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Pour qui aime se prendre la tête et se remplir les oreilles tant que l'ensemble fonctionne. Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
25.12.2007 Dernière mise à jour :
03.07.2008
Dans la série "références d'arrière-plan mais avant-gardistes": après Wittgenstein, St Thomas; après Lapluy, Lebotant; etc., un petit détour par Desproges et son commentaire acerbe sur le vieux Sartre.
Et quel détour!
Savourez:
"L'intelligibilité de l'Histoire"
En voulant allumer un feu de cheminée avec des paperasses inutiles, je suis tombé hier par hasard sur une page du Tome II de la Critique de la Raison Dialectique de Jean-Paul Sartre. Ecoutez plutôt:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les Hommes qui font l'Histoire, et comme c'est l'Histoire qui les produit en tant qu'ils la font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte humain, si elle existait, serait au contraire le non-humain ou, à la rigueur, le pré-humain, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
C'est extrait du chapitre intitulé ''L'Intelligibilité de l'Histoire''. Ah évidemment, si vous n'arrêtez pas de tripoter votre belle-soeur en conduisant lorsque je cause dans le poste, vous n'êtes pas prêts de comprendre les vérités premières du marxisme. Alors on se calme, pouf-pouf, je répète. Non, mais écoutez bien:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les Hommes qui font l'Histoire, et comme c'est l'Histoire qui les produit en tant qu'ils la font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte humain, si elle existait, serait au contraire le non-humain ou, à la rigueur, le pré-humain, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
Non, mais je sais ce que c'est: il y a des belles-soeurs qui font exprès de mettre leur ceinture de sécurité parce que ça fait ressortir les nichons alors, évidemment, on est dispersé ... Cela dit, vous n'avez pas tout à fait tort: c'est pas très clair, l'Intelligibilité de l'Histoire. Il doit s'être glissé une ou deux coquilles dans ce texte. Il suffit peut-être de changer un mot ou deux pour que l'intelligibilité devienne ... intelligible. Exemple:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les chiens qui font ouah-ouah, et comme c'est le ouah-ouah qui les produit en tant qu'ils le font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'acte canin, si elle existait, serait au contraire le non-ouah-ouah ou, à la rigueur, le pré-ouah-ouah, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
C'est d'ailleurs une vérité qu'on peut, à la rigueur, étendre à l'informatique, simplement en passant des chiens aux puces. Ainsi:
''Il faut revenir à cette première vérité du marxisme: ce sont les puces qui font les ordinateurs, et comme c'est l'ordinateur qui les produit en tant qu'elles le font, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'ordinateur, si elle existait, serait au contraire le non-puce ou, à la rigueur, le pré-puce, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
Il faut bien voir que quand Sartre écrivait ce genre de conneries à la fin des années cinquante, il ne se prenait pas encore au sérieux; il n'avait pas encore été nommé pape des béats de la rive gauche. Il écrivait surtout pour du pognon, ou pour faire rigoler Jean Cau. Il se contentait de cachetonner dans des feuilles de chou anti-fascistes primaires, avec une mauvaise foi! C'est pas honnête, c'est vrai:
''Il faut revenir à cette première vérité du fascisme: ce sont les étrangers qui foutent le bordel, et comme c'est le bordel qui les produit en tant qu'ils le foutent, nous comprenons dans l'évidence que la substance de l'anti-bordel, si elle existait, serait au contraire le non-bougnoule ou, à la rigueur, le pré-bougnoule, en tant qu'il est justement la matérialité discrète de chacun.''
Quand l'art de faire rire s'accompagne d'une critique de fond sur la jargonnerie en philosophie ... Jankélévitch et Dubosc rentrent chez eux et ferment la porte avant de détaler, merci pour nous.
Plus sérieusement, je vois deux problèmes dans ce texte de Sartre:
(1) son approche dialectique qui annule les relations classiques de cause à effet, de condition à conséquence ... et prend le produit pour son propre producteur, en quelque sorte. Difficile de comprendre ainsi l'affirmation principale sur la relation dialectique entre l'Histoire et les Hommes. Encore une feuille de chou pour Graham Priest?
(2) l'expression "en tant qu'ils la font": que veut dire Sartre par cette locution en italiques et non moins tordue? Est-ce un synonyme de ''parce que'', ''dans la mesure où''? Si oui, pourquoi introduire une subordonnée de cause alors que le dialecticien est supposé abolir cette notion archaïque de pourritures capitalistes?
Conclusion: soit Sartre utilise ici une argumentation qui présuppose une fine connaissance du raisonnement dialectique et marxiste,
soit J-P se foutait de la gueule du lecteur et jouait avec les antinomies pour mieux vendre en collections 10/18
En parlant de "pourritures capitalistes" ... avis aux amateurs de "pourriture communiste" (Baron, Eric le Vosg'patte, etc.):
On désigne généralement par palindrome (du grec palin : "en arrière" et dromos: "course") un palindrome de lettres, c'est-à-dire un texte dont l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche.
Exemple : « Ésope reste ici et se repose ».
Il est communément admis que l'on ne tienne pas compte des signes diacritiques (accents, trémas, cédilles) ni des espaces. Cependant, rien n'interdit au palindromiste de choisir des règles plus strictes. Il s'agit d'un art luxueux ultra nu.
Savez-vous à qui l'on doit ce remarquable et doublement riche palindrome: In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni
Pour les amoureux du palindrome et des autres subtilités de la langue, voir l'adresse suivante: http://worldserver2.oleane.com/fatrazie/palindromes.htm
En attendant les contrepèteries (dont Rabelais était un consommateur avéré)
Problème n°2: la bivalence est-elle universellement valable?
Les logiques multivalentes admettent l'existence d'autres valeurs de vérité que le vrai et le faux, donc elles réfutent l'universalité de la bivalence.
Or Roman Suszko, philosophe et logicien polonais mort en 1979, avait posé sa ''thèse de réduction": toute matrice multivalente peut être réduite à une matrice bivalente.
Son approche algébrique était plutôt abstraite et ne cherchait pas franchement la justification philosophique, je veux dire: un argument informel en faveur d'une bivalence prédominante dans nos raisonnements quotidiens. Les cas des sorites (paradoxes du vague) et les paradoxes sémantiques (normal ou renforcé) prêchent en faveur d'un rejet de la bivalence, notamment.
J'ai écrit un article sur la question: "Negation and Dichotomy", qui va dans le sens de Suszko et cherche à défendre la bivalence par sa reformulation en termes ensemblistes de bipartition; cet article est trop long pour être étalé ici, il sera consigné dans ma future page personnelle.
En attendant, à vous de relancer ma question et de sortir vos arguments des tiroirs. Quelques références utiles à ce sujet sont disponibles: la réfutation de Suszko par Tsuji, suivie par des articles des Brésiliens Carnielli et Coniglio (voir page à venir à leur sujet); la théorie des valeurs de vérité généralisées de Wansing et Shramko, qui admettent des bi-lattices (ou bi-treillis) où les termes majorants et minorants ne sont plus simplement 1 (le vrai) et 0 (le faux); les articles de Wansing sur la tripartition entre valeur désignée, valeur non-désignée ... et valeur anti-désignée.
Je décrirai les références de ces auteurs lorsque la demande en sera faite (force d'inertie oblige).
"La contestation est née du capital, elle est engendrée par le capital; le capital est donc plus fort que la contestation. Car la contestation ne vit pas de ce qu'elle conteste alors que le capital vit de sa contestation"
Indice: la suite dit, entre autres,
"Ca fait plaisir de savoir qu'on est compris par des mecs qui comprennent des trucs qu'on comprend pas ..."
Celui qui trouve le nom de l'auteur de cette formule aura le droit de me poser un gage ... et je le tiendrai, parbleu!!!
A vous de jouer.
Refermons la page de cette journée sur une note de poésie: une douceur d'écorché vif qui rappelle que nous sommes déjà condamnés et qu'il est bon d'en rire gravement. Buvons l'amertume et tirons-en le meilleur; ou devenons comptable.
Pour schématiser: "Le clown, c'est la conscience angoissée de notre condition d'être-pour-la-mort".
Cette formule aurait pu être de Heidegger, du moins aurait-il pu la cogiter du fond de son Bade Würtemberg. Les clowns m'ont toujours fait peur parce qu'ils manifestent ce qu'il y a de plus inquiétant dans les personnages pour enfants: côté projecteurs, leur sourire rassure et embellit le quotidien; côté coulisses, leur regard annonce la tragédie burlesque d'une vie souvent condamnée à être merdique et désorientée. Ils rient jaune de nos existences construites sur des jeux d'apparences, et nous les payons pour ça. Les clowns ont encore trop de coeur pour se contenter de faire de la vie une simple affaire de style; après tout, pourquoi seraient-ils tristes s'ils savaient se moquer de tout et surtout d'eux-mêmes? Ils ont de la morale et sont contaminés par la tristesse qui les entoure. Ils jouent avec les apparences mais le payent en retour une fois les projecteurs éteints.
Voilà comment je vois le clown: un moraliste excessivement conscient du malheur qui l'entoure et chargé d'y remédier tant bien que mal, voire bien malgré lui.
Allez, en piste les amuseurs désabusés ...
Deux images possibles du clown:
- le clown excessif, qui tente en vain d'échapper à son malheur (Les Béruriers Noirs, ''Deux Clowns")
"Ricco était un clown ... qui faisait rire les enfants ... pourquoi donc un matin il a joué un peu trop loin?"
- le clown mélancolique, celui qui s'est fait une raison et accepte le jeu de dupe (Mirwais, ''Naïve Song'')
En voilà un avec qui j'ai failli me payer plusieurs talus en ces matins brumeux autour de moi et en moi, ces lourds matins de pionicat où j'étais sur le point de pisser de rire et de perdre le contrôle du volant. Juste deux minutes durant, mais quelles deux minutes: les DEUX MINUTES DU PEU-PLEUH!!! (o-heuleu-o-o heu-leu-di-le-oo)
Ces moments d'extase vous sont dus, alors les voilu.
On commence par un montage censuré de Brassens ("tripote-moi la XXXX avec les doigts, la-li la-la ..."):
On enchaîne avec Feu la grosse supercherie du Grand Argentier pas drôle:
On terminera provisoirement avec une plaidoierie qui donne envie d'être désigné juré:
Du génie en boîte, ce Pérusse.
A très bientôt, François, c'est promis!!!
Après avoir repris d'autres choses plus sérieuses entretemps (amen).
(o-heuleu-o-o heu-leu-di-le-oo)
Honneur soit rendu à un film passé inaperçu en France: ''Les Clés de Bagnole'', de Laurent Baffie (2003).
Derrière ce faux navet se cache un vrai petit hommage au cinéma et à ses effets comiques, entre autres ... sans jamais en avoir l'air.
Baffie sait raisonner avec et sur l'absurde, ce qui est loin d'être donné à tout le monde et qui lui fait honneur ... mais ne le disons pas trop fort, ce serait contre-productif.
De l'action, une scène d'amour, de la zoologie et un running gag ... respect, messieurs Baffie&Russo!