs de leur fait.
Pas si sûr que cela, pour qui prend la peine de contester 5 secondes toute connaissance dernier cri. Un exemple de positivisme appliqué:
De retour de Fribourg et en direction de Neuchâtel, où je venais de visiter l'ami brésilien Alexandre (voir "Coup de pub: ça continue") et repartais en compagnie de Jean-Yves Béziau, ce dernier m'évoquait le cas d'une église (scientiste, celle-là) à mettre au milieu de tous les villages de bouseux: pour éduquer la masse laborieuse, en effet, le philosophe des sciences et néo-positiviste Hans Reichenbach avait eu dans l'idée de rectifier et vouer aux gémonies tout diction ou proverbe populaire susceptible d'envoyer le prolétariat dans les orties avec grand-mère. Laquelle grand-mère ne pourrait se détacher de ses vieilles habitudes populacières, mais il s'agissait avant tout de sauver la jeunesse populaire et l'habituer aux argumentations vertueuses, donc "vraies". En commençant par le débarrasser de cette fausse sagesse populaire qui n'aurait de populaire que le mauvais côté populacier de l'ignorance, donc "fausse".

Application: Hans nous dit que les proverbes sont pire qu'inutiles parce qu'ils nous induisent en erreur, dans la mesure où ils nous disent tout et son contraire. Formulation malheureuse, et je m'explique: Reichenbach donne l'exemple des deux proverbes antagonistes "Les contraires s'attirent" et "Qui se ressemble s'assemble". Il en tire la conclusion que le prétendu sens commun incarné par la sagesse populaire dit tout et n'importe quoi, ce que la logique formelle présente par l'inférence logique A,~A |- B: deux propositions contradictoires entraînent la vérité de n'importe quelle autre proposition B, quand bien même celle-ci